Il arrache sa vieille haie de laurier-tin près de Nîmes pour une clôture rigide : en novembre, la mairie lui réclame une déclaration jamais déposée

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Un samedi de juin, vers sept heures, la tronçonneuse de Gilles a réveillé tout le lotissement. Derrière sa maison de Caissargues, à quelques kilomètres de Nîmes, la vieille haie de laurier-tin tombait par pans entiers, dans une odeur de sève et de poussière. Sa femme, Nadine, tenait la brouette. Ils ne savaient pas encore que ce chantier finirait sur le bureau du service urbanisme.

Une haie de vingt ans qui ne tenait plus vraiment debout

Gilles a cinquante-huit ans, il est technicien de maintenance dans une usine de la zone de Saint-Césaire. Avec Nadine, aide-soignante, il a acheté cette maison de plain-pied en 2004, quand le lotissement sortait à peine des vignes. Le jardin faisait quatre cents mètres carrés, avec un olivier planté le premier hiver et une haie déjà présente le long de la rue. À l'époque, ils trouvaient ce mur végétal charmant, presque provençal, et parfait pour cacher la terrasse aux passants.

Vingt ans plus tard, la haie avait vieilli plus vite qu'eux. Les pieds se dégarnissaient par le bas, la sécheresse de deux étés successifs avait laissé des trous bruns, et chaque taille prenait un week-end entier. Gilles montait sur l'escabeau, Nadine ramassait, et le soir ils avaient mal au dos tous les deux. Soyons honnêtes, plus personne dans la famille n'avait envie de recommencer. Les enfants, partis à Montpellier, ne venaient plus aider depuis longtemps, et le chien du voisin passait désormais par les trous.

Dans la rue, d'autres avaient déjà franchi le pas. Chez les Ferrand, au numéro douze, des panneaux gris anthracite avaient remplacé les thuyas l'année précédente. Chez un couple de jeunes, plus loin, un mur bahut surmonté de lames composites faisait l'admiration du quartier. Gilles passait devant tous les matins avec sa voiture, et il se disait que c'était propre, net, sans entretien. Nadine, elle, trouvait ça un peu froid, mais elle reconnaissait que leurs voisins n'avaient plus jamais sorti un taille-haie.

Un devis, un week-end et une décision prise en confiance

En mars, Gilles a fait venir un poseur recommandé par un collègue. L'homme a mesuré la façade, vingt-deux mètres le long de la rue, et proposé des panneaux rigides en acier galvanisé, plastifiés gris, de 1,80 mètre. Il avait ajouté des lames d'occultation en PVC pour cacher complètement le jardin. Le devis montait à quatre mille deux cents euros, pose comprise. Gilles a négocié un peu, puis décidé de faire lui-même la pose pour économiser presque mille cinq cents euros sur la facture finale.

La question des papiers n'est venue qu'une fois, en passant, autour d'un café. Nadine avait demandé s'il fallait prévenir la mairie, et Gilles avait haussé les épaules. Pour lui, une clôture, c'était comme un portillon ou un abri de jardin pour les outils. On est chez soi, on clôt son terrain, c'est même un droit, répétait-il. Le poseur, interrogé au téléphone, avait répondu qu'en général on ne demandait rien, sauf peut-être dans les vieux centres-villes. Personne n'avait creusé davantage, et le sujet était retombé aussitôt.

Le chantier a donc commencé ce samedi de juin, à l'aube, pour éviter la chaleur. Il a fallu deux jours pour arracher les souches, une benne louée cent quatre-vingts euros, puis un troisième week-end pour sceller les poteaux dans le béton. Gilles avait tendu un cordeau, vérifié chaque niveau, et il était fier du résultat. Le dimanche soir, Nadine a servi l'apéritif sur la terrasse, enfin à l'abri des regards. Je crois que c'est la première fois qu'on mange dehors sans entendre les gens commenter notre assiette, a-t-elle plaisanté.

« On est chez soi, on clôt son terrain, c'est même un droit, je ne voyais pas où était le souci. »

Le regard appuyé d'un voisin, puis une remarque oubliée

Le premier signe est passé presque inaperçu. Fin juillet, Monsieur Roux, retraité de la SNCF qui habite en face, s'est arrêté devant la clôture avec son chien. Il a regardé longuement les panneaux, puis il a lâché qu'ici, autrefois, on n'avait pas le droit de monter si haut. Gilles a souri poliment, pensant à une jalousie de voisin ou à un souvenir confus. Roux avait toujours une histoire sur le lotissement, sur l'ancien maire, sur les vignes arrachées, et on ne l'écoutait plus vraiment.

Quelques semaines plus tard, c'est Nadine qui a remarqué un détail curieux. En rentrant du travail, elle a croisé une femme de la mairie qui photographiait plusieurs façades de la rue avec une tablette. La femme notait des numéros, prenait des clichés sous différents angles, puis repartait vers sa voiture de service. Nadine en a parlé le soir même, mais Gilles a pensé à un recensement, ou à un contrôle des poubelles. On connaît tous ça, ces visites dont on ne comprend jamais l'objet, alors on oublie.

Septembre est passé sans rien de particulier. La rentrée, les vendanges des cousins vers Beaucaire, un mariage dans la famille de Nadine ont occupé les week-ends. La clôture faisait désormais partie du paysage, et Gilles avait même accroché des jardinières le long des panneaux. Il racontait volontiers à ses collègues qu'il avait gagné des heures de liberté chaque année. Personne ne lui avait posé la moindre question, ni le voisin, ni la mairie, ni la copropriété du lotissement qui, de toute façon, ne se réunissait plus depuis des années.

