Elle attend chaque mois le un acheté, un offert sur sa lessive : au rayon, l’affiche annonce désormais trois bidons pour le prix de deux

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Samedi, neuf heures dix, le parking du supermarché sent encore la pluie de la nuit. Sandrine pousse son chariot dont une roue grince, sa liste pliée en quatre dans la poche de son manteau. Au rayon entretien, elle tend déjà la main vers les gros bidons bleus. Puis elle s'arrête, les yeux sur l'affiche jaune accrochée au-dessus de la tête de gondole.

Un samedi par mois, le même chariot et la même liste

Sandrine a 47 ans, elle est aide-soignante dans une maison de retraite, et elle travaille un week-end sur deux. Les samedis où elle est libre, elle fait les grosses courses pour toute la famille. Didier, son mari, conduit des bus scolaires et déteste les supermarchés. Leurs deux adolescents, Hugo et Manon, usent des vêtements de sport comme d'autres usent des mouchoirs. Dans cette maison, la machine à laver tourne presque tous les jours, parfois deux fois quand il pleut sur les terrains de foot.

Depuis une dizaine d'années, Sandrine a donc pris une habitude qu'elle juge de bon sens. Elle ne paie jamais sa lessive au prix fort. Elle guette les opérations du magasin, toujours le même, à huit minutes de chez elle, sur la route de la zone commerciale. Elle connaît le rythme des catalogues, les semaines où les marques se battent, les têtes de gondole qui changent le mardi. Elle n'est pas obsédée par les promotions, dit-elle, mais elle n'aime pas jeter l'argent par les fenêtres.

Sa fierté, c'est le placard sous l'escalier. Didier l'appelle en riant la réserve de guerre. On y trouve des bidons de lessive alignés, du liquide vaisselle, des tablettes pour le lave-vaisselle et du papier toilette empilé jusqu'à la planche du haut. Tout a été acheté en lot, au bon moment, avec une réduction qu'elle se rappelle encore. Quand une amie lui demande comment elle tient le budget avec deux grands ados, elle ouvre simplement la porte du placard et laisse parler les étiquettes.

La règle d'or : attendre le deuxième bidon gratuit

Sa méthode tenait en une phrase, qu'elle répétait volontiers à sa sœur Nathalie au téléphone. Elle n'achetait sa lessive préférée que lorsque le magasin affichait un acheté, un offert. Le bidon de trois litres coûtait un peu plus de quatorze euros, ce qui lui paraissait déjà beaucoup. Avec l'offre, elle repartait avec deux bidons pour le prix d'un, soit de quoi tenir presque deux mois. Elle calculait que cette seule astuce lui faisait économiser plus de quatre-vingts euros par an.

Soyons honnêtes, la plupart d'entre nous font un peu pareil, à leur échelle. On attend la bonne affiche, on remplit le coffre, on se sent malin en rangeant les courses. Sandrine avait même réglé sa consommation sur ce calendrier. Quand le stock baissait, elle savait qu'une opération viendrait dans les semaines suivantes. Elle n'avait jamais été déçue. Les marques de lessive tournaient, mais il y avait toujours quelque part dans le rayon un bidon offert, et elle finissait par tomber dessus.

Il y avait aussi, dans cette habitude, une forme de confiance tranquille envers son magasin. Elle y faisait ses courses depuis l'ouverture, connaissait les caissières par leur prénom, et le directeur la saluait parfois près des fruits. Pour elle, ces promotions étaient presque un geste de fidélité. Je ne vais pas courir à droite à gauche, disait-elle à Didier, ils sont corrects avec nous. Elle n'imaginait pas que cette règle d'or, si simple, dépendait de quelque chose de bien plus lointain que le magasin.

« Ils ont dû oublier que j'existe, je reviendrai le mois prochain et mon bidon offert sera là. »

L'affiche jaune qui annonçait trois pour deux

Ce samedi de mars, donc, l'affiche jaune ne disait pas ce qu'elle attendait. Les mêmes bidons bleus, la même marque, le même rayon, mais un autre message en grosses lettres : trois pour le prix de deux. Sandrine relit deux fois, puis elle fait le calcul de tête, la main posée sur la poignée du chariot. Trois bidons, c'était beaucoup pour son placard déjà plein. Et surtout, la réduction lui semblait moins généreuse que d'habitude, sans qu'elle sache dire exactement de combien.

Elle a d'abord pensé à un mauvais mois, rien de plus. Les catalogues changent, la marque n'avait peut-être pas voulu faire d'effort cette fois. Elle a acheté un seul bidon, au prix fort, en grimaçant un peu à la caisse. Dans la voiture, elle en a parlé à Didier par message vocal, sur un ton plutôt amusé. Ils ont dû oublier que j'existe, a-t-elle plaisanté. Elle comptait bien revenir le mois suivant et retrouver son offre habituelle, comme toujours.

Le mois suivant, la scène s'est répétée presque à l'identique. Encore du trois pour deux sur la lessive, et sur le liquide vaisselle un deuxième produit à moins soixante pour cent qu'elle a trouvé étrangement précis. Elle a cherché dans le rayon, elle a fait le tour des têtes de gondole, elle a même regardé les marques qu'elle n'achetait jamais. Nulle part elle n'a trouvé de un acheté, un offert. Ce détail, qu'elle avait balayé en mars, commençait à lui trotter dans la tête.

