Il fait ramoner sa cheminée chaque automne depuis vingt ans près d’Aurillac : après un feu de conduit, l’assureur lui réclame un second certificat

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Il était un peu plus de vingt-deux heures, ce mardi de janvier, dans la maison de Bernard à Ytrac. Le chat dormait sur l'accoudoir, la télévision murmurait un documentaire sur les volcans. Puis il y a eu ce bruit, un grondement sourd, comme un camion qui passerait dans le mur. Bernard a posé sa tasse de tilleul et regardé le poêle.

Vingt hivers de bûches de hêtre dans une maison d'Ytrac

Bernard a 67 ans et il a conduit des cars scolaires sur les routes du Cantal pendant trente-quatre ans. Avec Monique, sa femme, il a acheté cette maison en pierre à la sortie d'Ytrac au début des années deux mille. Il y avait alors une vieille cheminée ouverte, qui dévorait le bois et chauffait surtout le plafond. Au bout de trois hivers, ils ont fait poser un insert en fonte, tubé jusqu'au toit, et la maison a enfin changé de visage.

Depuis, le rituel n'a jamais varié. Bernard commande ses six stères de hêtre au printemps, chez un exploitant de la vallée de la Jordanne. Il les empile lui-même sous l'appentis, côté sud, pour qu'ils sèchent tout l'été. En octobre, il rentre une première brouette près du poêle et allume le feu le premier soir vraiment froid. Monique dit que c'est le jour où l'hiver commence officiellement chez eux, avec l'odeur de résine et le cliquetis de la fonte qui chauffe.

Et chaque automne, avant ce premier feu, Gilles passe ramoner. Gilles est artisan à Arpajon-sur-Cère, il connaît la maison presque aussi bien que ses propriétaires. Il arrive vers neuf heures, étend sa bâche, sort ses hérissons et ses tiges, puis remplit son sac de suie noire. Après le café, il tend à Bernard un certificat signé, que celui-ci range dans une pochette verte, au fond du buffet. Vingt certificats d'octobre s'y empilent désormais, tous identiques, tous rassurants pour un homme qui aime les choses bien faites.

Un seul passage du ramoneur, avant le froid, comme toujours

Pour Bernard, le calcul était simple et il le trouvait raisonnable. Le conduit se salit pendant l'hiver, donc on le nettoie avant l'hiver suivant, au moment où l'on va en avoir besoin. Ramoner en plein mois de février, quand le poêle tourne jour et nuit, lui semblait compliqué et un peu absurde. Il aurait fallu laisser le feu s'éteindre, attendre que tout refroidisse, accepter une journée de maison froide. Personne autour de lui ne faisait autrement, et personne ne lui avait jamais dit le contraire.

Son voisin Jean-Paul, ancien agriculteur, ne faisait même pas venir de professionnel. Il grimpait sur son toit avec un hérisson acheté en jardinerie et une corde, chaque année à la Toussaint. Bernard, lui, tenait au certificat, parce qu'il avait entendu dire que l'assurance le demandait en cas de pépin. Il se sentait donc plutôt en avance sur le quartier, presque exemplaire. Soyons honnêtes, il en tirait même une petite fierté, qu'il ne cachait pas lors des apéritifs du dimanche.

Il y avait aussi l'habitude, qui pèse plus lourd qu'on ne le croit. Gilles passait en octobre parce qu'il passait en octobre, voilà tout. Son carnet de rendez-vous était plein à partir de novembre, et les clients du plateau voulaient tous être prêts avant les premières gelées. Bernard n'a jamais lu le contrat d'assurance habitation qu'il a signé il y a douze ans avec une mutuelle d'Aurillac. Il payait, il ne déclarait rien, et la pochette verte au fond du buffet faisait office de bouclier.

« On a eu de la chance ce soir, monsieur, la poutre à côté était déjà chaude. »

Cet hiver-là, le poêle tirait moins bien et fumait au démarrage

Le premier signe est arrivé début décembre, et Bernard l'a rangé dans la catégorie des petits caprices. Au moment d'allumer, un peu de fumée revenait dans le salon quand il ouvrait la porte vitrée. Monique toussait, ouvrait la fenêtre de la cuisine, et le problème disparaissait au bout de quelques minutes. Il a mis ça sur le compte du vent d'ouest, qui rabat parfois les fumées sur les toits d'Ytrac. Les hivers précédents, cela arrivait aussi de temps en temps, sans conséquence.

Il y avait autre chose, plus discret encore. La vitre de l'insert noircissait vite, en deux ou trois jours au lieu d'une semaine. Bernard a soupçonné le bois, livré un peu plus tard que d'habitude au printemps, et donc peut-être moins sec. Il a commencé à laisser les bûches une nuit près du poêle avant de les brûler. Il a aussi pris l'habitude de faire tourner l'appareil au ralenti, la nuit, pour économiser, ce qui encrasse davantage les conduits, il l'a appris plus tard.

Décembre a été rude dans le Cantal, avec des nuits à moins huit degrés et deux épisodes de neige. Le poêle n'a pratiquement jamais été éteint pendant six semaines. Un soir, Monique a remarqué une odeur âcre, différente de l'odeur habituelle du bois. On connaît tous ça, ces petits signaux qu'on enregistre sans les écouter. Elle en a parlé à Bernard, qui a répondu qu'on verrait en octobre avec Gilles, comme chaque année, et la conversation est passée à autre chose.

