Ils remplissent leur camping-car pour un week-end dans le Jura : au réveil, toute l’eau du chauffe-eau gît en flaque sous le véhicule

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Il était sept heures et quart, et le givre dessinait des fougères sur le pare-brise. Gérard a enfilé ses chaussons, poussé la porte du camping-car, et posé le pied dehors. Sous le marchepied, l'herbe craquait, mais un peu plus loin, elle brillait d'une eau à moitié prise par le gel. Une flaque large comme une table, juste sous le chauffe-eau.

Un couple de retraités qui connaît son camping-car par cœur

Gérard et Monique ont acheté leur camping-car il y a six ans, au moment de la retraite. Lui était électricien dans une usine de Besançon, elle tenait la comptabilité d'une petite entreprise de menuiserie. Leur véhicule, un profilé blanc de sept mètres, porte encore l'autocollant d'un concessionnaire de Dole. Ils l'appellent simplement le camion, comme on parle d'un vieil ami qui ne vous a jamais laissé tomber.

Chaque année, ils roulent environ huit mille kilomètres, surtout au printemps et en été. La Bretagne, les Alpes, une fois l'Espagne jusqu'à Valence. Gérard tient un carnet où il note les pleins, les vidanges, les petites réparations. Monique s'occupe de la cellule, des rideaux, des placards où chaque objet a sa place. Ils ont leurs habitudes, leurs gestes rodés, et une certaine fierté à ne jamais rien oublier.

Cette année pourtant, ils avaient envie d'essayer autre chose. Leur fille leur avait parlé des lacs du Jura en automne, des forêts rousses et des villages silencieux hors saison. Monique a trouvé une aire tranquille près du lac de Chalain, ouverte toute l'année, avec une borne pour l'eau. Le week-end de la mi-novembre semblait parfait. Gérard a regardé la météo, vu des nuits autour de zéro, et haussé les épaules.

Le plein d'eau fait à la maison, pour gagner du temps

Le vendredi matin, Gérard a sorti le tuyau d'arrosage du garage et l'a branché sur le réservoir. Il préférait remplir chez lui, avec une eau qu'il connaissait, plutôt que de dépendre d'une borne peut-être fermée. Monique trouvait ça raisonnable. Une centaine de litres dans le réservoir propre, et le chauffe-eau qui se remplit tout seul en ouvrant les robinets. Ils l'avaient fait des dizaines de fois sans jamais y penser.

Comme d'habitude, Gérard a ouvert le robinet de la cuisine jusqu'à ce que l'eau coule sans crachotement. Il a entendu la pompe tourner, puis s'arrêter, signe que le circuit était plein. Il n'a pas allumé le chauffage, parce qu'il ne voyait pas l'intérêt de brûler du gaz dans le jardin. On allumerait tout une fois sur place, au chaud, avec le café. C'était logique, économique, et franchement personne ne lui avait jamais dit le contraire.

Ils sont partis vers onze heures, sous un ciel gris et bas. La route vers Champagnole montait doucement, les arbres perdaient leurs dernières feuilles. Dans le camion, le thermomètre du tableau de bord affichait quatre degrés, puis trois, puis deux en approchant des plateaux. Monique a monté le chauffage de la cabine et ouvert un paquet de biscuits. Elle se souvient d'avoir dit que le Jura en novembre, ça se méritait un peu.

« J'ai passé une heure sous le camion à chercher une fuite qui n'existait pas, voilà la vérité. »

Un petit goutte-à-goutte que personne ne prend au sérieux

En arrivant sur l'aire, vers quinze heures, Gérard a fait le tour du véhicule pour vérifier les cales. C'est là qu'il a remarqué une trace mouillée sur le bitume, sous le flanc droit. Rien de spectaculaire, juste une ligne sombre, comme si quelqu'un avait renversé une bouteille. Il s'est accroupi, a regardé, n'a rien vu goutter. Il a pensé à la condensation de la clim, ou à la pluie de la veille restée dans un recoin.

Monique, elle, s'est installée à l'intérieur et a allumé le chauffage gaz. La cellule avait gardé le froid de la route, elle a gardé son manteau une bonne demi-heure. Quand elle a voulu se laver les mains, l'eau est arrivée normalement, froide bien sûr. Elle a mis le chauffe-eau en marche, puis elle a oublié. Ils sont allés marcher au bord du lac avant la tombée de la nuit, jumelles autour du cou.

Le soir, la douche n'a pas donné grand-chose. Un filet tiède, puis plus rien, puis des crachotements d'air dans le pommeau. Gérard a pesté contre la pompe, a vérifié le fusible, a relancé le chauffe-eau. Ça a fini par revenir, un peu, et ils ont décidé que c'était la fatigue du trajet. Soyons honnêtes, après une journée de route, on n'a pas toujours envie de démonter un placard pour comprendre.

Au réveil, la flaque et les mauvaises hypothèses

Le samedi matin, donc, il y avait cette flaque à moitié gelée. Gérard est rentré chercher sa lampe frontale et s'est glissé sous le camion, sur une bâche. Il a suivi les tuyaux un par un, cherchant une fissure, un raccord qui aurait éclaté. Il a pensé au gel, évidemment, même si la nuit n'était descendue qu'à moins un. Il a tâté les durites, il n'a rien trouvé de fendu, rien de déboîté.

