Il part en Auvergne pour la Toussaint avec ses pneus été habituels : à l’entrée du col, un panneau rond change tout son trajet

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Le moteur ronronnait doucement, la buée s'effaçait par bandes sur le pare-brise, et le thermos de café cognait contre la portière à chaque virage. Il était un peu plus de neuf heures, ce 1er novembre, quand Julien a vu le panneau rond au bord de la route. Derrière lui, sa fille dormait contre la vitre, et la montagne commençait à peine.

Chaque Toussaint, la même route vers la maison de Murat

Julien a quarante-quatre ans et il enseigne les mathématiques dans un collège de la banlieue de Clermont-Ferrand. Depuis la mort de son père, il y a six ans, il monte chaque Toussaint dans le Cantal. La maison familiale l'attend à Murat, volets fermés, avec la vieille horloge arrêtée sur la même heure depuis des années. Il y va pour fleurir la tombe, aérer les pièces et vérifier que la toiture tient encore.

Cette année, il emmène Inès, sa fille de douze ans, qui a négocié le voyage contre la promesse d'une soirée crêpes. Sa compagne, Claire, est restée en ville, retenue par une garde à l'hôpital où elle travaille. Ils ont chargé la petite citadine grise la veille au soir, deux sacs, des chrysanthèmes enveloppés dans du papier journal et un carton de bocaux pour la voisine. Tout était prêt bien avant le réveil.

Julien connaît la route par cœur, chaque rond-point, chaque station-service, chaque virage où il faut ralentir. Il sait où le réseau téléphonique disparaît et où la vue s'ouvre soudain sur les volcans. Soyons honnêtes, il ne prépare plus vraiment ce trajet, il le fait comme on refait un geste ancien. La voiture a passé son contrôle technique en septembre, les pneus sont presque neufs, et le ciel annoncé est sec.

Des pneus été gardés pour de très bonnes raisons

Il y a deux ans, au moment de remplacer ses pneus usés, Julien avait longuement hésité au garage. Le mécanicien lui avait proposé des pneus quatre saisons, un peu plus chers, ou un second jeu pour l'hiver. Julien avait calculé, comparé, puis choisi des pneus été classiques, de bonne marque, moins bruyants sur l'autoroute. Il roule surtout en ville, où la neige ne tient presque jamais plus d'une matinée.

Son raisonnement tenait debout, du moins dans sa tête. Il ne monte en montagne que trois ou quatre fois par an, souvent au printemps ou à l'automne. Quand la météo annonce de la neige, il décale son départ ou il prend le train jusqu'à Murat. Il s'est toujours dit qu'un conducteur prudent, avec des pneus en bon état, valait mieux qu'un conducteur pressé bien équipé.

Au départ ce matin-là, il a même jeté un œil aux prévisions sur son téléphone. Huit degrés à Clermont, quatre degrés annoncés sur les hauteurs, un soleil franc et aucune précipitation avant le week-end suivant. Je ne vais pas sortir les chaînes pour un temps pareil, a-t-il plaisanté en refermant le coffre. Inès a haussé les épaules, encore à moitié endormie, et ils sont partis.

« Je ne vais pas sortir les chaînes pour un temps pareil, regarde ce soleil, on n'est pas en janvier. »

Un panneau rond que personne n'avait jamais remarqué

Après Besse, la route grimpe en lacets serrés, et la forêt se resserre des deux côtés. Juste avant l'entrée d'une portion plus raide, Julien aperçoit un panneau qu'il ne se souvient pas avoir vu. Un disque blanc cerclé de bleu, avec un pneu dessiné et des chaînes, accompagné d'un panonceau mentionnant une période. Il passe devant à cinquante à l'heure et le panneau disparaît dans le rétroviseur.

Sur le moment, il se dit que c'est sans doute une recommandation, un rappel destiné aux touristes inexpérimentés. Il pense aux panneaux qui conseillent de vérifier ses freins avant une descente. On connaît tous ça, ces messages qu'on lit sans lire, parce qu'ils semblent écrits pour quelqu'un d'autre. La route est sèche, le bitume gris clair, et rien ne laisse imaginer le moindre danger immédiat.

Mais un peu plus loin, un second panneau identique se dresse près d'une aire de stationnement. Cette fois, Inès l'a vu aussi, et elle demande ce que veulent dire les chaînes dessinées dessus. Julien répond qu'il n'en sait rien, qu'il y a de la neige parfois ici. La question reste pourtant suspendue dans l'habitacle, et il sent une petite gêne monter, sans savoir exactement pourquoi.

