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Le thermomètre de la terrasse affichait trois degrés, un mardi d'octobre vers dix-neuf heures, dans un village au nord de Besançon. Gérard a froissé deux pages du journal local, posé trois bûches de charme, gratté l'allumette. La flamme a pris d'un coup, avec ce petit souffle familier. Dans la cuisine, Martine a souri en entendant le premier craquement du bois.
Un premier soir de froid dans une maison qui sentait la soupe
Gérard a cinquante-huit ans et travaille depuis trente ans comme technicien dans une entreprise d'horlogerie de la vallée. Avec Martine, il habite une maison des années soixante-dix, achetée en 2004, avec un grand jardin et un vieux noyer. Le poêle à bois trône dans le salon depuis douze ans, posé par un artisan du coin. Chaque automne, son allumage marque pour eux le vrai début de l'hiver, bien plus que la date du calendrier.
Ce soir-là, la soupe de potiron frémissait sur la gazinière et la télévision murmurait le bulletin météo régional. Le présentateur annonçait les premières gelées sur les plateaux du Doubs pour la fin de semaine. Gérard s'est installé dans son fauteuil, les mains tendues vers la vitre du poêle. Il aimait regarder les flammes lécher les bûches, ce moment où le métal commence à tiquer en chauffant doucement.
Le bois, il le coupe lui-même chez un cousin agriculteur, et le laisse sécher deux ans sous l'appentis. Il en est fier, et il a raison de l'être, car son bois brûle bien et laisse peu de cendres. Martine dit souvent que la maison n'a jamais été aussi chaude que depuis l'arrivée du poêle. Ils ne touchent presque plus aux radiateurs électriques, et la facture d'électricité a nettement baissé chaque hiver.
Le ramoneur reporté une fois, puis oublié pour de bon
Le ramonage, Gérard le faisait faire chaque année au début, par un professionnel installé à Baume-les-Dames. Puis l'artisan a pris sa retraite, et trouver quelqu'un d'autre est devenu une petite corvée qu'on repousse. Il y a deux hivers, un rendez-vous a été annulé à cause d'une grippe, et personne n'a rappelé. L'année suivante, le printemps est arrivé vite, et le sujet est sorti de la tête de tout le monde.
Il faut dire que Gérard avait ses raisons, ou du moins il le croyait sincèrement. Son bois était sec, le poêle tirait bien, et il ne voyait jamais de fumée refouler dans la pièce. Il avait même acheté une bûche de ramonage en grande surface, qu'il brûlait une fois par saison. Pour lui, c'était largement suffisant, et il le répétait volontiers à ses beaux-frères pendant les repas de famille.
Je me disais que le conduit était propre, puisque mon bois était parfait, expliquera-t-il plus tard, un peu gêné. Martine, elle, posait parfois la question en passant, sans insister davantage. Soyons honnêtes, on connaît tous ces petites tâches d'entretien que l'on remet à plus tard, parce que rien ne semble urgent. Le poêle chauffait, la maison était confortable, et deux hivers ont ainsi passé sans le moindre incident visible.
« Je me disais que le conduit était propre, puisque mon bois était parfait, alors j'ai laissé filer. »
Un ronflement étrange dans le conduit vers vingt et une heures
Vers vingt et une heures, Gérard a remis deux grosses bûches et poussé l'arrivée d'air pour relancer le feu. Quelques minutes plus tard, un bruit sourd est monté du conduit, comme un ronflement de moteur lointain. Il a d'abord pensé au vent, qui soufflait assez fort depuis la fin d'après-midi sur le village. Il a monté le son de la télévision, et il est retourné à son match de football sans s'inquiéter.
Martine, elle, a remarqué une odeur bizarre, plus âcre que celle du bois habituel, presque chimique. Elle a ouvert la fenêtre de la cuisine en pensant que la soupe avait attaché au fond de la casserole. Dans le salon, le tuyau du poêle était devenu rouge sombre sur une vingtaine de centimètres. Gérard l'a vu, a froncé les sourcils, puis s'est dit que le métal chauffait simplement plus fort ce soir-là.
Tu ne trouves pas que ça ronfle drôlement, a demandé Martine en revenant dans la pièce, un torchon à la main. Il a haussé les épaules, mais il s'est levé pour refermer complètement l'arrivée d'air, par réflexe plus que par crainte. Le bruit a diminué un moment, puis il est reparti de plus belle. C'est à ce moment qu'une lueur orange est apparue au sommet de la cheminée, visible depuis le jardin du voisin.
