Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Le samedi matin, à huit heures, le taille-haie électrique ronronnait déjà dans le garage. Gérard, 67 ans, enfilait ses gants de cuir en regardant sa haie de thuyas, haute et sombre, qui longeait tout le fond du terrain. Le facteur est passé, le portillon a grincé. Dans la boîte aux lettres, une enveloppe épaisse portait l'étiquette jaune des recommandés.
Une haie qui avait poussé en même temps que la retraite
Gérard habite depuis vingt-deux ans un pavillon en crépi beige, au bout d'une impasse tranquille près d'Angers. Ancien chauffeur de car scolaire, il connaît chaque bruit du quartier, chaque voiture, chaque chien. Avec Monique, sa femme, il a tout fait lui-même dans ce jardin : la terrasse, le potager, le cabanon en bois. La haie de thuyas, elle, date de 2009. Il se souvient du jour où il a ramené les jeunes plants dans le coffre de sa Clio.
À l'époque, de l'autre côté du grillage vivait Josiane, une veuve discrète qui ne se plaignait jamais de rien. Elle aimait même cette haie, disait-elle, parce qu'elle coupait le vent d'ouest l'hiver. Les deux voisins échangeaient des courgettes et des confitures par-dessus la clôture. Les thuyas ont grandi, lentement d'abord, puis très vite, comme ils le font tous. Gérard les taillait deux fois par an, en mai et en septembre, sans jamais trop se poser de questions.
Avec les années, la haie est devenue un mur vert de plus de trois mètres. Elle protégeait la terrasse des regards, elle étouffait le bruit de la départementale voisine. Monique y voyait un rempart, une intimité qu'ils avaient mis longtemps à construire. Le soir, ils dînaient dehors sans voir personne, et personne ne les voyait. Soyons honnêtes, Gérard en était assez fier. Les gens qui passaient dans l'impasse lui faisaient parfois des compliments sur la densité du feuillage.
Le choix d'un mètre, fait pour de bonnes raisons
Quand il a planté, Gérard a fait ce qui lui semblait raisonnable. Il a reculé d'un mètre par rapport au grillage, pour pouvoir passer avec la brouette et tailler côté voisin sans entrer chez elle. Un collègue lui avait dit qu'il fallait respecter une distance, sans préciser laquelle. Un mètre, ça paraissait large, plus que ce que faisaient la plupart des gens du lotissement. Personne, à l'époque, ne lui avait parlé de hauteur maximale.
Il a choisi des thuyas parce qu'ils poussent vite et restent verts toute l'année. Le vendeur de la jardinerie lui avait assuré qu'en cinq ans, il aurait une vraie haie. Il ne s'était pas trompé. Ce qu'il n'avait pas précisé, c'est que ces arbres ne s'arrêtent pas d'eux-mêmes. Laissé libre, un thuya peut atteindre quinze mètres. Gérard, lui, pensait qu'en taillant régulièrement les côtés, il garderait la haie sous contrôle sans effort particulier.
Le dessus, en revanche, il le laissait monter. Il fallait une grande échelle pour l'atteindre, et après une chute en 2016, Monique lui avait interdit d'y grimper seul. Alors la haie a pris de la hauteur, année après année, sans que personne ne s'en offusque. Josiane ne disait rien, les autres voisins non plus. Dans l'impasse, tout le monde avait ses haies, ses arbres, ses petites libertés. On connaît tous ça : tant que personne ne se plaint, rien n'existe vraiment.
« On ne va quand même pas tout raser pour une piscine, quinze ans qu'elle est là cette haie. »
Un nouveau voisin, un mètre ruban et un regard insistant
Josiane est partie en maison de retraite à l'automne dernier. Sa maison a été vendue au printemps à un couple de quadragénaires, Thomas et Élodie, avec deux enfants et un projet de piscine. Gérard les a accueillis avec une bouteille de cidre et des mots aimables. Thomas a souri, a remercié, puis a levé les yeux vers la haie. Il a dit qu'elle était impressionnante. Gérard a pris ça pour un compliment, comme toujours.
Quelques semaines plus tard, Monique a vu Thomas dans son jardin, un mètre ruban à la main, mesurer quelque chose près du grillage. Elle l'a raconté à Gérard au déjeuner, entre la soupe et le fromage. Il a haussé les épaules. Il fait sans doute les plans de sa piscine, a-t-il répondu. Le soir, pourtant, il a remarqué que l'ombre des thuyas couvrait presque toute la pelouse d'à côté dès seize heures.
Puis il y a eu cette conversation par-dessus la clôture, un dimanche. Thomas a évoqué, presque en passant, le manque de soleil, les mousses sur sa terrasse, les feuilles qui tombaient dans ce qui deviendrait le bassin. Il a demandé si Gérard comptait réduire la hauteur. Gérard a répondu qu'il verrait, que c'était compliqué, que la haie avait toujours été comme ça. Thomas n'a pas insisté. Il a seulement dit qu'il allait se renseigner.
La lettre recommandée et les coups de fil sans réponse
La lettre recommandée est donc arrivée ce samedi matin. Thomas y demandait, poliment mais fermement, que la haie soit ramenée à deux mètres de hauteur ou arrachée, dans un délai de deux mois. Il citait des articles du Code civil, des numéros que Gérard ne connaissait pas. Le taille-haie est resté branché dans le garage toute la matinée. Gérard relisait la lettre à la table de la cuisine, ses lunettes sur le bout du nez.
