Elle retire chaque matin une poignée de cheveux de sa douche à Nîmes : ce qu’elle a compris en comptant ce qui restait dans la bonde

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Il est six heures quarante, rue de la Madeleine, à Nîmes. L'eau de la douche s'arrête dans un gargouillis paresseux, et Claire se penche, une serviette sur les épaules. Dans la grille chromée de la bonde, une petite boule sombre et mouillée retient l'eau. Elle la pince entre deux doigts, la regarde longuement, puis la jette dans la poubelle sans rien dire.

Une salle de bains étroite et des gestes répétés depuis dix ans

Claire a trente-huit ans et elle travaille comme assistante dans un cabinet de kinésithérapie près des Arènes. Elle vit avec Julien, professeur de technologie, dans un appartement au deuxième étage d'un immeuble ancien. La salle de bains est minuscule, carrelée de vert pâle, avec une fenêtre qui donne sur une cour plantée d'un figuier. Chaque matin, le même enchaînement se répète, presque à la minute près, depuis qu'ils ont emménagé ici voilà dix ans.

Elle se lave les cheveux un jour sur deux, avec le même shampoing doux acheté en pharmacie. Elle applique un après-shampoing sur les longueurs, démêle avec un peigne à larges dents, puis laisse sécher à l'air libre. Ses cheveux sont châtains, épais, un peu ondulés, et elle les attache souvent en chignon bas pour aller travailler. Elle n'a jamais fait de coloration, jamais de lissage, et elle en tire une petite fierté discrète.

Pendant des années, elle n'a jamais pensé à ses cheveux plus de quelques secondes par jour. Ils faisaient partie du décor, comme le figuier de la cour ou le bruit du tramway au loin. Quand une amie se plaignait de pellicules ou de pointes fourchues, Claire écoutait poliment, sans vraiment se sentir concernée. Elle avait une chevelure solide, disait sa mère, héritée du côté cévenol de la famille. Cette tranquillité-là, elle ne savait pas encore qu'elle allait la perdre pour quelques semaines.

Elle décide de ne rien changer, par prudence et par habitude

Les premières mèches dans la bonde sont apparues vers le quinze septembre, juste après la rentrée. Claire a d'abord pensé que c'était normal, qu'elle n'y avait simplement jamais fait attention. Elle a nettoyé la grille, haussé les épaules, et elle est partie au cabinet avec son chignon. Le lendemain, la petite boule était revenue, à peine plus grosse, au même endroit exact. Elle a soupiré, convaincue qu'il fallait surtout ne pas paniquer pour si peu de chose.

Sa première décision a été de ne toucher à rien, et elle avait de bonnes raisons pour cela. Elle se disait que changer de produit risquait d'irriter son cuir chevelu et d'aggraver le problème. Elle avait lu, quelque part, que les gens qui s'affolent multiplient les traitements inutiles. Alors elle a gardé son shampoing, son peigne, son rythme d'un jour sur deux. Elle voulait observer calmement, comme on observe une plante qui jaunit un peu sur le balcon.

Julien, lui, n'a rien remarqué au début, et Claire ne lui en a pas parlé tout de suite. Elle trouvait le sujet un peu ridicule, presque coquet, pas digne d'une conversation au dîner. Elle a simplement pris l'habitude de vider la bonde avant qu'il n'entre dans la salle de bains. Ce petit geste discret, répété chaque matin, est devenu une sorte de rituel silencieux. Soyons honnêtes, on connaît tous cette façon de cacher un souci pour ne pas avoir à le nommer.

« Je vidais la bonde avant que Julien se lève, comme si j'avais quelque chose à cacher, c'était absurde. »

Sur l'oreiller et dans la brosse, des cheveux partout

Au bout de dix jours, les cheveux ne se contentaient plus de la bonde. Claire en trouvait sur son oreiller le matin, collés à la taie en coton blanc. Il y en avait sur le dossier de sa chaise au cabinet, sur son manteau, dans le lavabo. Un soir, en passant la main dans ses cheveux devant la télévision, elle en a retiré une dizaine d'un coup. Elle les a posés sur l'accoudoir du canapé et les a regardés sans rien dire.

Julien a fini par remarquer quelque chose, un samedi matin, en voyant la brosse posée près du lavabo. Elle était pleine, enroulée de longs fils châtains comme un petit nid. Il a dit, sur un ton léger, que le chat des voisins devait venir dormir chez eux. Claire a ri, mais son rire sonnait un peu faux, et il l'a bien senti. Ce jour-là, elle lui a tout raconté, la bonde, l'oreiller, les poignées du soir.

Le détail qui la troublait le plus, c'était justement l'absence de raison apparente. Elle n'avait pas changé d'alimentation, pas pris de médicament, pas vécu de choc particulier. L'été s'était bien passé, avec deux semaines au bord de la mer à Palavas. Rien dans sa vie ne semblait expliquer ce qui se passait sur sa tête. J'ai l'impression que mon corps fait quelque chose dans mon dos, a-t-elle confié à Julien en rangeant la brosse.

Le calcaire, le shampoing, la thyroïde : les hypothèses s'enchaînent

Comme beaucoup, Claire a commencé par chercher un coupable du côté de la maison. L'eau de Nîmes est calcaire, tout le monde le sait, il suffit de regarder la bouilloire. Elle s'est demandé si le tartre n'abîmait pas ses cheveux depuis des années, en silence. Julien a proposé d'installer un filtre sur la pomme de douche, et il l'a fait le week-end suivant. Pendant quelques jours, elle a scruté la bonde avec espoir, mais la boule sombre revenait toujours.

