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Il était un peu plus de neuf heures, un mardi de mai, et la pluie tapait doucement sur la véranda. Josiane avait posé la boîte à biscuits en fer sur la toile cirée, à côté de son bol de café. Dedans, six enveloppes kraft, rangées par année. Le chat Pompon dormait sur la chaise d'en face, indifférent au froissement du papier.
Une maison près du Gave et une boîte à biscuits bien rangée
Josiane a soixante-quatorze ans et vit seule depuis huit ans dans une petite maison du quartier du Hédas, à Pau. Ancienne secrétaire dans un cabinet de géomètres, elle touche une retraite modeste qui suffit, à condition de compter. Elle connaît le prix du pain, celui du fioul, et elle sait exactement ce qui reste à la fin du mois. Ses enfants vivent à Bordeaux et à Toulouse, ils appellent le dimanche soir, toujours vers dix-neuf heures.
Sa vraie compagnie, c'est Pompon, un chat roux de onze ans adopté au refuge des environs, un samedi d'automne. Depuis ce jour, Josiane donne. Deux cents euros par an, en deux virements de cent euros, l'un en janvier, l'autre en septembre. Elle ne rate jamais une échéance, même l'année où la chaudière a lâché. Pour elle, c'est une dette de reconnaissance, une manière de dire merci pour ce chat qui ronronne contre ses jambes chaque soir.
Et puis il y a les reçus. Chaque année, le refuge lui envoie un reçu fiscal, un papier officiel avec un tampon, le montant, la date. Josiane les range dans la boîte à biscuits, celle des sablés bretons qu'offrait sa sœur. Elle en est fière, soyons honnêtes. Ces papiers prouvent qu'elle fait sa part, et ils lui donnent le sentiment rassurant que l'État, d'une certaine façon, l'accompagne dans sa générosité.
Ce qu'une voisine lui avait expliqué un jour au marché
L'idée des reçus, Josiane la tenait de Monique, une voisine rencontrée au marché des Halles, entre deux étals de fromages. C'était il y a six ans. Monique lui avait expliqué, avec l'assurance des gens qui ont déjà fait la démarche, que les dons aux associations se déduisaient des impôts. Elle avait même cité un chiffre, soixante-six pour cent, que Josiane avait retenu sans trop savoir à quoi il s'appliquait exactement.
Josiane avait fait le calcul dans sa tête en rentrant, son cabas à la main. Si elle donnait deux cents euros, elle en récupérerait cent trente-deux. Le don ne lui coûterait finalement que soixante-huit euros. Elle avait trouvé l'arrangement formidable, presque trop beau. Cela lui permettait de donner plus sans se priver, et de se dire que l'argent ne quittait pas tout à fait son budget serré de retraitée.
Alors, chaque printemps, elle remplissait sa déclaration de revenus avec application, sur l'ordinateur offert par son fils. Elle cherchait la case des dons, tapait le montant, gardait le reçu au cas où. Monique lui avait dit, en riant : « Garde tout, ma belle, le jour où ils te contrôlent, tu sors ta boîte et tu les regardes de haut. » Josiane avait suivi le conseil à la lettre, comme toujours.
« Garde tout, ma belle, le jour où ils te contrôlent, tu sors ta boîte et tu les regardes de haut. »
Un avis d'imposition où le chiffre attendu n'apparaissait jamais
Le grain de sable, il était là depuis le début, mais Josiane ne l'avait pas vu. Chaque été, elle recevait son avis d'impôt et le parcourait rapidement, comme on lit une ordonnance. En bas de la page, une mention revenait, année après année : impôt sur le revenu net, zéro euro. Elle était non imposable. Elle le savait, d'ailleurs, et elle n'y voyait aucun problème particulier, plutôt un soulagement discret.
Mais elle attendait aussi, sans trop se le formuler, un virement. Les cent trente-deux euros promis par Monique. Elle pensait qu'ils arriveraient un jour sur son compte, comme le remboursement de la mutuelle. Les premières années, elle n'avait rien vérifié. Elle se disait que l'administration était lente, que ça viendrait avec le reste. On connaît tous ça, ces sommes qu'on croit attendues et qu'on finit par oublier.
Ce mardi de mai, pourtant, elle avait décidé de faire les comptes. Sa petite-fille, Clara, venait de lui parler d'un voyage scolaire, et Josiane voulait participer. Elle avait sorti ses relevés bancaires des six dernières années, les avait étalés à côté des reçus. Elle cherchait les virements du Trésor public. Elle a tout repris deux fois, ligne par ligne, avec un crayon. Il n'y en avait aucun.
