Elle remplit son caddie de lots « 3 pour 2 » à Metz : en relisant l’étiquette, le paquet simple coûtait moins cher au kilo

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le néon du rayon café grésillait au-dessus des palettes, ce samedi matin vers dix heures, dans le supermarché de la zone commerciale de Metz. Nadine poussait son caddie d'une main, sa liste froissée dans l'autre. Devant elle, une montagne de lots emballés sous film plastique, une affiche jaune criarde : trois pour le prix de deux. Elle en a pris deux sans réfléchir.

Un samedi matin comme les autres dans les allées messines

Nadine a cinquante-huit ans et elle fait ses courses dans ce même supermarché depuis presque vingt ans. Elle connaît la place des yaourts, le rayon où les pâtes changent de côté tous les trois ans, et le prénom de la caissière du samedi. Aide-soignante à l'hôpital de Mercy, elle travaille en horaires décalés. Le samedi matin, c'est son moment à elle, un peu de radio dans la voiture, puis le parking encore à moitié vide.

Avec Didier, son mari, chauffeur de bus à la retraite depuis peu, ils tiennent un budget serré mais tranquille. Chaque mois, ils mettent de côté une petite somme pour les petits-enfants et pour la vieille Clio qui réclame toujours quelque chose. Les courses représentent la plus grosse dépense variable. Nadine en est fière : elle a la réputation, dans la famille, de savoir dénicher les bonnes affaires et de ne jamais payer plein tarif.

Sa méthode est simple, et elle la répète volontiers à sa fille au téléphone. Elle regarde les affiches de couleur, elle suit les catalogues glissés dans la boîte aux lettres, elle remplit le congélateur quand quelque chose est en promotion. On connaît tous ça : la satisfaction de voir le ticket de caisse annoncer en bas une ligne d'économies réalisées. Ce samedi-là, le caddie se remplissait vite, et tout semblait parfaitement en ordre.

Pourquoi elle a choisi les lots sans même hésiter

Les lots « 3 pour 2 » étaient partout ce matin-là : café moulu, biscuits du goûter, lessive liquide, sachets de riz. Nadine a toujours pensé que ces offres étaient les plus intéressantes du magasin. Un produit offert sur trois, cela fait un tiers de réduction, le calcul lui paraissait évident. Elle a empilé deux lots de café, un lot de biscuits au chocolat pour les petits-enfants, puis un lot de lessive en bouteilles.

Ses raisons étaient bonnes, et c'est bien ce qui rend l'histoire intéressante. Les prix avaient grimpé depuis deux ans, Didier s'en plaignait à chaque passage à la caisse. Acheter en quantité, c'était se protéger des hausses à venir. Le café se garde, la lessive aussi, et les biscuits disparaissent toujours plus vite qu'on ne le croit quand les enfants de sa fille viennent le mercredi après l'école.

Elle se souvient d'avoir pensé à sa mère, qui faisait déjà des réserves dans le cellier de la maison de Woippy. Remplir les placards, c'était rassurant, une manière de tenir la maison. Elle l'a dit ensuite à Didier avec un petit rire : Je me sentais organisée, presque maligne, avec mes lots bien rangés. Le caddie pesait lourd, la liste était cochée, et elle se dirigeait vers les produits frais sans aucune arrière-pensée.

« Je me sentais organisée, presque maligne, avec mes lots bien rangés dans le caddie. »

Un paquet de café isolé qui ne ressemblait pas aux autres

C'est au retour, en repassant par le rayon café pour prendre des filtres oubliés, qu'elle a remarqué le détail. Sur l'étagère du bas, à hauteur de genou, un paquet simple de la même marque était posé seul. Il lui a paru plus gros que ceux du lot. Elle s'est penchée, a pris le paquet en main, l'a soupesé, puis l'a reposé avec une drôle d'impression qu'elle n'arrivait pas à nommer.

Le paquet isolé faisait cinq cents grammes. Ceux du lot, en relisant le film plastique, n'en faisaient que deux cent cinquante chacun. Sur le moment, Nadine n'en a pas tiré de conclusion. Elle s'est dit que c'était normal, que les lots étaient faits pour être pratiques, qu'un petit paquet se conserve mieux une fois ouvert. Elle a haussé les épaules et poussé son caddie vers la boulangerie au fond du magasin.

Pourtant, l'idée a continué à la travailler pendant qu'elle choisissait sa baguette. Soyons honnêtes, la plupart d'entre nous auraient laissé filer. Elle aussi, d'ailleurs, a failli. Mais la file d'attente était longue au rayon pain, et elle avait le temps de réfléchir. Elle a sorti son téléphone, a ouvert la calculatrice, et a commencé à faire des multiplications en marmonnant devant un présentoir de croissants.

