Elle achète un radiateur à bain d’huile pour ne plus rallumer sa chaudière : en janvier, sa facture d’électricité grimpe de 90 euros

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Sept heures du soir, la nuit tombée depuis longtemps sur le lotissement. Dans le salon, le radiateur à bain d'huile émet de petits claquements, comme une casserole qui refroidit. Nadine pose ses mains à plat sur les ailettes tièdes, puis s'installe dans le fauteuil avec un plaid sur les genoux. Sur la table basse, une enveloppe de son fournisseur d'électricité attend, encore fermée.

Une maison des années soixante-dix et une chaudière qu'on ménage

Nadine a 58 ans et travaille comme aide-soignante dans un Ehpad à vingt minutes de chez elle. Depuis son divorce, elle vit seule dans une maison de plain-pied, achetée avec son ex-mari en 1998, au bout d'une impasse tranquille. Les murs datent des années soixante-dix, les fenêtres ont été changées il y a dix ans, mais le grenier reste mal isolé. Le soir, elle rentre fatiguée, mange devant la télévision et se couche tôt, parce que ses journées commencent souvent à six heures et demie.

Le chauffage central fonctionne au fioul, avec une vieille chaudière installée dans le cellier, à côté de la machine à laver. Chaque automne, Nadine regarde le niveau de la cuve avec une petite appréhension, la lampe torche à la main. Le dernier plein lui a coûté plus de mille euros, une somme qui l'a fait grimacer pendant des semaines. Depuis, elle ménage la chaudière comme on ménage une vieille voiture, en se demandant chaque hiver si elle tiendra encore une saison complète.

Sa fille Camille, qui vit à Limoges avec son compagnon, l'appelle presque tous les dimanches en fin d'après-midi. Elles parlent des petits-enfants, du travail, des voisins qui ont refait leur toiture. Quand Camille lui demande si elle n'a pas froid, Nadine répond toujours que ça va, qu'elle met un pull de plus. Soyons honnêtes, ce n'est pas tout à fait vrai. Le soir, dans le salon, la température descend vite sous les dix-sept degrés, et elle finit souvent emmitouflée dans son plaid jusqu'au menton.

En novembre, un radiateur vanté comme économique dans un rayon

Un samedi de novembre, Nadine accompagne une collègue dans une grande surface de bricolage, à la sortie de la ville. Au bout d'une allée, une pyramide de radiateurs à bain d'huile attend les clients, avec des affiches colorées. Les cartons promettent une chaleur douce, une inertie qui dure, et une étiquette jaune parle d'un appareil économique. Le modèle le plus vendu affiche 2 000 watts, sept éléments, trois positions et un thermostat réglable. Il coûte soixante-neuf euros, à peine le prix d'un plein de voiture.

Nadine hésite devant le rayon, son téléphone dans la main, et lit les avis des acheteurs sur le site du magasin. Beaucoup parlent d'un appareil silencieux, qui garde la chaleur longtemps après avoir été éteint. Sa collègue Sylvie en possède un depuis deux ans et ne jure que par lui. Moi, je l'allume dans la chambre une heure avant de me coucher, et c'est parfait, lui explique-t-elle en haussant les épaules. Nadine pense surtout à la cuve de fioul qu'elle n'aura pas à remplir.

Son raisonnement lui paraît solide, et il l'est en partie. Plutôt que de chauffer toute la maison avec la chaudière, elle ne chauffera que la pièce où elle vit vraiment le soir. Les chambres resteront fraîches, le couloir aussi, et le fioul durera jusqu'au printemps. Elle repart avec le carton sous le bras, le pose dans le coffre de sa petite citadine et se sent presque fière. Pour la première fois depuis des années, elle a l'impression d'avoir trouvé une astuce intelligente contre l'hiver.

« Je pensais que l'huile gardait la chaleur et que l'appareil allait se reposer, mais le voyant restait allumé tout le temps. »

Le petit voyant orange qui ne s'éteint presque jamais

Les premiers soirs, Nadine découvre un confort qu'elle avait oublié depuis longtemps. Elle branche le radiateur en rentrant du travail, le pousse près du canapé et règle le thermostat au maximum pour que la pièce chauffe vite. La chaleur monte doucement, sans bruit, et elle peut enfin enlever son gros pull en laine. Elle prend l'habitude de le laisser tourner jusqu'au coucher, puis de le traîner dans sa chambre pour la nuit. Les roulettes grincent un peu sur le carrelage, mais elle s'y fait très vite.

Un détail, pourtant, ne colle pas tout à fait avec l'idée qu'elle se faisait de l'appareil. Le petit voyant orange, qui indique que la résistance chauffe, reste allumé presque en permanence. Nadine pensait que le bain d'huile accumulait la chaleur et que le radiateur se reposerait ensuite de longues minutes. Dans son salon mal isolé, il ne se repose quasiment jamais. Elle le remarque un soir, en éteignant la lumière, puis elle n'y pense plus, parce qu'elle a chaud et que c'est tout ce qui compte.

En décembre, avec les gardes de week-end et les fêtes, l'appareil tourne encore davantage. Nadine passe ses jours de repos à la maison, à trier des papiers ou à regarder des films, et le radiateur l'accompagne d'une pièce à l'autre. Le matin, elle l'allume parfois dans la salle de bains pendant qu'elle prend son café. On connaît tous ça : un geste pris pour une bonne raison devient une habitude, puis on cesse de le voir. La chaudière, elle, reste silencieuse dans le cellier, et la cuve de fioul ne bouge plus.

