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Un samedi de novembre, vers dix heures, la pelouse craquait encore de givre derrière la maison de Lèves, près de Chartres. Gérard tirait sur une corde élastique, Martine maintenait l'autre coin de la grande bâche bleue. Le plastique claquait au vent comme une voile. Le camping-car disparaissait peu à peu sous la toile, bien serré, bien à l'abri, croyaient-ils.
Huit ans de routes et un jardin qui sert de garage
Gérard a 64 ans et a passé trente ans comme technicien chez un fabricant de chaudières de la région. Martine, 61 ans, était secrétaire dans une école primaire de Chartres. Depuis leur retraite, leur camping-car profilé de sept mètres est devenu leur seconde maison. Ils l'ont acheté d'occasion, il y a huit ans, à un couple de Normands qui partait vivre en appartement. Chaque été, ils descendent vers l'Ardèche ou remontent vers la Bretagne, avec le vélo de Martine accroché à l'arrière et les cartes routières pliées dans la portière.
Le reste de l'année, le véhicule dort au fond du jardin, sur une dalle de gravier que Gérard a coulée lui-même. Le terrain est grand, bordé d'une haie de thuyas qui coupe le vent du nord. Les voisins sont habitués à voir le toit blanc dépasser au-dessus de la clôture. Pour le couple, ce stationnement à domicile est une chance, parce qu'un hivernage en garde-meubles coûte facilement plusieurs centaines d'euros par saison dans le secteur, sans compter les trajets pour aller vérifier.
Pendant les premiers hivers, ils laissaient le camping-car tel quel, simplement fermé à clé. Gérard passait de temps en temps, ouvrait une porte, démarrait le moteur une dizaine de minutes. Rien de grave n'était jamais arrivé, à part un peu de poussière et quelques feuilles mortes coincées dans les gouttières du toit. Martine, elle, retirait les coussins et les draps pour les ranger dans la maison. On connaît tous ça, ces petites routines qu'on répète sans y penser, parce qu'elles ont toujours marché jusque-là.
Une bâche épaisse achetée pour bien faire
L'automne dernier, quelque chose a changé. En rentrant de leur voyage dans le Jura, Gérard a remarqué de fines traînées noires le long des joints de la capucine, et une petite fissure sur un lanterneau. Il en a conclu que le soleil et la pluie abîmaient la carrosserie plus vite qu'il ne le pensait. Un ami de son club de pétanque lui a conseillé de tout couvrir pour l'hiver. Le raisonnement semblait imparable : moins d'eau sur le toit, moins de feuilles, moins de mousse.
Gérard est allé dans un magasin de bricolage de la zone commerciale et a choisi la bâche la plus solide du rayon. Une toile en polyéthylène tressé, renforcée, avec des œillets métalliques tous les cinquante centimètres. Elle coûtait moins de cent euros, alors qu'une housse spécifique pour camping-car en valait trois ou quatre fois plus. Il m'a dit que c'était pareil, en plus épais, raconte Martine, qui se souvient d'avoir trouvé l'argument raisonnable à ce moment-là.
Avant de bâcher, le couple a fait ce qu'il faisait chaque année. Vidange des réservoirs d'eau propre et d'eau grise, purge du chauffe-eau, frigo laissé entrouvert. Gérard a aussi laissé le camping-car branché sur une prise extérieure du garage, via une rallonge. Je me disais que comme ça la batterie resterait toujours pleine, explique-t-il. Puis ils ont fermé toutes les aérations pour éviter que la pluie ne s'infiltre, tendu les sangles sous le châssis, et serré la toile jusqu'au sol.
« Il m'a dit que c'était pareil, en plus épais, et sur le moment j'ai trouvé ça logique. »
Des gouttes sous la toile, un soir de janvier
En janvier, après une semaine de brouillard épais sur la Beauce, Gérard est allé jeter un œil. En soulevant un coin de la bâche, il a senti l'air froid et lourd, presque collant. Sur la face intérieure du plastique, des gouttes perlaient, alignées comme sur une vitre de salle de bain. Il a pensé à de la pluie passée par un œillet mal serré. Il a resserré une sangle, rabattu le coin, et il est rentré se réchauffer devant la télévision.
Quelques semaines plus tard, c'est Martine qui a remarqué autre chose. Le petit voyant vert du boîtier de charge, visible à travers le pare-brise quand on soulevait la toile, ne s'allumait plus. Elle en a parlé à table, un dimanche midi. Gérard a haussé les épaules en disant que le boîtier se mettait sûrement en veille quand la batterie était pleine. Soyons honnêtes, personne n'aime aller fouiller sous une bâche trempée par trois degrés, un dimanche après le rôti.
Février a été doux et pluvieux, mars aussi. Le jardin s'est transformé en éponge, la haie dégoulinait, l'herbe restait mouillée toute la journée. Sous la toile, personne ne voyait rien. Le camping-car restait là, immobile, enveloppé de bleu comme un colis oublié. Le couple pensait déjà au départ prévu fin avril vers la côte basque. Martine avait commencé à préparer une liste de courses pour le premier plein du placard, et Gérard regardait les aires de stationnement sur sa tablette.
