Il bouche les entrées d’air de ses fenêtres neuves à Rouen : en novembre, des taches noires couvrent le mur derrière l’armoire de la chambre

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Il était sept heures moins le quart, un mardi de novembre, et la pluie de Rouen tapait doucement contre les vitres neuves. Thierry, 58 ans, tirait l'armoire de la chambre pour récupérer une chaussette tombée derrière. Le meuble a raclé le parquet avec un bruit sourd. Puis il s'est arrêté net, la main encore sur le bois : le mur était couvert de taches noires.

Un appartement rive gauche qu'ils avaient enfin rendu confortable

Thierry et Nadine habitent depuis quinze ans un trois-pièces au deuxième étage d'un immeuble des années soixante, rive gauche, à Rouen. Lui est conducteur de bus sur la ligne qui longe la Seine, elle travaille à mi-temps dans une pharmacie du quartier Saint-Sever. Leur fils est parti étudier à Caen, et sa chambre sert désormais de bureau et de séchoir les jours de pluie. Ils aiment cet appartement, ses plafonds hauts, sa lumière du matin, même s'il avait toujours eu ses courants d'air.

Pendant des années, l'hiver se passait avec des boudins de porte et des plaids sur le canapé. Les vieilles fenêtres en bois laissaient filer le vent dès que la météo tournait à l'ouest, et la facture de chauffage grimpait chaque année. Nadine plaisantait souvent en disant qu'ils chauffaient la rue. Alors au printemps dernier, après avoir comparé trois devis, ils ont fait poser des fenêtres en PVC à double vitrage dans toutes les pièces. Le chantier a duré deux jours, propre et rapide.

Le changement s'est senti tout de suite, et c'était une vraie satisfaction. Plus de sifflement les soirs de tempête, plus de bruit des voitures sur le boulevard, une chambre enfin silencieuse. Thierry passait parfois la main le long des joints, presque fier, comme on vérifie un travail bien fait. Il disait à qui voulait l'entendre que c'était le meilleur investissement de leur vie. Dans la cuisine et la salle de bains, une petite VMC tournait toujours, discrète, comme elle l'avait toujours fait depuis la rénovation de l'immeuble.

Trois petites grilles blanches qui laissaient passer le froid

Au début d'octobre, les premières nuits fraîches sont arrivées sur la Normandie. Thierry, assis dans son fauteuil près de la fenêtre du salon, a senti un filet d'air sur sa nuque. Il a cherché d'où cela venait et a trouvé, en haut du dormant, une petite grille blanche en plastique. Il y en avait une sur chaque fenêtre neuve, sauf dans la cuisine et la salle de bains. Pour lui, c'était une évidence : on avait payé cher pour bloquer le froid, pas pour le laisser entrer.

Il a appelé son beau-frère, bricoleur du dimanche, qui lui a confirmé que beaucoup de gens les bouchaient. Le samedi suivant, Thierry est allé au magasin de bricolage acheter un rouleau d'adhésif d'isolation gris. Il a collé soigneusement une bande sur chacune des grilles, dans le salon, leur chambre et l'ancienne chambre du fils. Le travail lui a pris vingt minutes, debout sur un tabouret, avec Nadine qui tenait le rouleau. Le soir même, il a baissé le thermostat d'un degré, content de lui.

Soyons honnêtes, on aurait sans doute tous fait pareil, avec les prix de l'énergie qui ne cessent d'augmenter. Personne ne leur avait vraiment expliqué à quoi servaient ces grilles le jour de la pose. Le poseur avait parlé de garanties, de joints et de vitrage, mais pas de circulation d'air. Nadine avait juste demandé si c'était obligatoire, et il avait répondu que c'était la norme, sans plus de détails. Dans leur esprit, c'était une sorte de défaut toléré, un compromis dont on pouvait se passer.

« Le poseur nous a parlé de vitrage et de garanties, mais jamais de ces petites grilles en haut. »

De la buée chaque matin, et une odeur de cave

Les premières semaines ont semblé leur donner raison, car l'appartement restait tiède même la nuit. Puis Nadine a remarqué que les vitres de la chambre ruisselaient chaque matin au réveil. De grosses gouttes coulaient jusqu'au rebord, formant de petites flaques sur l'appui en PVC. Elle les essuyait avec une éponge avant de partir travailler, en se disant que c'était l'automne. Après tout, leurs anciennes fenêtres faisaient parfois de la buée aussi, même si c'était beaucoup plus rare qu'aujourd'hui.

Ensuite, il y a eu l'odeur, discrète au début, presque imperceptible quand on entrait dans la pièce. Une odeur de linge resté trop longtemps dans la machine, ou de cave humide, selon les jours. Nadine a changé les draps, aéré la couette sur le balcon, rangé le panier à linge ailleurs. Le linge qui séchait sur l'étendoir de l'ancienne chambre mettait maintenant deux jours à sécher au lieu d'un. Thierry trouvait que c'était le temps, cette pluie fine et continue qui ne s'arrêtait jamais.

Ça m'a paru bizarre, mais je me suis dit que c'était la saison, que tout le monde avait ça, racontera plus tard Nadine. Personne n'a fait le lien avec les bandes grises collées en haut des fenêtres. Elles étaient là, invisibles à force d'être vues, comme tous ces petits détails qu'on ne regarde plus. Et derrière l'armoire, que personne ne déplaçait jamais, quelque chose se préparait silencieusement depuis plusieurs semaines déjà, dans l'angle le plus froid de la chambre.

