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Il était un peu plus de dix heures, ce mardi d'octobre, et la bouilloire venait de claquer dans la cuisine de Monique. Dehors, sur les ardoises de sa maison de Saint-Brieuc, la mousse verte luisait sous une pluie fine. Puis la sonnette a retenti, deux coups brefs, et un homme en blouson orange souriait déjà derrière la vitre dépolie.
Une maison en pierre, une retraitée tranquille et un toit qui verdit
Monique a soixante et onze ans et vit seule depuis six ans dans une maison en pierre du quartier de Cesson. Ancienne secrétaire de mairie, elle connaît ses voisins par leur prénom et ses factures par cœur. Son mari s'occupait de tout ce qui touchait au toit, aux gouttières et au jardin. Depuis son départ, elle gère comme elle peut, avec méthode, un carnet à spirale posé près du téléphone. Chaque dépense y est notée, chaque artisan aussi, avec un petit commentaire au crayon.
Le toit, justement, l'inquiétait depuis le printemps. Les ardoises du côté nord avaient pris une teinte vert sombre, et des plaques de mousse tombaient parfois dans la cour après une averse. Sa fille Claire, qui habite à Rennes, lui avait conseillé de demander plusieurs devis avant l'hiver. Monique avait noté l'idée dans son carnet, sans se presser. Elle se disait qu'elle appellerait en novembre, quand les entreprises seraient moins débordées. Elle avait même découpé deux publicités dans le journal gratuit du quartier.
Ce matin-là, rien ne sortait de l'ordinaire. Elle avait fait son marché la veille, arrosé ses géraniums rentrés dans la véranda, écouté la radio en préparant son thé. La pluie bretonne tapotait contre les fenêtres avec cette régularité qu'elle trouvait presque rassurante. Quand la sonnette a retenti, elle a pensé au facteur, ou à la voisine du dessus qui passait parfois rendre un plat. Elle a ouvert la porte en gilet, une tasse encore à la main, sans aucune méfiance particulière.
Il connaissait déjà la mousse, le côté nord et le prix
L'homme s'est présenté poliment, prénom, nom d'entreprise, carte de visite imprimée avec un numéro de téléphone local. Il expliquait qu'il travaillait chez un voisin, deux rues plus loin, et qu'il avait remarqué son toit en passant. La mousse, disait-il, retenait l'humidité, faisait gonfler les ardoises et finirait par provoquer des fuites. Il parlait calmement, sans insister, en montrant du doigt le versant nord. Monique a reconnu exactement ce qui l'inquiétait depuis des mois, et cela l'a mise en confiance.
Il a proposé de monter tout de suite, puisque son équipe et son camion étaient déjà dans le quartier. Démoussage, traitement hydrofuge, nettoyage des gouttières, le tout pour deux mille huit cents euros. Un prix d'ami, a-t-il précisé, parce que le matériel était sur place et qu'il n'aurait pas à revenir. Monique a hésité, elle a parlé de sa fille, des devis qu'elle voulait comparer. Il a souri en disant qu'il comprenait, mais que la météo annonçait une semaine sèche, la dernière avant longtemps.
Soyons honnêtes, l'argument était bien choisi. Monique se voyait déjà passer l'hiver à surveiller les taches au plafond de la chambre d'amis. Il a sorti un bon de commande sur une planchette, l'a rempli devant elle dans l'entrée, et lui a demandé un acompte de neuf cents euros pour lancer le chantier. Elle a signé, puis elle a rempli un chèque sur le petit meuble à côté de la porte. On travaille demain matin, a-t-il dit en rangeant le papier, vous ne verrez même pas qu'on est là.
« J'ai fait une bêtise, je crois, j'ai signé pour le toit et j'ai déjà donné un chèque. »
Le soir, un détail sur le papier ne collait plus
L'après-midi a passé vite, entre la sieste et un coup de fil à une amie du club de lecture. Monique n'a pas parlé du toit, sans trop savoir pourquoi. Vers dix-neuf heures, en préparant sa soupe, elle a repris le bon de commande pour le recopier dans son carnet. C'est là qu'elle s'est arrêtée. L'adresse de l'entreprise renvoyait à une boîte postale dans une autre région, et la date d'intervention était déjà inscrite, le lendemain à huit heures.
Elle a cherché, au dos de la feuille, une mention qui parlerait de délai ou de possibilité d'annuler. Il y avait bien un petit encadré détachable, imprimé en caractères minuscules, qu'elle n'avait pas remarqué le matin. Le texte parlait de rétractation, mais elle ne comprenait pas comment cela pouvait s'accorder avec un chantier prévu dès le lendemain. Elle a aussi pensé au chèque, et à la phrase de l'homme sur le matériel déjà sur place. Quelque chose, dans cet enchaînement, lui paraissait trop rapide.
Elle s'est dit d'abord qu'elle se faisait des idées, que la fatigue la rendait soupçonneuse. Après tout, l'homme avait une carte, un nom, un camion blanc garé dans la rue. Et puis le toit avait vraiment besoin d'être nettoyé, elle le savait. Elle a mangé sa soupe devant le journal télévisé sans vraiment l'écouter. À vingt et une heures, le carnet toujours ouvert sur la table, elle a décroché le téléphone. J'ai fait une bêtise, je crois, a-t-elle dit à Claire, d'une voix plus petite que d'habitude.
