Il vide ses gouttières chaque automne sous le chêne du voisin à Limoges : la loi l’autorise à faire couper les branches, pas à se plaindre des feuilles

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Un samedi de novembre, vers dix heures, l'échelle d'aluminium grinçait contre la façade. Bernard, 64 ans, avait les mains plongées dans une bouillie brune de feuilles de chêne, froides et collantes. En bas, le seau se remplissait dans un bruit mou. Au-dessus de lui, les branches du grand chêne voisin oscillaient doucement, comme si rien de tout cela ne les concernait.

Un pavillon de Limoges, un chêne centenaire et un rituel d'automne

Bernard et Monique habitent depuis vingt-six ans un pavillon de briques claires, dans un quartier calme du nord de Limoges. Lui a été conducteur de travaux pendant toute sa carrière, elle était secrétaire dans un cabinet d'architectes. Ils ont élevé deux enfants dans cette maison, planté des rosiers le long de l'allée et repeint les volets trois fois. Leur jardin donne sur celui de Gérard, un voisin discret qui vit seul. Au fond de sa parcelle, tout près de la clôture commune, se dresse un chêne immense, plus vieux que les deux maisons réunies.

Pendant longtemps, ce chêne a été un ami silencieux pour le couple. L'été, son ombre rafraîchissait la terrasse et les petits-enfants y accrochaient une balançoire improvisée, du côté de Gérard, avec sa permission. Monique aimait regarder les écureuils courir le long des branches depuis la fenêtre de la cuisine. Bernard, lui, appréciait surtout le bruit du vent dans le feuillage, les soirs d'orage. Personne ne parlait de l'arbre comme d'un problème. Il faisait simplement partie du paysage, au même titre que le clocher qu'on aperçoit au loin.

Chaque automne pourtant, un rituel s'installait. Dès la fin octobre, les feuilles tombaient par milliers sur le toit, la pelouse, l'allée et surtout dans les gouttières. Bernard sortait alors l'échelle du garage, enfilait ses vieux gants de chantier et passait sa matinée là-haut. Il raclait, il remplissait des seaux, il vérifiait les descentes d'eau. Il appelait ça sa corvée de saison, sans vraiment s'en plaindre. Soyons honnêtes, il y trouvait même une forme de satisfaction tranquille, celle du travail bien fait qu'on voit tout de suite.

Le choix de ne rien dire, pour garder la paix entre voisins

Au fil des années, les branches du chêne ont gagné du terrain au-dessus de la clôture. Certaines s'étendaient désormais jusqu'à frôler le toit de Bernard, et l'une d'elles passait juste au-dessus de la gouttière arrière. Monique l'avait remarqué depuis longtemps et l'avait signalé plusieurs fois à son mari. Lui répondait toujours la même chose, avec un haussement d'épaules. Gérard était un brave homme, il avait perdu sa femme quelques années plus tôt, et il n'était pas question de lui faire des histoires pour quelques feuilles.

Ce choix avait du sens, et beaucoup de gens le comprendraient. On connaît tous ça, ces petites tolérances qu'on s'accorde entre voisins pour éviter les tensions. Bernard préférait monter sur son échelle deux ou trois fois par an plutôt que de frapper chez Gérard avec une réclamation. Il se disait que la bonne entente valait bien quelques heures d'effort. Et puis, au fond, il pensait qu'il n'avait aucun droit sur cet arbre. Il était planté chez le voisin, donc c'était le chêne du voisin, point final.

Monique, elle, n'était pas tout à fait d'accord avec cette résignation polie. Tu as soixante-quatre ans et tu montes sur une échelle de quatre mètres, lui disait-elle souvent, un jour tu vas tomber. Bernard riait et répondait qu'il avait monté des échafaudages bien plus hauts que ça. La discussion s'arrêtait là, chaque année, jusqu'à l'automne suivant. Le couple avait fini par s'installer dans cette routine, comme on s'habitue à une marche un peu trop haute dans un escalier qu'on emprunte tous les jours.

« Je l'avais vidée il y a vingt jours, je ne comprenais pas comment l'eau avait pu passer. »

Une tache d'humidité au plafond de la chambre d'amis

C'est Monique qui l'a vue la première, un matin de début décembre, en faisant le lit de la chambre d'amis. Une auréole jaunâtre, grande comme une assiette, s'était formée dans l'angle du plafond, côté jardin. Elle a d'abord pensé à de la condensation, à cause du froid qui venait d'arriver. Elle a ouvert la fenêtre en grand pour aérer, puis elle a refermé la porte sans trop y penser. La maison était ancienne, ce genre de petite marque apparaissait parfois avant de disparaître toute seule.

Bernard, de son côté, a jugé la tache sans gravité quand elle la lui a montrée le soir. Il avait nettoyé les gouttières trois semaines plus tôt, et elles étaient propres, il en était certain. Pourtant, les jours suivants, l'auréole s'est élargie et a pris une teinte plus foncée. Après une nuit de forte pluie, une goutte est même tombée sur la moquette. Bernard est monté au grenier avec une lampe torche. Il a trouvé la laine de verre humide, juste à l'aplomb de la gouttière arrière, sous la fameuse branche.

Il est remonté sur l'échelle le lendemain et a compris en quelques secondes. Les feuilles tombées depuis son dernier passage avaient de nouveau colmaté la gouttière, et l'eau avait débordé vers l'intérieur, sous les tuiles. La branche du chêne, juste au-dessus, déversait tout son feuillage exactement à cet endroit. Je l'avais vidée il y a vingt jours, a-t-il dit à Monique en redescendant, la voix plus sourde que d'habitude. Pour la première fois, le chêne de Gérard ne lui semblait plus tout à fait inoffensif.

