Il vend sa vieille Clio à un jeune du quartier près de Nîmes : trois semaines plus tard, un avis d’excès de vitesse arrive à son nom

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Le moteur toussa deux fois avant de démarrer, comme chaque matin depuis quinze ans. Il était à peine huit heures, rue des Amandiers, à Caissargues, et la chaleur montait déjà du goudron. Gérard, la main posée sur le toit tiède de sa Clio grise, écoutait ce ronronnement familier. Dans une heure, un garçon du quartier viendrait la chercher, une enveloppe de billets dans la poche.

Quinze ans de trajets entre Caissargues et le marché de Nîmes

Gérard a 67 ans, il a été chauffeur de car scolaire pendant presque trente ans, et il connaît les routes du Gard par cœur. Sa Clio, il l'avait achetée d'occasion en 2009, avec quarante mille kilomètres au compteur. Elle l'a emmené au marché des Halles chaque samedi, chez sa sœur à Uzès, aux matchs de rugby de son petit-fils. Elle affiche aujourd'hui plus de deux cent mille kilomètres, une portière un peu rayée et une odeur de lavande séchée.

Depuis que sa femme Monique a gardé la Peugeot pour elle, ils vivaient avec deux voitures pour un couple de retraités. C'était un luxe inutile, et ils le savaient tous les deux. Les assurances, le contrôle technique, la vignette des parkings à Nîmes, tout s'additionnait sans qu'on y fasse vraiment attention. Monique en parlait parfois au dîner, sans insister, en regardant les factures empilées sur le buffet.

Un soir de juin, Gérard a fini par dire qu'il allait la vendre. Il ne voulait pas passer par une annonce en ligne, recevoir des appels d'inconnus, négocier avec des gens pressés. Il préférait une solution simple, entre voisins, comme on faisait avant. Monique a hoché la tête, contente que la décision vienne de lui. Il a collé une feuille sur la vitre arrière, avec son numéro écrit au feutre noir, et il a attendu.

Le fils des voisins arrive avec une enveloppe et un sourire

Il n'a pas attendu longtemps. Le surlendemain, Kévin, le fils des Martinez qui habitent trois maisons plus loin, a sonné au portail. Il avait vingt ans, venait d'obtenir son permis et commençait un apprentissage dans une boulangerie de Saint-Gilles. Il lui fallait une voiture pour les horaires de nuit, quand aucun bus ne circule. Gérard le connaissait depuis qu'il faisait du vélo dans l'impasse, les genoux couverts de croûtes.

Ils se sont mis d'accord sur mille cinq cents euros, sans vraiment discuter. Le garçon a payé en liquide, des billets de cinquante bien rangés dans une enveloppe de la banque. Gérard a signé le certificat de cession sur le capot, rempli à la main avec Kévin, et il lui a remis la carte grise barrée. Il a écrit vendu le, la date et l'heure, comme son beau-frère le lui avait conseillé autrefois.

Il lui restait une étape, il le savait vaguement : déclarer la vente sur internet. Kévin lui a dit qu'il s'occuperait de tout, qu'il ferait sa carte grise à son nom dans la semaine. Gérard, soyons honnêtes, n'aime pas les ordinateurs. Il s'est dit que le garçon ferait les démarches pour deux, que c'était pareil. Il a rangé son exemplaire du formulaire dans le tiroir de l'entrée, sous les clés de la cave.

« Je n'ai pas roulé sur l'autoroute depuis Pâques, ils vont bien voir que ce n'est pas moi. »

Une enveloppe blanche avec le logo de l'agence des infractions

L'été a passé, lourd et lent, avec ses après-midi de sieste volets clos. Gérard voyait parfois la Clio garée devant chez les Martinez, un nouveau désodorisant suspendu au rétroviseur. Il souriait en passant, content qu'elle serve encore. Puis, un mardi de début juillet, le facteur a déposé une enveloppe blanche avec une fenêtre transparente. En haut à gauche, il a reconnu le logo de l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions.

Il l'a ouverte debout, dans l'allée, les lunettes remontées sur le front. Avis de contravention, excès de vitesse de moins de vingt kilomètres par heure, sur l'A9 près de Gallargues. Quatre-vingt-dix euros d'amende forfaitaire, un point de retrait. La date indiquée, c'était un samedi soir, onze jours après la vente. Il a d'abord cru à une erreur de la machine, à une plaque mal lue par le radar.

Il a posé la lettre sur la table de la cuisine, à côté du pain. Monique l'a lue à son tour, en silence. Elle a seulement demandé s'il avait bien fait le papier sur internet. Il a répondu que Kévin s'en occupait, que tout était réglé. Puis il a ajouté, en haussant les épaules : Je n'ai pas roulé sur l'autoroute depuis Pâques, ils vont bien voir que ce n'est pas moi.

