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Il était un peu plus de sept heures, un mardi de novembre, dans un appartement du quatrième arrondissement de Lyon. Nadia versait l'eau chaude sur son thé quand un petit claquement sec est tombé dans l'évier. Puis un deuxième. Elle a levé les yeux vers le plafond, où une tache brune, large comme une assiette, brillait sous la lampe.
Un appartement de la Croix-Rousse où rien ne bougeait jamais
Nadia, 58 ans, vit depuis dix-sept ans au deuxième étage d'un vieil immeuble de la Croix-Rousse. Elle est aide-soignante dans une clinique de Caluire et part tôt le matin, avant que la rue ne s'éveille. Son appartement est petit, avec de hauts plafonds et des tomettes qui craquent dans le couloir. Elle connaît chaque bruit de l'immeuble, la porte lourde du hall, la chaudière qui ronronne l'hiver, les pas pressés dans l'escalier de bois.
Sa cuisine, elle l'a refaite elle-même il y a quatre ans, avec l'aide de son frère Karim. Ils avaient posé des meubles clairs, un plan de travail en chêne et une peinture blanche cassée au plafond. Nadia en était fière, sans le dire trop fort. Le dimanche, elle y prépare des gâteaux pour ses collègues, la radio allumée, la fenêtre entrouverte sur la cour pavée où sèche le linge des voisins du rez-de-chaussée.
Au-dessus, au troisième, vit Julien, un jeune ingénieur arrivé deux ans plus tôt. Ils se croisent dans l'escalier, échangent quelques mots sur la pluie ou les travaux de la place. Il est poli, discret, souvent en déplacement pour son travail à Grenoble. Nadia n'avait jamais eu le moindre souci avec lui. Dans cet immeuble, chacun vivait sa vie sans déranger l'autre, et c'était exactement ce qu'elle aimait dans ce quartier tranquille.
Le réflexe d'appeler le voisin et de lui laisser régler
Ce matin-là, Nadia a d'abord posé un saladier sous les gouttes, puis elle est montée frapper chez Julien. Personne n'a répondu. Elle a glissé un mot sous sa porte et lui a envoyé un message, la main encore tremblante. Julien a rappelé vingt minutes plus tard depuis la gare de Grenoble. Il s'est excusé longuement, a promis de prévenir son assureur dès son arrivée au bureau et de prendre tout en charge, comme il se doit.
Pour Nadia, la logique semblait évidente. L'eau venait de chez lui, c'était donc à lui et à son assurance de payer les dégâts. Elle se souvenait d'une vieille histoire de sa mère, des années plus tôt, où tout s'était réglé entre voisins par courrier. Elle n'a pas pensé une seconde à appeler sa propre compagnie. Après tout, se disait-elle, pourquoi faire grimper son dossier pour une faute qui n'était pas la sienne.
Elle est partie travailler un peu en retard, le cœur serré, laissant le saladier à moitié plein sur le carrelage. Dans le tramway, elle a pris des photos de la tache sur son téléphone pour les envoyer à Julien. Il a répondu avec un pouce levé et un message rassurant. Je m'occupe de tout, ne vous inquiétez pas, mon assureur va vous contacter très vite, avait-il écrit. Nadia l'a cru, sincèrement, et a rangé son téléphone.
« Je m'occupe de tout, ne vous inquiétez pas, mon assureur va vous contacter très vite. »
Une semaine plus tard, personne n'avait encore appelé
Les gouttes ont cessé dès le soir même. Un plombier était passé chez Julien et avait trouvé un joint fendu sous son lave-vaisselle, qui fuyait sans doute depuis plusieurs jours. Mais chez Nadia, la tache ne séchait pas vraiment. Elle s'étendait doucement vers la hotte, prenait une teinte jaunâtre sur les bords. Une odeur légère de cave flottait dans la cuisine le matin, quand elle ouvrait le placard au-dessus de l'évier.
Une semaine a passé sans nouvelles de la compagnie de Julien. Nadia l'a relancé, il a assuré avoir déclaré le sinistre. Il lui a transmis un numéro de dossier, une suite de chiffres qui ne lui disait rien. Elle a appelé le numéro de cette assurance, a attendu vingt-cinq minutes en musique, puis une conseillère lui a expliqué poliment qu'elle n'était pas leur cliente. Elle ne pouvait rien lui dire de plus.
Ce détail l'a troublée, sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi. Elle avait imaginé un expert qui viendrait, un chèque qui arriverait, une histoire réglée en quelques semaines. Au lieu de ça, elle se retrouvait devant un mur poli. Le soir, elle regardait le plafond en mangeant, comptant les nouvelles cloques dans la peinture. Je payais pour rien, ou quoi, se demandait-elle, sans oser encore appeler sa propre assurance.
