Elle coupe le chauffage de sa maison du Morvan pour trois semaines : au retour, l’assureur refuse de payer le dégât des eaux

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Dans la cuisine, le compteur électrique a cliqué une dernière fois, puis plus rien. Il était sept heures, ce 4 janvier, et le givre dessinait des fougères sur la vitre au-dessus de l'évier. Monique, 68 ans, a refermé le tableau, enfilé son manteau, tiré la valise jusqu'à la porte. Trois semaines à Lyon chez sa fille, et la maison du Morvan dormirait au froid.

Une maison de pierre au bout du chemin, depuis quarante ans

Monique habite une longère de granit à la sortie d'un hameau, entre Château-Chinon et le lac de Pannecière. Elle y est arrivée en 1984 avec Bernard, son mari, quand il a pris un poste au centre de tri. Bernard est mort il y a six ans, et elle est restée, parce que c'est là que sont ses habitudes. Il y a le potager derrière, la Clio grise sous l'appentis, les voisins qui passent prendre des nouvelles le jeudi.

L'hiver, dans le Morvan, on le connaît tous ça, ne plaisante pas. Les nuits descendent souvent sous moins dix, et le brouillard reste accroché aux sapins jusqu'à midi. Monique chauffe avec des radiateurs électriques et un poêle à bois qu'elle allume le soir dans la salle. Elle surveille sa facture d'électricité comme le lait sur le feu, depuis que les prix ont grimpé et que sa pension de secrétaire médicale n'a pas suivi.

Sa fille, Claire, vit à Lyon dans le septième arrondissement avec son mari et deux garçons de neuf et douze ans. Chaque année, elle insiste pour que sa mère monte passer quelques semaines au chaud. Cette fois, Monique a dit oui, pour trois semaines entières, jusqu'à la fin janvier. Elle était contente, un peu fébrile aussi, comme toujours avant de quitter la maison. Elle a vidé le frigo, débranché la télévision, laissé une clé à Gérard, le voisin d'en face.

Couper le chauffage paraissait la décision la plus raisonnable

La veille du départ, Monique a fait ses comptes sur un coin de nappe. Chauffer une maison vide pendant trois semaines de janvier, même au minimum, cela représentait plusieurs dizaines d'euros d'électricité. Pour qui, au fond, puisque personne ne dormirait dans les chambres et que le poêle resterait éteint. Bernard avait toujours dit qu'une maison en pierre gardait sa chaleur. Elle s'est souvenue de cette phrase, et elle a tranché sans vraiment hésiter longtemps.

Elle a donc baissé le disjoncteur des radiateurs, en laissant seulement le circuit du congélateur, presque vide de toute façon. Elle a fermé les volets, calfeutré le bas de la porte d'entrée avec un vieux boudin en velours. Elle n'a pas coupé l'arrivée d'eau, parce que Gérard devait arroser les plantes vertes de la véranda. Et elle n'a pas vidé les tuyaux, parce que l'idée ne lui est tout simplement pas venue à l'esprit ce matin-là.

Au téléphone, Claire lui avait demandé si tout était prêt pour la maison. Monique avait répondu qu'elle avait tout coupé, qu'elle ferait des économies, et qu'il ne pouvait rien arriver à une maison qui avait vu passer tant d'hivers. Elle était fière, soyons honnêtes, d'avoir pensé à la facture. Dans le TER puis le TGV vers Lyon, elle a regardé défiler les champs blancs en se disant que, pour une fois, elle avait été prévoyante.

« Je croyais faire des économies, et en fait j'ai juste perdu mon assurance pour quelques dizaines d'euros. »

Un message du voisin sur une tache dans la véranda

La deuxième semaine, une vague de froid s'est installée sur le centre de la France. À Lyon, on parlait de moins cinq au petit matin, et Monique a pensé vaguement à ses hortensias. Dans le Morvan, d'après la météo locale que sa fille consultait par curiosité, les thermomètres affichaient moins quatorze sur les hauteurs. Monique a haussé les épaules. La maison avait connu pire, disait-elle aux garçons qui lui demandaient si elle avait froid pour elle.

Le jeudi suivant, Gérard a envoyé un message court, comme il en a l'habitude. Il était passé arroser, tout allait bien, sauf une petite auréole sombre au plafond de la véranda, près de la cloison de la salle de bains. Il précisait que ce n'était sûrement rien, peut-être de la condensation avec le froid. Monique a lu le message à table, entre le fromage et le dessert, et elle l'a mis de côté.

Elle aurait pu demander à Gérard d'ouvrir la salle de bains, de regarder sous l'évier. Elle ne l'a pas fait, pour ne pas le déranger, et parce qu'une tache au plafond lui semblait une affaire de printemps. Le lendemain, elle a même répondu qu'on verrait au retour. Plus tard, elle répétera cette phrase avec un petit rire amer. Sur le moment, c'était une réponse sensée, celle d'une femme qui ne voulait pas gâcher ses vacances.

