Elle découvre une auréole brune au plafond de son salon lyonnais : trois semaines plus tard, le dossier n’a toujours pas bougé d’un centimètre

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Il était un peu plus de sept heures, ce mardi de novembre, et la bouilloire commençait à siffler dans la petite cuisine. Claire a levé les yeux vers le plafond du salon en tirant les rideaux. Au-dessus de la bibliothèque, une auréole jaunâtre dessinait une sorte de carte inconnue. Une goutte, puis une autre, tombaient sur la tranche d'un vieux dictionnaire avec un bruit sourd.

Un deuxième étage tranquille sur les pentes de la Croix-Rousse

Claire a quarante-sept ans et vit depuis douze ans dans ce deux-pièces lumineux, au deuxième étage d'un immeuble de canuts. Elle est locataire, travaille comme comptable dans une entreprise de transport, et connaît chaque craquement du parquet. Les plafonds sont hauts, presque quatre mètres, avec ces poutres anciennes que ses amis admirent à chaque visite. Elle a toujours aimé cette impression de vivre dans un lieu qui a une histoire, une mémoire, des murs épais qui protègent du bruit.

Au-dessus vit Yann, un trentenaire discret qui fait du vélo et rentre tard de son restaurant. Ils se croisent dans l'escalier, échangent trois mots sur la météo ou sur le local à poubelles. Une fois, il lui a monté un colis resté chez la gardienne, et elle lui a rendu la pareille avec des confitures. Rien de plus, rien de moins, une relation de voisinage comme on en connaît tous, faite de politesse et de distance raisonnable.

Côté papiers, Claire est plutôt ordonnée. Son assurance habitation est payée chaque année par prélèvement, rangée dans une chemise verte avec le bail et les quittances. Elle ne l'a jamais vraiment lue, soyons honnêtes, mais elle sait qu'elle est couverte. En douze ans, elle n'a jamais eu besoin de déclarer quoi que ce soit. Ce matin-là, en regardant la goutte tomber sur son dictionnaire, elle se dit simplement que cette fois, ce n'est pas son problème.

Une évidence de bon sens qui va la retenir des semaines

Elle monte aussitôt sonner chez Yann, en peignoir, un torchon à la main. Il ouvre, encore endormi, puis comprend en voyant son visage. Dans sa salle de bains, le joint autour du bac de douche a lâché, et l'eau s'infiltre depuis des jours sans qu'il le remarque. Il s'excuse plusieurs fois, coupe l'arrivée d'eau, promet d'appeler un plombier dans la journée. Claire redescend presque rassurée, parce que le coupable est trouvé et qu'il est de bonne volonté.

Le soir même, ils remplissent ensemble un constat amiable dégât des eaux sur la table de Claire. Yann coche la case qui reconnaît que la fuite vient de chez lui, sans discuter. Chacun garde un exemplaire et promet de l'envoyer à son assureur. Dans l'esprit de Claire, tout est clair : la fuite vient d'en haut, donc c'est l'assurance d'en haut qui paiera la peinture d'en bas. C'est logique, c'est juste, c'est même ce que dirait n'importe qui autour d'elle.

C'est d'ailleurs ce que lui confirme sa sœur au téléphone. Il est responsable, c'est son assurance qui doit tout prendre en charge, tu n'as rien à faire, dit-elle avec assurance. Claire envoie donc son exemplaire à son propre assureur un peu par principe, sans vraiment insister. Elle se dit qu'elle attendra tranquillement le courrier de la compagnie de Yann. Elle prend quelques photos de la tache, déplace la bibliothèque et pose une bassine, au cas où.

« Il est responsable, c'est son assurance qui doit tout prendre en charge, tu n'as rien à faire. »

Un courrier qui ne vient pas et une tache qui grandit

Les jours passent, puis une semaine, puis deux. La fuite est réparée, Yann a fait venir un plombier dès le lendemain, et il n'y a plus de goutte. Mais l'auréole, elle, continue de sécher en s'étendant, avec des bords bruns qui gondolent la peinture. Une odeur d'humidité flotte dans le salon le matin, légère mais tenace. Claire ouvre la fenêtre, allume un petit chauffage d'appoint, et vérifie sa boîte aux lettres chaque soir en rentrant du travail.

Aucune lettre n'arrive de l'assureur de Yann, ni appel ni visite d'expert. Elle trouve seulement un courriel automatique de sa propre compagnie, accusant réception de sa déclaration avec un numéro de dossier. Elle le lit en diagonale dans le métro et le classe sans y penser. Pourquoi s'occuperaient-ils de moi, se dit-elle, ce n'est pas moi qui ai causé la fuite. Le message parle pourtant d'un gestionnaire désigné, mais le mot ne retient pas son attention.

Un soir, elle croise Yann dans l'escalier, son vélo sur l'épaule. Elle lui demande, sans reproche, s'il a des nouvelles de son assurance. Il hausse les épaules, un peu gêné. Mon assureur m'a dit qu'ils n'avaient rien à vous verser, que c'était le vôtre qui s'en occupait, répond-il. Claire croit à une erreur, ou à une manière commode de se défausser. Elle remercie poliment, remonte chez elle en fronçant les sourcils, et décide d'appeler dès le lendemain matin.