Le voisin du dessus, l'eau de Javel et le peintre

Le matin où Thierry a découvert les taches, il a d'abord cru à une fuite venant de l'étage supérieur. Le mur concerné donnait sur l'extérieur, au nord, et l'angle était presque entièrement noir. Les taches remontaient en petits points serrés jusqu'à hauteur de poitrine, et le dos de l'armoire était moisi aussi. Il est monté sonner chez le voisin du dessus, un jeune homme encore en pyjama, qui l'a laissé regarder sous l'évier et autour de la baignoire. Tout était parfaitement sec.

De retour chez lui, Thierry a mis des gants de ménage et frotté le mur à l'eau de Javel diluée. Les taches ont pâli, puis elles sont revenues dix jours plus tard, plus étendues qu'avant. Nadine a acheté un absorbeur d'humidité en grains, ces petits bacs vendus en supermarché. En une semaine, il était plein d'eau. Ils en ont mis un deuxième, puis un troisième dans le salon, sans que la buée du matin ne diminue vraiment.

Un artisan peintre du quartier est passé un samedi pour faire un devis de peinture anti-moisissure. Il a regardé le mur, touché le plâtre froid, puis levé les yeux vers la fenêtre sans rien dire. Je peux vous repeindre, mais ça reviendra, a-t-il fini par lâcher en rangeant son mètre. Il leur a conseillé de faire venir quelqu'un qui connaissait la ventilation avant de dépenser quoi que ce soit en peinture. Thierry a eu l'impression désagréable de passer à côté de l'essentiel.

« Je croyais que l'eau venait du voisin, en fait c'était nous, notre respiration, nos douches, notre linge. »

Ce n'était pas une fuite, c'était leur propre respiration

Un technicien en ventilation est venu un mercredi après-midi, une petite mallette noire à la main. Il a d'abord mesuré l'humidité dans la chambre, puis posé une feuille de papier sous la bouche d'extraction de la salle de bains. La feuille tenait à peine, alors qu'elle aurait dû rester collée. Puis il a vu les bandes grises sur les grilles des fenêtres et a souri, un peu las. Il a expliqué qu'il voyait cette situation plusieurs fois par mois, chaque hiver.

Une VMC, a-t-il dit, ne fonctionne qu'avec de l'air qui entre quelque part. L'air neuf arrive par les entrées des fenêtres des pièces de vie, traverse l'appartement, puis ressort par la cuisine et la salle de bains. En bouchant les grilles, Thierry avait coupé le circuit. Les anciennes fenêtres laissaient passer l'air partout, les nouvelles étaient étanches, et il ne restait plus aucune arrivée. La VMC tournait dans le vide, et l'appartement était devenu une boîte fermée.

Or une famille produit chaque jour de l'eau sous forme de vapeur, simplement en vivant. La respiration pendant la nuit, les douches, la cuisine, le linge qui sèche : tout cela charge l'air d'humidité. Sans renouvellement, cette vapeur cherche la surface la plus froide pour se déposer. Chez eux, c'était l'angle nord de la chambre, caché derrière l'armoire, où l'air ne circulait jamais. L'eau s'y condensait chaque nuit, et la moisissure n'avait plus qu'à pousser tranquillement sur le plâtre.

Arracher l'adhésif, déplacer l'armoire, et surveiller l'hiver

Le soir même, Thierry est monté sur son tabouret et a arraché les bandes grises une à une. Il a nettoyé les grilles encrassées avec un vieux pinceau, puis vérifié que les petits volets bougeaient librement. Le technicien a aussi démonté et nettoyé les bouches d'extraction, couvertes de poussière grasse. Il a facturé cent vingt euros pour le déplacement et l'entretien. Le mur, lui, a dû être traité puis repeint, et l'armoire, trop abîmée au dos, a fini à la déchetterie.

Au total, entre l'armoire, le traitement du mur et la peinture, l'économie de chauffage espérée leur a coûté près de neuf cents euros. Thierry en parle aujourd'hui sans amertume, avec une forme d'humour un peu gêné. J'ai voulu gagner un degré, j'ai perdu une armoire et un mois de tranquillité, résume-t-il. La buée du matin a presque disparu en une semaine, et les absorbeurs restent secs. Le nouveau meuble est posé à dix centimètres du mur, pour laisser l'air circuler.

Le couple a aussi changé quelques habitudes, sans se compliquer la vie. Nadine aère dix minutes chaque matin, fenêtres grandes ouvertes, même quand il pleut. Le linge sèche désormais dans la salle de bains, porte fermée, là où l'air est aspiré dehors. Thierry a acheté un petit hygromètre à quinze euros, posé sur la commode, qu'il consulte comme un baromètre. Et quand un ami se plaint du froid près de ses fenêtres neuves, il lui raconte toute l'histoire, depuis la chaussette tombée derrière l'armoire.

« Je peux vous repeindre si vous voulez, mais tant que l'air ne circule pas, ça reviendra. »

  • Ne jamais boucher les entrées d'air des fenêtres des chambres et du salon, même en hiver.
  • Vérifier avec une feuille de papier que les bouches d'extraction de la VMC aspirent bien.
  • Nettoyer grilles d'entrée d'air et bouches d'extraction au moins une fois par an.
  • Laisser quelques centimètres entre les meubles et les murs donnant sur l'extérieur.
  • Aérer dix minutes par jour et faire sécher le linge dans une pièce ventilée.
  • Surveiller l'humidité avec un hygromètre, et s'inquiéter si la buée revient chaque matin.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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