Les pompiers sur le toit et le voisin en pantoufles
C'est Bernard, le voisin d'en face, qui a sonné le premier, en pantoufles et en robe de chambre. Il avait vu des étincelles jaillir du conduit et une flamme courte danser au-dessus du toit. Gérard est sorti sur la pelouse, a levé la tête, et il a senti ses jambes devenir molles. Martine composait déjà le dix-huit, la voix tremblante, en essayant de donner l'adresse exacte du lotissement.
Les pompiers de Besançon sont arrivés en moins de vingt minutes, gyrophares bleus sur les façades endormies de la rue. Ils ont demandé de ne surtout pas jeter d'eau dans le poêle, puis sont montés sur le toit avec une échelle. Un feu de cheminée, a résumé le chef d'agrès, avec un calme qui contrastait avec l'agitation des voisins. L'intervention a duré près de deux heures, dans le froid et l'odeur de suie mouillée.
Le feu n'a pas atteint la charpente, mais la chaleur a fissuré le boisseau et noirci le plafond du salon. Une partie de l'isolant des combles a roussi autour du conduit, et le papier peint a cloqué. Gérard a passé la nuit assis dans la cuisine, incapable de dormir, à fixer le poêle éteint. Le lendemain matin, il a appelé son assureur pour déclarer le sinistre, persuadé que tout serait vite réglé.
« Tu ne trouves pas que ça ronfle drôlement dans le tuyau ce soir, Gérard ? »
Ce n'était pas le bois, c'était le conduit jamais ramoné
La conseillère au téléphone a été aimable, mais une question est revenue très vite dans la conversation. Elle voulait le certificat de ramonage le plus récent, celui que délivre le professionnel après son passage. Gérard a fouillé le classeur des papiers de la maison pendant une heure, sans rien trouver de récent. Le dernier certificat datait de presque trois ans, avec le tampon de l'artisan désormais retraité de Baume-les-Dames.
L'expert mandaté par l'assurance est venu une semaine plus tard, une lampe frontale vissée sur le crâne. Il a inspecté le conduit et montré à Gérard une épaisse couche de bistre, une suie goudronneuse et brillante. C'est ça qui a pris feu, a-t-il expliqué, pas votre bois ni votre poêle. Même avec un combustible très sec, les dépôts s'accumulent lentement, et la bûche de ramonage ne remplace pas un passage professionnel.
Puis l'expert a évoqué le règlement sanitaire départemental, un texte dont Gérard n'avait jamais entendu parler. Dans le Doubs comme dans beaucoup de départements, il impose un ramonage régulier, souvent deux fois par an, dont une pendant la période de chauffe. Le contrat d'assurance de Gérard reprenait cette obligation dans ses conditions générales. Sans certificat, l'assureur se réservait la possibilité de réduire l'indemnisation, et c'est exactement ce qu'il a annoncé quelques semaines après.
Une facture plus lourde et un rendez-vous noté en rouge
Trois semaines plus tard, le courrier de l'assurance est tombé dans la boîte aux lettres, sous une enveloppe blanche ordinaire. Les dégâts étaient estimés à un peu plus de onze mille euros, entre le conduit, le plafond et l'isolation. L'indemnisation proposée avait été nettement réduite, au motif du défaut d'entretien constaté par l'expert. Gérard et Martine ont dû puiser dans l'argent mis de côté pour changer leur voiture au printemps.
On s'est sentis bêtes, surtout, raconte Martine, parce que ça tenait à un rendez-vous de quatre-vingts euros. Gérard a contacté un ramoneur de Besançon, qui passera désormais deux fois par an, en septembre et en janvier. Il range chaque certificat dans une pochette plastique, agrafée à la première page de son contrat d'assurance. Il a aussi fait poser un nouveau tubage inox, vérifié par un professionnel avant de rallumer le moindre feu.
Le poêle a repris du service en décembre, et la maison a retrouvé son odeur de bois et de soupe. Mais Gérard ne regarde plus les flammes tout à fait de la même façon qu'avant, le soir. Au moindre ronflement, il tend l'oreille vers le conduit. Et quand un beau-frère parle de sa bûche de ramonage, il raconte son histoire en détail, avec le chiffre exact du courrier de l'assurance.
« On s'est sentis bêtes, surtout, parce que tout ça tenait à un rendez-vous de quatre-vingts euros. »
- Consultez le règlement sanitaire de votre département : il fixe souvent deux ramonages par an, dont un en période de chauffe.
- Faites appel à un professionnel qualifié et exigez un certificat de ramonage à chaque passage.
- Conservez tous les certificats avec votre contrat d'assurance habitation.
- Relisez les conditions générales de votre contrat sur l'entretien des appareils de chauffage.
- Une bûche de ramonage ne remplace pas un ramonage mécanique par un professionnel.
- En cas de ronflement ou de tuyau rougeoyant, fermez l'arrivée d'air, n'utilisez pas d'eau et appelez le 18.
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