Un courrier recommandé en novembre et des coups de téléphone

Le courrier est arrivé un mardi de novembre, en recommandé, avec l'en-tête du service urbanisme. Gilles l'a ouvert debout dans l'entrée, encore en blouson. La lettre indiquait que des travaux d'édification de clôture avaient été constatés sur sa parcelle sans déclaration préalable. Elle l'invitait à régulariser sa situation en déposant un dossier dans un délai donné, et rappelait les règles applicables au secteur. Il a relu la phrase trois fois, sans comprendre de quelle déclaration on lui parlait exactement.

Le lendemain, il a appelé la mairie pendant sa pause déjeuner. Une employée lui a expliqué calmement que la commune avait décidé, par délibération du conseil municipal, de soumettre les clôtures à déclaration sur son territoire. Gilles a protesté qu'il n'en savait rien et que ses voisins avaient fait pareil. Elle a répondu que plusieurs courriers étaient partis dans la rue. Je ne suis pas un fraudeur, je voulais juste ne plus tailler cette haie, a-t-il dit, un peu trop fort, avant de raccrocher.

Il a ensuite rappelé le poseur, qui s'est montré évasif et a rappelé qu'il n'avait pas fait la pose lui-même. Puis il a sonné chez les Ferrand, qui avaient reçu la même lettre et ne savaient pas davantage quoi faire. Le soir, Nadine a cherché sur internet, mais les forums se contredisaient tous. Certains parlaient d'amendes énormes, d'autres disaient qu'il suffisait d'ignorer le courrier. Gilles dormait mal, persuadé qu'on allait lui faire démonter vingt-deux mètres de clôture fixés dans le béton.

« Je ne suis pas un fraudeur, je voulais juste ne plus tailler cette haie tous les printemps. »

Ce n'était pas la clôture, mais le papier et la hauteur

Le rendez-vous au service urbanisme a tout éclairé, un jeudi matin, dans un petit bureau encombré de plans. L'instructeur a déplié le plan local d'urbanisme et montré la zone du lotissement. Il a expliqué que la déclaration préalable pour une clôture n'est pas obligatoire partout en France. Elle l'est dans les secteurs protégés, par exemple aux abords d'un monument historique ou dans un site classé, et dans les communes où le conseil municipal l'a décidé. Ici, la délibération datait de plusieurs années.

Mais la surprise venait surtout d'ailleurs. Le règlement du PLU, pour cette zone pavillonnaire, limitait les clôtures sur rue à 1,60 mètre et imposait un mur bahut ou un grillage doublé de végétation. Les lames d'occultation en PVC n'étaient pas prévues. Monsieur Roux n'avait donc pas totalement tort, même s'il confondait un peu les époques. La clôture de Gilles dépassait de vingt centimètres et ne respectait pas l'aspect demandé. C'est ça, en vrai, qui coince, avait conclu l'instructeur en tapotant le document du doigt.

Gilles est sorti du bâtiment en silence. Il avait imaginé un oubli administratif, un formulaire à remplir en dix minutes, et découvrait que le problème touchait le chantier lui-même. Nadine l'attendait dans la voiture et a vu tout de suite à sa tête que ce n'était pas réglé. Je pensais que le seul risque, c'était de vexer un voisin, a-t-il murmuré en démarrant. Ce jour-là, il a compris que sa clôture relevait de règles écrites, publiques, qu'il aurait pu consulter en mars avant d'acheter quoi que ce soit.

Vingt centimètres à reprendre et ce qu'il faut vérifier

Pour régulariser, Gilles a dû déposer une déclaration préalable conforme au PLU, donc pour une clôture différente de celle qu'il avait posée. Il a rabaissé les panneaux en recoupant les poteaux, retiré les lames de PVC et commandé des plants de photinia pour doubler le grillage. Le tout lui a coûté près de neuf cents euros supplémentaires et trois week-ends de plus. L'instructeur lui avait expliqué que, sans régularisation, la commune pouvait engager des suites, ce qu'il préférait de loin éviter.

Aujourd'hui, la clôture est plus basse, et une haie toute jeune commence à pousser devant. Nadine trouve ça plus joli, Gilles plus agaçant, puisqu'il faudra de nouveau tailler dans quelques années. Les Ferrand, eux, ont choisi de déposer un dossier pour leur mur bahut, qui était finalement conforme. Monsieur Roux passe toujours avec son chien et ne fait plus de remarques. Si j'avais ouvert le PLU avant, j'aurais économisé de l'argent et beaucoup de nuits blanches, résume Gilles en regardant les petits photinias.

Avant de toucher à une haie ou à un grillage, il suffit souvent d'une visite en mairie ou d'une consultation en ligne. Le PLU est un document public, et le règlement de chaque zone précise ce qui est permis sur rue et entre voisins. Il faut aussi savoir si le terrain se situe dans un périmètre protégé, ce qui change tout. Dans un lotissement, le règlement ou le cahier des charges peut ajouter ses propres exigences. Quelques vérifications simples suffisent à éviter un chantier fait deux fois.

« Je pensais que le seul risque, c'était de vexer un voisin, pas de recevoir un recommandé. »

  • Demander en mairie si le conseil municipal a soumis les clôtures à déclaration préalable.
  • Vérifier si le terrain est en secteur protégé, abords de monument historique ou site classé.
  • Lire le règlement du PLU de sa zone : hauteur maximale, matériaux, aspect sur rue.
  • Consulter le règlement ou le cahier des charges du lotissement s'il en existe un.
  • Déposer la déclaration préalable avant les travaux et attendre la réponse avant de poser.
  • Garder le récépissé et l'affichage en mairie pour prouver sa bonne foi en cas de contrôle.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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