Elle paie sa femme de ménage depuis six ans à Perpignan : trois semaines plus tard, une voisine lui montre la case oubliée

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Le mardi, à neuf heures pile, la sonnette grésille dans l'appartement de la rue Foch. Monique, 74 ans, entend d'abord le seau qui cogne contre la porte, puis la voix de Samira dans l'escalier. L'odeur du café flotte encore dans la cuisine. Sur la toile cirée, une enveloppe attend, avec quarante-huit euros pliés dedans, comme chaque semaine depuis six ans.

Le mardi matin, Samira arrive avec son seau et son sourire

Monique habite un troisième étage sans ascenseur, près de la place de la République, à Perpignan. Elle a été secrétaire dans un cabinet de géomètres pendant trente ans, puis la retraite est arrivée avec ses petites pensions. Son mari, Gérard, est parti il y a huit ans, et l'appartement lui a semblé soudain trop grand. Elle s'est mise à moins bien voir, à avoir mal au dos, et les vitres sont restées sales tout un printemps. C'est sa fille qui a fini par lui conseiller de prendre quelqu'un.

Samira est arrivée par une voisine du deuxième, qui l'employait déjà depuis longtemps. Elle vient le mardi, trois heures, parfois un peu plus quand il faut changer les draps. Elle passe la serpillière, descend les poubelles, monte les packs d'eau du marché. Entre deux pièces, elles boivent un café, parlent des enfants, du vent qui tape sur les volets en hiver. Monique dit souvent qu'elle ne paie pas une femme de ménage, mais une compagnie. Avec le temps, Samira est devenue une habitude rassurante.

Tout se fait simplement, ou du moins Monique le croit. Samira est déclarée par le chèque emploi service, que la fille de Monique a mis en place au début. Chaque mois, le prélèvement passe, avec les cotisations, et une attestation arrive par courrier. Monique la range dans une chemise cartonnée, avec les quittances et les relevés de pension. Elle n'a jamais été imposable, alors ses déclarations se résument à vérifier les montants pré-remplis et à cliquer. Elle ne s'est jamais posé davantage de questions sur ces papiers.

Pas d'impôts, donc rien à déclarer, pense-t-elle

Au début, Monique avait entendu parler d'une réduction d'impôt pour l'emploi à domicile. Une amie de la chorale en profitait, elle s'en souvenait vaguement. Mais cette amie payait des impôts, elle, avec la pension de son mari ancien cadre à la SNCF. Monique en a tiré une conclusion qui paraissait logique : quand on ne paie rien, on ne peut rien vous réduire. Elle l'a dit à sa fille, qui n'a pas insisté, occupée par son travail à Montpellier et ses deux adolescents.

Chaque printemps, la déclaration de revenus arrivait, et Monique la remplissait à la table de la cuisine. Elle portait ses lunettes de lecture, allumait la petite lampe, vérifiait les chiffres de la caisse de retraite. Les cases des charges, des dons, des services à la personne, elle les sautait sans les lire vraiment. Pourquoi remplir des lignes qui ne la concernaient pas, se disait-elle. Elle préférait ne pas toucher à ce qu'elle comprenait mal, de peur de faire une bêtise et de recevoir un courrier.

Soyons honnêtes, on connaît tous cette prudence devant les formulaires administratifs. Monique avait peur d'un contrôle, d'une erreur qui lui coûterait cher, d'un appel qu'elle ne saurait pas gérer. Elle se disait qu'une retraitée modeste devait rester discrète, payer ce qu'elle devait et ne rien demander. Ce raisonnement lui semblait honnête et raisonnable. Pendant six ans, elle a donc payé Samira plein tarif, cotisations comprises, sans jamais rien réclamer. Elle trouvait même cela normal, presque une forme de dignité.

« Je pensais qu'on ne pouvait rien me rendre, puisque je ne payais rien. C'était logique, dans ma tête. »

Une remarque de la voisine sur l'escalier, puis rien

Le grain de sable est arrivé un samedi d'octobre, dans l'escalier, entre deux sacs de courses. Josette, la voisine du deuxième, remontait elle aussi, essoufflée, son cabas à roulettes derrière elle. Elles ont parlé de Samira, de son fils qui passait le permis, puis Josette a lâché une phrase en passant. Elle venait de recevoir son virement des impôts, comme chaque été, pour les heures de ménage. Monique a souri poliement, sans comprendre de quel virement il pouvait bien s'agir.

Le soir, la phrase est revenue pendant qu'elle épluchait des pommes de terre. Josette n'était pas plus riche qu'elle, ancienne aide-soignante, veuve elle aussi, avec une petite pension. Elle ne payait sûrement pas d'impôts non plus. Alors pourquoi l'État lui aurait-il versé de l'argent ? Monique s'est dit que sa voisine avait dû confondre avec autre chose, une prime, un remboursement de la mutuelle. Elle a reposé l'éplucheur, haussé les épaules, et allumé la télévision pour le feuilleton.

Les semaines ont passé, et l'histoire est restée dans un coin de sa tête. Elle y repensait le mardi, en tendant l'enveloppe à Samira, sans oser poser la question. Elle avait un peu honte, aussi, d'avoir l'air de ne rien comprendre à ses propres affaires. Un jour, elle a ressorti la chemise cartonnée et regardé les attestations annuelles. Il y avait un montant total en bas de chaque feuille, souligné. Elle a refermé la chemise sans savoir quoi en faire, plus perplexe qu'avant.

