Il dort jusqu’à onze heures chaque week-end pour rattraper sa semaine : chaque lundi matin, il se réveille plus épuisé que le vendredi soir

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Le réveil a sonné à six heures quarante, un bip sec dans la chambre encore noire. Julien a tendu le bras, raté le bouton une première fois, puis s'est assis au bord du lit, les pieds sur le parquet froid. Dans la cuisine, la bouilloire a commencé à gronder. C'était lundi, et il avait la sensation d'avoir dormi deux heures, alors qu'il venait de dormir tout le week-end.

Une vie bien réglée, des semaines qui commencent toujours trop tôt

Julien a trente-huit ans et travaille comme technicien de maintenance dans une entreprise de logistique, en périphérie de Lyon. Depuis six ans, il prend son poste à sept heures quarante-cinq, ce qui l'oblige à quitter son appartement à sept heures pile. Il habite un deux-pièces au troisième étage, avec une fenêtre qui donne sur une rue calme et un platane. Sa compagne, Claire, est infirmière et travaille parfois de nuit. Leurs horaires se croisent sans toujours se rencontrer, et chacun a pris l'habitude de gérer sa propre fatigue dans son coin.

En semaine, Julien tient un rythme qu'il juge raisonnable. Il dîne vers vingt heures, regarde un épisode de série, traîne un peu sur son téléphone, puis s'endort aux alentours de minuit. Le réveil sonne à six heures quarante, sans exception, du lundi au vendredi. Il le sait, ça ne fait pas tout à fait sept heures de sommeil, mais il se dit que c'est le lot de tout le monde. Ses collègues se plaignent des mêmes choses devant la machine à café, les yeux rouges et la voix encore pâteuse.

Le vendredi soir, il rentre avec une impression de délivrance presque physique. Il pose son sac dans l'entrée, enlève ses chaussures de sécurité et s'étire longuement dans le couloir. Pour lui, le week-end n'est pas seulement un moment de repos, c'est une sorte de banque où l'on rembourse ce qu'on doit. Il a toujours entendu son père dire qu'il fallait récupérer quand on pouvait. Alors il se promet, chaque semaine, la même chose : dormir enfin, sans réveil, aussi longtemps que son corps le réclamera.

La grasse matinée du samedi, un rituel pris pour une récompense

Le vendredi, Julien se couche donc tard, souvent vers deux heures du matin, parfois plus. Il retrouve des amis dans un bar du quartier, ou bien il enchaîne les épisodes, puisque rien ne presse. Le samedi, il ouvre les yeux vers onze heures, parfois onze heures et demie, la lumière déjà haute derrière les rideaux. Il reste encore un moment au lit, le téléphone à la main, savourant cette heure volée. Il a la conviction sincère de faire ce qu'il faut pour sa santé et pour sa semaine suivante.

Le samedi soir, le scénario se répète presque à l'identique. Comme il s'est levé tard, il n'a pas sommeil à minuit, ni même à une heure. Il finit par s'endormir vers deux heures et demie, et le dimanche, rebelote, réveil naturel vers onze heures. Claire, quand elle n'est pas de garde, le taquine un peu sur ses matinées interminables. Lui hausse les épaules en souriant et lui répond toujours la même phrase, qu'il trouve d'une logique imparable : je dors en avance pour toute la semaine.

Soyons honnêtes, on connaît tous ça, et l'idée paraît pleine de bon sens. Si l'on manque de sommeil cinq jours, pourquoi ne pas compenser les deux suivants, comme on comble un découvert. Julien n'y voit aucun piège, et personne autour de lui ne lui en a jamais parlé. Ses amis font pareil, son frère aussi, et sur les réseaux, la grasse matinée est présentée comme un petit luxe mérité. Rien, dans cette habitude, ne ressemble à une erreur. Elle a même tout d'une forme de sagesse domestique.

« Je dors en avance pour toute la semaine, c'est logique, non, je rembourse ce que je dois. »

Ce dimanche soir où le sommeil refuse obstinément de venir

Le premier détail qui cloche apparaît le dimanche soir, mais Julien met longtemps à le remarquer. Vers vingt-trois heures, il se couche en se disant qu'il faut être raisonnable avant le lundi. Il éteint la lumière, se tourne, se retourne, écoute les voitures passer dans la rue. Rien ne vient. Son esprit est étonnamment clair, presque alerte, comme en plein après-midi. Il rallume son téléphone pour vérifier l'heure, puis une deuxième fois, puis une troisième. Il finit par s'endormir vers une heure et demie, agacé contre lui-même.

Pendant des mois, il attribue cette insomnie du dimanche à l'appréhension de la semaine. Le travail, les pannes à réparer, le chef d'équipe pressé, tout cela suffit à expliquer quelques pensées qui tournent. Il en parle une fois à un collègue, Karim, qui lui répond que c'est normal. Le dimanche soir, tout le monde déprime un peu, mon vieux, dit Karim en riant. Julien hoche la tête, rassuré d'être dans la moyenne, et il n'y pense plus jusqu'au dimanche suivant.

Le lundi matin, pourtant, la sensation est étrange et dépasse la simple fatigue. Julien a la tête lourde, l'estomac noué, aucune faim au petit-déjeuner. Il a froid alors que l'appartement est chauffé. Au travail, il lui faut jusqu'à midi pour se sentir à peu près lui-même. Il remarque aussi que le mardi va un peu mieux, le mercredi encore mieux. Mais il ne relie pas les points. Pour lui, le lundi est simplement un mauvais jour, une fatalité partagée par des millions de gens.

