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Il était sept heures, un matin de janvier, et la lampe de chevet jetait une lumière jaune sur le mur. Nathalie a tiré le rideau, et la vitre ruisselait comme après une douche. En se penchant pour ramasser une chaussette, elle a vu la tache, noire et duveteuse, nichée dans l'angle du plafond. Elle a passé le doigt dessus, et le doigt est revenu gris.
Une vieille maison de bourg aimée pour ses défauts
Nathalie a quarante-six ans, elle est aide-soignante à l'hôpital de la sous-préfecture, à vingt minutes en voiture. Avec Julien, son compagnon, elle a acheté il y a huit ans une maison de bourg construite au début des années soixante. Les murs sont épais, le jardin donne sur un ancien verger, et les deux enfants ont chacun leur chambre à l'étage. Les fenêtres en bois d'origine, peintes en blanc, ont gardé leurs crémones en laiton qui grincent légèrement quand on les tourne.
Les premiers hivers, la maison avait ses habitudes, et la famille avait appris à vivre avec. On sentait un petit filet d'air froid près des châssis, surtout les soirs de vent d'ouest. Les rideaux bougeaient parfois tout seuls, ce qui faisait rire Lucie, la cadette, qui parlait d'un fantôme poli. Julien glissait des boudins de tissu au pied des portes-fenêtres du salon, et chacun enfilait un gilet sans vraiment se plaindre, puisque c'était le charme de l'ancien.
Le chauffage au gaz tournait tout l'hiver, réglé à dix-neuf degrés, comme on le conseille partout. La facture, elle, grimpait doucement d'une année sur l'autre, au rythme des hausses de prix. Nathalie gardait les relevés dans une chemise cartonnée rangée dans le buffet de la cuisine. Elle ne se sentait pas riche, mais elle ne s'inquiétait pas outre mesure. La maison était saine, se disait-elle, puisqu'elle n'avait jamais vu la moindre trace d'humidité, pas même dans la salle de bains.
En octobre, la bonne idée qui devait tout régler
À la fin de l'été, la facture annuelle de régularisation est arrivée avec un rappel de plusieurs centaines d'euros. Nathalie l'a posée sur la table, et le soir même, la conversation a tourné autour des fenêtres. Les remplacer toutes coûtait trop cher, ils avaient reçu un devis l'année précédente et l'avaient rangé sans répondre. Julien a suggéré une solution plus modeste, entendue chez un collègue qui avait fait la même chose chez lui avec un résultat apparemment spectaculaire.
Un menuisier du canton est venu un samedi d'octobre, avec une camionnette blanche et une caisse à outils pleine de rouleaux. Il a raboté les ouvrants qui frottaient, posé des joints neufs en caoutchouc tout autour des dormants, puis colmaté les fentes des coffres de volets roulants. Il a même proposé de boucher la petite grille du mur de la cuisine, qui laissait passer un sifflement désagréable les jours de vent. Nathalie a accepté sans hésiter, contente de voir disparaître ce trou qu'elle trouvait laid.
Le soir, la différence était nette, et toute la famille l'a remarquée dès le dîner. Plus de filet d'air sur les chevilles, plus de rideaux qui ondulaient, plus de sifflement dans la cuisine. Julien a passé la main le long des fenêtres comme un inspecteur, l'air satisfait. On a enfin une vraie maison, pas une passoire, a-t-il dit en souriant. Le thermostat a été baissé d'un degré la semaine suivante, et personne n'a ressorti les gilets, ce qui ressemblait à une petite victoire domestique.
« On a enfin une vraie maison, pas une passoire, je me souviens d'avoir dit ça en passant la main sur les fenêtres. »
Les vitres embuées que personne ne voulait regarder
En novembre, le premier signe est apparu, si discret qu'il a été mis sur le compte de la saison. Chaque matin, les vitres des chambres étaient couvertes de buée, avec de petites gouttes qui glissaient jusqu'au rebord. Nathalie passait un chiffon avant de partir travailler, puis l'oubliait jusqu'au lendemain. Chez sa mère, les fenêtres faisaient pareil quand il gelait, alors elle trouvait cela normal. Soyons honnêtes, personne n'a envie de chercher un problème dans une maison qu'on vient enfin d'améliorer.
Il y avait aussi cette odeur dans la chambre de Théo, le fils aîné, qui a quinze ans. Une odeur de cave, un peu sucrée, que Nathalie attribuait aux baskets et aux serviettes de sport oubliées sous le lit. Elle ouvrait parfois la porte en grand, vaporisait un désodorisant à la lavande et refermait derrière elle. Théo, lui, ne sentait rien, ou disait ne rien sentir. Le linge mis à sécher sur l'étendoir du palier mettait pourtant deux jours entiers à sécher, contre une nuit auparavant.
Julien a fini par remarquer que le papier peint gondolait légèrement derrière la tête de lit de leur chambre. Il a appuyé dessus, le papier était froid et un peu mou sous le doigt. Il a haussé les épaules, a parlé de vieux murs qui travaillent avec l'hiver. Ça a toujours été un mur mal isolé, il est plein nord, a-t-il dit. La conversation s'est arrêtée là, parce que les enfants réclamaient le dîner et que la semaine était chargée pour tout le monde.