L'odeur qui saute au visage à l'ouverture de la porte
Le premier week-end d'avril, sous un ciel enfin dégagé, ils ont retiré la bâche ensemble. Elle était lourde, alourdie par l'eau accumulée dans les plis, et du vert s'était formé sur les bords. Gérard a ouvert la porte de la cellule. L'odeur les a frappés d'un coup, une odeur de cave et de linge mouillé oublié dans une machine. Martine a reculé d'un pas. Sur le plafond au-dessus de la dînette, des taches grises s'étalaient en auréoles irrégulières.
Les rideaux occultants étaient piqués de points noirs, les joints de la porte de douche aussi. Dans les placards, les assiettes en mélamine portaient un voile humide. Gérard a voulu allumer le plafonnier pour mieux voir : rien. Pas un clignotement. Le panneau de contrôle affichait une tension si basse qu'elle n'avait aucun sens pour une batterie supposée pleine. Il a vérifié la rallonge, la prise du garage, le disjoncteur de la maison. Tout fonctionnait, le courant arrivait bien jusqu'au véhicule.
Il a d'abord accusé le chargeur intégré. Il a démonté le cache, contrôlé les fusibles, et trouvé l'un d'eux noirci. Après remplacement, le boîtier s'est rallumé, mais la batterie refusait toujours de remonter. Il l'a laissée charger toute une nuit. Le lendemain matin, elle retombait en quelques minutes dès qu'on allumait la pompe à eau. Martine a appelé un concessionnaire de camping-cars installé près de Chartres. Le premier rendez-vous disponible tombait dix jours plus tard, au milieu des préparatifs de départ.
« Je me disais que comme ça, branchée sur la prise du garage, la batterie resterait toujours pleine. »
Ce n'était ni une fuite ni une panne électrique
Le technicien, un homme d'une quarantaine d'années prénommé Yannick, a fait le tour du véhicule sans rien dire. Il a passé la main sur les joints du toit, inspecté les lanterneaux, appuyé sur les parois avec son humidimètre. Pas de fuite, a-t-il conclu, la cellule était étanche. Le problème venait de l'intérieur. Votre bâche, elle ne respire pas, a-t-il expliqué. L'humidité de l'air et du sol monte, se condense contre le plastique et retombe, et rien ne peut sortir.
En fermant toutes les aérations, le couple avait transformé le camping-car en boîte hermétique sous une serre froide. Le moindre écart de température entre le jour et la nuit faisait ruisseler la condensation. Les textiles, le bois aggloméré des meubles et les mousses avaient bu cette eau pendant des mois. Le moisi n'était pas venu de l'extérieur, il était né dedans. Une housse microporeuse, a précisé Yannick, laisse passer la vapeur d'eau dans un sens tout en arrêtant la pluie dans l'autre.
Pour la batterie, l'explication l'a surpris davantage. Le fusible du chargeur avait sauté au début de l'hiver, sans doute à cause de l'humidité ambiante. À partir de là, plus rien n'alimentait la batterie, alors que les petits appareils restaient branchés : détecteur de gaz, centrale électronique, horloge de l'autoradio. Pendant des semaines, ils ont pompé le courant jusqu'à vider la batterie en profondeur. Une batterie au plomb qui reste longtemps complètement à plat se sulfate, a dit le technicien, et dans votre cas elle ne s'en remettra pas.
La facture, le nettoyage et les nouvelles habitudes
La batterie cellule a dû être remplacée, pour un peu plus de deux cents euros posée. Il a fallu ajouter le traitement anti-moisissure de l'habitacle, le changement des rideaux et le nettoyage des mousses de la dînette. Au total, le couple a déboursé près de huit cents euros, sans compter les week-ends passés à frotter les placards au vinaigre blanc. Le départ vers la côte basque a été repoussé de trois semaines. J'ai voulu économiser trois cents euros sur une housse, j'en ai perdu bien plus, soupire Gérard.
Cet automne, ils ont changé de méthode. Gérard a acheté une vraie housse microporeuse adaptée aux dimensions du véhicule. Il laisse désormais les aérations de toit en position d'aération hivernale et a posé deux absorbeurs d'humidité dans la cellule. Il a surtout installé un coupe-circuit sur la batterie, qu'il bascule dès que le camping-car est rangé. Plus aucun appareil ne tire de courant en cachette. Une fois par mois, il branche un chargeur de maintien et vérifie la tension au voltmètre.
Martine, elle, a pris l'habitude d'aller ouvrir la porte par temps sec, une petite heure, pour laisser l'air circuler. Elle retire tous les textiles, comme avant, mais aussi les matelas, qu'elle range debout dans le garage. Ce qu'on croyait protéger, on l'étouffait, résume-t-elle. Avant de couvrir son propre véhicule pour l'hiver, mieux vaut vérifier quelques points simples, qui demandent peu de temps et évitent beaucoup de dégâts au printemps suivant.
« J'ai voulu économiser trois cents euros sur une housse, j'en ai perdu bien plus au printemps. »
- Choisir une housse microporeuse adaptée au camping-car, jamais une bâche plastique étanche.
- Laisser les aérations de toit entrouvertes et poser des absorbeurs d'humidité dans la cellule.
- Couper la batterie cellule avec un coupe-circuit pour stopper les consommations parasites.
- Brancher un chargeur de maintien et contrôler la tension au voltmètre une fois par mois.
- Retirer textiles, coussins et matelas, et ouvrir la cellule par temps sec régulièrement.
- Vérifier les fusibles du chargeur intégré avant de remiser le véhicule pour plusieurs mois.
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