Des coups de fil, une photo floue et un garçon embarrassé

Le lendemain, Gérard a demandé à sa petite-fille Inès de l'aider à consulter la photo du flash sur le site indiqué. On y voyait l'arrière d'une Clio grise, la plaque parfaitement lisible, la rayure sur la portière arrière droite. Aucun doute possible, c'était bien son ancienne voiture. Il a senti quelque chose se serrer dans sa poitrine, une gêne plus qu'une colère.

Il est allé sonner chez les Martinez. Kévin a ouvert, en tee-shirt de boulangerie, les yeux encore gonflés de sommeil. Il a reconnu tout de suite qu'il rentrait d'un anniversaire à Lunel ce soir-là. Et il a avoué, en baissant la tête, qu'il n'avait pas encore fait sa carte grise. Il a dit : J'ai commencé sur le site, il fallait un justificatif, j'ai remis ça à plus tard, je suis désolé.

Gérard a appelé la préfecture du Gard, mais personne ne répondait, ou alors une voix enregistrée le renvoyait vers internet. Il a essayé la mairie, qui ne pouvait rien pour lui. Son beau-frère lui a dit de ne pas payer, de contester, de tout envoyer par recommandé. Un ami du club de pétanque lui a raconté au contraire qu'il fallait payer vite pour éviter la majoration. Gérard ne savait plus qui croire.

« J'ai commencé sur le site, il fallait un justificatif, j'ai remis ça à plus tard, je suis désolé. »

Sur le papier, la Clio n'avait jamais quitté Gérard

C'est Inès, vingt-quatre ans, qui a fini par comprendre. Un dimanche, elle s'est assise à côté de lui avec son ordinateur portable et le formulaire sorti du tiroir. Elle lui a expliqué que la vente entre deux particuliers ne suffit pas, pour l'administration, à changer de propriétaire. Le vendeur doit lui-même déclarer la cession sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés, l'ANTS, dans les quinze jours qui suivent.

Tant que cette déclaration n'est pas enregistrée, le vendeur reste le titulaire du certificat d'immatriculation dans le fichier. Le radar ne sait rien de l'enveloppe de billets ni du papier signé sur le capot. Il envoie l'avis à la personne inscrite, c'est-à-dire à Gérard. La carte grise du nouvel acheteur est une autre démarche, qui lui appartient, et qui ne remplace pas celle du vendeur. Les deux sont nécessaires, chacun la sienne.

Gérard est resté longtemps devant l'écran, à relire la page. Il a dit, presque pour lui-même : Je croyais que le papier signé, c'était la vente, que le reste, c'était de la paperasse. Ce n'était ni une erreur du radar ni une fraude de Kévin. C'était un oubli ordinaire, celui que font beaucoup de gens, on connaît tous ça. Inès a ouvert la démarche en ligne, avec le code de cession, sur-le-champ.

Désigner le conducteur, déclarer la vente, et vérifier le tiroir

Avec le récapitulatif de la déclaration, Gérard a pu contester l'avis de contravention en ligne. Inès a coché la case indiquant que le véhicule avait été cédé avant l'infraction, et joint le certificat de cession daté et signé. Dans le cas de Gérard, cela a suffi : quelques semaines plus tard, l'avis a été classé, et un nouvel avis est parti au nom de Kévin. Le garçon a payé, et il a enfin fait sa carte grise.

Gérard s'en tire bien, il le sait. Il pense à ce qui aurait pu arriver si Kévin avait accumulé les flashs tout l'été, ou pire, causé un accident. Il a découvert que d'autres voisins avaient connu la même histoire, avec des amendes de stationnement en cascade venues d'une ville où ils n'étaient jamais allés. Le coût n'est pas toujours l'amende elle-même, mais les mois de courrier et d'appels.

Aujourd'hui, la Peugeot est la seule voiture du couple, et Gérard a gardé le dossier de la Clio dans une pochette verte. Il en parle volontiers au club, avec un sourire un peu gêné. Il dit qu'il a appris tard une chose simple, et qu'il préfère la répéter. Pour ceux qui s'apprêtent à vendre, voici ce qu'il conseille de regarder, papier en main, avant de tendre les clés.

« Je croyais que le papier signé, c'était la vente, que le reste, c'était de la paperasse. »

  • Remplir le certificat de cession avec l'acheteur, en indiquant la date et l'heure exactes de la vente.
  • Déclarer la cession sur le site de l'ANTS dans les quinze jours suivant la vente, sans compter sur l'acheteur.
  • Conserver le code de cession et l'accusé d'enregistrement de la déclaration.
  • Barrer la carte grise et y écrire vendu le, avec la date, l'heure et votre signature.
  • En cas d'avis reçu après la vente, contester en joignant le certificat de cession daté.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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