Le dégel, l'eau partout et les premiers coups de téléphone

Monique est rentrée le 26 janvier, un jour de redoux, avec de la pluie fine sur les talus. En poussant la porte, elle a d'abord senti l'odeur, une odeur de cave mouillée qui n'avait rien à faire dans sa cuisine. Puis elle a entendu un bruit continu, un chuintement derrière la cloison. Dans la salle de bains, l'eau coulait le long du mur depuis le plafond, et le parquet de la chambre voisine avait gondolé.

Elle a couru fermer la vanne au compteur, dehors, les mains tremblantes sur la clé gelée. Ensuite elle a appelé Gérard, qui est arrivé en bottes avec des serpillières et un seau. Puis elle a téléphoné à Claire, qui lui a dit de tout photographier avant de toucher à quoi que ce soit. Monique a photographié le plafond affaissé, le placo gonflé, les cartons de photos de Bernard qui baignaient au fond du placard.

Le plombier, un jeune de Montsauche, n'a pu venir que le surlendemain. Il a trouvé une canalisation en cuivre fendue sur vingt centimètres, dans le doublage du mur nord, là où il n'y a aucun isolant. Il a dit à Monique, sans méchanceté, que le tuyau avait gelé, gonflé, éclaté, puis qu'il s'était mis à fuir dès le dégel. Elle a déclaré le sinistre le soir même, sur le site de son assureur, en joignant ses photos.

« Bernard disait toujours qu'une maison en pierre garde sa chaleur, eh bien elle ne l'a pas gardée. »

Ce n'était pas une fuite, c'était le gel dans une maison froide

L'expert est venu dix jours plus tard, un homme poli avec une tablette et un humidimètre. Il a mesuré les murs, posé beaucoup de questions sur les dates et sur le chauffage. Monique a répondu franchement qu'elle avait tout coupé pour trois semaines. Il a hoché la tête et noté. Trois semaines après, une lettre est arrivée : l'assureur refusait la prise en charge du dégât des eaux, en citant un article précis de ses conditions générales.

Monique a ressorti le contrat multirisque habitation qu'elle n'avait jamais vraiment lu. Dans la partie consacrée aux dégâts des eaux, il y avait une clause sur le gel des canalisations. Elle était couverte, à condition que l'assuré, en cas d'absence prolongée en période de froid, ait vidangé les installations ou maintenu un chauffage suffisant. Elle n'avait fait ni l'un ni l'autre. Ce n'était donc pas, aux yeux de l'assureur, un accident, mais un défaut de précaution.

Claire a appelé le service client, puis écrit au service réclamations, en espérant un geste. On lui a répondu poliment que la clause était claire et qu'elle figurait dans de nombreux contrats du marché. Monique, elle, a compris autre chose, assise dans sa cuisine qui sentait encore l'humidité. La maison en pierre n'avait pas gardé sa chaleur. Ce qu'elle avait pris pour une économie lui avait coûté sa garantie, simplement parce qu'elle n'avait jamais lu cette ligne.

Huit mille euros de travaux et une nouvelle routine avant chaque départ

Les devis sont tombés au printemps. Il fallait refaire le plafond de la salle de bains, une cloison, le parquet de la chambre, et remplacer la canalisation. Le total dépassait huit mille euros, sans compter les cartons de photos perdus, qui n'ont pas de prix. Monique a puisé dans son livret, Claire a aidé un peu. Les économies d'électricité de janvier, quelques dizaines d'euros, lui font aujourd'hui l'effet d'une plaisanterie qu'elle ne raconte plus.

Depuis, elle a pris des habitudes qu'elle détaille à qui veut l'entendre, au marché ou chez le coiffeur. Avant de partir en hiver, elle laisse les radiateurs en mode hors-gel, autour de huit degrés, et elle demande à Gérard de vérifier. Le plombier lui a aussi montré comment fermer l'arrivée générale et ouvrir les robinets pour vider le circuit. Elle a collé la procédure, écrite au feutre, à l'intérieur de la porte du placard sous l'escalier.

Monique ne prétend pas savoir ce que disent tous les contrats, elle sait seulement ce que disait le sien. Mais elle a constaté, en en parlant autour d'elle, que plusieurs voisines avaient la même clause sans le savoir. Cet hiver, elle repartira à Lyon, en février cette fois. Elle laissera la maison tiède, le compteur d'eau fermé, et une copie de son contrat sur la table. Et elle lira, avant de partir, les pages qu'elle sautait toujours.

« Une tache au plafond, je me suis dit qu'on verrait au retour, je m'en veux encore. »

  • Relire la clause gel des canalisations de son contrat multirisque habitation avant de partir en hiver.
  • Laisser le chauffage en mode hors-gel pendant toute absence prolongée par temps froid.
  • À défaut, fermer l'arrivée d'eau générale et vidanger les canalisations en ouvrant les robinets.
  • Confier une clé à un voisin et lui demander de signaler toute tache ou odeur d'humidité.
  • Repérer les tuyaux qui passent dans des murs ou pièces non isolés et les protéger.
  • En cas de sinistre, photographier les dégâts et déclarer rapidement à l'assureur.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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