Le centre des impôts, le refuge et une conversation qui tourne court
D'abord, Josiane a pensé à une erreur. Peut-être avait-elle mal rempli la case, peut-être le refuge avait-il oublié de transmettre quelque chose. Elle a appelé l'association le jour même, vers onze heures. Une bénévole, Sandrine, a vérifié dans le registre : tous les reçus avaient bien été émis, aux bonnes dates, aux bons montants. Rien ne clochait de leur côté. Sandrine, un peu gênée, lui a conseillé de se tourner vers les impôts.
Le numéro des impôts sonnait occupé. Josiane a rappelé trois fois, puis a renoncé et a pris le bus pour le centre des finances publiques, le lendemain matin. Elle avait glissé la boîte à biscuits dans son sac. Dans la file, elle a répété sa question à voix basse, pour ne pas bafouiller. Elle se sentait vaguement coupable, comme si on allait l'accuser d'avoir triché pendant six ans.
Au guichet, un agent pressé a regardé son avis d'imposition et lui a dit que tout était normal. Josiane n'a pas compris. « Normal, mais alors où est passé mon argent ? » a-t-elle demandé. L'homme a haussé les épaules, a parlé de réduction, de plafond, puis a appelé le numéro suivant. Josiane est ressortie avec sa boîte sous le bras, plus perdue qu'en arrivant, et un peu vexée.
« Normal, mais alors où est passé mon argent, monsieur, j'ai déclaré chaque centime depuis six ans. »
Une réduction d'impôt ne se rembourse pas quand on ne paie rien
C'est Clara, vingt-trois ans, étudiante en comptabilité à Toulouse, qui a démêlé l'affaire au téléphone, le dimanche suivant. Elle a demandé à sa grand-mère de lire son avis à voix haute. Puis elle a expliqué doucement. Le don à une association ouvre droit à une réduction d'impôt, pas à un crédit d'impôt. La différence tient en un mot, mais elle change tout. Une réduction vient diminuer un impôt existant.
Si l'impôt est déjà à zéro, il n'y a rien à diminuer. La réduction tombe dans le vide. Un crédit d'impôt, lui, comme celui de l'emploi d'une aide à domicile, peut donner lieu à un remboursement même quand on n'est pas imposable. Les dons n'entrent pas dans cette catégorie. « Mamie, tu n'as rien perdu, mais tu n'as jamais rien gagné non plus », a résumé Clara, avec tendresse.
Josiane est restée un long moment silencieuse, le combiné contre l'oreille, à regarder la pluie sur la véranda. Monique ne lui avait pas menti, au fond. Elle payait des impôts, elle, à l'époque, et pour elle la réduction fonctionnait. Simplement, la règle ne valait pas pour tout le monde de la même façon. « J'ai cru pendant six ans que l'État me remboursait un bout de ma générosité », a murmuré Josiane.
Ce que la boîte à biscuits garde encore en réserve
Pourtant, Clara avait une autre nouvelle, plus consolante. Les dons qui n'ont pas pu servir ne disparaissent pas totalement. Ceux qui dépassent le plafond de vingt pour cent du revenu imposable peuvent être reportés sur les cinq années suivantes. Et selon ce que Clara avait lu, quand on n'est pas imposable, l'excédent reste reportable cinq ans. Si un jour Josiane devenait imposable, les dons récents pourraient encore jouer.
Pour Josiane, l'hypothèse reste lointaine. Sa pension n'augmentera pas beaucoup, et elle ne compte pas hériter d'une fortune. Mais l'idée de garder les reçus des cinq dernières années n'a plus rien d'absurde. Elle a jeté le plus ancien, a rangé les autres avec soin. Et elle a pris une décision simple : elle continuera à donner deux cents euros, pour Pompon, sans attendre quoi que ce soit en retour.
Elle a même appelé Monique pour lui raconter, sans rancune. Les deux femmes en ont ri, au téléphone, de ce malentendu qui avait duré six ans. Au fond, Josiane ne regrette pas un seul de ses virements. Elle regrette seulement d'avoir compté sur un argent fantôme. Si vous donnez à une association et que vous êtes dans sa situation, quelques vérifications simples permettent d'éviter la même surprise, et de donner en connaissance de cause.
« Mamie, tu n'as rien perdu, mais tu n'as jamais rien gagné non plus avec ces reçus. »
- Regarder la ligne « impôt sur le revenu net » de son avis : à zéro, la réduction pour dons ne rapporte rien.
- Retenir que le don ouvre une réduction d'impôt, pas un crédit remboursable par le fisc.
- Déclarer quand même ses dons chaque année dans la case prévue de la déclaration.
- Conserver les reçus fiscaux des cinq dernières années, en cas de report ou de contrôle.
- En cas de doute sur sa situation, demander conseil au centre des finances publiques ou à un proche compétent.
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