À 58 ans, ce Brestois se lève à 6 heures depuis trente ans : depuis le 25 octobre, il traîne une fatigue que rien n’explique

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Le radio-réveil s'allume à 6 heures pile, comme chaque matin depuis trente ans, sur une voix qui annonce du crachin sur le Finistère. Yannick pose les pieds sur le carrelage froid de la cuisine, à Brest, et appuie sur le bouton de la bouilloire. Dehors, il fait nuit noire. Ce matin de novembre, pour la première fois, il reste assis sans bouger, la tasse vide entre les mains.

Trente ans de réveils à 6 heures, sans jamais rater

Yannick a cinquante-huit ans et travaille comme technicien de maintenance au port de commerce de Brest. Depuis trente ans, son corps connaît la musique : réveil à 6 heures, café noir, tartine beurrée, et départ en voiture à 6 h 40. Il n'a jamais eu besoin de sonnerie de secours. Ses collègues le surnomment l'horloge, parce qu'il arrive toujours le premier au vestiaire. Il en tire une petite fierté tranquille, celle des gens qui savent se tenir sans effort.

Sa femme, Soizic, est aide-soignante et alterne les horaires. Elle le taquine souvent sur sa régularité de métronome. Le dimanche, quand elle dort jusqu'à neuf heures, lui est déjà revenu de sa balade sur le quai, le journal sous le bras. Ils habitent une maison mitoyenne du quartier de Saint-Marc, avec un petit jardin où il fait pousser des poireaux. La vie est réglée comme du papier à musique, et c'est exactement comme ça qu'il l'aime depuis toujours.

Le changement d'heure, Yannick ne l'a jamais vraiment remarqué. Deux fois par an, il recule ou avance l'horloge du four, celle de la voiture, et c'est réglé en cinq minutes. Il se moque gentiment de ceux qui en parlent comme d'une épreuve. Pour lui, c'est une histoire de citadins qui dorment mal de toute façon. Alors quand la nuit du samedi 25 octobre arrive, il fait comme d'habitude. Il recule les aiguilles, se couche à son heure, et n'y pense plus du tout.

Une bonne idée pour gagner une heure de sommeil

Le dimanche matin, son corps le réveille à ce qu'il croit être 6 heures. Le radio-réveil indique 5 heures. Il reste allongé un moment, puis se lève quand même, un peu agacé. Pas question de traîner au lit, ce n'est pas son genre. La journée lui paraît longue, et vers 21 heures il bâille déjà devant le journal télévisé. Il se dit que c'est normal, que l'organisme a besoin de quelques jours pour s'ajuster au nouvel horaire.

Le lundi, il prend une décision qui lui semble pleine de bon sens. Puisque son corps se réveille une heure trop tôt, il va se coucher une heure plus tôt pour compenser. Au lit à 21 h 30 au lieu de 22 h 30, il pense rattraper ce qu'il perd au réveil. Soizic hausse les épaules. Elle lui dit que ça ne peut pas faire de mal. Il ferme les volets roulants à fond, pour que la lumière du lampadaire ne le dérange pas.

Le matin, il garde ses habitudes de toujours. Il se lève à 6 heures dans le noir, allume la petite lampe de la hotte, boit son café sans ouvrir les volets pour ne pas réveiller Soizic. Il part en voiture alors que le jour ne s'est pas levé. Au port, l'atelier est éclairé par des néons. Il mange sa gamelle à l'intérieur, parce qu'il pleut. Il rentre à 17 h 30, et à cette heure-là, désormais, il fait déjà sombre sur la rade.

« Trente ans que je me lève à 6 heures sans réveil, et là je me traîne comme si je n'avais pas dormi. »

Ce café de 10 heures qui ne fait plus rien

Le premier signe est presque comique. Un mardi, vers 10 heures, Yannick se surprend à prendre un deuxième café à la machine de l'atelier. Il n'en boit jamais plus d'un par jour depuis vingt ans. Un collègue, Erwan, le remarque et lui lance une blague sur l'âge. Yannick rit, mais il sent bien que quelque chose cloche. Ses paupières sont lourdes, comme après une nuit blanche, alors qu'il a dormi plus de huit heures d'affilée.

Les jours suivants, la fatigue s'installe sans prévenir. Elle n'est pas violente, plutôt sourde, comme un brouillard qui ne se lève pas. En début d'après-midi, il a du mal à se concentrer sur les schémas des treuils qu'il doit réviser. Il relit deux fois la même ligne. Le soir, il s'endort encore plus tôt, parfois devant la télévision, et se réveille vers 4 h 30 avec l'impression d'avoir dormi pour rien. Il ne dit rien à personne, par fierté.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe : mettre ça sur le compte de la saison, de la pluie, du travail qui fatigue. Yannick se raconte la même histoire. C'est novembre à Brest, le ciel est bas, tout le monde est un peu ramolli. Il se dit que ça passera avec le week-end. Mais le samedi, il dort jusqu'à 8 heures, ce qui ne lui est jamais arrivé, et se lève avec la même lourdeur dans les bras et dans la tête.

