Elle se couche à 21 heures pour rattraper sa fatigue de la rentrée : trois semaines plus tard, elle passe ses nuits à fixer le plafond

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Il est 21 h 04, et la lampe de chevet dessine un rond jaune sur la couette. Dans la cuisine, le lave-vaisselle entame son cycle avec un grondement sourd. Claire, 41 ans, pose son téléphone face contre le bois de la table de nuit, tire le drap jusqu'au menton et ferme les yeux. Ce soir encore, elle a décidé de se coucher tôt.

Une rentrée de septembre qui laisse Claire vidée chaque soir

Claire est infirmière dans un centre de soins à domicile, à la sortie de Tours. Elle conduit une petite Clio grise qui sent le gel hydroalcoolique et le café froid. Chaque matin, elle enchaîne une douzaine de visites, des pansements, des piqûres, des conversations sur le pas des portes. Depuis quinze ans, ce rythme lui convient, et elle a toujours dormi comme une pierre, sans jamais y penser.

Avec la rentrée, tout s'est pourtant alourdi d'un coup. Son fils Hugo entre en sixième, il faut le déposer à sept heures et demie. Deux collègues sont en arrêt, et les tournées s'allongent jusqu'à dix-neuf heures. Le soir, Claire s'effondre sur le canapé, la télécommande à la main, incapable de suivre une série jusqu'au bout. Son mari, Thomas, la regarde piquer du nez avant même la fin du journal télévisé.

Elle ne s'inquiète pas vraiment, soyons honnêtes, car tout le monde est fatigué en septembre. Les collègues en parlent à la pause, les mères en parlent devant le collège. On connaît tous cette lourdeur qui suit les vacances, ce corps qui réclame encore l'été. Claire se dit que ça passera avec un peu de repos. Elle a toujours réglé ses problèmes de la même façon, avec méthode, en ajustant ce qui peut l'être.

La bonne idée d'aller au lit deux heures plus tôt

Un dimanche soir, en rangeant les cartables, Claire fait ses comptes à voix haute devant Thomas. Elle se couche vers vingt-trois heures et se lève à six heures, soit sept heures de nuit. Elle se dit qu'en se couchant à vingt et une heures, elle gagnera deux heures de récupération chaque soir. Sur une semaine, cela fait quatorze heures de sommeil en plus, de quoi effacer n'importe quelle fatigue.

Thomas hausse les épaules, un peu amusé, mais il trouve l'idée raisonnable. Lui-même dort mal depuis des années et n'a jamais rien changé. Claire, elle, s'organise avec soin : dîner à dix-neuf heures trente, douche, tisane de verveine, puis la chambre. Elle installe des rideaux plus épais et achète un masque pour les yeux. Elle en parle même à sa sœur au téléphone, presque fière de sa décision.

Le week-end aussi, elle s'accorde des grasses matinées pour compléter le programme. Le samedi, elle reste au lit jusqu'à neuf heures passées, à somnoler en écoutant la maison se réveiller. Elle se sent vertueuse, comme quelqu'un qui prend enfin soin d'elle. Je fais exactement ce qu'on conseille aux patients, se dit-elle, je m'écoute. Les premiers soirs, d'ailleurs, elle s'endort vite, terrassée par des semaines de retard accumulé.

« Je dors dix heures par nuit sur le papier, et je n'ai jamais été aussi épuisée. »

Ces minutes d'éveil qui s'installent sans prévenir dans le noir

Au bout de quelques jours pourtant, quelque chose change discrètement. Claire se couche à vingt et une heures, éteint, et attend. Le sommeil met vingt minutes, puis quarante, puis presque une heure à venir. Elle entend Thomas regarder la télévision au salon, les rires étouffés d'une émission. Elle se dit que c'est normal, que son corps doit s'habituer à ce nouvel horaire, qu'il faut simplement lui laisser du temps.

Puis viennent les réveils nocturnes, d'abord rares, ensuite presque quotidiens. Elle ouvre les yeux à deux heures, à trois heures, et le radio-réveil affiche des chiffres rouges qui ne bougent pas. Le chauffage claque dans les murs, un camion passe sur la départementale. Elle reste allongée, immobile, à attendre que le sommeil revienne. Parfois il revient vers cinq heures, juste avant que la sonnerie ne la tire du lit.

Elle n'en parle à personne, parce que le détail lui semble ridicule. Elle a toujours bien dormi, ce n'est pas maintenant que ça va changer. Elle accuse le café de la tournée, l'écran du téléphone, la lune peut-être. Un matin, Thomas lui fait remarquer qu'elle a bougé toute la nuit. Elle répond qu'elle a juste fait un mauvais rêve, et elle part travailler les yeux gonflés, avec une drôle de boule dans le ventre.

