Ils chargent le camping-car pour la Toussaint en Andalousie : à la frontière, les gendarmes les arrêtent et leur montrent une balance

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Il était six heures et quart, la rue de Villefranche dormait encore sous une brume d'octobre. Gérard refermait la soute arrière du camping-car en poussant du genou, et le loquet a claqué comme un petit coup de fusil. Martine, emmitouflée dans sa polaire, comptait les packs d'eau à voix basse. Devant eux, deux mille kilomètres jusqu'à l'Andalousie, et deux semaines de soleil promises.

Un couple de retraités qui connaît la route par cœur

Gérard a soixante-quatre ans, il a été chauffeur de car scolaire pendant trente ans dans le Beaujolais. Martine, sa femme, a tenu la caisse d'une supérette jusqu'à sa retraite, il y a trois ans maintenant. Depuis, le couple a acheté un camping-car profilé de sept mètres, un modèle d'occasion avec à peine soixante mille kilomètres. Ils l'ont baptisé la Tortue, parce qu'il avance lentement et qu'il emporte toute la maison sur son dos.

Chaque automne, ils fuient la grisaille du Rhône pour descendre vers le sud de l'Espagne. La première année, ils se sont arrêtés à Valence, la deuxième à Murcie, et cette fois ils visaient Almería. Gérard aime conduire tôt, quand les autoroutes sont vides et que le café du thermos est encore brûlant. Martine prépare les itinéraires sur un vieux cahier à spirale, avec les aires de service soulignées au surligneur jaune.

Ils se sentent rodés, soyons honnêtes, presque fiers de leur organisation. Gérard a conduit des engins bien plus lourds toute sa vie, et rien sur la route ne l'impressionne vraiment. Le camping-car se conduit avec le permis B, comme une grosse voiture, et il n'a jamais pensé autrement. Pour lui, une fois les pneus gonflés, les niveaux faits et le gaz vérifié, le reste ne regarde personne. La Tortue avait toujours roulé sans un seul souci.

Cette année, ils décident d'emporter les vélos et beaucoup d'eau

L'an dernier, à Murcie, ils avaient regretté de ne pas avoir de vélos pour longer la côte. Alors cette année, Gérard a fait poser un porte-vélos sur la paroi arrière, et Martine a acheté deux vélos électriques. Chacun pèse vingt-cinq kilos avec sa batterie, mais ils se sont dit que c'était le prix du confort. Ils imaginaient déjà les balades du soir le long des serres, jusqu'aux petites criques désertes.

Il y avait aussi la question de l'eau, qui revenait chaque hiver dans leurs discussions. Dans le coin d'Almería, les bornes de service sont parfois rares et les campings ferment hors saison. Martine a donc proposé de partir le réservoir de cent vingt litres plein, avec en plus douze packs d'eau minérale. Gérard a ajouté deux jerricans de vingt litres dans la soute, juste au cas où, comme il disait.

À cela se sont ajoutés les conserves, le vin du Beaujolais pour offrir aux voisins d'aire, et la machine à pain. Il y avait aussi un groupe électrogène prêté par leur fils, deux bouteilles de gaz et la caisse à outils. On connaît tous ça, ce moment où l'on se dit que tant qu'il reste de la place, on peut charger. Ce matin-là, il n'y avait plus vraiment de place nulle part, mais tout était rangé.

« Trente ans à conduire des cars, et je ne m'étais jamais demandé combien pesait ma propre maison sur roues. »

Sur l'autoroute, la Tortue se met à tanguer étrangement

Les premiers kilomètres se passent bien, la vallée du Rhône défile sous un ciel qui s'éclaircit doucement. Vers Montélimar, pourtant, Gérard remarque que le camping-car penche plus que d'habitude dans les longues courbes. Les rafales de mistral le poussent vers la voie de droite, et il doit corriger sans arrêt avec le volant. Il met ça sur le compte du vent, qui souffle souvent fort dans ce couloir de la vallée.

Au freinage, à l'approche du péage de Nîmes, il sent aussi que le véhicule met plus longtemps à s'arrêter. La pédale lui paraît molle, et l'arrière semble pousser l'avant comme une remorque mal attelée. Martine, elle, s'inquiète surtout de la vaisselle qui tinte dans les placards à chaque nid-de-poule. Elle glisse un torchon entre les assiettes et n'y pense plus, absorbée par son cahier.

Sur une aire près de Narbonne, Gérard fait le tour du véhicule pendant que Martine prépare le café. Il trouve que les pneus arrière ont l'air un peu écrasés, mais la pression est bonne au manomètre. Il trouve aussi que la Tortue est assise plus bas sur ses amortisseurs. Il se gratte la tête, hausse les épaules et remonte au volant. C'est un vieux réflexe de chauffeur : tant que ça roule, on continue.

