Il rallume son insert à bois début octobre comme chaque année depuis douze ans : l’assureur lui réclame un papier qu’il n’a plus

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Le premier soir frais d'octobre, vers dix-neuf heures, Gérard s'accroupit devant la vitre noircie de son insert. Il froisse deux pages du journal local, pose trois brindilles de châtaignier, gratte l'allumette. Le petit craquement familier remplit le salon, la vitre s'éclaire d'orange. Dans la cuisine, Martine sort la soupe du placard. Pour eux, l'hiver commence exactement comme ça, chaque année, depuis douze ans.

Douze hivers de flambées tranquilles dans la longère de la Creuse

Gérard a 64 ans et il a passé trente ans à réparer des tracteurs dans un garage agricole près de Guéret. Avec Martine, ancienne secrétaire de mairie, il a acheté cette longère en pierre au début des années 2010. La maison était froide, humide, chauffée par de vieux radiateurs électriques qui faisaient grimper les factures. Le premier hiver, ils avaient porté des pulls jusque dans leur lit. Le deuxième automne, Gérard avait décidé de faire poser un insert dans la grande cheminée ouverte du salon.

L'artisan était venu de Bourganeuf avec son camion blanc et un tubage inox enroulé à l'arrière. Il avait travaillé deux jours, laissé une facture épaisse et une notice que Martine avait rangée dans une pochette bleue. Depuis, l'insert chauffe presque tout le rez-de-chaussée, et même la chambre du haut quand on laisse la porte ouverte. Gérard coupe son bois lui-même, du chêne et du châtaignier, sur une parcelle achetée à un voisin. Il le fend en septembre et l'empile sous l'appentis, contre le mur nord.

Soyons honnêtes, ce feu est devenu une fierté. Les petits-enfants viennent s'asseoir devant la vitre quand ils passent les vacances de la Toussaint. Les voisins demandent parfois à Gérard des conseils pour choisir leurs bûches. Il connaît le bruit de sa cheminée, la façon dont le tirage ronronne quand le temps est sec. Il sait à quelle heure recharger pour avoir encore des braises le matin. Rien, dans cette routine, ne lui semble mériter la moindre inquiétude. C'est sa maison, son bois, son feu.

Le ramoneur n'est pas revenu, et personne ne l'a rappelé

Les premières années, le ramoneur passait chaque fin d'été. C'était un homme du coin, Jacky, qui arrivait avec ses hérissons et ses bâches, buvait un café et repartait en laissant un papier signé. Martine glissait ce papier dans la pochette bleue, avec la facture de l'insert. Puis Jacky a pris sa retraite, il y a quatre ans. Il avait parlé d'un jeune repreneur, mais le numéro est resté griffonné sur un coin de calendrier, et le calendrier a fini au recyclage.

Gérard ne s'est pas affolé. Il a acheté en grande surface des bûches de ramonage chimique, ces gros blocs emballés qu'on fait brûler une fois par saison. Sur l'emballage, on parlait de conduit nettoyé et de suie décollée. Il en a brûlé une chaque automne, consciencieusement, en ouvrant bien la fenêtre. Il a même grimpé une fois sur le toit, avec une brosse vissée au bout de cannes, pour frotter le haut du conduit. Il en est redescendu couvert de noir et plutôt satisfait.

Ce n'était pas de la négligence, à ses yeux, plutôt une forme de débrouillardise. Il a toujours tout entretenu lui-même, les tondeuses, la voiture, la chaudière de l'ancien atelier. Payer quelqu'un pour passer une brosse dans un tuyau lui paraissait presque une faiblesse. Je l'ai toujours fait moi-même, je sais ce que je fais, répondait-il à Martine quand elle évoquait le sujet. Elle n'insistait pas. Le feu marchait, la maison était chaude, et personne autour d'eux ne parlait jamais de ces histoires de certificats.

« Je l'ai toujours fait moi-même, les bûches de ramonage, la brosse sur le toit, je pensais vraiment que ça suffisait. »

Une odeur âcre et un grondement que Gérard ne reconnaît pas

Cet octobre-là, dès les premières flambées, Gérard remarque que la vitre noircit plus vite que d'habitude. Il met ça sur le compte d'un bois un peu jeune, coupé tard au printemps. Un soir, une odeur âcre traverse le salon, une odeur de goudron chaud, différente de celle du feu ordinaire. Martine fronce le nez depuis son fauteuil. Gérard ouvre la fenêtre, recharge avec deux bûches bien sèches et l'odeur finit par se dissiper. Le lendemain, il n'y pense plus du tout.

Le dimanche suivant, vers vingt et une heures, un bruit étrange monte du conduit. Ce n'est pas le ronronnement habituel, c'est un grondement sourd, comme un train lointain qui passerait dans le mur. La vitre de l'insert devient d'un orange presque blanc. Martine se lève d'un bond. Gérard pose la main sur le manteau de la cheminée et la retire aussitôt, brûlante. Dehors, le voisin d'en face, Serge, sort sur son perron et crie qu'il y a des flammes au-dessus du toit.

Gérard ferme l'arrivée d'air de l'insert, comme il l'a lu un jour quelque part, pendant que Martine compose le 18 avec des doigts qui tremblent. Les pompiers arrivent de Guéret en un peu plus de quinze minutes, qui paraissent une heure entière. Ils montent sur le toit, interviennent dans le conduit, vérifient les combles avec une caméra thermique. Vers minuit, le calme revient. Le salon sent la suie mouillée, le plafond de l'étage est taché, et une poutre près du conduit est noircie sur toute sa longueur.

