Il se réveille à cinq heures depuis le changement d’heure : trois semaines plus tard, il tourne encore dans sa cuisine avant le jour

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Il est cinq heures moins dix, et la cuisine sent encore le café de la veille. Gérard, 64 ans, ouvre le placard sans bruit, attrape une tasse, la repose. Dehors, le lampadaire de la rue grésille au-dessus des poubelles. Le frigo ronronne. Depuis le dimanche 25 octobre, c'est la même scène, chaque matin, et le jour ne se lève qu'à huit heures.

Une maison réglée comme une pendule depuis trente ans

Gérard habite une petite maison en brique à la sortie de Montluçon, avec Josiane, sa femme, depuis trente et un ans. Il a été conducteur de car scolaire pendant toute sa carrière, et il en garde des horaires précis. Lever à six heures et demie, café, journal, puis un tour au jardin quand le temps le permet. Le soir, il regarde les informations régionales, et il monte se coucher vers vingt-deux heures trente. Cette régularité, il en est fier, et il la présente souvent comme le secret de sa bonne santé.

Josiane, elle, se moque gentiment de cette mécanique. Elle dit qu'on pourrait régler les horloges de la commune sur son mari. Depuis qu'il est à la retraite, rien n'a vraiment bougé dans cette organisation, sauf l'heure du café, un peu plus tardive. Le couple a ses habitudes : les courses le mardi, le marché le samedi matin, les petits-enfants le mercredi après-midi. Les journées sont pleines sans être chargées, et Gérard dort, selon ses propres mots, comme une souche depuis toujours, sans jamais se réveiller la nuit.

Chaque année, le changement d'heure passait sans qu'il y pense vraiment. Il remettait la pendule du salon à l'heure, celle du four, celle de la voiture, et il oubliait systématiquement le radio-réveil de la chambre. On connaît tous ça. Ce petit rituel de l'automne faisait sourire Josiane, qui réglait elle-même les objets oubliés quelques jours plus tard. Personne dans la maison ne considérait cette heure de différence comme un événement. C'était une formalité, un dimanche un peu plus long que les autres, rien de plus.

Un automne gris où il décide de rester au chaud

Cette année, octobre a été pluvieux du début à la fin. Le jardin est devenu un terrain boueux, et Gérard a renoncé à ses tours de l'après-midi. Il s'est installé dans le fauteuil du salon, près du radiateur, avec ses mots croisés et la télévision allumée en fond. Il avait de bonnes raisons : un genou qui tire depuis l'été, une petite toux qu'il ne voulait pas laisser s'installer, et l'envie, simplement, de profiter du confort de la maison après une saison chargée.

Les volets du salon, il a pris l'habitude de les fermer tôt, vers seize heures trente, pour garder la chaleur. Josiane trouvait ça un peu triste, mais elle comprenait. La lumière déclinait de toute façon, le ciel restait bas, et la lampe du salon donnait une ambiance plus douce que ce gris uniforme. L'après-midi se terminait ainsi dans une pénombre tranquille, avec le bruit de la pluie sur la gouttière et l'odeur de la soupe qui mijotait doucement dans la cuisine voisine.

Le soir, après le dîner, Gérard se sentait lourd plus tôt que d'habitude. Il piquait du nez devant le film, la tête penchée sur l'épaule. Alors il a commencé à monter se coucher vers vingt et une heures, parfois un peu avant. Il se disait que le corps sait ce qu'il fait, qu'à son âge il fallait écouter la fatigue. Josiane restait en bas pour finir son émission. Elle n'y voyait rien d'inquiétant non plus : son mari se reposait, après tout, et l'hiver approchait.

« Je me levais à cinq heures et je tournais dans la cuisine comme un lion en cage, à attendre le jour. »

Le radio-réveil oublié affiche une heure qui ne colle pas

Le premier matin, le lundi 26 octobre, Gérard ouvre les yeux et regarde le radio-réveil, qui affiche six heures. Il se lève, satisfait, sans comprendre pourquoi la maison est si noire. En bas, la pendule du salon indique cinq heures. Il réalise qu'il a encore oublié de régler l'appareil de la chambre. Il en rit, se recouche une demi-heure, n'arrive pas à se rendormir et finit par descendre préparer son café, pas vraiment contrarié par cette petite avance.

Le lendemain, même scène, puis le surlendemain. Cette fois, le radio-réveil a été corrigé par Josiane, et il affiche bien cinq heures. Gérard se retrouve éveillé, les yeux grands ouverts, sans la moindre envie de rester au lit. Il descend, tourne dans la cuisine, essuie un plan de travail déjà propre, range les cuillères. Il attend le jour, qui ne vient qu'à huit heures, comme on attend un bus en retard. Le détail le gêne, mais il le met sur le compte de l'automne.

À Josiane, il en parle à peine. Il dit qu'il a un peu moins sommeil, que c'est passager. Elle remarque pourtant qu'il somnole à quinze heures dans son fauteuil, ce qui ne lui arrivait jamais. Et le soir, il bâille dès la fin du dîner. Il me disait que tout allait bien, raconte-t-elle, mais il avait des yeux de quelqu'un qui revient d'un voyage. Gérard, lui, refusait de faire le lien avec une simple heure de décalage, qui lui paraissait trop dérisoire.