Monique a appelé leur fils, Julien, qui a un camping-car depuis plus longtemps qu'eux. Il a parlé du réservoir, du bouchon de vidange, d'un clapet peut-être abîmé. Puis elle a téléphoné au concessionnaire de Dole, qui était fermé le samedi matin. Un voisin d'aire, un Suisse avec un fourgon aménagé, est venu voir par curiosité. Il a regardé, a fait la moue, et a dit que chez lui ça faisait pareil parfois.

Le plus troublant, c'est que le réservoir principal était encore presque plein. L'eau perdue venait donc d'ailleurs, d'un volume plus petit, d'une dizaine de litres peut-être. Gérard a fini par ouvrir le coffre extérieur où se trouve le chauffe-eau. Il l'a trouvé vide, complètement, et un petit bouton jaune dépassait sur le côté. Il ne l'avait jamais vraiment remarqué. Il a dit à Monique qu'il avait l'impression que le camion se moquait de lui.

« On remplissait toujours à froid dans le jardin, en été ça ne posait aucun problème, alors on n'y pensait plus. »

Le petit bouton jaune n'était pas une panne

C'est le voisin suisse qui a mis le doigt dessus, en revenant avec sa notice à lui. Ce bouton, c'était la vanne de vidange de sécurité antigel. Sur beaucoup de chauffe-eau de camping-car, elle s'ouvre toute seule quand la température descend autour de trois degrés. Le but est simple : vider le ballon avant que l'eau ne gèle et ne le fasse éclater. Ce n'était ni une fuite ni une casse, c'était le système qui faisait exactement son travail.

Gérard a relu la notice de son propre chauffe-eau, retrouvée au fond d'une pochette. Tout y était écrit, en petits caractères. La vanne ne reste fermée que si l'appareil est assez chaud. Il faut donc allumer le chauffage d'abord, attendre que la cellule et le ballon dépassent ce seuil, puis fermer la vanne et seulement ensuite remplir. Lui avait fait l'inverse, rempli à froid dans un jardin à cinq degrés, puis roulé vers plus froid encore.

Pendant le trajet, sur les plateaux, la vanne s'était ouverte une première fois, d'où la trace mouillée à l'arrivée. Le soir, en rallumant, Gérard l'avait refermée sans le savoir en fouillant le coffre. Puis la nuit, chauffage réglé bas pour dormir, la sonde avait de nouveau jugé que le froid menaçait. Et tout le ballon s'était vidé en silence. J'ai cru que le camion était cassé, et en fait il me protégeait, a-t-il soupiré.

Ce que le couple fait désormais avant chaque départ d'hiver

Au fond, l'histoire leur a coûté peu de chose. Une douche ratée, une matinée à quatre pattes sous le véhicule, et quelques litres d'eau perdus. Ils ont refait le plein à la borne de l'aire, cette fois dans le bon ordre. Monique a allumé le chauffage, ils ont attendu une bonne demi-heure, Gérard a tiré sur le bouton jaune pour le fermer, puis ils ont rempli. Le reste du week-end, le ballon est resté plein et la douche brûlante.

Gérard a pensé à ce qui aurait pu arriver sans cette vanne. Un ballon éclaté par le gel, c'est plusieurs centaines d'euros chez le concessionnaire, et un camion immobilisé. Il a mesuré la différence entre un système qui vous embête et un système qui vous sauve. Dans son carnet, il a ajouté une page entière intitulée hiver. Il l'a recopiée sur une fiche plastifiée, collée à l'intérieur de la porte du coffre extérieur.

Monique, elle, en a parlé à toutes leurs connaissances camping-caristes. Beaucoup ont souri, quelques-uns ont avoué avoir vécu exactement la même chose, sans jamais avoir compris pourquoi. On connaît tous ça, ces petits mystères qu'on range dans la catégorie des caprices du véhicule. Elle répète maintenant qu'il faut chauffer avant de remplir, pas l'inverse. Et en décembre, ils sont repartis vers le Haut-Doubs, cette fois avec le chauffage allumé dans l'allée avant le premier litre.

« Le bouton jaune, je l'avais sous les yeux depuis six ans, et je ne savais même pas à quoi il servait. »

  • Repérer la vanne de vidange antigel du chauffe-eau, souvent un bouton jaune ou une manette dans un coffre.
  • Allumer le chauffage de la cellule avant de remplir dès que les nuits approchent de 3 °C.
  • Attendre que le ballon soit tiède, puis fermer la vanne, et seulement ensuite remplir le circuit.
  • Laisser le chauffage en marche la nuit, à un niveau suffisant pour que la vanne ne se rouvre pas.
  • Relire la notice du chauffe-eau : le seuil et le fonctionnement varient selon les modèles.
  • Une flaque sous le chauffe-eau au matin n'est pas forcément une fuite : vérifier d'abord la vanne.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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