Un appel aux impôts qui sonne dans le vide

En novembre, Monique a fini par composer le numéro inscrit sur son avis de non-imposition. Une musique d'attente a tourné longtemps, puis une voix enregistrée l'a orientée vers le site internet. Elle a raccroché, agacée, les doigts encore crispés sur le combiné du téléphone fixe. Le site, elle savait à peine s'y connecter, sa fille avait noté le mot de passe sur un post-it collé au frigo. Elle a essayé, s'est perdue dans les menus, a tout refermé au bout d'une heure.

Elle a alors appelé sa fille, Claire, un dimanche soir, pendant que celle-ci préparait le repas. Claire a écouté, un peu distraite, puis a promis de regarder lors de sa prochaine visite. Elle avait toujours pensé, elle aussi, que l'avantage ne servait qu'aux contribuables imposables. Je croyais que c'était une réduction, maman, comme pour les dons, a-t-elle dit avant de raccrocher. Monique a senti que la piste se refermait, et qu'elle avait peut-être rêvé toute cette affaire.

C'est finalement Samira qui a relancé la question, un mardi, en essuyant le plan de travail. Elle travaillait chez cinq personnes âgées dans le quartier, et plusieurs lui parlaient de ce remboursement. Madame Monique, vous le touchez, vous, l'argent des impôts pour moi, a-t-elle demandé simplement. Monique a avoué que non, qu'elle ne savait même pas comment on faisait. Samira a promis de lui apporter le papier d'une autre dame, pour qu'elle voie la case exacte.

« Madame Monique, vous le touchez, vous, l'argent des impôts pour moi, ou personne ne vous l'a dit ? »

La case 7DB, et ce qu'elle cachait depuis 2017

La semaine suivante, Josette est montée avec son propre avis d'impôt et ses lunettes. Elles se sont assises toutes les deux à la table de la cuisine, devant la chemise cartonnée ouverte. Josette a pointé du doigt une ligne : crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile. Et en face, un montant restitué, versé sur son compte. Ce n'était pas une réduction réservée aux imposables, c'était un crédit d'impôt, remboursé même quand on ne paie rien.

Claire, revenue pour Noël, a vérifié sur le site officiel, et tout s'est éclairé. Depuis 2017, l'avantage pour l'emploi à domicile est devenu un crédit d'impôt de cinquante pour cent des dépenses. Les retraités non imposables y ont droit comme les autres, dans la limite des plafonds. Mais il faut indiquer les sommes dans la déclaration, à la bonne case, sinon l'administration ne verse rien. Monique avait donc laissé filer la moitié de ce qu'elle payait, chaque année, faute d'une ligne remplie.

Monique est restée longtemps silencieuse, les mains posées à plat sur la toile cirée. Elle refaisait le calcul dans sa tête, lentement, comme autrefois au cabinet. Environ deux mille cinq cents euros par an pour Samira, cotisations comprises. La moitié, chaque année, depuis six ans. J'ai cru être prudente, et en fait je me suis privée toute seule, a-t-elle murmuré. Claire a posé une main sur son épaule, sans rien dire, un peu coupable elle aussi.

Ce qu'elle récupère, et ce qu'elle a perdu pour toujours

Claire a aidé sa mère à corriger ses déclarations en ligne pour les années encore rattrapables. Selon ce qu'elle a compris de son conseiller, on peut reprendre les années récentes, pas les plus anciennes. Une partie de l'argent reviendra donc, plusieurs milliers d'euros, mais pas tout. Le reste est perdu, simplement parce que personne n'avait coché la case. Monique a rangé les nouvelles attestations dans une chemise neuve, rouge cette fois, pour ne plus jamais l'oublier.

Depuis, elle a appris qu'une avance d'une partie du crédit est versée en janvier, et le solde en été. Elle a aussi découvert l'avance immédiate, proposée par certains services, qui permet de ne payer directement que la moitié. Claire s'est renseignée pour l'activer, afin d'éviter d'avancer l'argent chaque mois. Pour Monique, ce changement compte vraiment : quelques centaines d'euros de plus par an, c'est un plein de courses, un cadeau aux petits-enfants. Elle dit que je dors mieux, maintenant que j'ai compris.

Le mardi, Samira sonne toujours à neuf heures, avec son seau qui cogne contre la porte. Monique a raconté l'histoire aux dames de la chorale, et deux d'entre elles ont découvert la même erreur. Elle a même glissé un mot dans la boîte aux lettres de chaque appartement de l'immeuble. Si ça peut éviter à une autre de se priver pendant six ans, ça vaut le coup, explique-t-elle. Avant de vérifier chez vous, voici ce qu'elle a appris à regarder.

« J'ai cru être prudente pendant six ans, et en fait je me suis privée toute seule de la moitié. »

  • Garder chaque année l'attestation fiscale envoyée par le Cesu ou l'organisme employeur.
  • Reporter le montant total payé dans la case dédiée à l'emploi d'un salarié à domicile.
  • Savoir que le crédit de 50 % est versé même si l'on n'est pas imposable.
  • Vérifier sur l'avis d'impôt la ligne du crédit restitué et le virement attendu.
  • Se renseigner sur l'avance immédiate pour ne payer que la moitié chaque mois.
  • Demander à son centre des impôts quelles années anciennes peuvent encore être corrigées.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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