Il s’allonge chaque après-midi depuis sa retraite à Montpellier : le soir, il fixe encore le plafond de sa chambre à deux heures du matin

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Il est quatorze heures dix, et les volets de la chambre sont tirés à moitié sur la chaleur de Montpellier. Gérard pose ses lunettes sur la table de nuit, à côté du verre d'eau, puis s'allonge sur le dessus-de-lit. Dans la rue, un scooter passe, une cigale insiste dans le pin du voisin. Il ferme les yeux avec la satisfaction tranquille d'un homme qui a mérité son repos.

Une retraite au soleil, et l'après-midi enfin à soi

Gérard a 66 ans et il a passé trente-huit ans dans une entreprise de transport, à organiser des tournées de camions. Il se levait à cinq heures et demie, avalait un café debout et rentrait souvent après dix-neuf heures. Quand la retraite est arrivée, il s'est installé avec Martine dans une petite maison du quartier des Beaux-Arts. Ils avaient choisi Montpellier pour la lumière, le marché et la mer à vingt minutes en voiture. Les premières semaines, il se sentait comme un enfant en vacances, sans réveil.

Le matin, il marche jusqu'aux halles, achète le pain et discute avec le poissonnier, toujours le même. Martine, ancienne institutrice, fait partie d'une chorale et donne des cours de soutien deux fois par semaine. Lui bricole, arrose les tomates, lit le journal sur la terrasse en écoutant la radio. La vie a pris un rythme doux, régulier, presque parfait, sans rien qui dépasse. Il répète volontiers à ses anciens collègues qu'il n'a jamais aussi bien vécu de toute sa vie.

Il y a pourtant une chose dont il est particulièrement fier, et c'est la sieste. Pendant des décennies, il a regardé avec envie les gens qui pouvaient s'allonger après le déjeuner. Désormais, c'est son droit, et il l'exerce avec sérieux, comme un rituel qu'on ne discute pas. Après le repas, il monte, tire les volets, programme rarement un réveil. Il se réveille vers quinze heures quarante, parfois seize heures, la joue marquée par l'oreiller et l'esprit embrumé mais content.

Rattraper trente ans de fatigue, une heure et demie à la fois

Au départ, la sieste n'était qu'une demi-heure grappillée, une parenthèse entre la vaisselle et le jardin. Puis les minutes se sont allongées sans qu'il s'en rende vraiment compte. Il se disait qu'il avait de la fatigue en retard, des années de nuits trop courtes à rembourser. L'idée lui paraissait logique, presque comptable, comme un compte en banque qu'on remet à flot. Plus il dormait l'après-midi, pensait-il, plus son corps récupérerait ce qu'on lui avait pris pendant sa carrière.

Martine, elle, ne fait jamais de sieste et ne comprend pas bien ce goût soudain. Elle le taquine parfois en lui demandant s'il hiberne, mais elle n'insiste pas. Après tout, il a travaillé dur, il a le droit de se reposer, et il semble heureux. Son beau-frère, Alain, lui avait d'ailleurs raconté qu'en Espagne tout le monde dormait l'après-midi. Cette remarque, lancée un dimanche autour d'un barbecue, avait fini de le convaincre qu'il faisait exactement ce qu'il fallait.

Il le dit lui-même avec un sourire : je me suis levé tôt toute ma vie, maintenant je rattrape, c'est tout. L'heure et demie est devenue la norme, puis une sorte d'évidence qu'on ne remet plus en question. Quand des amis proposent une sortie en début d'après-midi, il refuse poliment ou la décale. La sieste passe avant le reste, comme un rendez-vous médical. Personne, autour de lui, n'y voit le moindre problème, et lui encore moins que les autres.

« Je me suis levé tôt toute ma vie, alors maintenant je rattrape, c'est tout, je ne vois pas où est le mal. »

Le soir, le sommeil ne vient plus à l'heure habituelle

Le premier signe passe presque inaperçu, un mardi de juin, vers vingt-trois heures. Martine éteint sa lampe, se tourne et s'endort en quelques minutes, comme toujours. Gérard, lui, reste les yeux ouverts, parfaitement réveillé, en écoutant le ronron du ventilateur. Il met ça sur le compte de la chaleur, ou du film un peu agité qu'ils ont regardé. Il finit par s'endormir vers une heure, sans s'inquiéter, et n'en parle même pas le lendemain matin.

Mais la scène se répète, soir après soir, avec une régularité qui finit par l'agacer. Il se couche à vingt-trois heures, se retourne, compte les tuiles du plafond qu'il ne voit pas. Il entend les volets du voisin, une voiture au loin, le frigo qui se déclenche en bas. Vers minuit et demi, il se lève, boit un verre d'eau, regarde son téléphone et se recouche. L'horloge du four affiche parfois deux heures quand il sent enfin ses paupières devenir lourdes.

Le matin, il se lève tard, vers neuf heures, la tête lourde et l'humeur maussade. Le marché a perdu de son charme, le poissonnier lui trouve mauvaise mine. Évidemment, après le déjeuner, la fatigue le submerge encore plus fort que d'habitude. Alors il dort plus longtemps, parfois jusqu'à seize heures trente, convaincu de compenser sa mauvaise nuit. Il ne fait pas le lien, et soyons honnêtes, peu de gens le feraient à sa place. La sieste lui semble être le remède, jamais la cause.

