Elle se colore les cheveux depuis vingt ans à Bordeaux : la nouvelle coiffeuse refuse de commencer sans une touche derrière l’oreille

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Le sèche-cheveux ronronnait au fond du salon, rue Notre-Dame, et l'odeur de laque flottait au-dessus des fauteuils noirs. Il était dix heures passées de quelques minutes, un mardi de mars. Sylvie avait posé son sac sur ses genoux et attendait sa couleur. La jeune coiffeuse, elle, tenait un simple coton-tige à la main et lui demandait de dégager son oreille.

Vingt ans de la même couleur, sans jamais y penser

Sylvie a cinquante-quatre ans et travaille comme secrétaire médicale dans un cabinet de Caudéran. Depuis vingt ans, elle se colore les cheveux en châtain cuivré, toutes les cinq ou six semaines, avec une régularité de métronome. Les premiers cheveux blancs sont arrivés tôt, vers trente-trois ans, et elle n'a jamais eu envie de les laisser gagner. Pour elle, la couleur fait partie de la maison, comme le café du matin ou la promenade du dimanche au bord de la Garonne.

Pendant presque tout ce temps, elle est allée chez la même coiffeuse, Monique, dans un petit salon du quartier Saint-Augustin. Monique connaissait sa nuance par cœur et mélangeait les tubes sans même regarder la fiche. Les rendez-vous duraient deux heures, avec les potins du quartier, les vacances des enfants et parfois un thé à la menthe. Sylvie n'avait jamais eu la moindre rougeur, pas même une démangeaison. Elle répétait volontiers à ses collègues qu'elle avait le cuir chevelu le plus solide de Bordeaux.

Entre deux passages au salon, il lui arrivait aussi de faire ses racines elle-même, avec une boîte achetée au supermarché. Elle étalait la crème au-dessus du lavabo, posait une serviette sur ses épaules et lançait un minuteur sur son téléphone. La notice, pliée en accordéon au fond de la boîte, finissait le plus souvent à la poubelle sans avoir été dépliée. On connaît tous ça : quand un geste a été répété des centaines de fois, on ne lit plus les instructions, on les devine.

Quand Monique prend sa retraite, Sylvie cherche un nouveau salon

À l'automne dernier, Monique a annoncé qu'elle fermait boutique pour partir vivre près d'Arcachon avec son mari. Sylvie a d'abord ressenti une forme de vertige, comme lorsqu'on perd un médecin de famille qui vous suit depuis toujours. Pendant quelques mois, elle a bricolé seule, avec ses boîtes de supermarché, en attendant de trouver une adresse sérieuse. Mais les reflets viraient au roux trop vif, et sa fille lui a fait remarquer gentiment que ça se voyait un peu.

Une collègue du cabinet lui a alors recommandé un salon ouvert récemment près des Chartrons, tenu par une jeune femme formée à Paris. Les avis en ligne étaient excellents, les photos montraient des colorations nettes, des balayages lumineux, des clientes souriantes. Sylvie a appelé un vendredi après-midi et obtenu un rendez-vous pour le mardi suivant, en fin de matinée. Au téléphone, personne ne lui a parlé d'un quelconque test, ou alors elle n'a pas fait attention à la phrase rapide.

Elle est donc arrivée ce mardi-là avec ses habitudes intactes et une idée très claire de ce qu'elle voulait. Châtain cuivré, comme toujours, peut-être un peu plus doux pour le printemps. Elle avait même pris une photo de ses anciennes couleurs pour montrer la nuance exacte. Dans son esprit, la séance serait une formalité, une simple reprise de ce que Monique faisait depuis deux décennies. Elle avait prévu de repartir vers midi et demi pour déjeuner avec une amie place du Parlement.

« Je me colore depuis vingt ans, je n'ai jamais rien eu, alors franchement, votre coton-tige, je trouvais ça vexant. »

Un coton-tige, une touche de crème et deux jours d'attente

La coiffeuse s'appelle Inès, elle a vingt-neuf ans et parle doucement, avec un léger accent du Sud-Ouest. Elle a écouté Sylvie, regardé la photo, touché les longueurs, puis elle a sorti un petit pot et un coton-tige. Elle a expliqué qu'avant toute coloration d'oxydation, elle faisait un test derrière l'oreille. Il fallait ensuite attendre quarante-huit heures avant de poser la couleur. Sylvie a cru à une plaisanterie, puis à une maladresse de débutante soucieuse de bien faire.

Je me colore depuis vingt ans, je n'ai jamais rien eu, a-t-elle répondu en riant un peu trop fort. Inès n'a pas cédé, sans hausser le ton. Elle a montré la notice du fabricant, où l'on voyait en toutes lettres la consigne du test préalable, à refaire avant chaque application. Elle a ajouté que l'ancienneté ne protégeait de rien, et qu'elle préférait perdre une cliente plutôt que de prendre ce risque-là. Sylvie a senti monter une irritation sourde, un mélange de vexation et d'impatience.

Finalement, elle a accepté, surtout pour ne pas avoir fait le déplacement pour rien. Inès a déposé une petite touche de mélange derrière son oreille gauche, sur la peau fine près de la racine des cheveux. Elle lui a demandé de ne pas laver la zone et de surveiller tout changement, rougeur, gonflement ou démangeaison. Le rendez-vous a été repoussé au jeudi. Sur le trottoir, Sylvie a envoyé un message agacé à sa collègue : ta coiffeuse est charmante mais elle me fait perdre mon temps.