Trois semaines de nuits courtes et de solutions ratées

Au bout de dix jours, Gérard commence à s'agacer. Il essaie d'abord de rester au lit coûte que coûte, les yeux fermés, en comptant les voitures qui passent sur la départementale. Ça ne marche pas : il s'énerve, se retourne, finit par réveiller Josiane. Il tente ensuite une tisane de tilleul au coucher, puis une deuxième. Il se lève alors pour aller aux toilettes à trois heures, et la nuit devient encore plus hachée. Les matins, dans la cuisine, il a l'impression de tourner en rond pour de bon.

Il appelle son frère, Bernard, qui vit à Vichy et qui a toujours un avis sur tout. Bernard lui conseille de se coucher encore plus tôt, pour récupérer. Gérard essaie, monte à vingt heures trente, et se réveille à quatre heures et demie. C'est pire. Il pense alors à un souci de santé, à son cœur, à son âge. Il s'imagine des choses la nuit, dans le noir. Soyons honnêtes, à cinq heures du matin, dans une cuisine silencieuse, toutes les inquiétudes paraissent plus grosses qu'elles ne sont.

Josiane finit par insister pour qu'il en parle à leur médecin de famille. Gérard repousse le rendez-vous, puis accepte, un peu vexé. Il prépare sa liste dans la salle d'attente : la fatigue de l'après-midi, les réveils, le genou, la toux. Il redoute qu'on lui prescrive des somnifères, dont il ne veut pas entendre parler. Je me voyais déjà avec des cachets jusqu'à la fin de mes jours, avoue-t-il aujourd'hui. Il entre dans le cabinet persuadé qu'on va lui trouver quelque chose de sérieux.

« Je croyais que c'était mon cœur, ou l'âge, et en fait c'étaient juste mes volets fermés trop tôt. »

Ce n'était pas son cœur, c'était sa lumière

Le médecin l'écoute, l'examine, puis lui pose une question inattendue : à quelle heure voyez-vous la lumière du jour, en ce moment. Gérard réfléchit et ne sait pas répondre. Il réalise qu'il passe ses matinées dans une cuisine éclairée par l'ampoule, et ses après-midi derrière des volets fermés dès seize heures trente. Le médecin lui explique alors, avec des mots simples, que l'horloge interne du corps se règle chaque jour sur la lumière, celle du matin comme celle de la fin de journée.

Dans son cas, raconte Gérard, tout s'est additionné. Le changement d'heure a avancé ses repas et ses soirées d'une heure. Les volets fermés tôt ont privé son corps de la lumière de fin d'après-midi, qui aide normalement à retarder l'endormissement. Il s'est couché de plus en plus tôt, et son horloge s'est décalée vers l'avant, jour après jour. Résultat : un corps persuadé que la nuit finissait à cinq heures. Il m'a dit que mon horloge avait pris de l'avance, comme une montre mal réglée, se souvient-il.

Gérard ressort du cabinet sans ordonnance, avec un plan simple. Sortir ou s'installer près d'une fenêtre en fin d'après-midi, ne plus fermer les volets avant la nuit tombée, et repousser le coucher d'un quart d'heure tous les deux ou trois jours. Le médecin lui a dit de compter une à deux semaines pour retrouver un rythme normal. Gérard est d'abord sceptique : tant d'inquiétude pour une histoire de lumière et de volets. Mais il rentre soulagé, et ce soir-là, il laisse les volets du salon grands ouverts.

Une marche à seize heures et un coucher repoussé chaque soir

Dès le lendemain, Gérard enfile son ciré vers quinze heures quarante-cinq et fait le tour du lotissement, même sous la bruine. Une demi-heure, pas plus, à son rythme, genou compris. Quand il pleut trop fort, il installe son fauteuil face à la baie vitrée. Le soir, il résiste au sommeil devant la télévision, se lève, lave la vaisselle, appelle sa fille. Il monte à vingt et une heures quinze, puis vingt et une heures trente. Les premiers jours sont pénibles, il ne le cache pas.

Au bout d'une semaine, le réveil glisse à six heures. Dix jours plus tard, Gérard ouvre les yeux à six heures vingt, en même temps que le chauffage qui se déclenche. Il ne tourne plus dans la cuisine. La sieste involontaire de quinze heures a disparu, remplacée par la marche, qu'il garde désormais. Josiane l'accompagne souvent. Elle dit que ce rendez-vous de fin d'après-midi leur fait du bien à tous les deux, et que les voisins commencent à les attendre au portail pour discuter.

Gérard en a tiré une leçon qu'il répète à qui veut l'entendre au marché du samedi. Ce n'est pas seulement l'heure qui change, c'est la lumière qu'on reçoit, et ce qu'on en fait. Il conseille de regarder ses propres habitudes avant de s'inquiéter, sans pour autant ignorer un trouble qui dure. Lui ne ferme plus ses volets avant la tombée de la nuit. Et chaque fin octobre, il note désormais sur le calendrier de la cuisine : sortir à seize heures, ne pas monter trop tôt.

« Le médecin m'a demandé à quelle heure je voyais le jour, et je n'ai pas su quoi lui répondre. »

  • Repérer à quelle heure on reçoit vraiment la lumière du jour, le matin et en fin d'après-midi.
  • S'exposer à la lumière extérieure en fin d'après-midi : marche, jardin ou fauteuil près d'une fenêtre.
  • Éviter de fermer les volets avant la tombée de la nuit pendant les semaines qui suivent le changement d'heure.
  • Repousser l'heure du coucher d'un quart d'heure tous les deux ou trois jours, sans brusquer.
  • Compter une à deux semaines pour retrouver son rythme, et consulter si les réveils précoces persistent au-delà.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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