À 64 ans, Gérard se réveille chaque matin à cinq heures : il accuse sa retraite toute neuve, et c’est sa fille qui regarde le calendrier

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Il est cinq heures, et la maison de Gérard craque doucement dans le noir. Le radiateur de la cuisine tic-taque en chauffant, la bouilloire commence à siffler, et dehors, la rue des Tilleuls est encore vide. Gérard, 64 ans, enfile son gilet sur son pyjama, les yeux grands ouverts. Pour la quatrième nuit d'affilée, son corps l'a sorti du lit une heure trop tôt.

Trente-huit ans de bus, puis enfin le droit de dormir

Pendant trente-huit ans, Gérard a conduit les bus de la ligne 12, à la sortie de Tours. Son réveil sonnait à cinq heures moins le quart, hiver comme été, et il connaissait chaque nid-de-poule du trajet. Le premier septembre, il a rendu son badge, reçu une montre et un gâteau au chocolat. Il s'était promis une chose simple, presque enfantine : ne plus jamais régler de réveil, laisser le jour venir le chercher.

Les premières semaines lui ont donné raison. Il ouvrait les yeux vers six heures, parfois six heures et demie, sans sursaut ni sonnerie. Monique, sa femme, dormait encore quand il descendait préparer le café. Il lisait le journal du village sur la table de la cuisine, regardait la lumière monter derrière le noyer du jardin. Il disait à qui voulait l'entendre que la retraite, finalement, c'était surtout ce moment-là, ce silence du matin.

Monique, elle, travaille encore deux jours par semaine à la médiathèque. Elle a gardé ses habitudes, un peu amusée de voir son mari découvrir la lenteur. Le soir, ils dînaient vers vingt heures, regardaient un film, montaient vers vingt-trois heures. Rien de remarquable, une vie réglée comme une pendule. Soyons honnêtes, Gérard en était assez fier. Il avait tenu sa promesse, et son sommeil semblait l'en remercier chaque matin.

Le choix de vivre sans réveil, au rythme de ses envies

Avec l'automne, Gérard a pris d'autres libertés. Puisque plus rien ne l'attendait, il a décidé de ne plus rien caler sur l'horloge. Il déjeunait quand il avait faim, faisait une sieste quand ses paupières tombaient, sortait marcher selon la météo. Il trouvait cela sain, logique même, après des décennies à obéir aux horaires de la régie des transports. Son corps saurait mieux que personne ce dont il avait besoin.

Il a aussi changé ses promenades. Avant, il marchait le matin, au lever du jour, avec le chien des voisins qu'il gardait parfois. En octobre, les matins sont devenus gris et humides, alors il a repoussé la balade à l'après-midi. Il restait à l'intérieur jusqu'à midi, volets à moitié fermés pour ne pas réveiller Monique. La maison était tiède, la lumière basse, et il appelait ça son cocon de retraité.

Je n'ai plus de patron, je n'ai plus d'horaires, a-t-il lancé un dimanche à sa fille Claire au téléphone. Elle a ri, lui a dit qu'il avait bien mérité ça. Personne ne voyait de mal à cette manière de vivre au fil des envies. On connaît tous ce rêve-là, celui de ne plus rendre de comptes à une montre. Gérard l'avait atteint, et il ne se doutait pas qu'il allait bientôt le payer.

« Je n'ai plus de patron, je n'ai plus d'horaires, alors pourquoi je me lève avant les poules, franchement. »

Un dernier dimanche d'octobre, une heure qui disparaît sans bruit

Le lundi 26 octobre, Gérard s'est réveillé à cinq heures pile. Il a regardé le radio-réveil de la table de nuit, a cru à une erreur, s'est retourné. Impossible de se rendormir. Il est descendu, a fait du café, s'est assis dans la cuisine noire en écoutant la pluie sur la véranda. Il s'est dit que c'était un accident, une mauvaise digestion peut-être, ou le fromage de la veille.

Le mardi, rebelote. Cinq heures, les yeux ouverts comme des soucoupes, l'esprit déjà en route. Le mercredi aussi. Le soir, en revanche, il piquait du nez devant la télévision dès vingt et une heures, ce qui ne lui ressemblait pas. Monique le retrouvait endormi sur le canapé, la télécommande dans la main. Il se réveillait en grognant, montait se coucher, et le lendemain tout recommençait, comme une boucle qu'il ne savait plus arrêter.

Un détail aurait pu l'alerter. Le dimanche précédent, Monique avait passé un moment à remettre à l'heure le four et la voiture, en pestant contre ces boutons minuscules. Gérard l'avait vue faire sans y prêter attention. Le radio-réveil et son téléphone s'étaient réglés tout seuls. Pour lui, rien n'avait changé dans sa semaine. Il n'avait aucun rendez-vous, aucun train, aucune raison de se soucier d'une aiguille déplacée sur un cadran.