Le mercredi soir, la peau commence à chauffer derrière l'oreille

Le mardi s'est déroulé sans rien de particulier, et Sylvie a même oublié la touche de crème en regardant la télévision. Le lendemain matin, au cabinet, elle a ressenti une petite gêne en ajustant ses lunettes. Elle a mis ça sur le compte de la branche, un peu serrée depuis qu'elle les avait fait réparer. Soyons honnêtes, personne ne s'inquiète d'une démangeaison derrière l'oreille un mercredi matin, entre deux appels de patients et une imprimante bloquée.

Mais en fin d'après-midi, la sensation a changé de nature. La peau chauffait, tirait légèrement, et en passant le doigt, Sylvie a senti un relief qu'elle ne connaissait pas. Chez elle, devant le miroir de la salle de bains, elle a relevé ses cheveux avec une pince. Une plaque rouge, de la taille d'une pièce de deux euros, s'étalait exactement à l'endroit du test. Son mari, Patrick, est venu voir et a simplement dit : ah oui, quand même, c'est bien rouge.

Elle a d'abord pensé à une coïncidence, une piqûre d'insecte, un frottement, une réaction à son nouveau savon. Elle a essayé de se rassurer en relisant les avis du salon, comme si une autre cliente avait pu raconter la même chose. Puis elle a appelé Inès, qui a répondu malgré l'heure tardive. La coiffeuse lui a conseillé de rincer doucement la zone à l'eau claire et d'en parler à un médecin ou à un pharmacien. Surtout, il n'y aurait pas de coloration le jeudi.

« Je préfère perdre une cliente pendant deux jours que de la voir revenir avec le visage gonflé. »

Ce n'était ni le savon, ni les lunettes, ni le hasard

Le jeudi matin, Sylvie a montré son oreille à l'un des médecins du cabinet, entre deux consultations. Il a regardé, posé quelques questions, et lui a dit que, dans son cas à elle, cela ressemblait fort à une réaction au produit testé. Il lui a recommandé de consulter un allergologue pour en avoir le cœur net. Il a précisé qu'une sensibilité pouvait se construire au fil des contacts répétés, même après des années sans le moindre souci. Sylvie est restée silencieuse un long moment.

Ce qu'elle découvrait, c'est que les colorations d'oxydation contiennent des substances capables de provoquer des réactions chez certaines personnes. Les fabricants imposent pour cette raison un test d'allergie quarante-huit heures avant chaque application, et pas seulement la première fois. La consigne figure sur les notices, celles qu'elle jetait sans les lire depuis tant d'années. Monique ne lui en avait jamais parlé, peut-être par habitude, peut-être parce que rien ne s'était jamais produit entre elles deux.

Plus tard, l'allergologue lui a expliqué, à propos de son propre dossier, que la tolérance d'hier ne garantissait rien pour demain. Sylvie a repensé à toutes ces racines faites seule, au-dessus du lavabo, avec la crème appliquée directement sur tout le cuir chevelu. Elle a imaginé la même plaque rouge, mais sur la tête entière, le visage, les paupières. Elle a rappelé Inès pour la remercier, un peu gênée. Vous m'avez peut-être évité un sale moment, lui a-t-elle dit simplement.

Ce qui a changé dans la salle de bains de Sylvie

Aujourd'hui, Sylvie n'utilise plus la coloration qu'elle portait depuis vingt ans. Avec l'aide de son allergologue et d'Inès, elle a choisi une autre solution, adaptée à sa situation à elle, et elle refait le test systématiquement. Elle a accepté quelques reflets plus discrets, et même, à sa grande surprise, quelques fils blancs sur les tempes. Cela lui a coûté une consultation, quelques semaines d'hésitation et un peu d'orgueil. Elle estime que c'était un prix modeste au regard de ce qui aurait pu arriver.

Dans son armoire de toilette, les boîtes de supermarché ont disparu. Quand sa fille a voulu se faire des mèches pour un mariage, Sylvie lui a tendu la notice avant même le tube. Elle a raconté son histoire à ses collègues du cabinet, qui ont souri, puis plusieurs ont avoué ne jamais avoir fait ce test. Une d'entre elles a vérifié le soir même sa propre boîte, rangée sous l'évier, et découvert la consigne imprimée en petits caractères sur le côté.

Inès, de son côté, n'a pas changé sa façon de travailler et ne compte pas le faire. Elle refuse toujours de poser une coloration d'oxydation sans test préalable, même aux clientes fidèles, même pressées, même mécontentes. Certaines partent en claquant la porte, d'autres reviennent deux jours plus tard. Sylvie, elle, revient toutes les six semaines, avec un rendez-vous de test calé la veille de l'avant-veille. Elle dit en riant que c'est devenu son petit rituel, comme autrefois le thé chez Monique.

« Quand j'ai relevé mes cheveux devant le miroir, la plaque était pile à l'endroit où elle avait mis la crème. »

  • Faire le test derrière l'oreille ou au pli du coude 48 heures avant chaque coloration d'oxydation, même après des années sans souci.
  • Lire la notice du fabricant à chaque nouvelle boîte, la composition et les consignes pouvant changer.
  • Surveiller la zone testée : rougeur, gonflement, démangeaison ou brûlure signifient qu'il ne faut pas appliquer le produit.
  • En cas de réaction, rincer à l'eau claire et demander l'avis d'un pharmacien ou d'un médecin.
  • Prévenir son coiffeur de toute réaction passée, même légère, pour qu'il adapte la prestation.
  • Accepter qu'un salon reporte la couleur : c'est le respect d'une consigne de sécurité, pas un excès de zèle.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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