Au péage du Boulou, un gendarme leur fait signe de sortir

Il est un peu plus de quinze heures quand ils arrivent au péage du Boulou, dernier arrêt avant l'Espagne. Un contrôle est installé sur le côté, avec des gendarmes en gilets jaunes et une camionnette blanche garée en épi. Un agent lève la main et désigne une voie balisée par des plots orange. Gérard pense à un contrôle d'alcoolémie ou de papiers, et il sort déjà la carte grise de la boîte à gants.

Au bout de la voie, il découvre des plaques métalliques posées au sol, reliées par des câbles à un boîtier. Le gendarme lui demande d'avancer doucement et de s'arrêter roue par roue sur les plateaux. Ce sont des balances, explique-t-il calmement, pour vérifier le poids des véhicules qui partent en vacances. Martine regarde Gérard, qui sourit encore. Il n'a jamais imaginé que sa Tortue pouvait être concernée.

Pendant la pesée, un deuxième agent lit les chiffres sur l'écran du boîtier et les note sur une fiche. Gérard tente une plaisanterie sur le vin du Beaujolais, mais personne ne rit vraiment. Il appelle son fils, qui ne répond pas, puis cherche sur son téléphone ce qu'on risque dans ce genre de cas. Martine reste assise, la ceinture encore bouclée, les mains serrées sur son cahier à spirale.

« Je croyais que c'était le vent qui nous poussait dans les virages, en fait c'était nous, tout notre bazar. »

Trois mille huit cent soixante-dix kilos pour une limite de 3 500

Le gendarme revient avec la carte grise à la main et pointe du doigt la case marquée F.2. C'est le poids total autorisé en charge, le PTAC, et il y est inscrit 3 500 kilos. La balance, elle, affiche 3 870 kilos, soit près de quatre cents kilos de trop. Gérard reste un moment silencieux, puis il dit qu'il ne comprend pas, que le camping-car est vendu pour quatre personnes.

Le gendarme lui explique que le poids à vide du constructeur ne compte presque ni l'eau, ni les passagers, ni les bagages. Entre le réservoir plein, les packs, les jerricans, les vélos, le groupe électrogène et eux deux, tout s'est additionné. Ce n'était ni la vitesse ni les papiers, c'était la masse. Gérard murmure qu'avec un permis B, il pensait pouvoir tout charger tant que les portes fermaient.

La sanction tombe : une contravention, et surtout l'interdiction de repartir tant que le véhicule n'est pas revenu sous la limite. Le gendarme précise que l'immobilisation dure jusqu'au déchargement, et que ce n'est pas négociable. Il ajoute que l'essieu arrière dépassait aussi sa charge maximale, ce qui expliquait les freinages longs. Martine comprend alors pourquoi la Tortue tanguait dans le mistral, et elle a un frisson rétrospectif.

Sur le parking, ils vident l'eau et laissent les vélos

Il a fallu décider, sur le bitume du parking, ce qu'on gardait et ce qu'on abandonnait. Gérard a ouvert la vanne du réservoir, et cent vingt litres d'eau ont coulé vers la grille d'évacuation. Les packs ont été offerts à un routier espagnol, les jerricans vidés, le groupe électrogène confié à un dépanneur local. Les vélos sont restés chez un loueur du Boulou, qu'ils récupéreront au retour, moyennant soixante euros.

À la deuxième pesée, la balance affichait 3 460 kilos, et le gendarme leur a rendu la carte grise en souriant enfin. Entre l'amende, le gardiennage et le temps perdu, la Toussaint a commencé avec trois heures de retard. Gérard dit que ce n'est pas l'argent qui l'a marqué, mais l'idée d'avoir roulé huit cents kilomètres avec des freins débordés. Martine a rayé le mot eau de son cahier et écrit à la place : peser avant de partir.

Depuis leur retour, ils passent la Tortue sur une bascule publique avant chaque long voyage, pour quelques euros. Ils remplissent l'eau sur place, en Espagne, et ont troqué les vélos électriques contre des modèles pliants plus légers. Gérard raconte l'histoire à tous les voisins d'aire, un peu honteux, un peu soulagé. Il conseille de commencer par la case F.2 de la carte grise, puis de tout additionner honnêtement, passagers compris.

« Il nous a montré la case F.2 de la carte grise, et là j'ai compris qu'on avait quatre cents kilos de trop. »

  • Repérez la case F.2 de votre carte grise : c'est le PTAC, souvent 3 500 kg pour un permis B.
  • Additionnez poids à vide réel, passagers, eau, gaz, vélos, porte-vélos et bagages.
  • Faites peser le véhicule chargé sur une bascule publique avant un long trajet.
  • Partez avec le réservoir d'eau presque vide et remplissez-le sur place.
  • Vérifiez aussi la charge maximale par essieu, surtout à l'arrière avec un porte-vélos.
  • En cas de surcharge constatée, le véhicule reste immobilisé jusqu'au déchargement.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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