Il nettoie chaque automne les gouttières bouchées par le chêne du voisin : la conciliatrice mesure 1,20 mètre entre le tronc et la clôture

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Il était un peu plus de huit heures, un samedi de novembre, et la pluie tambourinait sur le toit de la véranda. Gérard tenait l'échelle d'une main, un seau de l'autre, le nez levé vers la gouttière qui débordait. L'eau coulait en rideau le long de la façade, juste au-dessus de la porte d'entrée. Au-dessus de lui, le grand chêne du voisin se balançait lentement.

Trente ans dans la même rue, à l'ombre d'un arbre familier

Gérard a soixante-sept ans et il a passé toute sa carrière de facteur dans les rues de Nantes. Avec Martine, sa femme, il a acheté cette petite maison du quartier de Doulon au début des années quatre-vingt-dix. Une façade claire, un jardin étroit, un potager où poussent des tomates et quelques fraisiers. Derrière la clôture en grillage, il y a la maison d'Yves, un ancien menuisier à peine plus âgé que lui, et ce chêne immense qui dépasse désormais les deux toits.

Pendant longtemps, l'arbre a fait partie du décor sans que personne y pense vraiment. L'été, il donnait de l'ombre à la terrasse, et Martine aimait y installer sa chaise longue après le déjeuner. Les deux hommes se saluaient par-dessus la clôture, échangeaient des courgettes contre des outils prêtés. Yves racontait parfois que c'était son père qui avait planté le chêne, bien avant que Gérard n'arrive dans la rue. On connaît tous ce genre de voisinage tranquille, fait de petits services et de conversations sur la météo.

Chaque automne, pourtant, les feuilles tombaient en abondance sur le jardin de Gérard et sur son toit. Il les ramassait au râteau, les mettait dans des sacs, et passait une matinée sur l'échelle pour vider les gouttières. C'était une corvée, mais une corvée parmi d'autres, comme tailler la haie ou repeindre les volets. Il ne s'en plaignait pas vraiment. Il disait simplement à Martine que l'arbre grossissait, que les feuilles étaient de plus en plus nombreuses, et que ses genoux, eux, ne rajeunissaient pas.

Le jour où Gérard décide de demander un geste à Yves

L'an dernier, après une chute sans gravité depuis l'échelle, Martine lui a fait promettre de ne plus monter seul sur le toit. Gérard a appelé une entreprise de nettoyage pour les gouttières, qui lui a facturé cent quatre-vingts euros pour une seule intervention. Le technicien lui a expliqué que les descentes étaient complètement obstruées par un mélange de feuilles et de glands. Selon lui, il faudrait revenir au moins deux fois par saison si l'arbre restait aussi proche de la maison.

Gérard a fait ses comptes à la table de la cuisine, un soir, avec la facture posée devant lui. Trois cent cinquante euros par an, peut-être plus, pour des feuilles qui ne venaient pas de son jardin. Il lui a semblé normal, et même raisonnable, de demander à Yves de participer aux frais. Après tout, c'était son arbre. Martine trouvait l'idée juste, mais elle lui a conseillé d'y aller doucement, sans arriver avec la facture à la main comme un huissier.

Il a donc attendu un dimanche matin, quand Yves taillait ses rosiers près de la clôture. Il a parlé des gouttières, de la chute, du technicien, d'un ton qu'il voulait léger. Il a proposé de partager le coût du nettoyage, ou que l'arbre soit élagué du côté de sa maison. Yves l'a écouté sans l'interrompre, le sécateur à la main. Puis il a haussé les épaules et lâché une phrase que Gérard allait ressasser pendant des semaines : c'est la nature, Gérard, les arbres perdent leurs feuilles.

« C'est la nature, Gérard, les arbres perdent leurs feuilles, je ne vais pas mettre un filet sur mon chêne. »

Une réponse qui sonne juste et qui pourtant agace

Sur le moment, Gérard n'a rien trouvé à répondre. Il est rentré chez lui un peu vexé, persuadé qu'il avait été trop gentil. Martine l'a trouvé dans le salon, en train de feuilleter des pages sur internet, l'air sombre. Il lisait des histoires de voisins condamnés à abattre leurs arbres, de jugements spectaculaires, de dommages et intérêts. Soyons honnêtes, à ce moment-là, il ne cherchait pas à comprendre la règle, il cherchait des munitions pour la prochaine conversation.

Un détail, pourtant, aurait dû l'arrêter dès le début. En lisant, il est tombé sur des distances précises, deux mètres pour un arbre qui dépasse deux mètres de haut. Il est sorti dans le jardin avec un mètre ruban et a mesuré à vue, depuis son côté du grillage. Le tronc lui paraissait à peine à plus d'un mètre de la clôture. Il est revenu triomphant, convaincu d'avoir trouvé l'argument décisif qui obligerait Yves à couper son chêne.

Ce qu'il a laissé de côté, c'est une autre phrase, lue en passant et vite oubliée. Elle parlait d'un délai, de trente ans, et de droits qui ne pouvaient plus être réclamés après. Il l'a survolée, comme on survole les petites lignes d'un contrat. Pour lui, la loi fixait une distance, l'arbre ne la respectait pas, et l'affaire était réglée. Martine, plus prudente, lui a fait remarquer que le chêne était déjà grand quand ils avaient emménagé. Il a balayé la remarque d'un geste de la main.

Lettre recommandée, silence glacé et premier rendez-vous manqué

Quelques jours plus tard, Gérard a envoyé une lettre recommandée à Yves. Il y demandait l'arrachage du chêne ou, à défaut, sa réduction, en citant les distances qu'il avait lues. Il réclamait aussi le remboursement de la facture de nettoyage des gouttières. Il avait relu la lettre trois fois, en enlevant les phrases qui lui semblaient trop agressives. Mais une fois postée, elle a eu l'effet d'une gifle. Yves a cessé de le saluer par-dessus la clôture, et sa femme baissait les yeux en sortant les poubelles.

