Elle lance son lave-vaisselle à 23 h depuis quinze ans à Rouen : sur sa facture d’octobre, la moitié de ses heures creuses tombe en plein après-midi

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Il était 23 h passées, rue Saint-Sever, et la cuisine de Martine sentait encore la soupe de poireaux. Elle a refermé la porte du lave-vaisselle d'un coup de hanche, appuyé sur le bouton, entendu le petit bip familier. Puis l'eau a commencé à couler dans la machine, ce chuintement qu'elle connaît par cœur depuis quinze ans. Sur la table, la facture d'octobre attendait, encore pliée.

Quinze ans de bips à 23 heures, rue Saint-Sever

Martine a 58 ans, elle est aide-soignante dans un Ehpad de la rive gauche, et elle vit seule depuis que sa fille est partie étudier à Caen. Son appartement est un trois-pièces au deuxième étage, chauffé à l'électricité, avec un ballon d'eau chaude qui ronronne dans le placard de l'entrée. Elle y est arrivée en 2010, avec un contrat heures pleines et heures creuses que le précédent locataire lui avait recommandé. Depuis, elle n'a jamais vraiment regardé ses factures autrement qu'au montant final, en bas à droite.

Sa routine tient en quelques gestes répétés chaque soir. Elle rentre vers 21 heures, dîne devant les informations, range la cuisine, puis lance le lave-vaisselle juste avant de se coucher. Le lave-linge, lui, est programmé avec le départ différé, pour qu'il démarre au milieu de la nuit. Le ballon chauffe tout seul, sans qu'elle y pense. Ses heures creuses couraient de 22 h 30 à 6 h 30, huit heures d'affilée, et ce créneau collait parfaitement à sa vie de femme qui travaille.

Elle en tirait même une petite fierté, celle des gens qui font attention sans se priver. Sa voisine du dessus, Odile, 71 ans, lui demandait parfois ses astuces, et Martine expliquait volontiers sa méthode. Tout ce qui consomme beaucoup, disait-elle, se fait quand les autres dorment. On connaît tous ça, ces petites règles domestiques qu'on finit par appliquer sans réfléchir. Pendant quinze ans, la sienne a fonctionné, et ses factures sont restées stables, à quelques euros près, d'un hiver à l'autre.

Le jour où elle a décidé de tout programmer la nuit

Il y a deux ans, quand les prix de l'électricité ont grimpé, Martine est allée plus loin. Elle a acheté un lave-linge neuf avec un départ différé jusqu'à vingt-quatre heures, et un lave-vaisselle doté d'un programme éco très long. Elle a aussi branché une petite prise programmable sur le radiateur soufflant de la salle de bains. L'idée était simple : ne rien faire tourner pendant la journée, quand l'électricité coûte plus cher. Elle avait calculé, sur un coin de carnet, qu'elle gagnait une trentaine d'euros par an.

Son fils, Julien, qui vit au Havre, lui avait même installé une application pour suivre sa consommation sur son téléphone. Elle l'ouvrait rarement, mais elle aimait savoir qu'elle était là. Ce qui comptait, pour elle, c'était le principe des huit heures nocturnes, qu'elle considérait comme acquis. Elle ne se doutait pas qu'un horaire pouvait changer, puisqu'il n'avait jamais bougé depuis son emménagement. Dans son esprit, les heures creuses étaient la nuit, point final, comme le marché du samedi place Saint-Marc.

Elle avait de bonnes raisons de penser ainsi. Les machines faisaient moins de bruit la nuit, pensait-elle, parce que l'immeuble était calme et qu'elle dormait la porte fermée. Les draps étaient secs le matin, étendus avant le café. Le lave-vaisselle était vide à son réveil, prêt pour le petit-déjeuner. Je ne voyais pas pourquoi j'aurais changé quoi que ce soit, dira-t-elle plus tard. Ça marchait, ça me coûtait moins cher, et franchement, je n'avais pas le temps de m'occuper de ces histoires-là.

« Je lançais mon lave-vaisselle à 23 heures depuis quinze ans, je ne me posais même plus la question. »

Une ligne sur la facture qu'elle n'a pas lue

La facture d'octobre est arrivée un mardi, glissée dans la boîte entre une publicité de pizzeria et le bulletin municipal. Martine l'a ouverte d'un geste rapide, a vu le montant, l'a trouvé un peu plus élevé que d'habitude, puis l'a reposée. Elle s'est dit que c'était le froid précoce, les premiers soirs où elle avait allumé les radiateurs. Au verso, pourtant, un paragraphe mentionnait un changement d'horaires des heures creuses. Elle ne l'a pas vu, ou plutôt, elle l'a survolé sans le comprendre.

Soyons honnêtes, peu de gens lisent le verso d'une facture d'électricité. Les lignes sont serrées, les termes techniques, et l'œil saute naturellement au total. Martine a rangé le papier dans sa pochette cartonnée, celle des documents à garder. Quelques jours plus tard, Odile a sonné chez elle pour lui demander si elle avait reçu un courrier bizarre. La vieille dame tenait sa propre facture à la main et ne comprenait pas pourquoi on lui parlait de midi et demi.

Martine a haussé les épaules, un peu amusée. Elle a répondu que c'était sûrement une erreur d'impression, ou une offre commerciale déguisée, comme il en arrive tant. Odile n'avait pas l'air convaincue, mais elle est remontée chez elle sans insister. Ce soir-là, Martine a lancé son lave-vaisselle à 23 heures, comme toujours, avec le même bip et le même chuintement. Elle a regardé par la fenêtre les lumières du pont Guillaume-le-Conquérant, et n'y a plus pensé jusqu'au mois suivant.

