Il reprend le volant d’un car scolaire près de Rodez à 66 ans : ses cotisations ouvrent droit à une seconde pension qu’il ignorait

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Il est six heures quarante, et le moteur du car tourne déjà au ralenti devant le dépôt d'Onet-le-Château. Gérard frotte le pare-brise avec la manche de sa polaire, le givre crisse sous le tissu. Dans la cabine, le chauffage souffle une odeur de poussière tiède. Sur le siège passager, une fiche de paie pliée en quatre, qu'il n'a jamais vraiment lue jusqu'au bout.

Deux ans de retraite, puis l'envie de reprendre la route

Gérard a 66 ans et il a passé quarante-deux ans dans le transport, d'abord en camion, ensuite en autocar de tourisme. Quand il a pris sa retraite à taux plein, ses collègues lui ont offert une canne à pêche et un gros gâteau. Il a profité de l'été, puis de l'automne, en remontant l'Aveyron avec ses mouches et sa thermos. Sa femme, Martine, travaillait encore à mi-temps à la pharmacie du bourg. La maison était payée, la voiture aussi, et les comptes tenaient sans trop serrer.

Le deuxième hiver, pourtant, quelque chose a commencé à lui manquer, sans qu'il sache vraiment le nommer. Les matins étaient longs, la cafetière gargouillait dans une cuisine trop calme, la radio parlait toute seule. Il tournait autour du garage, rangeait des clous déjà rangés, repeignait un portail qui n'en avait pas besoin. Martine le regardait faire avec un sourire un peu inquiet. Elle lui disait qu'il fallait trouver une occupation, quelque chose qui le fasse sortir de la maison avant dix heures.

C'est au marché de Rodez, un samedi, qu'il a croisé Didier, l'ancien responsable du dépôt de cars scolaires. Didier cherchait des chauffeurs, comme tous les ans, parce que personne ne veut des horaires coupés. Le matin de sept heures à neuf heures, l'après-midi de seize heures à dix-huit heures, et les mercredis presque libres. Gérard a ri, puis il a réfléchi tout le trajet du retour. Le soir même, il a annoncé à Martine qu'il allait peut-être reprendre le volant, juste pour voir.

Un contrat de quelques heures, signé pour de bonnes raisons

Les raisons étaient simples, et franchement raisonnables pour un homme qui avait toujours travaillé. Il aimait conduire, il connaissait chaque virage entre Rodez et Bozouls, et il aimait les gamins. Le complément de revenu, environ neuf cents euros par mois, permettrait de changer la chaudière sans toucher à l'épargne. Il s'est renseigné rapidement auprès de sa caisse, qui lui a confirmé qu'il pouvait cumuler son salaire et sa pension. Comme il avait tous ses trimestres et l'âge légal, aucun plafond de revenu ne s'appliquait à lui.

Il a signé son contrat en septembre, dans le petit bureau du dépôt qui sentait le gasoil et le café froid. Didier lui a tendu les clés d'un car de cinquante places, presque neuf, avec une caméra de recul. Le premier matin, une petite fille au cartable rose lui a demandé s'il était le nouveau chauffeur ou le grand-père de quelqu'un. Il a répondu les deux, et elle a semblé satisfaite. Gérard est rentré ce soir-là avec une bonne fatigue, celle qu'il n'avait plus ressentie depuis longtemps.

Le premier bulletin de salaire est arrivé fin octobre, dans une enveloppe blanche glissée dans son casier. Il a regardé le net à payer, hoché la tête, puis il a rangé la feuille dans la boîte à chaussures des papiers. Martine a jeté un œil aux lignes du milieu, celles des cotisations, sans rien dire. Les mois ont passé ainsi, avec le même rituel. Gérard ne lisait que le dernier chiffre, en bas à droite, et la boîte à chaussures se remplissait doucement.

« Je croyais que je payais pour les autres, et en fait je mettais un peu de côté pour moi sans le savoir. »

Ces lignes de cotisations vieillesse qui ne servaient à rien

C'est en janvier que le détail est remonté à la surface, un soir de pluie où Martine faisait les comptes de l'année. Elle a étalé les bulletins sur la table de la cuisine et additionné les retenues, crayon à la main. Il y avait l'assurance vieillesse, la retraite complémentaire, plusieurs lignes au nom compliqué. Au total, plusieurs centaines d'euros sur l'année étaient partis vers des caisses de retraite. Elle a levé les yeux vers Gérard et lui a demandé à quoi tout cela pouvait bien servir maintenant.

Gérard a haussé les épaules, parce qu'il croyait connaître la réponse depuis longtemps. Un collègue lui avait expliqué, des années plus tôt, qu'un retraité qui retravaille paie des cotisations sans rien gagner en retour. On cotise par solidarité, disait-il, pour les autres, pour le système, et on ne récupère jamais un centime. Gérard avait entendu cette phrase tant de fois qu'elle était devenue une évidence. Il l'a répétée à Martine avec un sourire résigné, en reprenant sa tasse de tisane.

Martine n'était pas convaincue, mais elle n'avait pas le temps de creuser, avec la pharmacie et sa mère à visiter. Elle a rangé les bulletins et noté sur un post-it de vérifier un jour. Le post-it s'est retrouvé collé sur le frigo, entre une carte postale de Collioure et un aimant en forme de vache. Soyons honnêtes, on connaît tous ces petits papiers qui jaunissent sans jamais être traités. Gérard, lui, avait déjà oublié la question, et il repartait chaque matin au dépôt.

