Elle se colore au henné du commerce depuis cinq ans : pour ses 50 ans, sa coiffeuse range le bol de décoloration et la renvoie chez elle

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Le séchoir ronronnait au fond du salon, un samedi de mars, vers dix heures. Nathalie avait posé son sac sur ses genoux et regardait dans le miroir ses longueurs cuivrées, la photo de mèches blondes ouverte sur son téléphone. Sandrine, la coiffeuse, a glissé les doigts dans ses cheveux, les a frottés entre le pouce et l'index, puis elle a reposé le pinceau.

Cinq ans de henné dans une salle de bains de Montluçon

Nathalie a quarante-neuf ans, deux grands enfants partis étudier à Clermont et un poste de comptable dans une coopérative agricole. Depuis cinq ans, elle colore elle-même ses cheveux, un dimanche sur six, dans la petite salle de bains de sa maison de Montluçon. Elle étale une vieille serviette sur le carrelage, met la radio, et prépare sa pâte dans un bol en plastique jaune réservé à cet usage.

Le henné, elle l'achète en sachet, dans une boutique de cosmétiques du centre-ville ou parfois sur internet quand il manque en rayon. Sur l'emballage, une femme aux cheveux auburn, le mot naturel en lettres vertes et une teinte appelée cuivre intense. Elle aime l'odeur d'herbe mouillée, la texture épaisse, et ce rituel qui lui prend deux heures sans qu'elle ait à demander quoi que ce soit à personne.

Son mari, Pascal, la taquine sur la couleur de la baignoire après chaque séance, mais il reconnaît que le reflet lui va bien. Ses collègues lui demandent souvent son secret, et elle répond toujours la même chose, en riant un peu : des plantes, de la patience et une bonne douche. Pendant cinq ans, rien n'est venu troubler cette habitude tranquille, et elle n'avait aucune raison de s'en méfier.

Pour ses cinquante ans, elle décide d'éclaircir enfin

L'idée est venue en janvier, en feuilletant un magazine dans la salle d'attente du dentiste. Une femme de son âge, des mèches blondes très fines dans une base châtain, un air de vacances permanentes. Nathalie a pris la page en photo discrètement. Ses cinquante ans tombaient début avril, et elle voulait arriver à la fête organisée par sa sœur avec quelque chose de neuf, de lumineux, sans tout bouleverser.

Elle savait qu'on ne pose pas des mèches blondes soi-même sur du cuivre, qu'il fallait une professionnelle. Elle a donc appelé le salon de Sandrine, rue de la République, où elle allait seulement deux fois par an pour une coupe. Au téléphone, elle a parlé de mèches, de balayage, de blond doux, et elle a réservé un créneau de trois heures, un samedi matin, trois semaines avant son anniversaire.

Soyons honnêtes, elle n'a pas pensé une seconde à mentionner le henné. Pour elle, c'était une coloration végétale, presque une simple teinture de plante, rien qui puisse gêner un geste de coiffeuse. Elle avait même prévu de faire une dernière application la semaine précédente, pour que la base soit bien uniforme. Elle se disait que ce serait plus joli, et qu'elle arriverait au salon avec des cheveux bien préparés.

« Je ne sais pas ce qu'il y a dans votre henné, alors je ne mets pas d'oxydant dessus à l'aveugle. »

Un reflet verdâtre que personne n'avait vraiment remarqué

Il y avait pourtant eu des signes, que Nathalie avait rangés dans la catégorie des petits caprices capillaires. Depuis un an, ses pointes paraissaient plus rêches, presque cartonnées, et peignaient mal après le shampooing. Elle avait mis ça sur le compte de l'âge, des hormones, du calcaire de l'eau de Montluçon. Elle avait simplement acheté un masque plus riche, en se disant que tout le monde passait par là.

Un été, après une semaine à la piscine municipale, sa fille Chloé lui avait fait remarquer un reflet bizarre sous la lumière de la cuisine. Un vert discret, presque olive, sur les longueurs. Nathalie avait haussé les épaules, accusé le chlore, et refait une couche de henné dès la rentrée. Le cuivre avait recouvert le reflet, et l'incident était sorti de sa mémoire en quelques jours.

Il y avait aussi ce détail sur les sachets qu'elle n'avait jamais lu jusqu'au bout. La liste des composants était longue, écrite en tout petit, avec des noms qui ne ressemblaient pas à une plante. Elle avait vu le mot henné en premier, et ça lui suffisait. On connaît tous ça : on lit la promesse en grand, on ne lit pas la composition en petit, surtout quand le produit marche.

