Il signe pour un canapé d’angle à la foire de Strasbourg : rentré chez lui, il veut annuler et le vendeur lui répond « c’est trop tard »

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Il était presque dix-neuf heures, et le hall 3 du parc des expositions sentait le pain d'épices et le cuir neuf. Thierry s'était laissé tomber dans un canapé d'angle gris anthracite, les jambes allongées, pendant que Martine tâtait l'accoudoir du bout des doigts. Autour d'eux, un haut-parleur annonçait la fermeture prochaine. Le vendeur, lui, tenait déjà un stylo et un bon de commande.

Un dimanche de foire comme ils en vivent chaque automne

Thierry a cinquante-huit ans, il est conducteur de tram à Strasbourg depuis bientôt trente ans. Avec Martine, aide-soignante, il habite une maison mitoyenne à Illkirch, achetée au début des années deux mille. Chaque automne, ils vont à la foire comme d'autres vont aux vendanges, par habitude plus que par besoin. Ils y mangent une tarte flambée, regardent les robots de cuisine, rapportent parfois une poêle ou un tablier. Cette année encore, ils avaient garé la Clio sur le parking du Wacken vers quatorze heures, sans projet particulier.

Leur vieux canapé, pourtant, faisait partie des conversations depuis des mois. Le tissu beige s'était élimé sur l'assise de gauche, celle où Thierry regarde le football le samedi soir. Un ressort commençait à se faire sentir, et les petits-enfants avaient laissé quelques taches que plus rien n'enlevait. Martine en parlait de temps en temps, sans insister, comme on évoque une dépense qu'on repousse. Ils s'étaient dit qu'ils iraient voir dans les magasins de la zone commerciale, un samedi, quand ils auraient le temps.

Dans les allées, ils ont croisé des voisins, goûté un crémant, discuté avec un artisan qui vendait des volets roulants. La foule était dense, il faisait chaud, et Martine avait retiré son manteau qu'elle portait sur le bras. Ils avançaient sans hâte, s'arrêtant devant les stands qui les amusaient. C'est en fin d'après-midi, un peu fatigués, qu'ils sont entrés dans l'espace mobilier. Il y avait des fauteuils de relaxation, des matelas présentés sous des spots, et ce fameux canapé d'angle qui semblait les attendre.

Une remise de foire qui ne durait que jusqu'au soir

Le vendeur était aimable, la quarantaine, un accent mosellan et un sens certain de la conversation. Il leur a montré le mécanisme de relax électrique, le tissu déhoussable, la garantie de cinq ans sur la structure. Le prix affiché était de deux mille huit cents euros, barré au feutre rouge. En dessous, on lisait deux mille trois cents euros, prix foire. Il a précisé que la remise ne valait que pour les commandes passées sur le stand, avant la fermeture du soir.

Thierry a hésité, soyons honnêtes, moins longtemps qu'il ne le raconte aujourd'hui. Cinq cents euros de réduction, c'était beaucoup, et ils avaient de l'épargne sur le livret. Martine trouvait la couleur parfaite pour le salon, avec le parquet clair et les rideaux qu'elle venait de changer. Le vendeur proposait une livraison gratuite sous huit semaines, montage compris. Il a même offert deux coussins assortis, presque en confidence, comme un geste réservé aux gens sympathiques.

Ils ont décidé de payer comptant, pour ne pas s'encombrer d'un crédit à leur âge. Thierry a versé un acompte de sept cents euros par carte, le solde étant prévu à la livraison. Il a signé le bon de commande sur une petite table haute, entre une plante en plastique et un terminal de paiement. Il se souvient d'avoir parcouru les lignes en diagonale, le haut-parleur répétant que la foire fermait ses portes. C'était fait, ils avaient un canapé neuf, et ils étaient contents.

« Je lui ai dit qu'on avait quatorze jours, il m'a répondu que pas en foire, et j'ai cru qu'il se moquait de moi. »

Dans la voiture, un calcul qui ne tombe plus juste

Sur le chemin du retour, la nuit était tombée et la radio passait de vieilles chansons. Martine feuilletait le double du bon de commande à la lumière du plafonnier. Elle a remarqué que les dimensions notées étaient celles de la version longue, deux mètres quatre-vingt-dix. Thierry a répondu que ça irait, que le salon était grand, qu'ils avaient mesuré à l'œil sur le stand. Elle n'a rien ajouté, mais elle a replié la feuille plus lentement que d'habitude.

Arrivés à la maison, Martine a sorti le mètre ruban du tiroir de l'entrée sans même enlever ses chaussures. Entre le mur et la porte-fenêtre, il y avait deux mètres soixante-dix. Il manquait vingt centimètres, et l'angle viendrait bloquer l'accès au jardin. Thierry a mesuré à son tour, deux fois, en tirant le ruban jusqu'à la plinthe. Le chiffre ne changeait pas, et le silence dans le salon devenait un peu lourd.

Ils se sont couchés en se disant que ce n'était pas grave. Après tout, on a quatorze jours pour changer d'avis, c'est ce que tout le monde répète. Thierry en était certain, il l'avait entendu à la télévision, lu sur des forums, appliqué lui-même pour un téléphone acheté en ligne. Il a dit à Martine qu'il appellerait le lundi matin, qu'on annulerait proprement et qu'on récupérerait l'acompte. Il a dormi tranquille, ou presque.

