Il monte au Lioran avec ses pneus M+S comme chaque hiver : au contrôle, les gendarmes lui montrent un petit symbole absent de ses flancs

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Il était sept heures dix, et le pare-brise de la Škoda commençait à peine à se désembuer. Sur la banquette arrière, les skis cognaient doucement contre la vitre à chaque virage. Julien tenait le volant à deux mains, la radio en sourdine, quand un gilet jaune a surgi dans la lumière des phares, juste avant Murat, une main levée vers lui.

Un samedi de janvier sur la route du Lioran

Julien a quarante-quatre ans et il est technicien de maintenance dans une usine de la banlieue de Clermont-Ferrand. Depuis une douzaine d'hivers, il monte skier au Lioran presque tous les samedis de janvier et de février. Il part tôt, avant que la nationale ne se remplisse, avec un thermos de café posé dans la portière. Sa fille Inès, quinze ans, dort la tête contre la vitre jusqu'à Massiac. Ce trajet, il pourrait le faire les yeux fermés, il connaît chaque lacet et chaque plaque de verglas habituelle.

Ce matin-là, le ciel était bas et une neige fine tombait depuis la veille sur les monts du Cantal. Les bas-côtés étaient blancs, la chaussée simplement mouillée, rien qui l'inquiète vraiment. Sa voiture, un break familial de huit ans, avait toujours tenu la route sans broncher. Il avait vérifié les niveaux la veille, gonflé les pneus à la station, rangé le grattoir dans la portière. Pour lui, l'hiver se préparait comme un rituel, avec la même liste et les mêmes gestes, répétés depuis des années.

Inès s'est réveillée quand la voiture a ralenti, à l'entrée d'une zone où deux fourgons bleus étaient garés en épi. Des gendarmes faisaient signe aux véhicules de se ranger sur un petit parking dégagé. Julien a soupiré, sans inquiétude particulière, en cherchant déjà ses papiers dans la boîte à gants. Il pensait à un contrôle d'alcoolémie, peut-être aux vignettes, rien de plus. Il a coupé la radio, baissé sa vitre, et l'air froid est entré d'un coup dans l'habitacle, chargé d'odeur de gasoil et de sapin.

Des pneus achetés pour l'hiver, il y a trois ans

Ses pneus, Julien les avait choisis avec soin, trois automnes plus tôt, dans un centre auto de la zone commerciale. Le vendeur lui avait parlé de pneus toutes saisons, marqués M+S sur le flanc, pour boue et neige. Ça lui avait paru la solution idéale pour un homme qui roule en ville la semaine et en montagne le samedi. Il évitait ainsi le double jeu de jantes, le changement au printemps, le rangement dans un garage déjà plein de vélos et de cartons.

À l'époque, il avait entendu parler de la nouvelle obligation pour les routes de montagne, entrée en vigueur en novembre 2021. Un collègue lui avait assuré que le marquage M+S suffisait, et c'était vrai à ce moment-là. Il avait donc rangé l'information dans un coin de sa tête, rassuré, avec le sentiment d'être en règle. Les hivers suivants avaient confirmé son choix : jamais une glissade, jamais un souci, même dans la montée vers le col de Font de Cère par temps de neige.

Il l'avait même conseillé autour de lui, à sa sœur qui vit à Aurillac, à un voisin qui part chaque année dans les Alpes. Soyons honnêtes, on aime tous avoir trouvé la bonne combine et la partager. Les chaînes, il ne les avait jamais achetées, jugeant qu'avec de tels pneus elles ne serviraient à rien. Le coffre était plein de toute façon, entre les chaussures de ski, les casques et le sac de pique-nique. La question lui semblait réglée pour de bon, une fois pour toutes, sans y revenir.

« Ils ont trois ans, ils ont encore de la gomme, je les ai fait vérifier en octobre. »

Le gendarme se penche longuement sur la roue avant

Le gendarme, un homme d'une trentaine d'années au bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, a demandé les papiers sans un mot de trop. Puis il a fait le tour de la voiture, lentement, et s'est accroupi devant la roue avant gauche. Julien l'a regardé faire dans le rétroviseur, un peu amusé au début. Il a vu la lampe torche balayer le flanc du pneu, revenir en arrière, s'attarder sur les inscriptions en relief. Inès a demandé à voix basse si quelque chose n'allait pas.

Le gendarme est passé à la roue arrière, puis de l'autre côté, avec la même patience. Julien a pensé à l'usure, à une hernie peut-être, quelque chose qu'il n'aurait pas vu en gonflant la veille. Il a ouvert sa portière pour descendre, et la neige a crissé sous ses chaussures de ville. Il a lancé, plutôt détendu : Ils ont trois ans, ils ont encore de la gomme, je les ai fait vérifier en octobre. Le gendarme a hoché la tête sans répondre tout de suite.

Puis il s'est relevé, en frottant ses gants l'un contre l'autre pour les réchauffer. Il a demandé si Julien avait des chaînes ou des chaussettes à neige dans le coffre. Julien a souri, sûr de lui, et a répondu que non, qu'il avait des pneus hiver, que c'était marqué dessus. Le gendarme l'a invité à venir voir, et a posé le faisceau de sa lampe sur le flanc. Il y avait bien les lettres M+S, nettes, mais il a dit simplement que ça ne suffisait plus.