La calculatrice du téléphone et les premiers doutes

Ses calculs ne tombaient pas juste, ou plutôt ils tombaient trop juste. Le lot de trois paquets de deux cent cinquante grammes revenait à un certain prix, le paquet simple de cinq cents grammes à un autre. Elle se trompait dans les virgules, recommençait, effaçait. Une dame derrière elle, impatiente, a fini par lui demander si elle avançait. Nadine s'est excusée et a laissé passer deux personnes avant de recommencer.

Elle a appelé Didier, resté à la maison devant le match de rugby. Il a d'abord ri, puis il a écouté. Elle lui a lu les chiffres un par un, les grammes, les prix, le nombre de paquets. Didier lui a répondu, de sa voix calme de chauffeur habitué aux détours : Regarde plutôt le petit prix en bas de l'étiquette, celui au kilo, c'est fait pour ça normalement. Elle n'y avait jamais vraiment prêté attention.

Elle est retournée au rayon café, a cherché l'étiquette du lot, puis celle du paquet simple. Les chiffres étaient là, imprimés en petit, sous le prix principal. Elle a dû approcher son visage, remonter ses lunettes, plisser les yeux sous le néon. Un employé qui remplissait les rayons l'a regardée faire, intrigué. Elle lui a demandé si elle lisait bien. Il a jeté un œil, a hoché la tête, et n'a rien ajouté.

« Regarde plutôt le petit prix en bas de l'étiquette, celui au kilo, c'est fait pour ça normalement. »

Le prix au kilo racontait exactement l'inverse de l'affiche jaune

Le lot de café, malgré son paquet offert, revenait plus cher au kilo que le paquet simple de cinq cents grammes. La différence n'était pas énorme, quelques dizaines de centimes au kilo, mais elle était dans le mauvais sens. L'affiche jaune promettait une affaire, l'étiquette disait le contraire. Nadine est restée plantée là un long moment, avec la sensation étrange d'avoir été prise en défaut par sa propre méthode.

Elle a fait la même chose avec la lessive, puis avec les biscuits. Pour la lessive, les bouteilles du lot étaient plus petites que la grande bouteille vendue à côté, et le prix au litre était légèrement plus élevé. Pour les biscuits, en revanche, le lot restait avantageux. Ce n'était donc ni une arnaque systématique ni une erreur d'étiquetage. C'était simplement que le format changeait, discrètement, d'un produit à l'autre.

Elle a compris ce jour-là que l'obligation d'afficher le prix au kilo ou au litre n'était pas un détail administratif. C'était le seul chiffre qui permettait de comparer des paquets de tailles différentes. Le reste, l'affiche, le mot promotion, le paquet gratuit, racontait une histoire séduisante. Elle a reposé un lot de café et la lessive, gardé les biscuits, et pris le gros paquet. À la caisse, son ticket affichait moins d'économies, mais un total plus bas.

Ce que Nadine regarde désormais avant de remplir son caddie

Sur l'ensemble de ses courses ce jour-là, la différence se chiffrait à un peu plus de trois euros. Ce n'est pas une fortune, Nadine le reconnaît volontiers. Mais elle a refait le calcul sur une année, en comptant ses habitudes du samedi, et la somme a pris une autre allure. Une centaine d'euros, peut-être davantage, partis dans des formats plus petits qu'elle croyait avantageux. De quoi payer une vidange de la Clio.

Depuis, elle a changé sa manière de faire, sans renoncer aux promotions. Elle les regarde toujours, mais elle ne les croit plus sur parole. Elle lit d'abord le prix au kilo ou au litre, puis seulement l'affiche. Elle a même expliqué la méthode à sa fille, qui l'a regardée avec un sourire en coin. Nadine lui a dit : Ce n'est pas le paquet offert qui compte, c'est combien tu paies le kilo, point.

Elle sait que ce réflexe ne lui fera pas toujours gagner de l'argent. Parfois, le lot reste la meilleure option, comme pour les biscuits ce samedi-là. Mais elle choisit désormais en connaissance de cause, et cela lui suffit. Le samedi suivant, sous le même néon qui grésillait toujours, elle s'est penchée vers l'étagère du bas avant de toucher à l'affiche jaune. Didier, cette fois, l'accompagnait, et c'est lui qui tenait la calculatrice.

« Ce n'est pas le paquet offert qui compte, c'est combien tu paies le kilo, point. »

  • Lire en priorité le prix au kilo ou au litre, affiché obligatoirement sous le prix principal.
  • Comparer le grammage des paquets du lot avec celui du paquet vendu seul.
  • Regarder l'étagère du bas et du haut, où se trouvent souvent les grands formats.
  • Garder une calculatrice ouverte sur son téléphone pour vérifier les offres douteuses.
  • Ne pas confondre la ligne d'économies du ticket avec le montant réellement payé.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1211