Il s’offre chaque après-midi une sieste d’une heure et demie depuis sa retraite : trois mois plus tard, il compte encore les heures à deux heures du matin

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Le volet roulant descendait à moitié dans un grincement familier, il était quinze heures dix. Gérard posait ses lunettes sur la table de nuit, tirait le plaid à carreaux jusqu'aux épaules et écoutait la tondeuse du voisin s'éloigner. Dans la cuisine, le réfrigérateur ronronnait. Depuis sa retraite, ce moment était devenu sacré, une heure et demie rien qu'à lui, sans réveil.

Une retraite tranquille dans une maison de Charente qui tourne rond

Gérard a soixante-quatre ans et quarante années de travail derrière lui, dont trente-deux comme chef d'atelier dans une usine de cartonnage. Il vit avec Monique dans une maison de plain-pied près d'Angoulême, avec un jardin, un potager et une vieille Peugeot break. Les levers à cinq heures et quart, les équipes du matin et les nuits courtes ont rythmé toute sa vie d'adulte. Quand il a rendu son badge en mars, ses collègues lui ont offert une canne à pêche et une bouteille de cognac.

Les premières semaines ressemblaient à des vacances qui ne finissaient jamais, et il les savourait sans culpabilité. Il se levait vers sept heures et demie, buvait son café sur la terrasse en écoutant la radio, puis passait la matinée au potager. Monique, encore à mi-temps à la médiathèque, rentrait pour déjeuner avec lui. Ils parlaient des tomates, des petits-enfants, du voyage en Bretagne prévu pour septembre. Tout semblait enfin s'apaiser, comme si le corps rattrapait des années de fatigue accumulée.

Le soir, il s'endormait devant le film avant même la fin, la télécommande glissant de sa main sur le canapé. Monique le secouait gentiment vers vingt-trois heures et il se couchait sans discuter. Il dormait d'une traite jusqu'au matin, d'un sommeil lourd, presque enfantin. À cette époque, il racontait à son frère au téléphone qu'il n'avait jamais aussi bien dormi de sa vie. Rien ne laissait deviner que cet équilibre tenait à un détail qu'il allait bientôt changer, sans même y penser.

La sieste d'après déjeuner devient un rendez-vous qu'il ne manque jamais

Tout a commencé par une journée de grosse chaleur, au début du mois d'avril, après avoir bêché deux rangées de pommes de terre. Gérard s'est allongé « cinq minutes » après le repas, et il s'est réveillé à seize heures quarante, étonné et ravi. Il a trouvé ça délicieux, ce sommeil profond en plein jour, comme une récompense méritée. Le lendemain, il a recommencé, puis le surlendemain, et la sieste s'est installée dans ses journées sans qu'il ait vraiment décidé quoi que ce soit.

Ses raisons étaient bonnes, et il les défendait volontiers devant Monique ou devant ses amis du club de pétanque. Pendant quarante ans, il avait somnolé debout devant les machines, rêvant d'un lit au milieu de l'après-midi. Il estimait avoir droit à ce plaisir, et il n'avait plus personne à qui rendre des comptes. Il disait que son corps lui réclamait ce repos et qu'il fallait l'écouter. On connaît tous ça, ce sentiment qu'un plaisir simple ne peut pas faire de mal.

Il a donc organisé ce moment avec soin, presque comme un rituel d'ancien chef d'atelier habitué aux procédures. Volet à moitié fermé, plaid, téléphone en silencieux, et surtout pas de réveil, parce qu'il en avait assez entendu. Il se couchait vers quinze heures, parfois un peu plus tard quand le déjeuner traînait, et se relevait vers seize heures trente. Il ressortait de la chambre la joue marquée par l'oreiller, un peu groggy, mais content. Il appelait ça sa petite récupération, et il en parlait avec fierté.

« Je dors moins, c'est l'âge, tout le monde dit ça, il n'y a rien à faire. »

Les soirées s'allongent et le film du soir va jusqu'au bout

Le premier signe est passé presque inaperçu, parce qu'il ressemblait plutôt à une bonne nouvelle. Vers la fin avril, Gérard a regardé un film en entier pour la première fois depuis des mois, sans piquer du nez. Monique a même plaisanté en disant qu'il rajeunissait et qu'elle allait devoir le surveiller. Il s'est couché vers minuit, a lu un chapitre de son polar, et s'est endormi sans difficulté apparente. Personne n'a fait le lien avec ce qui se passait l'après-midi dans la chambre.

Pourtant, les semaines suivantes, l'heure du coucher a glissé doucement, presque imperceptiblement, comme une horloge qui retarde. Minuit et demi, puis une heure du matin, avec une sensation étrange d'être parfaitement réveillé dans le noir. Il entendait le moindre bruit, la chaudière qui se déclenchait, un scooter au loin sur la départementale. Il se disait que c'était la chaleur, le dîner trop copieux ou le café du midi, et il passait à autre chose. Le matin, il se levait un peu plus tard, et rien ne semblait grave.

Monique, elle, avait remarqué qu'il se retournait souvent et que la couette changeait de côté plusieurs fois par nuit. Un dimanche matin, elle lui a demandé s'il avait mal quelque part ou s'il s'inquiétait pour quelque chose. Il a haussé les épaules en disant : « Je dors moins, c'est l'âge, tout le monde dit ça. » Il a même trouvé une logique à sa fatigue de l'après-midi, qui justifiait selon lui de dormir encore un peu plus longtemps après déjeuner. Le cercle se refermait sans qu'il le voie.