Il a d'abord appelé son fils, qui travaille dans une banque à Nantes. Celui-ci lui a conseillé de ne pas céder trop vite et de vérifier. Ensuite, il a téléphoné à la mairie, où une employée lui a expliqué qu'il s'agissait d'un litige privé entre voisins. La mairie ne pouvait rien trancher. Il a essayé de joindre le vendeur de la jardinerie, qui avait pris sa retraite depuis longtemps. Personne ne semblait vraiment savoir.
Le soir, il a parlé avec Monique sur la terrasse, à l'abri de cette haie qui faisait désormais tout le problème. Elle lui a dit, la voix fatiguée : On ne va quand même pas tout raser pour une piscine. Gérard pensait la même chose, mais une petite inquiétude le travaillait. Il avait planté à un mètre, il avait été prudent. Il se répétait que quinze ans de tranquillité valaient bien quelque chose devant la loi.
« J'ai cru que le temps jouait pour nous, mais il en fallait trois fois plus. »
Ce que dit vraiment le Code civil sur les haies
C'est le conciliateur de justice, reçu un mardi à la permanence de la mairie, qui lui a ouvert les yeux. Un homme calme, la soixantaine, qui avait vu passer des dizaines d'histoires de haies. Il a sorti un vieux Code civil annoté et lu l'article 671 à voix haute. Les plantations situées à moins de deux mètres de la limite séparative ne doivent pas dépasser deux mètres de hauteur. Au-delà de deux mètres de distance, la hauteur est libre.
Gérard a compris d'un coup que son mètre de recul ne changeait rien. Pour avoir le droit de laisser monter ses thuyas, il aurait fallu les planter à plus de deux mètres. Le conciliateur a ajouté une précision que Gérard n'attendait pas. Selon l'article 672, le voisin peut exiger que les arbres soient réduits à la hauteur légale, ou arrachés, sauf si l'arbre dépasse cette hauteur depuis plus de trente ans. C'est ce qu'on appelle la prescription trentenaire.
Gérard a fait le calcul à voix basse. Ses thuyas avaient été plantés en 2009, ils avaient dépassé deux mètres vers 2013 ou 2014. Cela faisait à peine dix ans. Loin, très loin des trente années qui l'auraient protégé. L'accord tacite de Josiane, son silence bienveillant, n'avait aucune valeur pour le nouveau propriétaire. Il est rentré chez lui en disant à Monique : J'ai cru que le temps jouait pour nous, mais il en fallait trois fois plus.
Rabattre plutôt qu'arracher, et regarder sa propre haie
Gérard n'a pas eu le cœur d'arracher. Il a choisi de rabattre la haie à deux mètres, ce qui lui a coûté un peu plus de neuf cents euros chez un élagueur du coin. Deux jours de travail, une remorque pleine de branches, et un trou de lumière soudain au fond du jardin. Les thuyas, coupés si bas, ont roussi au sommet pendant des semaines. Monique trouvait ça triste, presque comme un deuil.
Avec Thomas, les relations se sont apaisées, sans devenir chaleureuses. Il est venu dire merci, gêné, en expliquant qu'il n'avait pas voulu le conflit. Gérard a reconnu qu'il aurait pu se renseigner plus tôt. Désormais, il fait tailler le dessus deux fois par an pour rester sous la limite. Il calcule que l'entretien lui coûtera environ deux cents euros par an. C'est moins qu'un procès, et beaucoup moins qu'une guerre de voisinage.
Ce qu'il en retient, il le répète aux amis du club de pétanque, qui ont presque tous une haie. Regarder la distance exacte, mesurer la hauteur, se souvenir de la date de plantation. Un règlement de lotissement ou un usage local peuvent aussi fixer d'autres règles, a précisé le conciliateur. Gérard conclut toujours de la même façon, en riant à moitié : Un mètre, ça paraît beaucoup, jusqu'au jour où quelqu'un sort son mètre ruban.
« Josiane ne disait jamais rien, alors je pensais que c'était acquis, que personne ne viendrait jamais mesurer. »
- Mesurez la distance entre le pied de vos arbres et la limite séparative, pas la clôture elle-même.
- À moins de deux mètres de la limite, la hauteur de la plantation ne doit pas dépasser deux mètres.
- Au-delà de deux mètres de la limite, la hauteur n'est en principe pas limitée par le Code civil.
- Notez la date de plantation : seul un dépassement de hauteur depuis plus de trente ans protège l'arbre.
- Consultez le règlement de lotissement ou les usages locaux, qui peuvent prévoir d'autres règles.
- En cas de désaccord, un conciliateur de justice gratuit peut être saisi avant toute procédure.
Suivi de l'histoire
- 8 Oct 2026Il range son camping-car sous un hangar d’Auvergne pour l’hiver : en avril, la batterie cellule ne tient plus une seule nuit
- 8 Oct 2026Il dépose sa Clio pour une simple vidange dans un garage de Toulouse : à la caisse, une facture de 640 euros pour des pièces jamais demandées
- 8 Oct 2026Elle guette depuis septembre un aspirateur affiché à moins 40 % à Grenoble : le prix barré sur l’étiquette n’a jamais été pratiqué par le magasin
- 8 Oct 2026Il plante une haie de thuyas à un mètre de sa clôture en 2009 : quinze ans plus tard, le nouveau voisin exige qu’il les arrache, vous lisez
- 8 Oct 2026Elle fait tourner son lave-linge acheté à Dijon quatorze mois plus tôt : le vendeur lui tend un devis de réparation à 180 euros
- 8 Oct 2026Ils ouvrent leur avis d’impôt un matin de juillet à Niort : leur fille étudiante a déclaré seule, et la facture a grimpé de 640 euros