Trois semaines plus tard, le plafond devient son seul paysage

À la fin de la troisième semaine, Claire connaît chaque fissure du plafond de sa chambre. Elle passe des heures les yeux ouverts, à compter les lames du parquet dans sa tête. Elle se lève fatiguée, plus fatiguée qu'avant sa grande résolution. Au travail, elle relit deux fois les ordonnances par peur de se tromper. Le soir, elle commence à redouter le moment d'aller se coucher, comme on redoute un examen.

Elle tente tout ce qu'elle peut trouver. Elle supprime le café après midi, puis complètement. Elle essaie la mélatonine achetée en pharmacie, les applications de méditation, un bain chaud. Elle se couche même encore plus tôt, à vingt heures trente, pour compenser les heures perdues. Rien ne fonctionne, et chaque nuit blanche la pousse à rester encore plus longtemps au lit, dans l'espoir de rattraper quelque chose.

Un mardi, elle craque devant son médecin traitant, venu lui confier un patient. Je dors dix heures par nuit sur le papier, et je n'ai jamais été aussi épuisée, lui lance-t-elle. Il l'écoute, la regarde un moment, puis lui pose une seule question : combien de temps passe-t-elle réellement au lit. Claire fait le calcul et répond, gênée, presque dix heures. Il lui donne le contact d'une consultation spécialisée dans le sommeil.

« Je pensais que plus je restais couchée, plus je me reposais, et c'était tout le contraire. »

Ce n'était ni le stress ni la tisane, mais le lit

La consultation a lieu un jeudi, dans un bureau clair de l'hôpital. Une psychologue spécialisée dans les troubles du sommeil lui demande de remplir un agenda pendant quinze jours. Heure du coucher, heure d'endormissement, réveils, heure du lever. Quand Claire revient avec les feuilles, le constat saute aux yeux. Elle reste près de dix heures au lit, mais ne dort guère plus de six heures, en pointillés.

La spécialiste lui explique alors ce qui se passe, avec des mots simples. Pendant la journée, le corps accumule une sorte de pression de sommeil, comme un réservoir qui se remplit. En se couchant très tôt et en traînant au lit le matin, Claire vidait ce réservoir avant même d'avoir besoin de dormir. Son lit, à force d'y rester éveillée, est devenu un lieu associé à l'attente, à la frustration, à l'éveil.

Claire reste silencieuse un long moment, le stylo entre les doigts. Elle avait fait exactement l'inverse de ce qu'il fallait, en croyant bien faire. Je pensais que plus je restais couchée, plus je me reposais, et c'était tout le contraire, dit-elle. La psychologue lui propose un programme précis : réduire le temps passé au lit, se lever à heure fixe tous les jours, et ne se coucher que lorsque la somnolence arrive vraiment.

Moins d'heures sous la couette pour retrouver de vraies nuits

Les premières semaines sont rudes, Claire ne le cache pas. Elle doit désormais se coucher à minuit et se lever à six heures, même le samedi. Si elle ne dort pas au bout d'un moment, elle se lève, va lire dans le salon sous une lumière douce, et ne revient que quand ses paupières tombent. Thomas la trouve parfois assise dans le fauteuil, un roman de poche ouvert sur les genoux.

Puis, peu à peu, les nuits se resserrent et deviennent plus profondes. Les réveils de trois heures s'espacent, l'endormissement redevient rapide. Au bout d'un mois, la psychologue l'autorise à avancer son coucher d'un quart d'heure, puis d'un autre. Le samedi, je me lève à six heures et demie maintenant, et franchement je ne m'en plains plus, raconte-t-elle à sa sœur. La fatigue de la rentrée, elle, a fini par s'estomper.

Claire en parle désormais à ses patients, avec prudence, en racontant sa propre histoire plutôt qu'en donnant des leçons. Elle sait que chaque cas est différent et qu'une insomnie qui dure mérite un avis médical. Mais elle a appris une chose qu'elle n'oubliera pas. Le sommeil ne se rattrape pas en restant couché plus longtemps. Il revient quand on lui laisse le temps de se construire pendant la journée, et qu'on se lève chaque matin à la même heure.

« Le samedi, je me lève à six heures et demie maintenant, et franchement je ne m'en plains plus. »

  • Notez pendant deux semaines vos heures de coucher, d'endormissement et de lever pour comparer temps au lit et temps de sommeil.
  • Gardez une heure de lever fixe, y compris le week-end, même après une mauvaise nuit.
  • Ne vous couchez que lorsque la somnolence arrive vraiment, pas pour rattraper des heures.
  • Si vous ne dormez pas au bout d'un moment, levez-vous et faites une activité calme ailleurs.
  • Évitez les grasses matinées et les longues siestes qui vident le besoin de sommeil.
  • Si l'insomnie dure plusieurs semaines, parlez-en à un médecin ou à une consultation du sommeil.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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