Au téléphone, le vendeur refuse sans même hésiter

Le lundi, pendant sa pause au dépôt, Thierry a composé le numéro inscrit sur le bon de commande. Il est tombé sur le magasin de l'enseigne, à Haguenau, puisque le stand de la foire n'avait pas de ligne propre. Une employée l'a écouté, puis lui a passé le responsable. Thierry a expliqué l'histoire des vingt centimètres, la porte-fenêtre, le souhait d'annuler simplement. À l'autre bout, la réponse est tombée en quelques secondes, polie mais ferme.

Je suis désolé, monsieur, mais un achat en foire, ce n'est pas annulable, c'est écrit sur votre contrat. Thierry a cru à une mauvaise volonté, il a parlé de la loi, des quatorze jours, de ses droits. Le responsable a proposé de modifier la commande pour la version courte, avec un supplément pour le changement de configuration. Thierry a raccroché, vexé, persuadé qu'on essayait de le rouler. Il a passé le reste de sa journée de service à ruminer dans la cabine du tram.

Le soir, Martine a appelé sa belle-sœur, qui travaille dans une agence immobilière et passe pour la juriste de la famille. Elle n'était sûre de rien, mais trouvait étrange qu'on ne puisse pas annuler. Thierry a envoyé un courriel au magasin, en recommandant presque chaque mot, pour exiger le remboursement de l'acompte. La réponse est arrivée deux jours plus tard, brève, avec une pièce jointe : la copie de son bon de commande, une phrase surlignée en jaune.

« Le panneau était là, juste à côté de la table, on est passés devant sans le voir. »

La phrase surlignée qu'il avait signée sans la lire

En haut du document, dans un encadré qu'il n'avait jamais remarqué, on pouvait lire une mention claire. Le consommateur ne bénéficie pas d'un droit de rétractation pour un achat effectué dans une foire ou un salon. Thierry a relu la phrase plusieurs fois, assis à la table de la cuisine, ses lunettes sur le nez. Il a ensuite cherché sur le site officiel de l'administration, et il a dû l'admettre. Le délai de quatorze jours ne s'applique pas à ce genre d'achat.

Ce délai concerne la vente à distance, sur internet ou par téléphone, et le démarchage à domicile. Quand on se déplace soi-même sur un stand, la loi considère qu'on achète comme dans un magasin. La seule obligation du vendeur, c'est d'informer clairement l'acheteur. Il doit afficher l'absence de rétractation sur le stand, de façon visible, et la rappeler sur le contrat. Martine, en y repensant, a revu un panneau blanc accroché près de la table haute, que personne n'avait regardé.

Il existe pourtant une exception, et Thierry l'a découverte avec un drôle de sentiment. Si le canapé avait été payé avec un crédit affecté, souscrit sur place pour financer l'achat, la commande aurait pu être annulée. Dans ce cas, le crédit ouvre son propre délai de rétractation de quatorze jours, et l'annulation du crédit entraîne celle de la vente. Ils avaient payé comptant justement pour être prudents. J'ai voulu bien faire, et c'est exactement ce qui m'a coincé, a-t-il soupiré.

Un canapé plus court et une leçon à vingt centimètres

Thierry a fini par rappeler le magasin, cette fois sans élever la voix. Ils ont négocié la version courte, et le responsable a accepté de réduire le supplément à cent vingt euros. Le canapé est arrivé un mardi de décembre, livré par deux jeunes hommes qui ont monté l'angle en une heure. Il tient désormais entre le mur et la porte-fenêtre, avec dix centimètres de marge. Martine dit qu'il est très confortable, Thierry dit qu'il lui a coûté une semaine de sommeil.

On connaît tous ce moment où une remise affichée en rouge rend les décisions plus rapides. Le couple ne regrette pas le canapé, il regrette surtout la certitude qui l'accompagnait. La prochaine fois, je viens avec les mesures dans ma poche et je lis tout avant de signer, répète Thierry. Leur belle-sœur, depuis, raconte l'histoire à ses clients qui partent au salon de l'habitat. Elle leur conseille de photographier le stand et le bon de commande avant de sortir la carte.

Pour ceux qui iront à la prochaine foire, quelques réflexes valent mieux qu'une bonne affaire. Il faut chercher le panneau qui signale l'absence de rétractation et le lire vraiment. Il faut savoir qu'un bon signé engage autant qu'en magasin, acompte compris. Et si un crédit est proposé sur place, il ouvre un délai de quatorze jours qui peut tout annuler. Thierry, lui, ne s'assoit plus dans un canapé de démonstration sans avoir d'abord sorti son mètre ruban.

« J'ai payé comptant pour être prudent, et c'est justement ça qui m'a empêché d'annuler. »

  • En foire ou en salon, aucun délai de rétractation de 14 jours ne s'applique à un achat signé sur le stand.
  • Le vendeur doit afficher cette absence de rétractation de façon visible et la mentionner sur le contrat.
  • Exception : un achat financé par un crédit affecté souscrit sur place ouvre un délai de 14 jours.
  • Venez avec les dimensions de la pièce et lisez tout le bon de commande avant de signer.
  • Photographiez le stand, l'affichage et le contrat pour garder une trace en cas de litige.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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