Un appel à la caisse et une réponse qui embrouille tout

Au printemps, le sujet est revenu par un autre chemin, une conversation au café avec d'autres chauffeurs retraités. Un certain Raymond, qui conduisait la ligne de Marcillac, assurait qu'il ne cotisait plus rien du tout. Un autre jurait au contraire que tout comptait, qu'on gagnait même des trimestres supplémentaires. Gérard est rentré avec trois versions différentes et une petite irritation. Il n'aimait pas l'idée de payer pour rien, mais encore moins celle de ne pas comprendre son propre bulletin.

Il a fini par appeler sa caisse de retraite, un mardi après-midi, entre deux tournées. Il a attendu vingt-cinq minutes en musique d'attente, le téléphone calé contre l'épaule, dans la cabine du car garé. La conseillère lui a parlé de cumul libéralisé, de taux plein, de pension liquidée, et Gérard a tout noté de travers. À la fin, elle lui a conseillé de consulter son espace en ligne. Il a raccroché en ayant l'impression d'avoir posé une question simple et reçu un cours de droit.

Le soir, il a tenté de se connecter sur l'ordinateur, mais il avait oublié son mot de passe. Le code de réinitialisation est parti sur une ancienne adresse électronique qu'il n'utilisait plus depuis des années. Martine a essayé à son tour, sans plus de succès, et ils ont abandonné vers vingt-trois heures. Gérard a dit, en éteignant l'écran, que de toute façon ça ne changerait rien à sa vie. Pourtant, il a mal dormi cette nuit-là, avec cette question qui tournait comme un moteur au ralenti.

« Le net à payer, c'est tout ce que je regardais, le reste c'était du chinois pour moi. »

Au bord de la rivière, Bernard parle d'une seconde pension

La réponse est venue d'où il ne l'attendait pas, un dimanche matin au bord de l'Aveyron, canne à la main. Bernard, un vieil ami ancien comptable, pêchait à quelques mètres, la casquette enfoncée jusqu'aux sourcils. Gérard lui a raconté l'histoire des cotisations, en riant à moitié de sa propre ignorance. Bernard a posé sa canne contre un rocher et l'a regardé longuement. Puis il lui a demandé s'il avait entendu parler de la réforme de 2023, celle qui avait tant fait manifester.

Bernard a expliqué ce qu'il avait lui-même découvert en reprenant des missions de comptabilité pour une coopérative. Depuis cette réforme, un retraité à taux plein qui reprend une activité en cumul intégral se constitue de nouveaux droits. Ses cotisations ouvrent une seconde pension de base, distincte de la première. Il a dit, en remontant sa ligne, que lui allait toucher un petit complément le jour où il arrêterait pour de bon. Gérard est resté immobile, un ver de terre entre les doigts, sans savoir quoi répondre.

Bernard a aussitôt nuancé, parce qu'il n'aimait pas qu'on s'emballe. Il a précisé que cette seconde pension était plafonnée, à cinq pour cent du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit un peu plus de deux mille trois cents euros par an selon ce qu'il avait lu. Elle ne donnait ni trimestres supplémentaires ni surcote, et la complémentaire ne suivait pas de la même façon. Surtout, a-t-il insisté, personne ne viendrait la verser automatiquement. Il fallait la demander soi-même, une fois l'activité terminée.

Ce que Gérard regarde désormais sur chaque bulletin de paie

Gérard a calculé avec Martine, sur un coin de nappe, ce que pourrait représenter sa propre seconde pension. Avec ses salaires modestes de chauffeur, il ne toucherait sûrement pas le plafond, plutôt quelques dizaines d'euros par mois. Ce n'était pas une fortune, mais ce n'était pas rien non plus, et surtout ce n'était plus de l'argent perdu. Il a dit à Martine qu'il trouvait ça presque plus vexant de l'avoir ignoré que rassurant de l'apprendre. Elle a ri et décollé enfin le post-it du frigo.

Le lundi suivant, il a demandé à Didier s'il savait quelque chose de ce dispositif. Didier n'en avait jamais entendu parler, alors que trois de ses chauffeurs étaient dans le même cas. Gérard a imprimé une page d'information officielle et l'a punaisée au tableau du dépôt, entre les plannings et les consignes de sécurité. Raymond l'a lue deux fois, en silence, avant de partir chercher ses propres bulletins. Il a lâché, la page encore à la main, qu'il allait enfin regarder ce qu'il signait chaque mois.

Gérard conduit toujours, et il compte continuer jusqu'à soixante-dix ans si son dos tient. Il garde désormais ses bulletins dans un classeur rangé par année, et il a récupéré l'accès à son espace retraite. Il sait qu'il devra déposer une demande le jour où il rendra les clés du car, pas avant ni automatiquement. Martine a noté la démarche dans l'agenda, au crayon rouge. Le matin, quand le givre crisse sur le pare-brise, il pense parfois à ces lignes de cotisations qu'il croyait inutiles et qui travaillaient pour lui.

« Personne ne viendra te la verser tout seul, il faudra la demander quand tu arrêtes, c'est tout. »

  • Vérifier que l'on est bien en cumul intégral : âge légal atteint, taux plein, toutes ses retraites liquidées.
  • Savoir que la reprise d'activité doit dater de 2023 ou après pour ouvrir ces nouveaux droits.
  • Conserver tous ses bulletins de paie et retrouver l'accès à son espace retraite en ligne.
  • Garder en tête que la seconde pension est plafonnée et ne donne ni trimestres ni surcote.
  • Déposer soi-même la demande de seconde pension à la fin de l'activité, elle n'est pas automatique.
  • Interroger sa caisse sur sa situation personnelle avant de faire ses propres calculs.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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