Ensuite, elle a soupçonné son shampoing, même si elle l'utilisait depuis des années sans aucun souci. Peut-être que le fabricant avait changé la formule, pensait-elle en lisant la liste des ingrédients. Sa collègue Sandrine, au cabinet, lui a parlé d'une huile de ricin miraculeuse vue sur internet. Une autre lui a conseillé des gélules de levure de bière, une troisième des massages au romarin. Claire notait tout dans son téléphone, de plus en plus perdue devant ces conseils contradictoires.

Le soir, elle a fait l'erreur de taper ses symptômes sur un moteur de recherche, tard, dans son lit. Les résultats parlaient de carences, de thyroïde, de maladies auto-immunes, de pelade. Elle a mal dormi, en tâtant régulièrement le sommet de son crâne dans le noir. Le lendemain, elle a appelé son médecin traitant, mais le premier rendez-vous disponible tombait trois semaines plus tard. En attendant, elle est passée à la pharmacie du boulevard Gambetta, un peu honteuse de sa démarche.

« J'ai l'impression que mon corps fait quelque chose dans mon dos, et je ne comprends pas quoi. »

Derrière le comptoir, une pharmacienne qui parle des arbres

La pharmacienne s'appelle Hélène, elle a une cinquantaine d'années et des lunettes accrochées à une chaînette dorée. Elle a écouté Claire sans l'interrompre, puis elle a posé quelques questions simples et précises. Depuis quand, est-ce que ça tombe partout ou à un endroit précis, est-ce qu'il y a des plaques. Claire a répondu que ça tombait partout, de façon diffuse, sans zone dégarnie visible. Hélène a souri doucement, comme quelqu'un qui entend la même histoire plusieurs fois chaque automne.

Elle lui a expliqué que, dans son expérience, beaucoup de clientes viennent la voir exactement à cette période. Les cheveux suivent un cycle, a-t-elle dit, un peu comme les feuilles des platanes de l'avenue Feuchères. Après l'été, une partie d'entre eux entre en phase de repos puis finit par tomber, pour laisser pousser les suivants. Selon elle, cette chute saisonnière dure en général deux à trois mois, puis elle se calme d'elle-même. Elle a ajouté qu'on peut perdre jusqu'à une centaine de cheveux par jour sans que ce soit anormal.

Claire est restée un moment silencieuse devant le comptoir, entre soulagement et incrédulité. Toutes ces semaines de doute, de filtres et d'huiles, pour un phénomène aussi ordinaire que la chute des feuilles. Hélène a quand même été claire sur un point, sans dramatiser ni minimiser. Si ça dure au-delà de trois mois, ou si vous voyez des zones clairsemées, vous consultez sans attendre, a-t-elle dit. Claire a gardé son rendez-vous chez le médecin, pour être tranquille, et elle est rentrée à pied.

Fin novembre, la bonde est presque vide et Claire respire

Le médecin, trois semaines plus tard, a examiné son cuir chevelu et prescrit une prise de sang de contrôle. Les résultats sont revenus normaux, sans carence ni souci de thyroïde dans son cas à elle. Il lui a confirmé que sa chute ressemblait à ce qu'il voyait souvent à l'automne. Claire n'a finalement dépensé qu'une vingtaine d'euros en huiles inutiles, plus le filtre de douche, qu'ils ont gardé. Le plus coûteux, dit-elle aujourd'hui, ce sont les nuits passées à s'inquiéter pour rien.

Vers la fin novembre, elle a remarqué que la boule dans la bonde rapetissait de semaine en semaine. Puis un matin de décembre, il n'y avait plus que quelques cheveux isolés, presque rien. En passant la main le long de ses tempes, elle a senti de petits cheveux courts qui repoussaient. Elle a appelé Julien dans la salle de bains pour qu'il touche, et il a fait semblant d'être impressionné. Ils ont ri tous les deux, pour de vrai cette fois, dans la petite pièce carrelée de vert.

Aujourd'hui, Claire a noté dans son agenda une petite mention pour la mi-septembre prochaine. Elle ne veut plus revivre ces semaines d'angoisse face à un cycle que personne ne lui avait expliqué. Elle en parle volontiers à ses collègues et à ses patientes du cabinet quand le sujet revient. Elle insiste surtout sur la différence entre une chute diffuse et passagère et des signes qui doivent alerter. Et elle répète, avec un sourire, que le figuier de la cour perd lui aussi ses feuilles chaque automne.

« Si ça dure plus de trois mois, ou si vous voyez des trous, vous consultez sans attendre, m'a dit la pharmacienne. »

  • Une chute diffuse qui démarre en septembre ou octobre correspond souvent au cycle saisonnier.
  • Perdre jusqu'à une centaine de cheveux par jour reste dans la normale.
  • Cette chute d'automne dure en général deux à trois mois, puis se calme d'elle-même.
  • Au-delà de trois mois, ou en cas de zones clairsemées ou de plaques, on consulte un médecin.
  • Inutile de multiplier les produits miracles : garder une routine douce suffit le plus souvent.
  • Noter la date de début aide le médecin à faire la différence avec une autre cause.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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