Il nettoie chaque novembre les gouttières bouchées par le chêne du voisin : la facture de 180 euros reste sur la table depuis trois ans

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Il est sept heures et quart, un samedi de novembre, et l'eau déborde de la gouttière en une nappe grise qui claque sur les dalles de la terrasse. Gérard, 67 ans, tient son bol de café à deux mains derrière la porte-fenêtre. Au-dessus du toit, le grand chêne du voisin agite ses branches dans le vent. Une feuille brune se colle à la vitre.

Trente ans de pluie tranquille sous le chêne d'à côté

Gérard habite cette maison de briques depuis 1993, au bout d'une impasse tranquille d'un bourg de la Sarthe. Il y a élevé deux enfants avec Monique, planté des rosiers le long du mur, refait la toiture une fois. Ancien technicien chez un fabricant de chaudières, il aime que les choses fonctionnent sans qu'on y pense. Le chêne, lui, était déjà là quand ils ont signé chez le notaire, un arbre centenaire planté de l'autre côté de la clôture.

Pendant des années, l'arbre a été une présence presque familière. L'été, il donnait de l'ombre sur la terrasse, et les petits-enfants ramassaient les glands pour en faire des colliers. L'ancienne propriétaire, Mme Bréhal, venait parfois discuter par-dessus le grillage, un sécateur à la main. Elle faisait élaguer tous les cinq ou six ans par un artisan du coin, et les branches restaient raisonnablement de son côté. Personne ne parlait de gouttières, personne ne parlait de rien, en fait.

Puis Mme Bréhal est partie en maison de retraite, et la maison a été vendue à un couple plus jeune, Julien et Sophie, qui travaillent tous deux à Angers. Ils partent tôt, rentrent tard, et passent leurs week-ends à retaper l'intérieur. L'élagueur n'est plus revenu. Gérard l'a remarqué sans y attacher d'importance, au début. Il se disait que les nouveaux avaient d'autres priorités, et qu'un arbre pareil ne poussait pas si vite. Il avait tort sur ce dernier point.

Une échelle, une facture, et une idée qui semblait juste

Le premier novembre difficile, Gérard est monté lui-même sur l'échelle. Monique tenait le pied en grimaçant, et il a sorti des gouttières des paquets de feuilles noires et spongieuses qui sentaient la vase. Il lui a fallu une matinée entière. Le soir, son dos le lançait jusqu'aux genoux. Monique lui a fait promettre de ne plus recommencer à son âge, et il a promis, un peu vexé, mais au fond soulagé qu'on le lui demande.

L'année suivante, il a donc appelé une petite entreprise de nettoyage de toitures. Deux garçons sont venus avec une nacelle, ont tout dégagé en deux heures, et ont laissé une facture de 180 euros. Gérard a payé sans discuter. Mais en rangeant le papier dans le classeur des dépenses de la maison, une évidence s'est imposée à lui. Ces feuilles ne venaient pas de chez lui. Il n'avait aucun arbre de ce côté, seulement des rosiers et une haie basse.

Alors il a pris la facture, il a traversé l'impasse un dimanche matin, et il a sonné chez Julien. Il avait préparé ses mots, calmement. Il a expliqué que le chêne bouchait ses gouttières, que l'entretien lui coûtait désormais chaque année, et qu'il trouvait normal que le propriétaire de l'arbre en prenne la charge. Pour lui, c'était du simple bon sens. Celui qui possède la cause paie les conséquences, comme on le lui avait toujours appris.

« Les feuilles tombent, c'est l'automne, je ne vais pas non plus payer pour la pluie. »

Le refus poli du voisin, puis la branche qui frotte le toit

Julien a écouté sans l'interrompre, la tasse à la main, en chaussettes sur le paillasson. Puis il a secoué la tête, poliment. Il a dit qu'il ne voyait pas pourquoi il paierait pour des feuilles que le vent emporte où il veut. Les feuilles tombent, c'est l'automne, a-t-il ajouté, je ne vais pas non plus payer pour la pluie. Gérard est reparti avec sa facture pliée dans la poche, rouge jusqu'aux oreilles, sans trouver quoi répondre.

Pendant des semaines, il a ruminé. Il a raconté l'histoire à son frère, à ses amis de la pétanque, au boulanger. Chacun avait un avis, généralement tranché et contradictoire. Le grain de sable, pourtant, n'était pas là où il regardait. Une nuit de tempête, en décembre, Monique l'a réveillé à cause d'un bruit régulier au-dessus de la chambre, comme un balai qu'on traîne sur les tuiles. Gérard a pensé à un chat, puis s'est rendormi.

Le lendemain, en sortant les poubelles, il a levé les yeux. Une grosse branche du chêne s'étendait maintenant franchement au-dessus de sa toiture, et son extrémité frottait contre le faîtage. Il a mesuré à l'œil : elle dépassait la clôture de quatre ou cinq mètres au moins. Il s'est souvenu de Mme Bréhal et de son élagueur. Ce détail, il l'a noté quelque part dans sa tête, puis il l'a rangé derrière sa colère, qui restait tout entière occupée par la facture.

