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Sept heures moins le quart, un mardi d'octobre, et la vitre du hall de la piscine municipale est couverte de buée. Claire pousse le tourniquet, son sac de sport cogne contre sa hanche, l'odeur tiède de l'eau traitée lui monte au nez. Au loin, un maître-nageur siffle deux coups brefs. Elle attache ses cheveux blond polaire, ajuste ses lunettes et descend l'échelle.
Trois matins par semaine, Claire retrouve le bassin de son enfance
Claire a trente-quatre ans et travaille comme graphiste dans un petit studio près de la place Notre-Dame, à Grenoble. Elle a nagé toute son adolescence dans ce même bassin, puis elle a arrêté, comme on arrête tant de choses en devenant adulte. Cette rentrée, après un été passé courbée sur son écran, son dos a fini par protester. Son kiné lui a conseillé de reprendre une activité douce et régulière, sans trop réfléchir. Alors elle a racheté un maillot, un bonnet et une carte de dix entrées.
Le rythme s'est installé tout seul, presque sans effort de volonté de sa part. Lundi, mercredi et vendredi, elle se lève à six heures et quart, avale un café debout dans la cuisine. Elle enfourche ensuite son vélo et traverse le quartier encore endormi jusqu'au bassin. Quarante longueurs, une douche rapide, puis le bureau, les joues rouges et l'esprit étrangement clair. Elle dit à ses collègues qu'elle n'a jamais aussi bien dormi depuis des années, et c'est vrai.
Ce qui fait aussi son plaisir, soyons honnêtes, c'est le regard qu'on porte sur ses cheveux. Depuis deux ans, Claire entretient un blond polaire, presque blanc, obtenu au prix de plusieurs décolorations successives. Sa coiffeuse, Nadia, en est fière, et Claire aussi, elle qui passait des années à hésiter. Chaque mois, elle s'offre une patine pour neutraliser les reflets jaunes. C'est sa signature, un peu sa coquetterie, et elle ne compte pas la sacrifier pour un peu de natation.
Le bonnet reste au fond du sac, pour de bonnes raisons
Au début, Claire porte son bonnet en silicone, bien enfoncé sur les oreilles comme le recommande la piscine. Mais il serre, il tire les petits cheveux de la nuque, et il laisse une marque rouge sur le front. Le troisième matin, une mèche s'échappe sous l'élastique et reste mouillée toute la séance. Elle se dit que ce n'est pas grave, que les cheveux sèchent et qu'un shampooing suffit. Peu à peu, le bonnet devient facultatif, puis il reste carrément plié au fond du sac.
Elle a même une théorie, qu'elle a lue quelque part et répète avec assurance à qui veut l'entendre. Le chlore abîme, oui, mais un bon après-shampooing répare tout, pense-t-elle sans se poser de questions. Elle achète donc un masque nourrissant au supermarché et l'applique généreusement chaque soir de piscine. Ses cheveux restent doux, faciles à démêler, et elle se félicite de sa routine bien rodée. Personne ne lui a jamais dit qu'il fallait faire autrement, ni à l'accueil ni dans les vestiaires.
Il faut dire qu'elle se sent bien dans cette nouvelle vie, et qu'elle n'a aucune envie de la compliquer. Elle retrouve une voisine de ligne, Josiane, soixante-huit ans, qui nage le dos crawlé avec une régularité de métronome. Les deux femmes échangent quelques mots au bord du bassin, la météo, les travaux du tram. On s'habitude, tu verras, au bout d'un mois tu ne pourras plus t'en passer, lui lance Josiane un matin. Claire sourit, convaincue d'avoir trouvé l'équilibre qu'elle cherchait depuis longtemps.
« Je me battais contre le chlore depuis le début, alors que le problème, c'était le cuivre dans l'eau. »
Un reflet bizarre dans le miroir de l'ascenseur du bureau
La première alerte arrive un jeudi, à la fin de la deuxième semaine, dans l'ascenseur de son immeuble professionnel. La lumière y est crue, blanche, un néon qui n'épargne personne et qu'elle évite d'habitude de regarder. En rajustant sa queue de cheval, Claire aperçoit une teinte étrange sur ses pointes, quelque chose de terne. Elle pense d'abord à une ombre, au reflet de son pull kaki, à la fatigue de la semaine. Les portes s'ouvrent, un collègue la salue, et elle oublie aussitôt ce détail.
Quelques jours plus tard, c'est sa sœur Léa qui remarque quelque chose pendant un déjeuner du dimanche. Elles sont assises en terrasse, sous un soleil d'automne bas et doré qui traverse les feuillages. Léa plisse les yeux, tend la main vers une mèche et la fait tourner entre ses doigts. Elle lui demande si elle a changé de patine, parce que ça fait un peu bizarre à la lumière. Claire hausse les épaules et répond que non, rien de nouveau, que c'est sûrement le soleil.
Le soir même, pourtant, elle allume toutes les lampes de sa salle de bains et se plante devant le miroir. Sous l'éclairage chaud, rien de franchement visible, juste un blond un peu moins lumineux qu'avant. Mais près de la fenêtre, avec la lumière du jour finissant, le doute devient difficile à chasser. Ses longueurs ont pris un voile verdâtre, discret mais réel, surtout sur les mèches autour du visage. Elle se dit qu'un shampooing déjaunisseur réglera le problème, et elle va se coucher en essayant de ne plus y penser.