Le magasin d'à côté, la sœur au téléphone, le doute

Sandrine a fait ce que font beaucoup de clients vexés : elle est allée voir ailleurs. Un jeudi après sa garde, elle a poussé jusqu'au grand hypermarché de la ville voisine, vingt-cinq minutes de route. Elle a erré longtemps entre les rayons, sous les néons, avec un petit panier qu'elle trouvait ridicule. Là non plus, aucune lessive offerte pour une achetée. Des lots, des cagnottes sur la carte de fidélité, des remises sur le deuxième, mais jamais ce bidon gratuit qu'elle connaissait si bien.

Le soir même, elle a appelé Nathalie, qui habite près de Lyon. Sa sœur a ri d'abord, puis elle a reconnu qu'elle avait remarqué la même chose sur son gel douche et ses tablettes de lave-vaisselle. Elles ont échafaudé des théories pendant une demi-heure. Les enseignes se seraient entendues, ou alors les marques voulaient faire grimper les prix en douce. On se fait avoir, tu verras, a lâché Nathalie avant de raccrocher. Sandrine a passé une partie de la nuit à y repenser.

Sur les réseaux sociaux, elle a trouvé d'autres clients aussi agacés qu'elle, et des explications qui se contredisaient toutes. Certains parlaient d'inflation, d'autres d'un complot des distributeurs, d'autres encore juraient que telle enseigne avait gardé ses offres. Didier, lui, haussait les épaules en disant qu'une lessive restait une lessive. Mais Sandrine voulait comprendre. Elle a décidé de poser la question directement là où tout avait commencé, dans son magasin, au prochain samedi de libre, quitte à passer pour une cliente pénible.

« On me pose la question toutes les semaines, madame, mais le deux pour un, on n'a plus le droit. »

Ce n'était ni le magasin ni la marque

Le samedi suivant, elle a demandé à voir quelqu'un au rayon entretien. C'est Karim, le chef de rayon, qui est venu, un carton sous le bras et un cutter à la ceinture. Il connaissait la question, visiblement, car il a souri avant même qu'elle termine sa phrase. On me la pose toutes les semaines, madame, a-t-il dit en posant son carton. Ce n'est pas nous, et ce n'est pas la marque non plus. Le deux pour un, on n'a tout simplement plus le droit.

Karim lui a expliqué ce qu'il savait de son métier. Depuis la loi EGalim, les réductions sur l'alimentaire sont plafonnées à 34 % du prix. Et depuis le printemps 2024, une autre loi a étendu ce plafond aux produits d'entretien, d'hygiène et de droguerie. Un acheté, un offert, cela revient à cinquante pour cent de remise, bien au-dessus de la limite. Trois pour deux, c'est environ trente-trois pour cent, donc ça passe. Et le deuxième à moins soixante-huit, c'est exactement trente-quatre sur les deux.

Sandrine est restée un moment devant le rayon, son bidon dans les mains, à refaire le calcul. Tout s'emboîtait soudain, les chiffres bizarres sur les étiquettes, les lots de trois, les remises sur le deuxième produit. Ce n'était ni une punition contre les clients fidèles ni une manœuvre de son magasin. C'était une règle écrite ailleurs, votée pour mieux protéger, selon Karim, la rémunération des producteurs et des fournisseurs. Moi, je fais avec ce qu'on m'autorise, a-t-il conclu en reprenant son carton.

Un nouveau calcul pour le placard sous l'escalier

Sur le chemin du retour, Sandrine a d'abord ressenti une drôle de colère, sans cible précise. Puis elle s'est mise à compter, comme elle le fait toujours. Avec le trois pour deux, son bidon lui revenait à un peu moins de dix euros au lieu d'un peu plus de sept auparavant. Sur une année, elle estime perdre une trentaine d'euros sur la seule lessive, davantage si l'on ajoute le liquide vaisselle et le papier toilette. Ce n'est pas la ruine, dit-elle, mais ça s'additionne vite.

Elle a donc changé de méthode plutôt que de rester fâchée. Elle compare maintenant le prix au litre ou au lavage, affiché en petit sous l'étiquette, au lieu de regarder la grosse affiche. Elle s'est aperçue qu'une marque de distributeur, sans aucune promotion, revenait parfois moins cher que sa lessive préférée en lot. Elle a aussi réduit les doses, sur les conseils d'une collègue, et les vêtements des ados ne s'en portent pas plus mal. Le placard sous l'escalier est moins plein, mais mieux choisi.

Quand Nathalie l'a rappelée, Sandrine lui a tout raconté, avec les pourcentages et les noms des lois griffonnés sur un ticket de caisse. Sa sœur a été presque déçue qu'il n'y ait pas de complot. On connaît tous ça, cette envie de trouver un coupable derrière une étiquette qui change. Didier, lui, a simplement demandé si l'on mangerait quand même le soir. Sandrine a ri, refermé la porte du placard, et noté sur sa liste de la semaine suivante une ligne nouvelle : comparer le prix au lavage.

« Moi, je fais avec ce qu'on m'autorise, trois pour deux ou le deuxième à moins soixante-huit, pas plus. »

  • Les remises sur l'alimentaire et les produits d'entretien ou d'hygiène sont plafonnées à 34 % du prix.
  • Un acheté, un offert équivaut à 50 % de réduction : cette offre n'est plus autorisée sur ces produits.
  • Trois pour deux ou le deuxième à moins 68 % restent dans la limite légale.
  • Comparez le prix au litre, au kilo ou au lavage, affiché en petit sous l'étiquette.
  • Les marques de distributeur sans promotion sont parfois moins chères qu'une grande marque en lot.
  • Ajustez les doses de lessive à la charge et à la dureté de l'eau pour faire durer un bidon.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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