Sur le parking, Julien appelle son garagiste et s'agace

Julien a d'abord cru à un malentendu, à une règle mal comprise par un gendarme trop zélé. Il a expliqué qu'il roulait comme ça depuis trois hivers, sans jamais avoir été arrêté. Il a rappelé que le vendeur lui avait garanti ces pneus pour la montagne. Le gendarme a écouté sans l'interrompre, puis il a demandé s'il voyait, quelque part sur le flanc, un petit pictogramme. Une montagne à trois sommets, avec un flocon de neige au milieu. Julien a cherché, tourné autour de chaque roue, et n'a rien trouvé.

Il a sorti son téléphone, les doigts déjà engourdis, pour appeler le garage où il fait entretenir sa voiture. Un samedi à sept heures et demie, personne n'a décroché, évidemment. Il a tenté le centre auto, puis sa sœur, qui roule tous les jours dans le Cantal. Elle a répondu d'une voix ensommeillée : Moi j'ai changé l'an dernier, le garage m'avait prévenue pour le symbole. Julien a raccroché, un peu vexé, en se demandant pourquoi personne ne lui en avait parlé à lui.

Derrière lui, une autre voiture s'était rangée, immatriculée dans le Nord, avec un couple et deux enfants à l'arrière. Le père discutait avec un second gendarme, les bras croisés, visiblement aussi surpris que lui. Inès était sortie à son tour, emmitouflée dans sa doudoune, et filmait la neige qui tombait sur les fourgons. Julien a fini par revenir vers le premier gendarme, moins sûr de lui qu'au début. Il a demandé, simplement, ce qui avait changé, et depuis quand exactement on lui reprochait ses pneus.

« Moi j'ai changé l'an dernier, le garage m'avait prévenue pour le symbole. »

Une montagne à trois sommets, gravée sur le flanc

Le gendarme a pris le temps d'expliquer, adossé au capot, comme il devait le faire depuis le début de la saison. Depuis novembre 2021, la loi Montagne impose des équipements d'hiver dans les communes désignées par les préfets, dans une cinquantaine de départements dont le Cantal. L'obligation court chaque année du 1er novembre au 31 mars. Pendant trois hivers, une tolérance acceptait les pneus simplement marqués M+S. Cette période de transition a pris fin le 1er novembre 2024, et Julien ne l'avait jamais su.

Désormais, seuls comptent les pneus portant le symbole 3PMSF, cette montagne à trois pics avec un flocon, qui atteste d'essais sur neige. Les M+S restent légaux ailleurs, mais ils ne valent plus rien dans ces zones en hiver. L'autre solution, c'est d'avoir à bord des chaînes métalliques ou des chaussettes à neige, adaptées à deux roues motrices au moins. Le gendarme a montré du doigt un panneau planté plus bas, à l'entrée de la commune, que Julien avait croisé sans le remarquer depuis des années.

Le gendarme a ajouté, sur un ton presque désolé : On n'est pas là pour vous gâcher la journée, mais là, vous n'êtes pas équipé. L'infraction peut valoir une amende de 135 euros, et dans les cas les plus sérieux, l'immobilisation du véhicule. Ce matin-là, il a laissé Julien repartir avec un avertissement, à condition de redescendre ou de trouver des chaussettes. Julien a regardé la route qui montait vers la station, blanche et vide, puis la vitrine éteinte d'une supérette de l'autre côté du carrefour.

Ce que Julien a changé avant le samedi suivant

Ils ont attendu l'ouverture de la supérette, à huit heures et demie, en buvant le café du thermos sur le parking. Julien a acheté la dernière paire de chaussettes à neige à sa taille, pour un peu plus de soixante euros. Ils sont arrivés au Lioran avec deux heures de retard, et Inès a trouvé la file des télésièges interminable. Lui n'a presque pas pensé au ski de la journée. Il pensait aux trois hivers passés à rouler, sans le savoir, à côté de la règle.

Le lundi, il est retourné au centre auto, un peu remonté, prêt à demander des comptes au vendeur. Le jeune homme au comptoir a vérifié la référence et confirmé que ses pneus n'avaient jamais porté le symbole 3PMSF. Il a dit, en haussant les épaules : En 2021, ils étaient acceptés, c'est la tolérance qui est tombée depuis. Julien a fait monter quatre pneus toutes saisons marqués de la petite montagne. Pour lui, la facture a dépassé quatre cents euros, montage et équilibrage compris, sur un budget déjà serré.

On connaît tous ce genre d'habitude qui finit par vieillir sans qu'on s'en aperçoive. Julien, lui, a pris le réflexe de regarder le flanc de ses pneus avant chaque départ en montagne. Il en parle désormais à ceux à qui il avait vanté ses anciens M+S, sa sœur exceptée. Les chaussettes à neige restent dans le coffre, sous les casques, au cas où. Et chaque samedi, juste avant Murat, il jette un œil au panneau qu'il n'avait jamais vu, posé là pourtant depuis plusieurs hivers.

« On n'est pas là pour vous gâcher la journée, mais là, vous n'êtes pas équipé. »

  • Cherchez sur le flanc de vos pneus le symbole 3PMSF : une montagne à trois sommets avec un flocon.
  • Le seul marquage M+S n'est plus accepté dans les zones concernées depuis le 1er novembre 2024.
  • L'obligation s'applique du 1er novembre au 31 mars, dans les communes désignées par la préfecture.
  • Sans pneus 3PMSF, gardez à bord des chaînes ou des chaussettes à neige pour deux roues motrices.
  • Repérez le panneau d'entrée de zone montagne sur votre itinéraire et consultez la liste de votre préfecture.
  • En cas de contrôle, vous vous exposez à une amende de 135 euros, voire à l'immobilisation du véhicule.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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