Gérard a alors appelé son fils, Julien, qui travaille dans une agence immobilière à Rezé. Julien n'était pas juriste, mais il avait déjà vu des conflits de voisinage tourner mal lors de ventes de maisons. Il a conseillé à son père de ne pas aller tout de suite devant un tribunal. Papa, avant de te lancer, va voir le conciliateur de justice, ça ne coûte rien et ça évite de se fâcher pour dix ans, lui a-t-il dit au téléphone.

Le premier rendez-vous, fixé en mairie annexe, a été manqué. Yves avait reçu la convocation mais ne s'est pas présenté, et Gérard est resté seul face à la conciliatrice pendant vingt minutes. Il est rentré furieux, persuadé que son voisin se moquait de lui. Il a passé la soirée à parler d'avocat, de procès, d'expert géomètre. Martine l'écoutait sans le contredire, en préparant la soupe, mais elle a fini par lui dire qu'il ressemblait à quelqu'un qui voulait gagner plus qu'il ne voulait trouver une solution.

« Papa, avant de te lancer, va voir le conciliateur de justice, ça ne coûte rien et ça évite de se fâcher pour dix ans. »

Le mètre ruban sur le terrain et la date oubliée

Au deuxième rendez-vous, Yves est venu, accompagné de sa fille. La conciliatrice, une ancienne greffière aux cheveux gris, a proposé de se retrouver directement sur place, entre les deux jardins. Elle a sorti un vrai mètre ruban et a mesuré soigneusement depuis le milieu du tronc jusqu'à la limite séparative. Un mètre vingt. Gérard a jeté un regard satisfait vers Martine. Mais la conciliatrice a aussitôt demandé depuis quand l'arbre dépassait deux mètres de haut, et la question a tout changé.

Yves a sorti de sa poche une vieille photographie en noir et blanc, pliée en deux. On y voyait son père, en salopette, appuyé contre le jeune chêne déjà plus haut que lui, devant la maison. Au dos, une date écrite au crayon : 1971. La conciliatrice a expliqué, dans leur situation précise, que l'arbre avait franchi les deux mètres depuis bien plus de trente ans. D'après elle, la demande d'arrachage ou de réduction se heurtait donc à la prescription trentenaire, et elle n'avait guère de chances d'aboutir.

Restaient les feuilles. Là encore, la conciliatrice a été franche avec Gérard. Dans un quartier pavillonnaire arboré comme le leur, des feuilles qui tombent chaque automne relevaient selon elle d'un inconvénient ordinaire, pas d'un trouble anormal de voisinage. Pour obtenir une indemnisation, il aurait fallu montrer un préjudice qui dépasse nettement ce qu'on supporte habituellement entre voisins. Elle a ajouté une chose que Gérard ignorait : les branches qui avancent au-dessus de son terrain, elles, Yves pouvait être tenu de les couper, quel que soit l'âge de l'arbre.

Ce que Gérard a gagné, ce qu'il a perdu en chemin

L'accord a été signé sur la table de la cuisine de Gérard, autour d'un café que Martine avait préparé sans rien dire. Yves s'est engagé à faire élaguer chaque année les branches qui dépassent au-dessus du toit voisin. En échange, Gérard renonçait à toute demande d'arrachage et au remboursement de la facture. L'élagueur est passé en décembre, pour un peu moins de quatre cents euros payés par Yves. Les gouttières, depuis, se remplissent beaucoup moins vite, même si elles reçoivent encore quelques feuilles portées par le vent.

Gérard reconnaît aujourd'hui qu'il s'est trompé de combat. Je voulais la tête du chêne, et en fait il me suffisait de trois branches en moins, dit-il en montrant le toit dégagé. Il a fait installer des grilles pare-feuilles sur ses gouttières, pour une centaine d'euros, et ne monte plus sur l'échelle. Ce qui lui coûte le plus, finalement, ce n'est pas l'argent. C'est l'année de froid avec Yves, les saluts manqués, la lettre recommandée qu'il regrette d'avoir envoyée si vite.

Avant de se lancer dans un bras de fer, il conseille désormais à ceux qui l'interrogent de regarder quelques points précis chez eux. La distance réelle entre le tronc et la limite, mesurée depuis le centre de l'arbre. L'âge de l'arbre, et surtout depuis quand il dépasse deux mètres. La différence entre des feuilles qui tombent et des branches qui avancent au-dessus de chez soi. Et puis la possibilité de passer par un conciliateur avant tout le reste. Au printemps, Yves lui a rapporté un pot de confiture de figues, sans un mot.

« Mon père l'a planté en 1971, regardez la photo, il était déjà plus grand que lui. »

  • Mesurer la distance entre le centre du tronc et la limite séparative : deux mètres pour un arbre de plus de deux mètres de haut, cinquante centimètres en dessous.
  • Chercher depuis quand l'arbre dépasse deux mètres : au-delà de trente ans, l'arrachage ou la réduction ne peuvent généralement plus être exigés.
  • Distinguer les feuilles qui tombent, souvent jugées comme un inconvénient normal, des branches qui avancent au-dessus de votre terrain.
  • Demander par écrit la coupe des branches qui dépassent chez vous, sans couper vous-même.
  • Saisir gratuitement un conciliateur de justice en mairie avant d'envisager un tribunal.
  • Installer des grilles pare-feuilles sur les gouttières pour limiter l'entretien.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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