Il cherche la faute dans la retraite, puis dans l'âge

À la fin de la semaine, Gérard tournait en rond. Il rangeait le garage à six heures du matin, triait des vis dans des boîtes de conserve, faisait des tours de jardin à la lampe frontale. Il se sentait inutile et fatigué en même temps, une sensation qu'il n'avait jamais connue. Il en a conclu que la retraite lui abîmait le sommeil, qu'à force de ne plus rien faire, son corps ne savait plus se reposer.

Il a d'abord essayé de se coucher plus tard, en luttant devant des documentaires jusqu'à minuit. Résultat, il se réveillait quand même à cinq heures, avec une heure de sommeil en moins. Il a tenté la tisane de tilleul, puis un verre de vin rouge, que Monique a vu d'un mauvais œil. Il a même pensé acheter des somnifères, avant de se raviser. Il a pris rendez-vous chez son médecin traitant, mais le premier créneau tombait trois semaines plus tard.

C'est à la pharmacie de la place qu'il a vidé son sac, un samedi matin. Je dors comme un vieux, maintenant, voilà ce que ça fait d'arrêter de travailler, a-t-il soupiré devant le comptoir. La pharmacienne, Sandrine, l'a écouté sans l'interrompre. Elle lui a demandé depuis quand exactement ces réveils avaient commencé. Gérard a compté sur ses doigts. Depuis le lundi, a-t-il répondu, le lendemain d'un dimanche tout à fait ordinaire, ou presque.

« Je dors comme un vieux maintenant, voilà ce que ça fait d'arrêter de travailler, je vous assure. »

Ce n'était pas la retraite, c'était l'heure d'hiver

Sandrine a souri et a tourné l'écran de son ordinateur vers lui. Le dimanche 25 octobre 2026, à trois heures du matin, les horloges françaises avaient reculé d'une heure. Le passage à l'heure d'hiver. Quand Gérard ouvrait les yeux à cinq heures sur son réveil, son corps, lui, croyait qu'il en était six. Exactement l'heure à laquelle il se levait tranquillement depuis septembre. Rien ne s'était détraqué en lui : c'était le monde qui avait bougé.

Elle lui a expliqué ce qu'elle voit chaque automne au comptoir. Selon elle, l'horloge interne ne se déplace pas d'un coup, comme l'aiguille d'une montre. Elle met plusieurs jours à se recaler, parfois une bonne semaine. D'où ces réveils trop tôt le matin et ces coups de barre le soir, à une heure qui correspondait encore, pour son corps, à vingt-deux heures. Gérard a mis un moment à digérer l'information. Il s'était inventé tout un drame de retraité.

Le plus vexant, c'est qu'il avait lui-même ralenti l'ajustement. Sandrine lui a fait remarquer qu'en restant volets mi-clos le matin et en mangeant à n'importe quelle heure, il privait son corps de ses repères habituels. Elle n'est pas médecin du sommeil, a-t-elle précisé, mais chez beaucoup de ses clients, la lumière du matin et des horaires réguliers aidaient à remettre les pendules à l'heure. Trente-huit ans de lever à heure fixe, et c'était justement ce qu'il avait abandonné.

Un rideau ouvert, un bol à huit heures, et le sommeil revient

Gérard est rentré chez lui un peu penaud, et il a tout changé le lendemain. Il a ouvert grand les volets dès le réveil, même sous la pluie. Il a repris la promenade du matin avec le chien des voisins, une demi-heure dehors dans le jour qui se lève. Il a fixé son petit déjeuner à huit heures, son déjeuner à midi et demi, son coucher à vingt-trois heures, sans négocier. Monique a trouvé qu'il redevenait chauffeur de bus.

Il lui a fallu cinq ou six jours pour retrouver ses réveils à six heures et demie. Au début, il se forçait à rester dans la chambre, sans allumer la lumière, en écoutant la radio tout bas. Puis les nuits se sont allongées, les siestes ont raccourci, les soirées devant la télé ont retrouvé leur fin naturelle. Il avait cru perdre quelque chose d'important avec la retraite. Il avait seulement perdu une heure, et le chemin pour la rattraper.

Aujourd'hui, il en rit avec Claire, qui ne manque pas de le taquiner. J'ai failli acheter des somnifères pour une histoire de pendule, raconte-t-il aux anciens collègues qu'il croise au marché. Il a noté dans son agenda le dernier dimanche de mars, pour le passage à l'heure d'été, et celui d'octobre prochain. Ce qu'il retient tient en quelques gestes simples, qu'il affiche désormais sur le frigo, entre une photo de ses petits-enfants et la liste des courses.

« Trente-huit ans à me lever à heure fixe, et c'est justement ça que j'ai lâché en premier. »

  • Noter dans son agenda le dernier dimanche d'octobre et le dernier dimanche de mars.
  • Ouvrir les volets dès le réveil et sortir une demi-heure à la lumière du matin.
  • Garder des heures fixes pour les repas, le lever et le coucher pendant la semaine qui suit.
  • Éviter de veiller plus tard pour compenser un réveil trop matinal.
  • Raccourcir les siestes le temps que l'horloge interne se recale.
  • Consulter son médecin si les troubles du sommeil persistent au-delà de quelques semaines.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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