Shampooings violets, vinaigre et forums n'y changent rien
Le lendemain, Claire passe à la parapharmacie et achète un shampooing violet, celui qu'elle utilise d'ordinaire contre le jaune. Elle le laisse poser cinq minutes, puis dix, en suivant scrupuleusement les conseils lus sur l'emballage. Le résultat est décevant, presque pire, puisque le violet semble accentuer cette nuance froide et sale. Elle comprend vaguement que le violet corrige le jaune, pas le vert, mais elle ne sait pas quoi faire d'autre. Alors elle retourne nager le lundi, en se promettant de remettre son bonnet.
Le soir, elle tape sa question sur son téléphone, allongée sur le canapé, et tombe sur des dizaines de forums. Chacun a sa recette, du jus de tomate au bicarbonate, en passant par le vinaigre de cidre et l'aspirine écrasée. Elle tente le vinaigre, qui laisse une odeur tenace dans la salle de bains pendant deux jours. Le vert pâlit à peine, puis revient dès la séance suivante, comme si rien ne s'était passé. J'avais l'impression de vider la mer avec une petite cuillère, raconte-t-elle plus tard.
Elle finit par en parler à Josiane, dans les vestiaires, en enroulant une serviette autour de ses épaules. La vieille dame hoche la tête, pas surprise du tout, et lui raconte que sa petite-fille a vécu la même chose. Ce n'est pas la première, ma belle, avec les blondes c'est toujours pareil, dit-elle en refermant son casier. Claire, un peu vexée, rétorque que c'est forcément le chlore, qu'il est sûrement trop dosé ici. Le soir même, elle appelle Nadia pour prendre rendez-vous en urgence au salon.
« J'avais l'impression de vider la mer avec une petite cuillère, le vert revenait à chaque séance. »
Au salon, Nadia désigne un coupable que personne n'attendait
Le salon de Nadia occupe un ancien atelier, cours Berriat, avec de grandes vitres qui laissent entrer la lumière du nord. La coiffeuse fait asseoir Claire près de la fenêtre, soulève quelques mèches et les observe longuement en silence. Puis elle sourit, de ce sourire de quelqu'un qui a déjà vu cent fois la même scène. Elle explique que le chlore, en réalité, n'est pas celui qui donne cette couleur aux cheveux. Le vrai responsable, selon elle, se trouve dans l'eau, mais sous une autre forme.
Ce sont les ions de cuivre, explique Nadia en dessinant sur un coin de papier avec son peigne. On les retrouve dans l'eau des piscines, parfois apportés par les canalisations, parfois par certains produits de traitement contre les algues. Le chlore joue surtout un rôle d'accélérateur, en abîmant la surface du cheveu et en l'ouvrant davantage. Et un cheveu décoloré, poreux comme une éponge, retient ces minéraux beaucoup plus facilement qu'un cheveu naturel. Ton blond polaire, c'est une feuille blanche, le moindre dépôt se voit, conclut-elle.
Claire reste un moment sans rien dire, partagée entre le soulagement et une forme d'agacement envers elle-même. Elle repense au bonnet plié au fond du sac, aux mèches mouillées, au masque qu'elle croyait protecteur. Rien de tout cela n'était absurde, simplement elle se battait contre le mauvais ennemi depuis le début. Nadia lui montre une bouteille sans parfum ni fioritures, un shampooing dit chélatant, conçu pour décrocher les minéraux. Celui-là, il va chercher le cuivre, pas la couleur, lui précise la coiffeuse en l'appliquant directement au bac.
Une nouvelle routine avant le plongeon, et un blond retrouvé
Après deux shampooings chélatants et une patine fraîche, le vert a presque disparu, et Claire respire enfin. La séance lui coûte un peu plus de soixante euros, sans compter le flacon qu'elle rapporte chez elle. Elle calcule à voix haute ce qu'elle a déjà dépensé en produits inutiles, et préfère ne pas terminer le compte. Mais elle n'abandonne pas la piscine pour autant, parce que son dos va mieux et qu'elle y tient. Elle change seulement l'ordre de ses gestes, à commencer par ce qui se passe avant l'eau.
Désormais, elle passe d'abord sous la douche du vestiaire et mouille entièrement ses cheveux à l'eau claire. Nadia lui a expliqué qu'un cheveu déjà gorgé d'eau propre absorbe beaucoup moins celle du bassin. Certains nageurs ajoutent une noisette d'huile ou de crème sur les longueurs, puis enfilent un bonnet bien ajusté. En sortant, Claire rince immédiatement, longuement, avant même de se savonner le corps. Une fois par semaine, elle utilise son shampooing chélatant, puis un soin hydratant pour compenser son effet un peu asséchant.
Un mois plus tard, Josiane la complimente au bord du bassin, en remontant ses lunettes sur son front. Le blond polaire tient, la lumière du matin n'y révèle plus aucun voile suspect. On connaît tous ça, ces petits problèmes qu'on attribue au mauvais coupable pendant des semaines. Claire, elle, a pris l'habitude d'en parler aux autres nageuses blondes qu'elle croise dans les vestiaires. Si j'avais su, je me serais épargné trois semaines de bricolage, dit-elle en riant. Puis elle attache ses cheveux mouillés et descend l'échelle.
« Ma coiffeuse m'a dit que mon blond polaire, c'était une feuille blanche, le moindre dépôt se voyait. »
- Mouiller abondamment ses cheveux à l'eau claire avant d'entrer dans le bassin.
- Porter un bonnet bien ajusté, surtout sur des cheveux décolorés ou très clairs.
- Rincer longuement les cheveux à l'eau douce dès la sortie de l'eau.
- Utiliser un shampooing chélatant une fois par semaine pour décrocher les minéraux.
- Compléter par un soin hydratant, le chélatant pouvant assécher les longueurs.
- Éviter le shampooing violet contre le vert : il corrige le jaune, pas le vert.
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