Plus de café, plus de sommeil, et toujours cette fatigue du lundi

Avec le temps, les lundis deviennent franchement pénibles. Un matin, Julien manque de peu d'oublier de couper l'alimentation d'une machine avant d'intervenir dessus. Le geste lui revient au dernier moment, mais il en garde une sueur froide pour la journée. Ce soir-là, il en parle à Claire, assis sur le canapé, encore secoué. Il lui dit qu'il ne comprend pas, qu'il dort pourtant énormément le week-end. Claire l'écoute, fronce les sourcils, et lui demande à quelle heure exactement il se lève le samedi.

Julien essaie d'abord des solutions qui lui paraissent évidentes. Il augmente sa dose de café, passe à trois tasses avant dix heures. Il tente aussi de dormir encore plus le week-end, jusqu'à midi passé, en pensant que sa réserve est simplement insuffisante. Le résultat est pire. Le dimanche soir, il ne trouve plus le sommeil avant deux heures, et le lundi devient un brouillard complet. Il achète même des gélules à base de plantes en pharmacie, qui ne changent strictement rien à son état.

Il finit par prendre rendez-vous chez son médecin traitant, persuadé d'avoir une carence ou un souci de thyroïde. Il lui raconte sa fatigue du lundi, ses dimanches sans sommeil, ses trois cafés. Le médecin prescrit une prise de sang, qui revient parfaitement normale. Je ne vois rien d'anormal dans vos analyses, lui dit-il, mais parlez-moi plutôt de vos horaires. Julien s'attendait à un traitement, pas à cette question. Il ressort du cabinet un peu déçu, avec une feuille griffonnée sur le rythme du sommeil.

« Le lundi, j'avais froid, pas faim, la tête dans du coton, comme en descendant d'un avion. »

Ce n'était pas un manque de sommeil, mais un voyage immobile

C'est en relisant cette feuille, un soir, que Julien comprend enfin. Le médecin y avait noté deux heures : sept heures en semaine, onze heures le week-end. En dessous, une expression soulignée deux fois : décalage horaire social. L'idée est simple, presque vexante. Notre corps possède une horloge interne qui règle le sommeil, la faim, la température, la vigilance. Elle se cale grâce à la lumière du matin et à la régularité des réveils. Quand on décale brutalement ses horaires, elle se dérègle.

En se levant quatre heures plus tard deux jours de suite, Julien imposait à son organisme l'équivalent d'un vol vers l'Ouest. Le samedi et le dimanche, son horloge glissait doucement vers un autre fuseau, comme s'il vivait à New York. Puis le lundi, à six heures quarante, il exigeait de son corps qu'il revienne à Lyon en une nuit. Évidemment, son corps ne suivait pas. Le froid, l'estomac noué, la tête lourde, l'insomnie du dimanche : c'étaient les signes classiques d'un petit jet-lag hebdomadaire.

Claire, quand il lui explique tout cela, éclate d'un rire franc. Elle connaît ce phénomène par cœur avec ses nuits de garde, mais n'avait jamais pensé à l'appliquer à ses grasses matinées. Donc tu prends l'avion tous les week-ends sans quitter ton lit, lui dit-elle. Julien rit aussi, un peu jaune. Pendant des années, il avait cru se reposer, alors qu'il se fatiguait méthodiquement. Ce qu'il prenait pour une récupération était justement ce qui fabriquait l'épuisement de ses lundis, semaine après semaine.

Un réveil à huit heures le samedi, et des lundis enfin respirables

Julien décide de tester, sans trop y croire, une méthode simple. Il garde un réveil le week-end, réglé à huit heures, soit à peine plus d'une heure après celui de la semaine. Les deux premiers samedis sont rudes, il a l'impression de se priver d'un plaisir. Il ouvre les rideaux tout de suite, boit son café près de la fenêtre, sort marcher dans le quartier. S'il est vraiment fatigué, il fait une courte sieste en début d'après-midi, pas plus de vingt minutes.

Au bout de trois semaines, le changement est net. Le dimanche soir, il s'endort vers vingt-trois heures trente sans même s'en rendre compte. Le lundi matin, le réveil sonne et il se lève sans cette sensation de plomb dans les membres. Il a faim au petit-déjeuner, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. J'ai l'impression d'avoir récupéré une journée entière par semaine, confie-t-il à Karim, qui le regarde d'un air sceptique. Le café est redescendu à une seule tasse, presque par habitude.

Julien ne prétend pas avoir trouvé une recette universelle, et il dit lui-même que chacun fonctionne différemment. Mais il a appris à regarder ses horaires comme un fuseau horaire qu'on ne quitte pas à la légère. Il a aussi compris que se coucher plus tôt en semaine valait mieux que tout rattraper d'un coup. Ce qu'il retient tient en quelques gestes, qu'il a notés sur un papier collé au frigo. Claire, amusée, l'a complété d'une ligne au feutre rouge : la lumière du matin, en premier.

« Je croyais me reposer le week-end, en fait je me fatiguais méthodiquement sans le savoir. »

  • Comparer ses heures de réveil en semaine et le week-end : au-delà d'une à deux heures d'écart, le décalage se fait sentir.
  • Garder un réveil le samedi et le dimanche, même un peu plus tard qu'en semaine.
  • S'exposer à la lumière du jour dès le lever pour recaler l'horloge interne.
  • Préférer une courte sieste de vingt minutes en début d'après-midi à une grasse matinée.
  • Avancer un peu l'heure du coucher en semaine plutôt que tout rattraper le week-end.
  • Consulter un médecin si la fatigue persiste malgré des horaires réguliers.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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