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Samedi, sept heures quarante, la rue de la Garenne encore grise de brume. Gérard, 71 ans, pose le cabas en osier sur le siège passager, tourne la clé. Un cliquetis sec, trois fois, puis plus rien. Le tableau de bord clignote faiblement, comme une bougie qui hésite. Dans la cour voisine, un chien aboie, et Gérard reste là, les mains sur le volant froid.
Un rituel du samedi réglé depuis la retraite
Gérard habite depuis trente ans une petite maison en granit, à la sortie de Vannes, du côté de Séné. Ancien chef d'atelier dans une imprimerie, il a gardé le goût des choses bien faites et des horaires tenus. Sa voiture, une compacte grise achetée d'occasion il y a sept ans, dort sous l'auvent toute la semaine. Pour le pain, la pharmacie et le journal, il marche ou prend son vélo. La voiture, elle, ne sort qu'une fois par semaine, et toujours pour la même raison.
Le samedi matin, c'est le marché de la place des Lices, au pied des remparts. Gérard y va depuis qu'il a pris sa retraite, comme d'autres vont à la messe. Il achète ses huîtres chez le même ostréiculteur, ses légumes chez une maraîchère de Theix, et un far breton pour le dimanche. Le trajet dure dix minutes à l'aller, dix minutes au retour. Il connaît chaque feu rouge, chaque rond-point, et la place où il se gare depuis des années, derrière la poste.
Sa femme, Annick, se moque gentiment de cette voiture qui roule si peu. Elle dit qu'elle coûte plus cher en assurance qu'en essence, et elle n'a pas tout à fait tort. Mais Gérard tient à son autonomie, et surtout aux cagettes lourdes qu'il ne veut pas porter à pied. Pour lui, une voiture qui roule peu est une voiture qui s'use peu. C'est une idée qu'il n'a jamais remise en question, parce qu'elle semble aller de soi. Moins de kilomètres, moins de soucis, pense-t-il depuis toujours.
La batterie neuve qui devait régler la question pour longtemps
L'hiver précédent, déjà, la voiture avait toussé un matin de janvier. Le démarreur avait tourné lentement, avec ce bruit traînant que tout le monde reconnaît. Gérard avait fini par démarrer, mais l'alerte l'avait vexé. Il était allé dans un centre auto de la zone de Kerlann, où un jeune vendeur lui avait conseillé une batterie neuve. La sienne avait cinq ans, l'argument tenait la route. Il avait payé cent quarante euros, pose comprise, et il était reparti rassuré, avec la garantie dans la boîte à gants.
Pour lui, l'affaire était close. Une batterie neuve, c'est au moins quatre ou cinq ans de tranquillité, se disait-il. Il en avait parlé au marché avec Yves, le voisin de stand de la maraîchère, qui avait approuvé d'un hochement de tête. Personne ne lui avait posé de question sur sa façon de rouler. Personne ne lui avait demandé combien de temps la voiture restait immobile. On avait changé la pièce fatiguée, comme on change une ampoule grillée, sans chercher plus loin.
Soyons honnêtes, c'est ainsi que la plupart d'entre nous raisonnent. Une pièce lâche, on la remplace, et on considère que le problème est réglé. Gérard a donc continué exactement comme avant : la voiture sous l'auvent six jours sur sept, puis les dix minutes jusqu'aux remparts. Au printemps et en été, tout s'est très bien passé. Le moteur démarrait au quart de tour, les vitres électriques remontaient sans traîner. Il en avait presque oublié l'épisode de janvier, et la facture rangée dans un classeur.
« Elle a à peine un an, cette batterie, je ne comprends pas ce qu'on m'a vendu. »
Des petits signes que personne n'a voulu entendre
Fin septembre, pourtant, quelque chose avait changé, mais si peu que Gérard n'y avait pas prêté attention. L'horloge du tableau de bord s'était remise à zéro un samedi matin. Il l'avait réglée sans y penser, en attendant que le désembuage fasse son effet. Quelques semaines plus tard, le démarreur avait marqué une hésitation, une demi-seconde de trop. Annick l'avait remarqué depuis le siège passager. Elle avait dit que la voiture faisait un bruit de vieille, et ils avaient ri tous les deux.
Gérard avait mis ça sur le compte de l'humidité. En Bretagne, en automne, tout est humide, les murs comme les câbles, se disait-il. Il avait aussi pensé au froid qui arrivait, puisque tout le monde sait que les batteries aiment peu l'hiver. Une batterie de dix mois ne pouvait pas être en cause, c'était impossible. Il était même un peu agacé quand Annick avait suggéré de faire vérifier. Pour lui, la vérification avait déjà été faite, l'an dernier, et il avait la facture pour le prouver.
Il faut dire qu'il manquait un élément pour comprendre. Gérard ignorait que sa voiture, même moteur coupé, ne dormait jamais vraiment. L'alarme, la fermeture centralisée, l'autoradio qui garde ses stations, les calculateurs qui surveillent tout continuent de puiser un peu d'électricité. Chaque jour, quelques gouttes. Rien de spectaculaire, rien qui se voie ou s'entende. Mais six jours d'immobilité par semaine, mois après mois, cela finit par compter. Et les dix minutes du samedi ne suffisaient pas à combler la différence.