Tisanes, mélatonine et rendez-vous chez le médecin

Au bout de trois semaines, Gérard commence à chercher une explication sérieuse. Il supprime le café de l'après-midi, qu'il ne buvait pourtant presque jamais. Martine achète une tisane à la verveine et à la fleur d'oranger chez l'herboriste de la rue de l'Université. Il essaie la lecture au lit, puis les podcasts relaxants, puis le silence complet avec des bouchons d'oreille. Rien ne change vraiment, et chaque soir il retrouve ce même état d'éveil absurde, les yeux grands ouverts dans le noir.

Il en parle à Alain, qui lui conseille de la mélatonine achetée en pharmacie. Il en parle à un voisin, qui jure que c'est l'âge et qu'à partir de soixante-cinq ans, on dort moins. Un soir, il tape ses symptômes sur internet et tombe sur des pages qui parlent d'anxiété, de dépression, de troubles plus graves. Il ferme l'ordinateur, plus inquiet qu'avant, et passe la nuit à se demander s'il ne cache pas quelque chose de sérieux.

Martine finit par prendre rendez-vous chez leur médecin traitant, le docteur qui les suit depuis leur arrivée. Gérard y va un jeudi matin, un peu honteux de déranger pour si peu. Il explique les nuits blanches, la fatigue, l'irritabilité qui gagne. Il dit, en haussant les épaules : je ne comprends pas, je me repose plus que jamais et je suis épuisé. Le médecin l'écoute, prend des notes, puis pose une question à laquelle Gérard ne s'attendait pas du tout.

« Je ne comprends pas, je me repose plus que jamais et pourtant je suis épuisé du matin au soir. »

La question qui renverse tout : combien de temps dormez-vous l'après-midi

Le médecin veut savoir comment se passent ses journées, heure par heure, depuis le lever. Gérard raconte le marché, le jardin, le déjeuner, et puis la sieste, presque avec fierté. Une heure et demie, parfois deux heures, précise-t-il, comme on annonce une bonne habitude. Le médecin repose son stylo et lui explique ce qu'il voit souvent chez les jeunes retraités. Pendant la journée, le corps accumule ce qu'on appelle une pression de sommeil, une sorte de réservoir qui se remplit.

Plus on reste éveillé, plus ce besoin de dormir grandit, jusqu'à rendre l'endormissement facile le soir. Une longue sieste vide une grande partie de ce réservoir en plein après-midi. Le soir venu, il n'en reste pas assez pour s'endormir à l'heure habituelle. L'endormissement se décale alors, tard dans la nuit, et la matinée suivante glisse à son tour. Gérard comprend soudain qu'il n'a pas d'insomnie mystérieuse : il a simplement déplacé une partie de sa nuit au milieu de l'après-midi.

Il raconte la scène le soir à Martine, encore un peu sonné, assis sur la terrasse. Il dit : en fait, je dors la même quantité, mais je la coupe en deux, et le morceau du soir est trop petit. Martine rit, soulagée qu'il n'y ait rien de grave derrière tout ça. Le médecin ne lui a pas interdit la sieste, au contraire. Il lui a conseillé de la raccourcir à vingt ou trente minutes, et de la terminer avant quinze heures.

Vingt minutes avant quinze heures, et les nuits reviennent

Les premiers jours sont difficiles, il faut bien l'avouer. Gérard règle un minuteur sur son téléphone, posé loin du lit pour devoir se lever. Il ne se met plus sous les draps, il s'installe dans le fauteuil de la véranda, à demi allongé. À treize heures quarante, il ferme les yeux ; à quatorze heures cinq, la sonnerie retentit. Les premières fois, il a l'impression d'avoir été privé de quelque chose. Puis il remarque qu'il se lève plus léger, sans cette tête lourde qui suivait les longues siestes.

Au bout d'une dizaine de jours, le changement est net. Il s'endort vers vingt-trois heures trente, parfois plus tôt, sans compter les tuiles. Il se réveille à sept heures, retrouve le marché et le poissonnier qui lui trouve meilleure mine. On connaît tous ce moment où une habitude qu'on croyait bienfaisante se révèle être le problème. Lui en parle maintenant à ses amis retraités, qui reconnaissent souvent leurs propres soirées. Il résume : ma sieste était trop longue et trop tardive, elle mangeait ma nuit.

Gérard n'a rien dépensé, si ce n'est une boîte de mélatonine qu'il n'a finalement pas ouverte. Ce qu'il a perdu, ce sont quelques semaines de mauvaises nuits et beaucoup d'inquiétude inutile. Il a gardé son rituel, simplement réduit à sa juste mesure, et il le défend toujours avec la même ferveur. Martine, elle, a récupéré un mari de bonne humeur au petit-déjeuner. Et chaque après-midi, à quatorze heures cinq, le minuteur sonne dans la véranda, bien avant que la cigale du voisin se taise.

« En fait, je dors la même quantité, mais je la coupe en deux, et le morceau du soir est trop petit. »

  • Limiter la sieste à vingt ou trente minutes, minuteur à l'appui.
  • La terminer avant quinze heures pour préserver l'endormissement du soir.
  • S'installer dans un fauteuil plutôt que dans son lit, sous les draps.
  • Poser le téléphone loin de soi pour être obligé de se lever à la sonnerie.
  • Noter quelques jours ses heures de sieste et de coucher pour repérer un décalage.
  • En cas de troubles persistants, en parler à son médecin traitant.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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