Des coups de fil qui tournent en rond pendant trois semaines

Le lendemain, elle compose le numéro de l'assureur de Yann, trouvé sur le constat. Après vingt minutes d'attente et une musique d'ascenseur, une conseillère lui explique qu'elle ne peut pas ouvrir de dossier pour quelqu'un qui n'est pas son client. Claire insiste, rappelle que leur assuré est responsable, que c'est écrit noir sur blanc. La conseillère reste aimable mais ferme et lui conseille de contacter sa propre compagnie. Claire raccroche, agacée, persuadée qu'on cherche simplement à gagner du temps.

Elle appelle ensuite son propriétaire, un retraité qui vit à Villeurbanne, pour lui signaler les dégâts. Il lui répond que les peintures intérieures relèvent plutôt de son assurance de locataire, et qu'il fera appel à la sienne seulement si la structure est touchée. Puis elle écrit au syndic, qui lui renvoie un message générique sur les parties privatives. Chacun se renvoie la balle avec courtoisie. Trois semaines après la première goutte, la tache est toujours là, sèche et bien visible.

Le week-end suivant, elle reçoit des amis à dîner et sent leurs regards glisser vers le plafond. Elle raconte l'histoire en riant un peu jaune, en mimant les musiques d'attente. Un ami, Malik, qui travaille dans une agence immobilière, l'écoute sans rien dire puis repose son verre. Tu as appelé ton assureur à toi, au moins, demande-t-il doucement. Claire avoue que non, pas vraiment, puisqu'elle n'est pas responsable. Malik sourit, et lui parle d'une convention qu'elle n'a jamais entendue nommer.

« Mon assureur m'a dit qu'ils n'avaient rien à vous verser, que c'était le vôtre qui s'en occupait. »

Une convention entre assureurs qui renverse toute sa logique

Le lundi, Claire appelle enfin sa propre compagnie, son numéro de dossier sous les yeux. Le conseiller retrouve tout de suite sa déclaration et le constat signé avec Yann. Il lui explique que depuis 2018, les assureurs appliquent entre eux une convention appelée IRSI, pour les dégâts des eaux dans les immeubles. Sous un certain montant, ce n'est plus l'assureur du responsable qui gère, mais celui de l'occupant du logement abîmé. Autrement dit, ici, c'est bien lui, son propre assureur, qui doit s'occuper de tout.

Le seuil, précise-t-il, est de 1 600 euros hors taxes de dommages par local sinistré. En dessous, son assureur l'indemnise directement et gère le dossier, quel que soit le responsable de la fuite. Il ne se retournera même pas contre la compagnie de Yann pour se faire rembourser, c'est le principe de cette première tranche. Claire reste un moment silencieuse, le téléphone collé à l'oreille. Donc tout ce temps, c'est vous que j'aurais dû relancer, finit-elle par dire, presque amusée malgré elle.

Le conseiller confirme, sans la moindre ironie, que c'est une confusion très fréquente. Les gens pensent responsabilité, alors que la convention pense rapidité, explique-t-il. L'idée est d'éviter que les petits sinistres restent bloqués des mois entre deux compagnies qui se renvoient les factures. Ce qui est arrivé à Claire, finalement, c'est exactement ce blocage-là, mais créé par elle-même, en attendant au mauvais guichet. Il lui demande un devis de peintre et lui propose une indemnisation sur facture, sans passage d'expert vu le montant.

Un plafond repeint, une franchise payée et une chemise verte relue

Claire fait venir un artisan peintre du quartier la semaine suivante. Le devis, traitement anti-taches et deux couches compris, s'élève à 780 euros. Elle l'envoie à son assureur, qui valide en quelques jours. Elle paie une franchise de 150 euros prévue à son contrat, ce qui l'agace un peu, puisqu'elle n'y est pour rien. Mais le plafond est blanc à nouveau avant les fêtes, et l'odeur d'humidité a disparu. Elle remet la bibliothèque en place, et le vieux dictionnaire gondolé retrouve son étagère.

Ce qui lui reste surtout, ce sont ces semaines perdues à attendre une lettre qui ne pouvait pas venir. J'ai perdu presque un mois à attendre quelqu'un qui n'avait aucune raison de m'écrire, raconte-t-elle à Yann, qui rit avec soulagement. Lui n'a rien payé pour ses dégâts chez Claire, seulement la réparation de son joint et la recherche de fuite. Les deux voisins se croisent désormais avec un peu plus de chaleur, comme on le fait après une petite épreuve partagée.

Un soir, Claire a ressorti la chemise verte et relu son contrat d'assurance, ligne après ligne. Elle a noté sa franchise, les délais de déclaration, le numéro du service sinistres. Elle a aussi compris que si les dégâts avaient dépassé 1 600 euros hors taxes, son assureur aurait toujours géré le dossier, mais avec un expert et des recours possibles entre compagnies. Pour elle, la leçon tient en une phrase simple : quand l'eau vient d'en haut, on appelle d'abord chez soi.

« Donc tout ce temps, c'est vous que j'aurais dû relancer, c'est ça. »

  • Remplir un constat amiable dégât des eaux avec le voisin dès la découverte de la fuite.
  • Déclarer le sinistre à son propre assureur, en général sous cinq jours ouvrés.
  • Sous 1 600 euros HT de dommages, son assureur indemnise et gère, quel que soit le responsable.
  • Photographier les dégâts et conserver devis et factures pour l'indemnisation.
  • Vérifier dans son contrat le montant de la franchise et le numéro du service sinistres.
  • Au-delà de 1 600 euros HT, s'attendre à une expertise et à des recours entre assureurs.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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