Une facture de janvier qui ne ressemble à aucune autre

Le soir où elle ouvre enfin l'enveloppe, Nadine relit le montant trois fois, persuadée de s'être trompée de ligne. Sa facture d'électricité de janvier dépasse de quatre-vingt-dix euros celle de l'an dernier à la même période. Elle compare les deux feuilles posées côte à côte sur la table de la cuisine, le stylo à la main. Rien n'a changé dans sa vie, se dit-elle, ni le frigo, ni le four, ni la machine à laver. Elle pense d'abord à une erreur de relevé, ou à une hausse de tarif.

Le lendemain, pendant sa pause, elle appelle le service client de son fournisseur depuis la salle de repos de l'Ehpad. Une conseillère patiente lui explique que le relevé provient du compteur communicant, transmis automatiquement chaque jour. Le tarif du kilowattheure n'a presque pas bougé, et aucune anomalie n'apparaît dans les données. Je vous assure que je n'ai rien changé chez moi, répète Nadine, un peu sèchement. La conseillère lui conseille de consulter sa courbe de consommation sur son espace client, jour par jour.

Le soir même, Nadine s'installe devant l'ordinateur portable que lui a laissé Camille et cherche son mot de passe pendant vingt minutes. Quand la courbe s'affiche enfin, elle découvre des barres beaucoup plus hautes à partir de la mi-novembre. Certains jours de repos, la consommation dépasse vingt kilowattheures, contre six ou sept habituellement. Elle soupçonne alors le chauffe-eau, qui a plus de quinze ans, ou un défaut électrique quelque part dans la maison. Inquiète, elle envoie un message à son voisin Gérard, électricien à la retraite.

« Je vous assure que je n'ai rien changé chez moi, ni le frigo, ni le four, rien du tout. »

Gérard, un multiprise et le calcul fait sur un coin de nappe

Gérard arrive le samedi matin avec une petite sacoche et un appareil de mesure qu'il branche entre la prise et le radiateur. Il a soixante-sept ans, des mains larges et une patience de vieux artisan. Il vérifie d'abord le chauffe-eau, puis le tableau électrique, sans rien trouver d'anormal. Ensuite il regarde longtemps le radiateur à bain d'huile, toujours allumé près du canapé. L'écran de son boîtier affiche un peu moins de deux mille watts, et le chiffre ne bouge pratiquement pas.

Gérard s'assoit à la table de la cuisine, prend un stylo et écrit directement sur la toile cirée, ce qui fait sourire Nadine malgré elle. Ton radiateur fait deux mille watts, donc il consomme deux kilowattheures par heure, ni plus ni moins, explique-t-il calmement. Il ajoute que le bain d'huile ne change rien à cette règle : tout radiateur électrique transforme un kilowattheure d'électricité en un kilowattheure de chaleur. L'huile répartit la chaleur plus doucement, mais elle ne fabrique pas d'énergie gratuite.

Puis il pose le calcul, ligne après ligne, avec le prix du kilowattheure inscrit sur la facture, autour de vingt-cinq centimes. Quatre-vingt-dix euros divisés par vingt-cinq centimes, cela fait environ trois cent soixante kilowattheures supplémentaires. Divisés par deux, cela donne cent quatre-vingts heures de fonctionnement à pleine puissance, soit à peu près six heures par jour sur un mois. Nadine reste silencieuse un moment devant les chiffres. Ce n'était ni une panne, ni une erreur du fournisseur : c'était simplement le temps passé allumé.

Ce que Nadine a changé, et ce qu'elle regarde désormais

Depuis cette matinée, Nadine n'a pas jeté son radiateur, mais elle ne l'utilise plus de la même façon. Elle a compris que l'étiquette économique ne voulait rien dire, puisque n'importe quel modèle de même puissance aurait consommé autant. Le seul levier, pour elle, c'est la durée pendant laquelle l'appareil tourne réellement. Elle l'allume désormais une heure avant d'aller se coucher, thermostat en position moyenne, et le coupe en se glissant sous la couette. Elle a aussi acheté une prise programmable à quinze euros, conseillée par Gérard.

Elle a fait d'autres calculs, cette fois avec Camille au téléphone, qui riait de voir sa mère devenue experte en kilowattheures. Elle a comparé avec le prix du fioul et décidé de rallumer la chaudière à température basse les jours de grand froid, tout en calfeutrant la porte du grenier. Avant, je regardais le prix de l'appareil, maintenant je regarde combien d'heures il tourne, dit-elle simplement. Sa facture de février a déjà baissé, sans revenir tout à fait au niveau d'avant.

Pour ceux qui hésitent devant le même rayon, Nadine résume son expérience par quelques gestes simples, notés sur un papier aimanté sur son frigo. Il s'agit de lire la puissance inscrite sous l'appareil, de la convertir en kilowattheures par heure, puis de multiplier par le prix figurant sur sa propre facture. Il faut ensuite estimer honnêtement le nombre d'heures d'utilisation par jour, sans oublier les jours de repos. Le résultat donne une idée assez juste du coût réel, bien avant l'arrivée de l'enveloppe suivante.

« Ton radiateur fait deux mille watts, donc il consomme deux kilowattheures par heure, ni plus ni moins, huile ou pas huile. »

  • Lire la puissance de l'appareil sur l'étiquette : 2 000 watts correspondent à 2 kWh par heure à pleine puissance.
  • Relever le prix du kWh sur sa propre facture, autour de 25 centimes dans le cas de Nadine.
  • Multiplier les kWh par heure par le nombre d'heures d'utilisation quotidienne, puis par le prix du kWh.
  • Consulter la courbe de consommation journalière sur son espace client pour repérer les hausses.
  • Limiter la durée d'utilisation avec une prise programmable et un thermostat réglé plus bas.
  • Se méfier des mentions économique : à puissance égale, tous les radiateurs électriques consomment autant.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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