Le constat amiable oublié et les placards qui gonflent
C'est sa collègue Sylvie, à la clinique, qui a posé la question qui fâche pendant une pause café. Tu as rempli un constat avec ton voisin, au moins ? Nadia a secoué la tête. Elle ignorait même qu'il existait un constat amiable de dégât des eaux, sur le modèle de celui des accidents de voiture. Sylvie lui a expliqué qu'elle avait vécu la même chose deux ans plus tôt, à Villeurbanne, et qu'elle avait perdu du temps.
Le soir même, Nadia a sonné chez Julien, enfin rentré. Ils ont rempli le formulaire ensemble sur la table de sa cuisine, au troisième, à côté du lave-vaisselle démonté. Julien semblait aussi perdu qu'elle, soyons honnêtes. Il pensait que son assurance allait tout gérer seule. On était deux à croire qu'on savait, et on ne savait rien du tout, a-t-il reconnu en riant un peu nerveusement, le stylo à la main.
Pendant ce temps, la cuisine continuait de souffrir. La porte du placard haut avait gonflé et ne fermait plus correctement. Le panneau de bois aggloméré s'était déformé au contact de l'humidité. Nadia a commencé à vider ses étagères, à empiler ses bocaux sur la table du salon. Elle se sentait dépossédée de cette pièce qu'elle avait construite avec son frère, et la fatigue des gardes de nuit n'arrangeait rien.
« On était deux à croire qu'on savait, et on ne savait rien du tout. »
Au téléphone, sa conseillère lui annonce que c'est à elle
Le lendemain, constat en main, Nadia a enfin appelé sa propre assurance habitation. Elle s'attendait à être renvoyée vers celle de Julien, comme on se renvoie une balle. La conseillère, une voix calme avec un léger accent du Sud, l'a écoutée jusqu'au bout. Puis elle lui a dit une chose qui l'a laissée muette quelques secondes : c'était à sa compagnie à elle d'ouvrir le dossier, de gérer l'expertise et d'indemniser ses dommages.
La conseillère lui a parlé de la convention IRSI, un accord signé entre les assureurs pour les dégâts des eaux dans les immeubles. Selon ce que Nadia a compris ce jour-là, lorsque les dommages chez l'occupant touché ne dépassent pas cinq mille euros hors taxes, c'est l'assureur de cet occupant qui prend la main. Peu importe d'où vient l'eau. Le responsable n'intervient pas directement dans l'indemnisation de la victime.
Et l'assureur de Julien, alors ? Il paie aussi, mais plus tard, et pas à elle. La conseillère lui a expliqué que sa compagnie se retournerait ensuite contre celle de son voisin pour récupérer les sommes versées. Une affaire entre professionnels, réglée entre eux. Moi qui croyais déranger en appelant, j'ai perdu dix jours pour rien, a soupiré Nadia. Elle a raccroché avec un numéro de sinistre, un vrai cette fois, et un rendez-vous fixé.
Un devis, un chèque et quelques leçons pour la prochaine fois
Un expert mandaté par son assurance est venu dix jours plus tard. Il a mesuré la tache, ouvert le placard gonflé, pris des photos sous plusieurs angles. Les dégâts ont été estimés à environ mille huit cents euros, peinture du plafond et remplacement de deux caissons compris. Nadia a dû avancer une partie des travaux, puis le versement est arrivé sur son compte, déduction faite de la franchise prévue par son contrat.
Elle n'a jamais su exactement comment s'est terminée la discussion entre les deux compagnies. Julien lui a simplement dit, un soir dans l'escalier, qu'on lui avait demandé la facture du plombier. Pour elle, l'essentiel était ailleurs : la cuisine avait retrouvé son blanc cassé, Karim était revenu poser les nouveaux meubles un samedi. On connaît tous ça, ces histoires qui traînent faute d'avoir appelé la bonne personne au bon moment.
Aujourd'hui, Nadia garde dans un tiroir un constat amiable vierge et une copie de son contrat. Elle a aussi pris l'habitude de jeter un œil, chaque mois, au plafond sous la salle de bains. Si ça recommence, j'appelle mon assurance le jour même, et je ne laisse plus sécher la tache en attendant, dit-elle. Avant de déclarer, elle conseille désormais de relire son propre contrat, plafonds et franchise compris.
« Moi qui croyais déranger en appelant, j'ai perdu dix jours pour rien. »
- Prévenir le voisin du dessus et faire couper l'arrivée d'eau dès les premières gouttes.
- Remplir ensemble un constat amiable de dégât des eaux, même entre voisins qui s'entendent bien.
- Déclarer le sinistre à son propre assureur dans les cinq jours ouvrés, sans attendre celui du voisin.
- Photographier les dégâts dès le premier jour, puis à mesure qu'ils évoluent.
- Garder factures, devis et références de dossier dans un même classeur.
- Relire son contrat habitation pour connaître sa franchise et ses garanties.
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