Des appels, des forums, et une lettre restée sans réponse

Gérard a commencé par la mairie. La secrétaire lui a répondu gentiment que la commune ne se mêlait pas des arbres plantés sur des terrains privés. Il a ensuite passé deux soirées sur des forums, où des inconnus s'invectivaient à propos de haies, de thuyas et de noyers. Soyons honnêtes, il en est sorti plus perdu qu'avant. Certains juraient qu'on pouvait tout couper soi-même, d'autres qu'il fallait un avocat dès la première feuille.

Sur les conseils d'un ami, il a rédigé une lettre recommandée à Julien et Sophie. Il y réclamait le remboursement des 180 euros et le paiement des nettoyages à venir. Il a pesé chaque mot, l'a fait relire à Monique, l'a envoyée un mardi. Trois semaines plus tard, aucune réponse n'était arrivée. Dans l'impasse, les saluts sont devenus plus brefs. Sophie détournait les yeux en garant sa voiture, et Gérard faisait mine de tailler ses rosiers, en plein hiver.

Monique, elle, supportait mal cette ambiance. On connaît tous ça, ces voisins qui ne se parlent plus pour une histoire de clôture, et elle ne voulait pas finir ainsi. C'est elle qui a entendu parler du conciliateur de justice, qui tenait une permanence gratuite le premier jeudi du mois à la mairie. Gérard a d'abord haussé les épaules, persuadé qu'on allait lui donner raison sans difficulté. Il a quand même pris rendez-vous, avec la facture et des photos dans une pochette plastique.

« J'ai passé un an à me battre pour 180 euros, et je regardais le mauvais problème depuis le début. »

Ce que le conciliateur lui montre, et ce n'était pas la facture

Le conciliateur, un ancien greffier aux cheveux blancs, a regardé les photos longuement. Puis il a posé la facture de côté. Il a expliqué que, dans des affaires comme la sienne, la chute des feuilles était généralement considérée par les tribunaux comme un trouble normal du voisinage. Un chêne qui perd ses feuilles en novembre, c'est la saison, a-t-il dit. Sauf situation vraiment exceptionnelle, Gérard avait peu de chances d'obtenir le remboursement de ses nettoyages.

Gérard s'est raidi sur sa chaise, prêt à défendre son bon sens. Mais le conciliateur a pointé du doigt une autre photo, celle de la branche couchée sur le toit. Là, en revanche, le Code civil était clair, selon lui. L'article 673 permet à celui sur la propriété duquel avancent les branches du voisin d'exiger qu'il les coupe. Et ce droit ne se prescrit pas, a-t-il insisté : peu importe que l'arbre soit là depuis cent ans, ni que personne n'ait rien réclamé avant.

Gérard est resté silencieux un moment, la pochette sur les genoux. Il avait passé un an à se battre pour 180 euros, en regardant le mauvais problème. Le conciliateur a précisé encore une chose. Il ne fallait surtout pas monter couper les branches lui-même, parce que la loi réserve cette taille au propriétaire de l'arbre. Seules les racines, les ronces ou les brindilles qui avancent chez lui, il pouvait les couper à la limite. Les branches, il fallait les demander.

Un élagueur dans l'impasse, et des gouttières enfin dégagées

La nouvelle lettre de Gérard ne parlait plus d'argent. Elle demandait simplement, en citant l'article 673, que les branches surplombant sa toiture soient coupées à l'aplomb de la limite. Il a proposé une réunion de conciliation, que Julien a acceptée, un peu méfiant. Autour de la table, à la mairie, l'ambiance s'est détendue vite. Julien a reconnu qu'il ignorait l'obligation. Je pensais que c'était à vous de vous débrouiller avec ce qui dépasse, a-t-il avoué.

En février, un élagueur est venu avec sa camionnette et ses cordes. Le chantier a coûté environ 600 euros à Julien et Sophie, qui ont grimacé mais payé. Gérard a offert le café, et les deux hommes ont regardé ensemble le grand chêne s'alléger branche par branche. Le novembre suivant, les gouttières se sont encore remplies un peu, parce que le vent porte toujours des feuilles. Mais une petite grille posée sur les descentes a suffi, et Gérard la vide seul, depuis le sol.

Ce que Gérard retient, il le dit volontiers à qui veut l'entendre au club de pétanque. Il aurait gagné un an de tranquillité en regardant le toit plutôt que la facture. Avant de réclamer quoi que ce soit, il conseille désormais de vérifier ce qui avance vraiment au-dessus de chez soi, de photographier, d'écrire d'abord poliment, puis de passer par le conciliateur. Les feuilles reviendront chaque automne. La paix dans l'impasse, elle, tient depuis maintenant deux ans.

« Je pensais que c'était à vous de vous débrouiller avec ce qui dépasse, je n'en savais rien du tout. »

  • Photographier les branches qui dépassent la limite de propriété, avec la date.
  • Demander d'abord à l'oral, puis par courrier recommandé, la coupe des branches au titre de l'article 673 du Code civil.
  • Ne jamais couper soi-même les branches du voisin : seules racines, ronces et brindilles peuvent l'être à la limite.
  • Solliciter gratuitement un conciliateur de justice en mairie avant toute procédure.
  • Poser des grilles pare-feuilles sur les gouttières, le remboursement du nettoyage étant rarement obtenu.
  • Se rappeler que ce droit à la coupe ne disparaît pas avec le temps, même pour un arbre centenaire.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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