Un numéro qui sonne dans le vide et une nuit blanche
Claire a d'abord voulu la rassurer, puis elle a posé des questions précises. Combien, quel moyen de paiement, quelle adresse sur le bon, quel numéro de téléphone. Monique lisait les informations une à une, et sa fille se taisait de plus en plus longtemps entre chaque réponse. Elles ont décidé d'appeler l'entreprise ensemble, en conférence, pour annuler poliment. Le numéro de la carte de visite a sonné six fois, puis une messagerie générique a proposé de laisser un message après le bip.
Monique a laissé un message, en articulant, avec son nom et son adresse, pour dire qu'elle ne souhaitait plus les travaux. Claire, elle, a tapé le nom de l'entreprise sur internet. Elle a trouvé un numéro d'immatriculation, une création récente, et quelques avis mitigés parlant de travaux bâclés et de relances insistantes. Rien qui prouve une escroquerie, mais rien de très rassurant non plus. Elle a conseillé à sa mère de faire opposition au chèque dès l'ouverture de la banque, le lendemain matin.
La nuit a été longue. Monique s'est relevée deux fois pour vérifier que la porte était bien fermée à clé, ce qu'elle ne faisait jamais. Elle se demandait ce qu'elle dirait si l'équipe sonnait à huit heures avec l'échelle. À huit heures dix, personne n'était venu, mais son agence bancaire lui a appris que le chèque avait déjà été déposé la veille au soir. On ne peut pas faire opposition pour un simple regret, madame, lui a expliqué le conseiller, gentiment mais fermement.
« Le souci, ce n'est pas que vous ayez signé, c'est qu'on vous ait fait payer le jour même. »
Ce n'était pas le contrat le problème, c'était le chèque
C'est une voisine, ancienne institutrice, qui lui a donné l'adresse d'une association de consommateurs installée en centre-ville. Monique y est allée le jeudi, son carnet et le bon de commande dans un sac en tissu. Elle a été reçue par Sylvie, une bénévole aux lunettes rouges, qui a tout lu sans rien dire pendant de longues minutes. Puis elle a posé le doigt sur la case de l'acompte. Le souci, a-t-elle dit, ce n'est pas que vous ayez signé, c'est qu'on vous ait fait payer.
Sylvie lui a expliqué ce que prévoit le code de la consommation quand un contrat est conclu chez soi, après une visite non sollicitée. Le client dispose de quatorze jours pour changer d'avis, sans avoir à se justifier ni à payer de pénalité. Et surtout, aucun paiement ne peut être demandé ni encaissé avant l'expiration d'un délai de sept jours après la signature. Un acompte réclamé sur le pas de la porte, le jour même, c'est interdit, a-t-elle répété, en détachant chaque mot.
Monique est restée un moment silencieuse, partagée entre le soulagement et une forme de honte. Elle avait passé trois jours à se reprocher sa naïveté, persuadée qu'une signature l'enchaînait pour de bon. En réalité, elle était dans son droit depuis le début, et c'était l'entreprise qui ne l'était pas. Sylvie l'a aidée à remplir le formulaire de rétractation et à rédiger une lettre recommandée avec accusé de réception, réclamant le remboursement des neuf cents euros. Elle a aussi évoqué un signalement possible auprès de la répression des fraudes.
Neuf cents euros récupérés et un carnet tenu autrement
La lettre est partie le vendredi matin. Pendant une semaine, il ne s'est rien passé, et Monique guettait le facteur avec une impatience nouvelle. Puis un appel est arrivé, depuis un numéro inconnu. L'homme au blouson orange, beaucoup moins souriant, parlait d'un malentendu et d'un matériel commandé exprès pour elle. Monique a répondu ce que Sylvie lui avait conseillé de dire, sans élever la voix. Dix-neuf jours après la signature, un virement de neuf cents euros est apparu sur son compte, sans un mot d'accompagnement.
Le toit, lui, est toujours vert. Monique a demandé trois devis, comme le voulait sa fille, à des artisans installés dans les Côtes-d'Armor depuis des années. Les prix allaient de mille neuf cents à deux mille six cents euros, avec des délais de quelques semaines. Elle a choisi une petite entreprise de Plérin, recommandée par sa voisine, qui interviendra au printemps. Je ne suis plus pressée, dit-elle, le toit a attendu dix ans, il attendra bien quelques mois de plus, et moi je dormirai mieux.
Dans son carnet à spirale, une nouvelle page porte désormais un titre souligné deux fois, démarchage. On connaît tous ça, ce moment où la politesse et l'urgence nous font dire oui avant d'avoir réfléchi. Monique en a tiré quelques règles simples, qu'elle répète maintenant à ses amies du club de lecture. Elle ne signe plus rien sur le seuil, ne sort plus son chéquier devant un inconnu, et garde le numéro de l'association collé sur le frigo. Ça m'a coûté trois nuits blanches, dit-elle, pas un centime de plus.
« Je croyais qu'une signature, c'était définitif, que je n'avais plus qu'à assumer et me taire. »
- Après une signature à domicile, vous disposez de quatorze jours pour vous rétracter sans justification.
- Aucun paiement, acompte compris, ne peut être exigé ni encaissé avant sept jours après la signature.
- Le bon de commande doit comporter un formulaire de rétractation détachable et l'adresse réelle de l'entreprise.
- Envoyez votre rétractation par lettre recommandée avec accusé de réception et gardez une copie.
- En cas d'acompte encaissé, réclamez le remboursement par écrit et signalez les faits à la répression des fraudes.
- Demandez toujours plusieurs devis à des artisans locaux avant de faire nettoyer une toiture.
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