Le pinceau reposé, et l'après-midi qui tourne mal

Ce samedi de mars, Sandrine a donc frotté les cheveux de Nathalie entre ses doigts, puis lui a demandé ce qu'elle mettait dessus. Nathalie a répondu du henné, très fière, en ajoutant qu'elle en avait remis huit jours plus tôt. La coiffeuse est restée silencieuse quelques secondes. Puis elle a dit qu'elle ne ferait pas de mèches ce jour-là, ni probablement les semaines suivantes.

Nathalie a d'abord cru à une mauvaise blague, puis à un manque de temps, puis à un refus de travailler sur une couleur faite maison. Elle a insisté, a parlé de son anniversaire, de la photo, des trois heures réservées. Sandrine a tenu bon, calmement, en expliquant qu'elle ne savait pas ce qu'il y avait dans ce henné et qu'elle ne mettrait pas d'oxydant dessus à l'aveugle. Elle lui a seulement coupé les pointes.

En rentrant, Nathalie a pleuré un peu dans la voiture, vexée plus que triste. Le soir, elle a appelé une autre coiffeuse, dans une chaîne de la zone commerciale, qui a accepté au téléphone sans poser de questions. Pascal lui a conseillé d'attendre avant de confirmer. Elle a finalement rappelé Sandrine le lundi, pour comprendre, et la coiffeuse lui a proposé de revenir avec quelques cheveux coupés sur la nuque.

« Pour moi c'était des plantes, rien de plus, j'aurais juré que ça ne gênait personne. »

Dans le bol, la mèche s'est mise à chauffer

Le mardi soir, après la fermeture, Sandrine a posé la petite mèche dans un bol en verre, sous la lampe du bac à shampooing. Elle a préparé un peu d'oxydant, de l'eau oxygénée comme pour une décoloration ordinaire, avec la poudre éclaircissante. Elle a versé le mélange sur les cheveux, puis elles ont attendu, toutes les deux, debout, sans trop savoir à quoi s'attendre. Le salon sentait encore la laque.

Au bout de quelques minutes, le mélange a commencé à bouillonner, puis à dégager une vapeur légère et une odeur âcre. Le bol est devenu tiède sous les doigts de Nathalie, puis franchement chaud. La mèche a viré à un brun terne, comme cuite, et s'est cassée quand Sandrine l'a soulevée avec la pince. Nathalie a reculé d'un pas. Imaginer ce mélange posé sur son crâne pendant quarante minutes lui a donné froid.

Sandrine lui a expliqué ce qu'elle savait de son métier. Certains hennés du commerce ne contiennent pas que la plante : on y ajoute parfois des sels métalliques pour fixer ou foncer la teinte. Or ces sels réagissent violemment avec l'eau oxygénée des décolorations et des colorations d'oxydation. Voilà pourquoi elle exige un test de mèche avant tout éclaircissement sur une chevelure qui a reçu du henné dont elle ignore la composition.

Ce qu'il reste à faire avant de rêver de blond

Le lendemain, Nathalie a ressorti un vieux sachet du placard et a lu la composition avec ses lunettes. Elle n'a pas su déchiffrer chaque nom, mais elle a compris que son cuivre intense n'était pas seulement une poudre de feuilles. Elle a renoncé aux mèches pour son anniversaire. Elle est arrivée à la fête avec une coupe nette, un carré sous la mâchoire, et personne n'a regretté le blond.

Le reste prend du temps, et un peu d'argent. Sandrine lui a conseillé d'arrêter le henné et de laisser repousser, en coupant régulièrement les longueurs chargées. Chaque coupe coûte une cinquantaine d'euros, et il faudra compter de longs mois avant d'avoir assez de cheveux vierges pour éclaircir sans risque. Un nouveau test de mèche sera fait avant toute décoloration, même si les racines paraissent propres. Nathalie a accepté ce calendrier sans discuter.

Aujourd'hui, elle en parle à ses collègues qui se colorent seules dans leur salle de bains. Elle ne leur dit pas d'arrêter, elle leur dit de lire les sachets et de prévenir leur coiffeuse. Elle a gardé le bol en verre du test, que Sandrine lui a donné en souvenir. Il est sur l'étagère de la salle de bains, à côté du bol jaune, et elle le regarde chaque matin en se brossant les cheveux.

« Quand le bol est devenu chaud sous mes doigts, j'ai pensé à mon crâne pendant quarante minutes. »

  • Lire la composition complète du sachet de henné, pas seulement le nom en gros sur l'emballage.
  • Signaler à sa coiffeuse toute coloration faite à la maison, même dite végétale ou naturelle.
  • Accepter le test de mèche avant tout éclaircissement, sur des cheveux prélevés discrètement sur la nuque.
  • Ne pas refaire une couche de henné juste avant un rendez-vous de mèches ou de décoloration.
  • Surveiller les signes inhabituels : pointes cartonnées, reflets verdâtres, cheveux qui cassent.
  • Prévoir du temps et plusieurs coupes pour laisser repousser des cheveux vierges avant de blondir.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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