Le médecin, la prise de sang, et toujours rien

Au bout de deux semaines, c'est Soizic qui insiste. Elle voit bien qu'il n'est plus le même, qu'il s'agace pour un rien et qu'il laisse ses poireaux sans les biner. Elle a l'œil de son métier. Elle lui prend rendez-vous chez leur médecin traitant, dans le quartier. Yannick traîne des pieds. Il n'aime pas consulter pour une simple fatigue, il a l'impression de faire perdre son temps à tout le monde. Il finit quand même par y aller, un jeudi soir.

Le médecin l'écoute, prend sa tension, l'ausculte et prescrit une prise de sang pour vérifier le fer, la thyroïde, le reste. Il pose aussi des questions sur le moral, sur le travail, sur l'alcool. Yannick répond à tout, un peu vexé. Il a l'impression qu'on cherche une maladie là où il n'y en a pas. Sur le trajet du retour, il pense à son père, qui avait eu des soucis de cœur au même âge, et il serre le volant.

Les résultats arrivent quatre jours plus tard. Tout est normal, absolument tout. Yannick devrait être soulagé, mais il est presque déçu. Une carence, au moins, aurait donné une explication et un traitement. Il change même de matelas, sur un coup de tête, en se disant que l'ancien avait fait son temps. Rien ne bouge. Il le dit à Soizic un soir, la voix fatiguée : je dors plus que jamais, et je n'ai jamais été aussi crevé de ma vie.

« Je me suis dit qu'en me couchant une heure plus tôt, je rattraperais. Ça m'a paru évident, sur le coup. »

Ce n'était pas le sommeil qui manquait, mais le jour

La réponse vient d'un endroit inattendu. Un dimanche, Yannick croise Gaëlle, une voisine qui travaille comme infirmière dans un service de sommeil à l'hôpital. Elle le trouve gris, lui demande ce qui se passe. Il raconte tout : le changement d'heure, le coucher avancé, les volets fermés, le trajet de nuit, l'atelier sous les néons. Gaëlle sourit doucement. Elle lui dit qu'à son avis, il n'a pas un problème de sommeil. Il a surtout un problème de lumière.

Elle lui explique ce qu'elle voit chez beaucoup de patients à cette période. Selon elle, l'horloge interne se recale chaque jour grâce à la lumière, surtout celle du matin. En reculant l'heure, Yannick a perdu son repère : il se lève et part de nuit, il passe la journée sous des néons, et quand il sort, le jour est déjà tombé. Pour Gaëlle, son corps ne reçoit presque plus le signal qui lui dit que la journée a commencé. Se coucher plus tôt, d'après elle, n'y change rien.

Yannick reste silencieux un moment, sur le trottoir mouillé. Il refait le calcul dans sa tête. Depuis le 25 octobre, il n'a pas vu la lumière du jour en semaine, à part par la fenêtre sale de l'atelier. Le seul jour qu'il croise, c'est le week-end, quand il fait la grasse matinée. Il dit à Gaëlle qu'il a fermé les volets pour mieux dormir. Elle lui répond, en riant : tu t'es enfermé dans le noir pour te reposer, et ton corps a cru que c'était encore la nuit.

Dix minutes sur le quai, chaque matin, avant l'atelier

Yannick décide d'essayer, sans trop y croire. Il retrouve son heure de coucher habituelle, 22 h 30, et cesse de vouloir rattraper. Il ouvre les volets dès qu'il se lève, même s'il fait encore sombre. Surtout, il change de trajet. Il se gare plus loin et marche le long du quai jusqu'à l'atelier, au moment où le ciel commence à blanchir. À midi, il mange dehors sous l'auvent quand la pluie le permet, face à la rade.

Il ne se passe rien le premier jour, ni le deuxième. Au bout d'une semaine, pourtant, le café de 10 heures disparaît sans qu'il y pense. Il ne s'endort plus devant la télévision. Il se réveille de nouveau à 6 heures, sans avoir l'impression de sortir d'un trou. Il l'explique à Erwan à la pause, un peu gêné d'avoir cru à une maladie. Pour lui, l'affaire lui aura coûté un matelas à six cents euros et deux semaines de brouillard.

Ce qu'il retient tient en peu de choses. Selon Gaëlle, chacun réagit différemment, et une fatigue qui dure mérite toujours l'avis d'un médecin, comme il l'a fait. Mais dans son cas à lui, il suffisait de regarder où passait la lumière dans sa journée. Il a même convaincu Soizic de sortir dix minutes après ses nuits de garde. Désormais, chaque matin, il s'arrête sur le quai, regarde les grues se découper sur le ciel, et respire avant de pousser la porte de l'atelier.

« Les analyses étaient parfaites, et franchement, j'aurais presque préféré qu'on me trouve quelque chose. »

  • Noter à quelle heure on voit réellement la lumière du jour, en semaine, depuis le changement d'heure.
  • Ouvrir volets et rideaux dès le lever, même s'il fait encore sombre dehors.
  • Sortir quelques minutes le matin, à pied, quand le ciel commence à s'éclaircir.
  • Garder son heure de coucher habituelle plutôt que de la décaler pour compenser.
  • Profiter de la pause de midi pour passer un moment dehors, même sous un ciel gris.
  • Consulter un médecin si la fatigue persiste malgré ces changements.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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