Elle retrouve ses cheveux par poignées sur l’oreiller fin septembre : trois flacons d’ampoules plus tard, la brosse se remplit toujours autant

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Il était sept heures dix, la radio grésillait dans la cuisine et le carrelage de la salle de bains était encore froid sous ses pieds. Claire a passé la brosse une fois, deux fois, puis s'est arrêtée net. Entre les picots, une touffe brune, épaisse, enroulée comme un petit nid. Sur l'oreiller, en remontant, elle en avait déjà ramassé une autre.

Une rentrée tranquille dans une maison de Tours bien rangée

Claire a quarante et un ans, elle est comptable dans une entreprise de transport à Tours. Elle vit avec Julien, kiné, et leurs deux enfants dans une maison mitoyenne au jardin minuscule. Chaque matin suit le même ordre, presque au geste près, depuis des années. Le café d'abord, les cartables ensuite, puis dix minutes à elle devant le miroir. Ses cheveux, elle les a toujours aimés, longs, bruns, un peu ondulés, jamais teints.

Elle ne leur demande pas grand-chose, et ils le lui rendent bien depuis l'adolescence. Un shampoing doux deux fois par semaine, un masque le dimanche, une coupe chez Nadia tous les trois mois. L'été avait été bon, avec deux semaines en Bretagne, du vent salé et beaucoup de baignades. Elle était rentrée bronzée, reposée, avec cette impression rare d'avoir vraiment rechargé les batteries. La rentrée s'était faite sans drame, les enfants avaient retrouvé leurs copains.

Fin septembre, donc, rien ne laissait prévoir que la brosse deviendrait un sujet. Soyons honnêtes, on regarde rarement ses cheveux tant qu'ils restent sur la tête. Claire ne comptait pas, ne vérifiait pas, ne s'inquiétait de rien de ce côté-là. Le matin de la touffe sur l'oreiller, elle a d'abord cru à un hasard, une mèche coincée pendant la nuit. Elle l'a jetée dans la poubelle de la salle de bains et elle est descendue préparer les tartines.

Trois flacons d'ampoules achetés avant même le petit-déjeuner suivant

Le lendemain, la scène s'est répétée, puis le surlendemain, avec une régularité qui a fini par l'agacer. Sous la douche, l'eau stagnait autour de la bonde, retenue par un amas de cheveux mouillés. Elle les a ramassés avec deux doigts, les a posés sur le rebord de la baignoire. Le tas était plus gros que d'habitude, elle en était certaine, même sans pouvoir le prouver. Ce soir-là, elle a tapé chute de cheveux femme dans son téléphone, allongée sur le canapé.

Les résultats l'ont rassurée et angoissée à la fois, comme souvent sur internet le soir. Des forums parlaient de carences, de thyroïde, de stress, d'hormones, de pilules à arrêter. Des marques promettaient des résultats visibles en quatre semaines, photos avant et après à l'appui. Le samedi matin, elle est allée à la pharmacie du centre commercial avant même les courses. Elle est ressortie avec trois flacons d'ampoules antichute, une cure complète de trois mois, payée près de quatre-vingt-dix euros.

Julien a haussé un sourcil en voyant le sac sur la table de la cuisine. Elle lui a expliqué, un peu sur la défensive, qu'il valait mieux agir tôt que regretter. Il n'a rien dit de plus, parce qu'il connaît sa femme et sa façon de tout prendre en main. Le soir même, elle a cassé la première ampoule au-dessus du lavabo, avec précaution. Le liquide sentait le romarin et l'alcool, il piquait un peu le cuir chevelu en séchant.

« Je me voyais déjà avec des trous sur le crâne, je regardais les perruques en ligne le soir. »

Un détail sur la brosse de sa fille qu'elle préfère ignorer

Pendant deux semaines, Claire a appliqué ses ampoules chaque soir avec une discipline de comptable. Elle massait du bout des doigts, comme indiqué sur la notice, puis évitait de se laver la tête. Dans un petit carnet, elle notait vaguement la quantité de cheveux tombés le matin. Rien ne bougeait vraiment, ni dans un sens ni dans l'autre, ce qui la frustrait davantage. Elle se disait que le produit avait besoin de temps, que c'était normal au début.

Un dimanche, en rangeant la salle de bains du haut, elle a pris la brosse de Léa, sa fille de quatorze ans. Elle était pleine, elle aussi, de longs cheveux châtains emmêlés entre les poils. Claire a fixé l'objet quelques secondes, puis l'a reposé sans y penser davantage. Léa a toujours eu beaucoup de cheveux, s'est-elle dit, c'est sans doute pour ça. Elle avait d'autres soucis, une clôture de trimestre au bureau, des factures à relancer.

Le même soir, au téléphone, sa mère a mentionné en passant qu'elle perdait ses cheveux en ce moment. Comme chaque année, a-t-elle ajouté, avant de parler du jardin et des dernières tomates. Claire n'a pas relevé, absorbée par la conversation et le dîner qui chauffait. Elle a seulement pensé que sa mère, à soixante-huit ans, avait bien le droit d'en perdre. Le lien ne s'est pas fait, pas encore, parce qu'on ne voit souvent que ce qu'on cherche.