Le grondement dans le mur et les pompiers sur le toit

Ce mardi de janvier, le grondement a duré quelques secondes avant que Bernard comprenne. Le tuyau émaillé qui sortait de l'insert est devenu rouge sombre, puis la fonte s'est mise à claquer. Monique est descendue en chemise de nuit, a vu des étincelles qui jaillissaient au-dessus du toit par la fenêtre. Bernard a refermé la clé de tirage, fermé l'arrivée d'air, puis composé le 18 en essayant de garder la voix calme. Il a sorti le chat et fait sortir Monique dans le jardin gelé.

Les pompiers d'Aurillac sont arrivés en moins de quinze minutes, gyrophares bleus sur la neige tassée. Ils ont monté une échelle, inspecté le conduit et le grenier, vérifié la chaleur des murs avec une caméra thermique. Le feu de conduit s'est éteint de lui-même, étouffé, sans gagner la charpente. Le chef d'agrès a expliqué à Bernard que c'était la suie et le bistre accumulés qui avaient pris feu. Il a dit, en retirant ses gants : On a eu de la chance ce soir, monsieur, la poutre à côté était déjà chaude.

Personne n'était blessé, et c'était l'essentiel, Bernard le répétait en boucle. Mais le lendemain, les dégâts sont apparus à la lumière du jour. Le tubage était déformé, l'enduit du mur du salon fissuré sur un mètre, la peinture cloquée, et une partie du plafond noircie. Une tuile avait éclaté sur le toit. Le chauffagiste appelé en urgence a parlé d'un tubage à remplacer entièrement et de reprises de plâtrerie. Le premier devis dépassait six mille euros, et Bernard a appelé son assurance le jour même.

« Pour une fois que je suis dans les clous, ils ne vont pas pouvoir me chercher des poux. »

L'expert ouvre la pochette verte et demande le second certificat

Au téléphone, la conseillère a été aimable et rapide. Elle a enregistré le sinistre, donné un numéro de dossier, annoncé le passage d'un expert. Elle a aussi demandé de préparer les justificatifs d'entretien du conduit. Bernard a raccroché presque soulagé, avec sa pochette verte et ses vingt certificats en tête. Il a dit à Monique, en reposant le combiné : Pour une fois que je suis dans les clous, ils ne vont pas pouvoir me chercher des poux.

L'expert est venu trois semaines plus tard, un homme posé qui a pris beaucoup de photos. Il a examiné le certificat d'octobre, l'a trouvé en ordre, puis a demandé le second. Bernard n'a pas compris. L'expert lui a expliqué que, dans de nombreux départements, le règlement sanitaire départemental impose deux ramonages par an pour les conduits de chauffage au bois, dont un pendant la période où l'on chauffe. Selon lui, le contrat de Bernard renvoyait à cette obligation, noir sur blanc, dans les conditions générales.

Bernard a sorti ses lunettes et relu le contrat, pour la première fois depuis douze ans. La clause était bien là, en petits caractères, dans le chapitre consacré à l'incendie. Elle prévoyait que l'indemnité pouvait être réduite si l'entretien obligatoire n'était pas justifié. Ce n'était ni le bois ni le poêle qui posaient problème à l'assureur, mais ce passage manquant au cœur de l'hiver. Gilles, appelé dans la foulée, a reconnu qu'il proposait parfois un second passage, mais que très peu de clients le demandaient.

Ce que Bernard vérifie désormais avant d'allumer le premier feu

Au bout de deux mois d'échanges, l'assureur a proposé une indemnisation amputée d'une partie importante du montant. Bernard a contesté, en faisant valoir vingt ans de ramonages réguliers et l'absence de tout sinistre auparavant. Il a obtenu un léger geste, mais il est resté de sa poche plus de deux mille euros. Il a aussi dû payer un nouveau tubage avant de pouvoir rallumer le poêle, et finir l'hiver avec deux radiateurs électriques. Il dit aujourd'hui : Le plus dur, c'est que je croyais vraiment bien faire.

Désormais, Gilles passe deux fois chez lui, en octobre puis fin janvier, et Bernard laisse le feu s'éteindre la veille au soir. Il garde les deux certificats dans la même pochette, avec la date et la mention du conduit concerné. Il a aussi demandé à son assureur de lui confirmer par écrit ce qu'il exige, plutôt que de se fier aux habitudes. Jean-Paul, le voisin, a fini par appeler un professionnel lui aussi, après avoir vu les pompiers sur le toit d'à côté.

Monique, elle, a gardé une petite habitude née de cette nuit-là. Quand la vitre noircit trop vite ou qu'une odeur inhabituelle traverse le salon, elle le dit tout de suite, et Bernard ne remet plus à plus tard. Pour lui, l'histoire se résume en peu de mots, qu'il répète aux amis qui chauffent au bois. Il leur conseille de lire leur contrat, de chercher le règlement de leur département en mairie ou en préfecture, et de ne pas croire qu'un seul passage suffit forcément.

« Vingt certificats dans le buffet, et c'est celui que je n'avais pas qu'on m'a demandé. »

  • Renseignez-vous en mairie ou en préfecture sur le règlement sanitaire de votre département.
  • Dans beaucoup de départements, deux ramonages par an sont exigés, dont un pendant la saison de chauffe.
  • Conservez chaque certificat de ramonage, daté et signé par un professionnel.
  • Relisez la clause incendie de votre contrat d'habitation et demandez une confirmation écrite.
  • Une vitre qui noircit vite, une fumée qui revient ou une odeur âcre doivent alerter.
  • Évitez de faire tourner le poêle au ralenti toute la nuit, cela encrasse le conduit.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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