Des devis, un assureur et une discussion qui tourne court

La semaine suivante a été celle des coups de téléphone. Bernard a appelé un couvreur, qui est venu constater les dégâts et a proposé de remplacer une portion de gouttière et quelques liteaux abîmés. Le devis atteignait près de neuf cents euros, sans compter le plafond de la chambre à reprendre. Monique a contacté leur assureur, qui a demandé des photos et a laissé entendre que le défaut d'entretien des gouttières pouvait poser question. Le couple s'est senti piégé, comme si toute cette histoire finissait par retomber sur eux.

Bernard a alors pris son courage à deux mains et a sonné chez Gérard, un dimanche après-midi. Il voulait lui parler des feuilles, lui expliquer les dégâts, peut-être lui demander de participer aux frais. La conversation a été polie mais embarrassée. Gérard a écouté, a hoché la tête, puis a répondu doucement qu'il ne pouvait pas empêcher un arbre de perdre ses feuilles. C'est la nature, Bernard, je n'y peux rien, et ce chêne était là bien avant nous deux, a-t-il dit.

En rentrant, Bernard a trouvé que son voisin n'avait pas tout à fait tort, et c'est ce qui l'agaçait le plus. Il ne savait plus s'il devait insister, laisser tomber ou se renseigner davantage. Monique a suggéré d'appeler leur fils, Julien, qui travaille dans une agence immobilière à Bordeaux et entend souvent parler de conflits de voisinage. Julien a promis de se renseigner. Trois jours plus tard, il a rappelé avec une réponse que ses parents n'attendaient pas du tout.

« C'est la nature, Bernard, je n'y peux rien, ce chêne était là bien avant nous deux. »

Les feuilles ne comptaient pas, mais les branches, si

Julien a commencé par une mauvaise nouvelle, du moins pour ce qu'imaginait son père. D'après ce qu'il avait lu et ce qu'un notaire de ses connaissances lui avait expliqué, la chute de feuilles n'est en général pas considérée par les tribunaux comme un trouble anormal de voisinage. Dans un quartier résidentiel arboré, c'est vu comme un inconvénient ordinaire, qu'on doit supporter. Réclamer de l'argent à Gérard pour les feuilles avait donc très peu de chances d'aboutir. Bernard a soupiré au téléphone, un peu vexé d'avoir vu juste malgré lui.

Mais Julien avait gardé le plus intéressant pour la suite. L'article 673 du Code civil, lui a-t-il expliqué, permet à celui sur la propriété duquel avancent les branches d'un arbre voisin d'exiger que ce voisin les coupe. Ce droit ne dépend pas d'un dommage à prouver, ni de l'âge de l'arbre. Il suffit que les branches dépassent la limite séparative. En revanche, on n'a pas le droit de les couper soi-même : c'est au propriétaire de l'arbre de le faire, ou de le faire faire, à ses frais.

Bernard est resté silencieux un long moment, le combiné contre l'oreille. Pendant vingt-six ans, il avait cru n'avoir aucun droit sur ce chêne, alors que la branche au-dessus de sa gouttière, celle qui posait vraiment problème, était justement celle qu'il pouvait faire couper. Je me suis battu contre les feuilles alors que c'était la branche qu'il fallait regarder, a-t-il fini par dire à Monique. Elle a souri, sans triomphe, et elle a seulement ajouté qu'il allait pouvoir ranger cette échelle un peu plus souvent.

Une lettre courtoise, un élagueur et un automne plus léger

Bernard n'a pas voulu brusquer Gérard. Il est retourné le voir avec un café et une explication simple, sans parler d'argent ni de tribunal. Il lui a montré la branche, la gouttière, la tache au plafond, et lui a parlé de l'article 673. Gérard a été surpris, puis soulagé qu'on ne lui reproche plus les feuilles. Il a accepté de faire venir un élagueur au printemps. Pour garder une trace, Bernard lui a tout de même remis une courte lettre récapitulant leur accord, comme le lui avait conseillé Julien.

L'élagage a coûté à Gérard un peu plus de quatre cents euros, et il a été réalisé en mars, avant la montée de la sève. Les branches qui surplombaient le toit de Bernard ont disparu, le chêne a gardé sa silhouette et son ombre sur la terrasse. De son côté, le couple a fait réparer la gouttière et repeindre le plafond de la chambre, à ses frais. Bernard a aussi fait poser une grille anti-feuilles sur toute la longueur, pour moins de cent cinquante euros.

L'automne suivant, il est monté une seule fois sur l'échelle, fin novembre, et la gouttière était presque propre. Les feuilles tombent toujours sur la pelouse, et il les ramasse en grognant un peu, par principe. Mais l'ambiance avec Gérard est restée bonne, peut-être même meilleure qu'avant. Bernard résume l'affaire avec une forme d'humour tranquille. On n'a pas le droit de se plaindre de l'automne, mais on a le droit de demander qu'un arbre reste chez lui, dit-il en regardant le chêne par la fenêtre.

« Je me suis battu contre les feuilles alors que c'était la branche qu'il fallait regarder. »

  • Repérez les branches du voisin qui dépassent au-dessus de votre terrain, surtout près du toit et des gouttières.
  • L'article 673 du Code civil permet d'exiger leur coupe par le voisin, mais pas de les couper vous-même.
  • La chute de feuilles n'est en général pas reconnue comme un trouble anormal de voisinage.
  • Commencez par une discussion, puis confirmez l'accord par une lettre simple et datée.
  • Faites vérifier vos gouttières après la chute principale des feuilles, pas seulement avant.
  • Une grille anti-feuilles peut limiter les débordements pour un coût modéré.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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