Janvier, les taches noires et les mauvaises pistes
Puis il y a eu ce matin de janvier, la chaussette ramassée, la tache dans l'angle du plafond. En faisant le tour, Nathalie en a trouvé d'autres, derrière l'armoire de Lucie, au-dessus de la fenêtre de Théo, dans le coin de leur propre chambre. Elles avaient toutes la même forme, des nuages gris foncé qui partaient des angles et des murs extérieurs. Elle a appelé Julien à l'étage d'une voix qu'il ne lui connaissait pas, et ils sont restés plantés là, en pyjama.
La première idée a été le toit, forcément, avec les tempêtes de décembre. Julien est monté dans les combles avec une lampe frontale, il a cherché une tuile déplacée, une auréole sur la laine de verre, une trace de ruissellement. Rien, tout était sec. Ils ont ensuite soupçonné une fuite de canalisation dans la cloison, puis des remontées d'humidité par le sol. Un plombier est venu, a testé la pression du circuit, et a facturé son déplacement sans rien trouver d'anormal.
Nathalie a frotté les taches avec de l'eau de javel diluée, en ouvrant la fenêtre pour supporter l'odeur. Les taches ont pâli, puis elles sont revenues dix jours plus tard, plus grandes, comme si elles se moquaient d'elle. Lucie s'est mise à tousser la nuit, et sa mère n'a pas pu s'empêcher de faire le lien. Je nettoyais, je repeignais presque, et ça repoussait, raconte-t-elle aujourd'hui. Elle a fini par chercher un spécialiste du bâtiment, sur les conseils d'une collègue de l'hôpital.
« Je nettoyais les taches à la javel, je repeignais presque, et dix jours après ça repoussait comme si de rien n'était. »
Ce n'était pas l'eau du dehors, c'était celle de la maison
Le technicien est arrivé un mardi après-midi avec un petit appareil qui mesurait l'humidité de l'air et la température des murs. Dans la chambre de Théo, l'écran affichait près de soixante-quinze pour cent d'humidité, alors que la pièce semblait tiède. Les angles des murs extérieurs, eux, étaient nettement plus froids que le reste. Il a souri en voyant les joints neufs autour des fenêtres, et il a demandé depuis quand ils avaient été posés. Octobre, a répondu Nathalie, et il a hoché la tête lentement.
Il a expliqué les choses simplement, assis à la table de la cuisine devant un café. Une famille de quatre personnes produit chaque jour plusieurs litres de vapeur d'eau, en respirant, en cuisinant, en se douchant, en faisant sécher le linge. Avant, les fuites autour des vieilles fenêtres et la grille de la cuisine renouvelaient l'air en permanence, sans que personne y pense. Les courants d'air, c'était votre ventilation, a-t-il dit. En les supprimant, la vapeur restait enfermée dans la maison, nuit après nuit.
Cette vapeur cherche toujours l'endroit le plus froid pour se transformer en eau. Les vitres, d'abord, d'où la buée du matin, puis les angles des murs exposés au nord, les coins derrière les meubles où l'air ne circule pas. Là, l'eau se dépose en fine couche invisible, et les moisissures s'installent en quelques semaines. Ce n'était ni le toit, ni une canalisation, ni le sol. C'était l'eau qu'ils fabriquaient eux-mêmes, piégée par une maison devenue trop étanche sans qu'on lui laisse le moyen de respirer.
Dix minutes par jour et une ventilation, ce qu'ils ont changé
Le technicien n'a pas conseillé d'arracher les joints, qui faisaient bien leur travail contre le froid. Il a proposé deux choses, selon leur budget. La première ne coûtait rien : ouvrir les fenêtres en grand dix minutes chaque jour, même en hiver, pour chasser l'air humide sans refroidir les murs. La seconde demandait un artisan : installer une ventilation mécanique, avec des entrées d'air sur les fenêtres et des bouches d'extraction dans la salle de bains et la cuisine. Il a laissé un devis sur la table.
Le couple a commencé dès le lendemain par l'aération, avec une alarme sur le téléphone de Nathalie à sept heures et quart. Au début, les enfants râlaient en sentant l'air glacé dans le couloir. On connaît tous ça, la tentation de refermer au bout de deux minutes. Mais en trois semaines, la buée a presque disparu des vitres. Au printemps, une ventilation simple flux a été posée pour un peu plus de mille cinq cents euros, et la grille de la cuisine a été rouverte.
Les taches ont été traitées, puis les murs repeints avec une peinture adaptée aux pièces humides. Lucie ne tousse plus la nuit, et le linge sèche de nouveau en une soirée. Nathalie garde un petit hygromètre à huit euros sur sa commode, qu'elle regarde chaque matin comme une météo intérieure. On voulait garder la chaleur, on a gardé l'eau avec, résume-t-elle. Elle ne regrette pas les joints neufs. Elle regrette seulement d'avoir cru qu'une maison bien fermée n'avait plus besoin de respirer, et d'avoir bouché la grille.
« Il m'a regardée et il m'a dit que les courants d'air, c'était notre ventilation, et que je venais de la boucher. »
- Ouvrir les fenêtres en grand dix minutes par jour, même en hiver, chauffage coupé dans la pièce.
- Ne jamais boucher une grille ou une entrée d'air existante, même si elle siffle.
- Surveiller la buée matinale sur les vitres : c'est le premier signe d'air trop humide.
- Placer un hygromètre dans les chambres et viser un taux entre 40 et 60 %.
- Après des travaux d'étanchéité, demander à un professionnel si une ventilation mécanique est nécessaire.
- Écarter les meubles de quelques centimètres des murs extérieurs pour laisser l'air circuler.
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