L'appel à l'assurance, puis cette question à laquelle personne n'avait pensé

Le lundi matin, Martine appelle l'assureur à l'ouverture, avec la pochette bleue posée sur la table de la cuisine. La conseillère est aimable, prend note, ouvre un dossier de sinistre et annonce le passage d'un expert. Puis elle pose une question simple, d'une voix neutre. Est-ce que vous avez votre certificat de ramonage de l'année ? Martine feuillette la pochette. Elle trouve la facture de l'insert, la notice, quatre vieux papiers signés de Jacky. Le dernier date de plus de quatre ans.

On connaît tous ce moment où une question anodine fait descendre un froid dans le dos. Gérard prend le téléphone, explique les bûches chimiques, la brosse, le toit. La conseillère note tout, sans commenter, et rappelle que l'expert examinera la situation. Elle ne parle pas de refus, elle parle de conditions du contrat. Après avoir raccroché, Gérard ressort le contrat d'habitation du buffet. Il cherche longtemps, lunettes sur le nez, avant de tomber sur un paragraphe consacré à l'entretien des conduits de fumée.

Le texte parle d'un ramonage effectué conformément à la réglementation en vigueur, par un professionnel. Gérard appelle son fils, qui vit à Limoges, puis Serge, qui a une cheminée lui aussi. Serge avoue qu'il fait venir un ramoneur deux fois par an, sans trop savoir pourquoi, parce que son père le faisait. Gérard essaie de joindre le repreneur de Jacky : messagerie pleine. Il en appelle un autre, à Aubusson, qui ne peut passer que dans trois semaines. Pendant ce temps, l'insert reste éteint et la maison refroidit.

« Quand la conseillère m'a demandé le certificat, j'ai ouvert la pochette et j'ai vu que le dernier datait de quatre ans. »

Ce que l'expert a trouvé dans le conduit, et ce que dit la règle

L'expert arrive un jeudi, un homme calme avec une lampe frontale et une tablette. Il regarde le conduit, fait des photos, demande à voir le bois. Puis il montre à Gérard ce qu'il appelle du bistre, une croûte noire et brillante collée à l'intérieur du tubage, épaisse par endroits. C'est ce dépôt qui s'est enflammé, explique-t-il, et les bûches chimiques ne l'enlèvent pas toutes seules. Gérard regarde les photos longtemps. Il croyait avoir un conduit propre depuis quatre ans.

L'expert explique aussi ce que Gérard ignorait totalement. Dans la plupart des départements, le règlement sanitaire départemental impose un ramonage mécanique au moins une fois par an, et souvent deux pour les appareils au bois, dont une pendant la saison de chauffe. Ce ramonage doit être fait par un professionnel, qui remet un certificat. Ce papier n'est pas une formalité inventée par les assurances, dit-il. C'est la preuve que l'obligation a été respectée, et le contrat de Gérard y fait expressément référence.

Gérard pose la seule question qui l'obsède depuis lundi. Est-ce qu'ils vont tout refuser ? L'expert reste prudent. Il explique que, dans son dossier, l'assureur ne peut pas simplement se cacher derrière l'absence de papier. Il doit établir un lien entre le défaut d'entretien et le sinistre, et c'est précisément ce que ses photos risquent de montrer. Selon les contrats, cela peut se traduire par une franchise supplémentaire ou une indemnité réduite. Gérard raccompagne l'expert jusqu'à sa voiture, sans rien dire, les mains dans les poches.

Une poutre à changer, une franchise, et un rendez-vous noté au frigo

La lettre de l'assureur arrive un mois plus tard. Le sinistre est bien pris en charge, mais une franchise spécifique est appliquée pour défaut d'entretien du conduit, conformément au contrat. Entre cette franchise, la poutre à reprendre, le plafond à repeindre et le tubage à remplacer, Gérard calcule qu'il lui restera un peu plus de deux mille euros à sa charge. Martine dit que ça aurait pu être bien pire, que la maison est debout et qu'ils sont en bonne santé. Gérard le sait, mais il rumine.

Le nouveau ramoneur est passé, un garçon de trente ans très méthodique, qui a filmé l'intérieur du nouveau conduit avant la remise en service. Il a laissé un certificat daté, signé, avec son tampon. Martine l'a photographié avec son téléphone, puis rangé dans la pochette bleue. Il a aussi conseillé à Gérard de mieux sécher son bois, au moins dix-huit mois sous abri. Gérard a ri jaune. Des tracteurs, j'en ai réparé des centaines, mais mon propre tuyau, je ne l'ai jamais vraiment regardé, avoue-t-il.

Sur la porte du frigo, un aimant tient désormais une petite feuille avec deux dates : une fin septembre, une en janvier. Gérard en parle à tous ceux qui passent, au marché, au bar-tabac, à Serge par-dessus la haie. Il ne fait pas la leçon, il raconte simplement le grondement dans le mur et la lettre de l'assureur. Le premier soir de flambée, cet automne, il est resté longtemps devant la vitre, l'oreille tendue. Le feu ronronnait normalement. Il a fini par s'asseoir, rassuré, presque surpris de l'être.

« Le grondement dans le mur, je ne l'oublierai pas, on aurait dit un train qui passait dans le salon. »

  • Vérifiez le règlement sanitaire de votre département : un à deux ramonages par an sont souvent exigés.
  • Faites ramoner par un professionnel, qui doit vous remettre un certificat daté et signé.
  • Les bûches de ramonage chimique ne remplacent pas un ramonage mécanique.
  • Relisez la clause d'entretien des conduits dans votre contrat d'habitation.
  • Conservez chaque certificat, papier et photo, avec la facture de votre appareil.
  • Brûlez un bois sec, stocké sous abri au moins dix-huit mois, pour limiter le bistre.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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