Sur une aire glacée, des appels qui ne répondent pas

Il décide finalement de s'arrêter sur le parking d'un départ de randonnée, désert à cette heure. Le froid lui pique les oreilles dès qu'il ouvre la portière, et l'herbe craque sous ses chaussures. Il tente de chercher l'explication sur son téléphone, mais une seule barre de réseau clignote, puis disparaît. Inès descend à son tour, emmitouflée dans son écharpe, et photographie le panneau pour plus tard.

Julien appelle Claire, qui ne répond pas, sans doute occupée dans un service débordé. Il essaie ensuite son frère Mathieu, qui vit à Aurillac et roule beaucoup dans le coin. L'appel coupe deux fois avant de passer enfin, avec une voix hachée. Ah, c'est la loi Montagne, il me semble que c'est obligatoire maintenant, mais je ne sais plus depuis quand exactement, lâche Mathieu avant que la ligne ne s'éteigne.

Obligatoire, le mot tourne dans la tête de Julien pendant qu'il fait les cent pas. Il imagine une barrière, un contrôle, un gendarme lui demandant de faire demi-tour devant sa fille. Il se demande surtout s'il roule déjà dans l'illégalité depuis le premier panneau. Une voiture immatriculée dans le Puy-de-Dôme se gare alors à côté de lui, et un homme âgé en sort, un bonnet sur la tête.

« Ah, c'est la loi Montagne, il me semble que c'est obligatoire maintenant, mais je ne sais plus depuis quand. »

Ce n'était pas la neige, c'était le calendrier

L'homme s'appelle Gérard, il a soixante-huit ans et il a été chauffeur de car scolaire dans la vallée pendant trente ans. Il regarde les pneus de Julien, se penche, cherche une inscription sur le flanc. Puis il explique calmement ce qu'il a compris de cette règle, entrée en vigueur il y a quelques hivers. Selon lui, le panneau ne parle pas de la météo du jour, mais d'une période fixe chaque année.

Depuis le 1er novembre et jusqu'au 31 mars, dans les zones de montagne de quarante-huit départements, les voitures doivent avoir des pneus hiver ou détenir des chaînes ou chaussettes dans le coffre. Les pneus portant le marquage du symbole montagne, trois pics et un flocon, sont acceptés. Moi j'ai mes chaînes dans le coffre toute l'année, ça ne coûte rien de les avoir, sourit Gérard en tapotant sa malle arrière.

Julien comprend alors que le soleil et la route sèche n'y changent rien. L'obligation s'applique dès que la période commence, sur les communes désignées par la préfecture, signalées justement par ces panneaux. Gérard ajoute qu'il a entendu parler d'une amende de cent trente-cinq euros en cas de contrôle. Julien reste silencieux un moment, les mains dans les poches, en regardant ses pneus parfaitement gonflés et pourtant inadaptés.

Un détour par la vallée et une liste sur le frigo

Ce jour-là, Julien n'a croisé aucun gendarme, mais il n'a pas voulu prendre le risque de continuer. Il a fait demi-tour, redescendu jusqu'à Issoire et trouvé un centre auto ouvert malgré le jour férié. Il est reparti avec une paire de chaussettes à neige, pour une soixantaine d'euros, rangées sous le tapis du coffre. Le trajet a pris deux heures de plus, et les crêpes ont attendu le lendemain.

Le soir, dans la cuisine de Murat, Inès a voulu tout vérifier sur la vieille tablette de son grand-père. Ils ont retrouvé la liste des départements concernés, les communes du Cantal, et compris que leur propre trajet était entièrement inclus. J'ai roulé là pendant des années sans savoir que la règle avait changé, ça me vexe un peu, avoue Julien en riant à moitié.

De retour à Clermont, il a parlé longuement avec Claire de l'équipement de leur voiture pour les hivers suivants. Ils envisagent désormais des pneus quatre saisons marqués du symbole montagne, pour ne plus y penser. Sur le frigo, Inès a collé une feuille avec quelques rappels écrits au feutre vert. Julien la relit parfois en buvant son café, et il se dit qu'elle a mieux retenu la leçon que lui.

« Moi j'ai mes chaînes dans le coffre toute l'année, ça ne coûte rien de les avoir et je dors tranquille. »

  • Du 1er novembre au 31 mars, la loi Montagne s'applique dans les zones désignées de 48 départements.
  • Il faut des pneus hiver ou quatre saisons marqués du symbole montagne, trois pics et un flocon.
  • À défaut, des chaînes ou chaussettes à neige doivent être présentes dans le coffre.
  • Les communes concernées sont signalées par un panneau rond blanc cerclé de bleu à leur entrée.
  • En cas de contrôle, une amende de 135 euros peut être appliquée au conducteur non équipé.
  • Avant un départ en montagne, consultez la liste des communes fixée par la préfecture du département.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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