Les rendez-vous qui s'enchaînent et la peur qui s'installe

Mi-octobre, la chute n'avait pas ralenti et Claire a commencé à dormir moins bien. Elle passait la main dans ses cheveux en réunion, discrètement, pour vérifier ce qui restait entre ses doigts. Elle a pris rendez-vous chez son médecin traitant, persuadée qu'il trouverait une explication sérieuse. Il l'a écoutée, a regardé son cuir chevelu, lui a posé des questions sur son alimentation et son sommeil. Il a prescrit une prise de sang, par précaution, pour vérifier le fer et la thyroïde.

« Je me voyais déjà avec des trous sur le crâne, je regardais les perruques en ligne », raconte-t-elle aujourd'hui. Les résultats ont mis dix jours à arriver, dix jours pendant lesquels elle a imaginé le pire. Elle a même racheté un shampoing spécial, sans sulfates, recommandé par une collègue. Puis un complément alimentaire en gélules, conseillé par une vendeuse, encore une trentaine d'euros. Sa salle de bains ressemblait désormais à une petite officine, rangée flacon par flacon.

Quand le laboratoire a appelé, tout était normal, sans la moindre anomalie dans le bilan. Le fer était correct, la thyroïde aussi, rien qui expliquait quoi que ce soit. Paradoxalement, cette bonne nouvelle l'a contrariée, parce qu'elle la laissait sans réponse. Si ce n'était ni une carence ni une maladie, alors qu'est-ce que c'était, au juste. Elle s'est sentie un peu ridicule, avec ses ampoules à moitié entamées et ses gélules sur l'étagère.

« En ce moment, une cliente sur deux me dit la même chose, c'est l'automne, ça revient chaque année. »

Dans le fauteuil de Nadia, le mot automne change tout

Début novembre, Claire est allée chez Nadia pour sa coupe habituelle, presque à reculons. Elle redoutait le moment où la coiffeuse passerait les doigts dans ses cheveux et constaterait les dégâts. Nadia l'a installée au bac, a commencé le shampoing, puis s'est mise à sourire tranquillement. Claire lui a tout raconté d'un bloc, la brosse, l'oreiller, les ampoules, la prise de sang. Nadia a hoché la tête sans s'étonner, comme quelqu'un qui entend cette histoire plusieurs fois par semaine.

« En ce moment, une cliente sur deux me dit la même chose, c'est l'automne, ça revient chaque année », lui a-t-elle dit. Elle lui a expliqué ce qu'elle-même avait appris en formation, avec des mots simples. Un cheveu vit par cycles, il pousse longtemps, puis se repose, puis tombe pour laisser la place au suivant. À la fin de l'été, une part plus importante des cheveux passe en même temps en phase de repos. Quelques semaines après, ils tombent ensemble, et la brosse se remplit d'un coup.

Puis Nadia a soulevé une mèche près de la tempe et lui a tendu un petit miroir. On voyait, à la racine, une multitude de cheveux courts, fins, dressés comme un duvet. Ce sont les nouveaux, a-t-elle dit, ils poussent déjà derrière ceux qui sont partis. Claire est restée silencieuse un long moment, le miroir dans la main, presque vexée. Elle avait cherché une maladie, une carence, un coupable, alors qu'il s'agissait simplement d'une saison.

Ce que Claire surveille désormais, et ce qu'elle a cessé d'acheter

Nadia a tout de même ajouté une nuance, que Claire a retenue précisément. Selon elle, cette chute dure quelques semaines, rarement plus, et elle se calme ensuite toute seule. Si elle s'éternise au-delà de deux ou trois mois, ou si des zones dégarnies apparaissent, il faut revoir un médecin. Claire avait déjà fait la démarche, ce qui l'a finalement rassurée sur ce point. Fin novembre, la brosse était redevenue presque vide, sans qu'elle sache vraiment pourquoi au jour le jour.

Elle a fait les comptes un soir, assise à la table de la cuisine, avec un sourire un peu jaune. Près de cent cinquante euros entre les ampoules, le shampoing et les gélules. « Je ne dis pas que les ampoules ne servent à rien, je dis que moi, je n'en avais pas besoin », résume-t-elle. Il lui reste un flacon entier dans le placard, qu'elle n'ose ni jeter ni utiliser. Julien, lui, a eu la délicatesse de ne jamais dire qu'il s'en doutait.

Cette année, quand septembre est revenu, elle a regardé la brosse se remplir avec une curiosité presque amusée. Elle a noté la date dans son carnet, sans rien acheter, et a attendu tranquillement. Sa mère, au téléphone, en a ri avec elle, et Léa aussi, qui perdait les siens au même moment. On connaît tous ça, finalement, sans toujours savoir le nommer. Voici ce que Claire regarde désormais, avant de courir à la pharmacie, et ce qu'elle conseille autour d'elle.

« Je ne dis pas que les ampoules ne servent à rien, je dis que moi, je n'en avais pas besoin. »

  • Noter la date où la chute a commencé, pour savoir combien de temps elle dure vraiment.
  • Regarder près des tempes et de la raie si de petits cheveux courts repoussent.
  • Vérifier si d'autres personnes de la maison perdent leurs cheveux à la même période.
  • Consulter un médecin si la chute dépasse deux à trois mois ou laisse des zones dégarnies.
  • Attendre quelques semaines avant d'acheter une cure coûteuse en pharmacie.
  • Garder des gestes doux : brossage léger, eau tiède, pas de coiffures trop serrées.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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