Les nuits blanches s'installent et les solutions de fortune échouent

Fin juin, presque trois mois après la première sieste, Gérard tournait dans son lit jusqu'à deux heures du matin, chaque nuit. Il comptait les heures sur le radio-réveil, faisait des calculs inquiets sur le temps qu'il lui restait pour dormir. Il se relevait, buvait un verre d'eau dans la cuisine, regardait le jardin éclairé par le lampadaire de la rue. Il commençait à redouter le moment d'aller se coucher, ce qui ne lui était jamais arrivé de toute sa vie. L'humeur s'en ressentait, et Monique aussi.

Il a d'abord tenté ce que tout le monde tente, avec la meilleure volonté du monde. Il a supprimé le café après onze heures, puis le verre de vin au dîner, puis l'écran de la tablette au lit. Il a essayé une tisane de verveine achetée au marché, puis une application de bruits de pluie conseillée par sa fille. Rien n'y faisait, et chaque échec le rendait plus nerveux au moment d'éteindre la lumière. Soyons honnêtes, la seule chose qu'il n'a jamais remise en question, c'était sa sieste.

Au contraire, plus ses nuits raccourcissaient, plus il comptait sur l'après-midi pour se rattraper, persuadé de compenser. Certains jours, il se couchait jusqu'à dix-sept heures, épuisé et un peu honteux de l'être. Sa fille Claire, infirmière à Bordeaux, l'a appelé un soir et l'a trouvé irritable et confus. Il lui a confié : « Je suis fatigué toute la journée et réveillé toute la nuit, c'est le monde à l'envers. » Elle lui a conseillé de prendre rendez-vous chez son médecin traitant, et il a fini par accepter.

« Je suis fatigué toute la journée et réveillé toute la nuit, c'est le monde à l'envers. »

Chez le médecin, une question simple sur ses après-midis change tout

Le docteur Lacroix connaissait Gérard depuis vingt ans et l'a écouté sans l'interrompre décrire ses nuits interminables. Gérard s'attendait à repartir avec une ordonnance de somnifères, ou au moins une prise de sang pour vérifier quelque chose. Le médecin lui a d'abord demandé de raconter une journée type, heure par heure, depuis le réveil. Quand Gérard a parlé de sa sieste, presque en passant, le médecin a levé les yeux de son écran. Il lui a demandé combien de temps elle durait exactement, et à quelle heure.

Pour lui expliquer, le médecin a pris une image que Gérard a tout de suite comprise, en ancien homme d'atelier. Tout au long de la journée, a-t-il dit, l'envie de dormir se remplit comme un réservoir, heure après heure d'éveil. Le soir, ce réservoir plein pousse vers le sommeil. Une sieste d'une heure et demie, elle, vide presque tout ce réservoir en milieu d'après-midi. À vingt-trois heures, il ne reste plus assez de pression pour s'endormir, et le corps attend qu'elle se reconstitue.

Le médecin a ajouté que deux détails comptaient, selon lui, dans le cas précis de Gérard : la durée et l'horaire. Une sieste qui dépasse vingt à trente minutes plonge dans un sommeil profond et puise trop dans la réserve du soir. Une sieste qui commence après quinze heures repousse aussi l'endormissement, parce qu'elle arrive trop près de la nuit. Gérard cumulait les deux sans le savoir. Il a dit en riant jaune : « Donc mon remède, c'était ma maladie depuis le début, si je comprends bien. »

Vingt minutes avant quatorze heures et des nuits qui reviennent

Le médecin ne lui a pas demandé de renoncer à la sieste, et c'est peut-être ce qui a tout débloqué. Il lui a proposé de la raccourcir à une vingtaine de minutes et de l'avancer juste après le déjeuner, vers treize heures trente. Gérard a racheté un petit réveil mécanique, celui qu'il s'était juré de ne plus jamais entendre. Il s'allonge désormais sur le canapé plutôt que dans le lit, plaid sur les genoux, volet ouvert. La première semaine a été difficile, avec des soirées encore longues et quelques rechutes.

Au bout de dix jours, quelque chose a changé, presque d'un coup, comme une machine qui se recale. Il a recommencé à bâiller devant le journal télévisé, ce qu'il n'avait plus fait depuis le printemps. Il se couche vers vingt-trois heures et s'endort en moins d'une demi-heure, la plupart du temps. Ses après-midis ont aussi changé : il sort du canapé sans cette sensation d'avoir la tête dans du coton. Monique dit qu'elle a retrouvé son mari, et lui répète que la sieste courte est meilleure que l'ancienne.

Cette histoire n'a rien coûté d'autre que trois mois de mauvaises nuits et un rendez-vous chez le médecin. Gérard la raconte maintenant à ses amis du club, dont plusieurs se sont reconnus avec un sourire gêné. Il ne prétend pas donner de leçon, il dit seulement ce qui a marché pour lui, dans sa situation à lui. Il conseille surtout de regarder sa propre journée avec honnêteté avant de chercher des explications compliquées. Parfois, la réponse se cache dans l'habitude la plus agréable, celle qu'on n'aurait jamais pensé soupçonner.

« Donc mon remède, c'était ma maladie depuis le début, si je comprends bien. »

  • Noter pendant une semaine l'heure et la durée de chaque sieste, puis l'heure d'endormissement du soir.
  • Viser une sieste de vingt à trente minutes, avec un réveil pour ne pas glisser dans le sommeil profond.
  • La placer tôt, juste après le déjeuner, et éviter de la commencer après 15 heures.
  • S'allonger sur un canapé plutôt que dans le lit, pour garder un repos léger.
  • Ne pas compenser une mauvaise nuit par une sieste plus longue le lendemain.
  • Si les difficultés persistent malgré ces ajustements, en parler à son médecin traitant.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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