Des chiffres qui grimpent pendant qu'elle dort

Début novembre, c'est l'application de Julien qui a déclenché l'alerte. Martine l'a ouverte par hasard, en attendant le bus, et elle a vu un graphique qu'elle ne reconnaissait pas. Les barres de consommation de nuit étaient colorées en rouge foncé, la couleur des heures pleines, et non plus en bleu. Elle a cru à un bug et a fermé l'application. Le lendemain, même chose. Le surlendemain aussi. Elle a appelé son fils depuis la salle de pause, entre deux tournées de soins.

Julien a regardé à distance, puis il a rappelé le soir, perplexe. Selon lui, ses heures creuses ne couvraient plus que quatre heures la nuit, entre 0 h 30 et 4 h 30. Les quatre autres étaient passées en pleine journée, entre 12 h 30 et 16 h 30. Martine a ri d'abord, puis elle s'est tue. À 23 heures, quand son lave-vaisselle démarrait, elle payait donc le tarif plein. Ça ne peut pas être vrai, a-t-elle dit, je ne suis jamais chez moi l'après-midi.

Elle a appelé son fournisseur le lendemain matin, en pianotant longtemps sur les touches du serveur vocal. Une conseillère lui a répondu poliment que le fournisseur n'avait rien changé de son côté. Les horaires dépendaient du gestionnaire du réseau, lui a-t-on expliqué, et il fallait se tourner vers lui. Martine a raccroché, agacée, avec le sentiment d'être renvoyée d'un bureau à l'autre. Elle a ressorti la facture d'octobre de sa pochette cartonnée, et cette fois, elle a lu chaque ligne du verso.

« Quand j'ai vu les barres rouges la nuit, j'ai cru que l'application de mon fils était cassée. »

Ce n'était ni une erreur ni une arnaque

Le paragraphe était bien là, imprimé noir sur blanc. Il annonçait que ses heures creuses changeaient, avec les nouveaux créneaux précisés, et renvoyait à son espace client pour les détails. Martine s'est connectée, a retrouvé son mot de passe après trois essais, et a découvert la même information. Ce n'était ni une panne de compteur ni une manœuvre de son fournisseur. C'était Enedis, le gestionnaire du réseau, qui réorganisait progressivement les plages d'heures creuses dans toute la France, foyer par foyer.

Julien lui a expliqué ce qu'il avait lu en cherchant. Avec l'essor des panneaux solaires, l'électricité est désormais abondante en milieu de journée, surtout aux beaux jours. Le réseau a donc intérêt à ce que les ménages consomment davantage à ces heures-là. Une partie des heures creuses glisse ainsi de la nuit vers l'après-midi, sans que le nombre total d'heures change. Les foyers sont prévenus, par la facture et par le compte client, avant que leurs nouveaux horaires ne s'appliquent.

Martine est restée un long moment devant l'écran, la tasse de café refroidissant à côté du clavier. Elle ne se sentait pas trompée, plutôt bête de ne pas avoir lu. Ils m'avaient prévenue, a-t-elle reconnu au téléphone, c'est moi qui n'ai pas regardé. Ce qui la troublait le plus, c'était l'idée qu'une habitude de quinze ans puisse devenir mauvaise du jour au lendemain. Pour Odile, l'affaire était plus simple, puisque la retraitée était chez elle presque tous les après-midi.

Reprogrammer la cuisine, et regarder sa propre facture

Il a fallu tout réorganiser. Martine a réglé le départ différé du lave-linge pour qu'il démarre à 0 h 30, et non plus à 23 heures. Pour le lave-vaisselle, elle le lance désormais avant de partir travailler, avec un départ décalé vers 12 h 30, les jours où elle est en poste du matin. Le ballon d'eau chaude, lui, est piloté par le compteur, et elle a vérifié qu'il suivait bien les nouveaux créneaux. Elle estime avoir perdu une vingtaine d'euros en deux mois.

Ce n'est pas une fortune, dit-elle, mais c'est l'impression d'avoir payé pour rien qui la dérange. Elle en parle maintenant à ses collègues, dont plusieurs n'avaient pas remarqué le changement. Une infirmière de nuit s'est même réjouie, puisque ses machines tournent désormais pendant qu'elle dort, l'après-midi. Pour d'autres, comme Martine, le nouvel horaire est moins pratique, et demande de l'organisation. Chacun se retrouve face à sa propre situation, avec ses horaires de travail, ses appareils et ses contraintes.

Ce soir, rue Saint-Sever, la cuisine est silencieuse à 23 heures. Le lave-vaisselle attend son tour, chargé, la porte fermée, programmé pour plus tard. Martine a pris l'habitude d'ouvrir sa facture en entier, recto et verso, et de vérifier son espace client une fois par mois. Elle a aussi recopié ses nouveaux horaires sur un post-it collé au réfrigérateur. Odile en a fait autant, de son côté. Avant de regarder chez soi, quelques points méritent d'être vérifiés, calmement, papier en main.

« Ils m'avaient prévenue sur la facture, c'est moi qui n'ai pas pris le temps de lire le verso. »

  • Lire le verso de sa facture : un changement d'heures creuses y est signalé avant son application.
  • Consulter son espace client pour connaître ses créneaux exacts, nuit et journée.
  • Reprogrammer les départs différés du lave-linge et du lave-vaisselle sur les nouveaux horaires.
  • Vérifier que le ballon d'eau chaude suit bien les plages fixées par le compteur.
  • Ajuster les prises programmables et les applications de suivi à ses nouveaux créneaux.
  • Noter ses horaires quelque part de visible pour toute la maison.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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