Le samedi où le cabas est resté sur le siège
Ce matin de novembre, donc, Gérard a insisté. Il a tourné la clé quatre, cinq fois, jusqu'à ce que même le cliquetis disparaisse. Annick est sortie en robe de chambre, une tasse de café à la main, pour voir ce qui se passait. Il a ouvert le capot par réflexe, sans trop savoir quoi regarder. La batterie était là, propre, avec son autocollant encore brillant. Il a dit à voix haute qu'elle avait à peine un an, comme si la batterie pouvait l'entendre.
Il a d'abord appelé son fils, Erwan, qui vit à Lorient. Celui-ci lui a conseillé de chercher des câbles et un voisin. Le voisin, Patrick, est arrivé avec son utilitaire et une pince à moitié rouillée. Le branchement a fonctionné, le moteur a fini par tourner, et Gérard a filé au marché avec vingt minutes de retard. Mais le samedi suivant, même scène, même silence sous l'auvent. Cette fois, il n'a pas voulu déranger Patrick une deuxième fois, par fierté autant que par gêne.
Il a appelé le centre auto pour faire jouer la garantie, persuadé d'avoir reçu une batterie défectueuse. Au téléphone, on lui a répondu qu'il fallait l'apporter pour un test. Il a fait remarquer, un peu sèchement, que c'était justement le problème. On lui a proposé une assistance, mais pas avant le lundi. Gérard a raccroché en marmonnant. Il a passé le week-end sans huîtres, à ruminer contre les fabricants, les vendeurs, et cette époque où plus rien ne dure, disait-il à Annick.
« Vous ne l'usez pas en roulant, monsieur, vous l'usez en la laissant dormir et en faisant des petits bouts. »
Ce que le garagiste a lu sur son petit appareil
Le lundi, Annick a pris les choses en main. Elle a appelé Stéphane, un garagiste indépendant installé près du port, qui avait entretenu la voiture de sa sœur. Il est venu en fin de matinée avec un boosteur et un testeur. Il a démarré la voiture, puis branché son appareil sur la batterie. Gérard attendait le verdict, prêt à entendre que la pièce était défectueuse. Stéphane a regardé l'écran longtemps, puis il a demandé, tranquillement, combien de kilomètres la voiture faisait chaque semaine.
La réponse l'a fait sourire. Il a expliqué que la batterie n'était pas morte, seulement vidée, et vidée de manière répétée. Selon lui, chaque démarrage pompe une bonne quantité d'énergie d'un coup, surtout à froid. L'alternateur la restitue ensuite, mais lentement, au fil des kilomètres. Avec dix minutes de trajet, il n'a pas le temps de rendre ce qui a été pris. Le retour, autre démarrage, autres dix minutes. Chaque samedi, la batterie repartait donc un peu moins pleine que la semaine d'avant.
Et entre deux samedis, a-t-il ajouté, les boîtiers électroniques continuent de grignoter la réserve. Gérard est resté un moment silencieux. Il croyait ménager sa voiture en la laissant au repos, et c'est précisément ce repos qui l'épuisait. Stéphane a précisé que ce cas était courant chez les retraités et les gens qui travaillent à pied. Il a ajouté une chose qui a vexé Gérard plus que tout le reste : la batterie précédente était sans doute partie pour la même raison, cinq ans plus tôt, et on l'avait changée pour rien.
Un petit chargeur sous l'auvent et un détour par Arradon
Stéphane a d'abord rechargé la batterie à fond, lentement, avec son propre chargeur, pendant une nuit entière. Le lendemain, le test était bon. Elle avait souffert, a-t-il dit, car une batterie souvent vidée vieillit plus vite, mais elle pouvait encore servir plusieurs années si on la traitait mieux. Il a proposé deux solutions à Gérard. La première, un chargeur mainteneur, un petit boîtier qui se branche sur une prise et garde la batterie pleine sans la surcharger. La seconde, rouler plus longtemps une fois par semaine.
Gérard a choisi les deux, par prudence. Le chargeur, acheté une cinquantaine d'euros, reste branché sous l'auvent pendant la semaine, sa petite diode verte allumée. Et le samedi, après le marché, il fait désormais un détour par la route d'Arradon et le bord du golfe. Une demi-heure de route, au lieu de dix minutes. Annick y voit surtout une promenade, et elle n'a pas tort. Ils s'arrêtent parfois pour regarder les bateaux, le far posé sur la banquette arrière.
Gérard calcule qu'il a évité de racheter une batterie, et sans doute un second remorquage. Il raconte l'histoire au marché, à Yves et à la maraîchère, qui roulent eux aussi très peu. Plusieurs ont avoué avoir connu le même samedi sans moteur. On connaît tous quelqu'un dont la voiture dort trop. Le conseil de Stéphane tient en peu de mots, et Gérard le répète volontiers : une voiture qui sert peu a besoin qu'on s'occupe d'elle autrement, pas qu'on la laisse en paix.
« Je croyais la ménager, ma voiture, et en fait je l'affamais sans le savoir. »
- Un trajet court de dix minutes ne recharge pas ce que le démarrage a consommé.
- À l'arrêt, alarme, fermeture centralisée et calculateurs puisent un peu dans la batterie chaque jour.
- Si la voiture roule peu, prévoir une sortie d'environ trente minutes par semaine.
- Un chargeur mainteneur branché pendant l'immobilisation garde la batterie pleine sans la surcharger.
- Horloge qui se dérègle ou démarreur paresseux sont des signes à faire vérifier tôt.
- Avant de racheter une batterie, faire tester et recharger l'ancienne par un professionnel.
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