Il fait chauffer son ballon d’eau chaude la nuit depuis vingt ans : cet automne, sa facture grimpe sans qu’il ait touché à rien

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Il est six heures et quart, et la cuisine sent encore le café de la veille. Gérard, 64 ans, pose la main sur le tuyau qui sort du placard du cellier, comme chaque matin depuis vingt ans. Le cuivre est tiède, rassurant. Dehors, la pluie d'octobre tapote sur le toit de la véranda, et sur la table attend une enveloppe qu'il n'a pas encore ouverte.

Vingt ans de nuits tranquilles dans une maison de Sarthe

Gérard et Monique vivent dans un pavillon des années quatre-vingt, à la sortie d'un bourg de la Sarthe. Lui a été conducteur de travaux pendant trente ans, elle a tenu le secrétariat d'une école primaire. Ils connaissent chaque bruit de la maison, chaque craquement du parquet, chaque soupir de la chaudière. Le ballon d'eau chaude, un modèle de deux cents litres, trône dans le cellier depuis 2004. C'est Gérard qui l'a installé lui-même, un samedi de printemps, avec l'aide de son beau-frère.

Ce jour-là, il avait pris soin de brancher une horloge programmable sur le tableau électrique. Le principe était simple et il en était fier. Le ballon chauffait de minuit à six heures, quand l'électricité coûtait moins cher, puis se taisait toute la journée. L'eau restait chaude jusqu'au soir, largement assez pour deux douches, la vaisselle et le bain du petit-fils pendant les vacances. Pendant vingt ans, la mécanique a tourné sans qu'il ait besoin d'y repenser une seule fois.

Monique, elle, suivait les factures dans un classeur vert rangé sur l'étagère du bureau. Elle comparait les montants d'une année sur l'autre, notait les hausses au crayon dans la marge. Soyons honnêtes, les augmentations ne la surprenaient plus vraiment, tout le monde en parlait à la boulangerie. Mais la part du ballon restait stable, presque invisible dans le total. Le couple avait fini par considérer ce coin du cellier comme une affaire réglée, une de ces choses qu'on a bien faites une fois pour toutes.

Une horloge réglée une fois pour toutes, par prudence

À l'époque, Gérard avait hésité entre deux solutions. Le compteur pouvait commander directement le ballon grâce à un contact spécial, qui bascule tout seul au passage des heures creuses. Mais l'électricien du coin lui avait parlé de coupures, de relais capricieux, de ballons froids au réveil. Gérard n'aimait pas dépendre d'un signal qu'il ne voyait pas. Il avait préféré son horloge mécanique, avec ses petits ergots blancs qu'on enfonce à la main, heure par heure, et qu'on vérifie d'un coup d'œil.

Il avait recopié les horaires de ses heures creuses sur un papier, scotché à l'intérieur de la porte du tableau électrique. Vingt-deux heures trente, six heures trente, écrit au feutre noir. Il avait réglé le ballon sur une plage un peu plus courte, pour garder une marge. Ça me paraissait plus sûr de tout tenir moi-même, expliquait-il volontiers aux voisins qui demandaient conseil. Il ne voyait pas comment ce réglage pouvait mal tourner, puisque rien ne changeait jamais dans ce domaine.

Quand le compteur Linky est arrivé, quelques années plus tard, Gérard a regardé le technicien faire sans inquiétude particulière. L'appareil vert remplaçait l'ancien boîtier gris, voilà tout. Les heures creuses restaient les mêmes, lui avait-on assuré, et la facture n'avait pas bougé dans les mois suivants. L'horloge a continué de cliqueter chaque nuit, à minuit précis. Personne dans la maison n'imaginait que ce petit cadran, si sage, allait un jour se mettre à travailler contre eux, sans faire le moindre bruit différent.

« Gérard, on n'a rien changé, pourtant, regarde cette colonne, ça ne ressemble à rien de ce qu'on a eu. »

Un chiffre dans l'enveloppe qui refuse de coller

L'enveloppe ouverte ce matin d'octobre contient la régularisation. Monique la lit deux fois, puis sort le classeur vert. La consommation en heures pleines a nettement grimpé, alors que celle des heures creuses a fondu. Le montant global dépasse de plus de cent euros celui de l'an dernier. Elle pose la feuille devant son mari, à côté de son bol. Gérard, on n'a rien changé, pourtant, dit-elle, en tapotant la colonne du doigt. Il hausse les épaules, attribue tout aux prix.

Il a une explication toute prête, et elle tient la route en apparence. L'hiver dernier a été humide, ils ont allumé plus souvent le radiateur de la salle de bains. Le petit-fils est resté trois semaines en août, avec ses douches interminables. Gérard range la facture sur le buffet et part bricoler dans le garage. On connaît tous ça, cette petite voix qui dit que ça va passer, que le prochain relevé sera plus raisonnable. Il ne pense pas une seconde au cellier.

Mais Monique garde le chiffre en tête toute la journée. Le soir, elle reprend le classeur et aligne les relevés des douze derniers mois. La bascule ne date pas de l'été, ni de l'hiver. Elle commence nettement à la fin de l'année précédente, d'un mois sur l'autre, sans transition. Rien dans leurs habitudes n'a changé à cette date. Ni nouvel appareil, ni invité, ni panne. Elle entoure le mois au crayon rouge, pose le classeur sur l'oreiller de Gérard, et va se coucher.

Un plombier, un fils et trois hypothèses qui tombent

Le lendemain, Gérard accepte de chercher, ne serait-ce que pour avoir la paix. Il soupçonne d'abord une fuite. Il ferme tous les robinets, relève le compteur d'eau, attend une heure. L'aiguille ne bouge pas. Puis il pense au ballon lui-même, peut-être entartré après vingt ans de service, avec une résistance qui force. Il appelle Thierry, le plombier du bourg, qui passe un jeudi en fin de matinée, sa caisse à outils sous le bras et un air plutôt sceptique.

Thierry vidange une partie du ballon, inspecte l'anode, contrôle la résistance avec son appareil. Tout est dans les normes, un peu de calcaire mais rien d'anormal pour l'âge. Votre ballon est fatigué, mais il ne consomme pas plus qu'avant, je vous assure, conclut-il en rangeant ses clés. Il repart avec un café et un billet, laissant Gérard plus perplexe qu'avant. Monique, elle, est persuadée qu'un appareil caché tourne quelque part, peut-être le vieux congélateur du garage qui aurait perdu son joint.

C'est leur fils Julien, ingénieur à Nantes, qui reçoit l'appel suivant, un dimanche soir. Il écoute son père énumérer les vérifications, pose quelques questions sur les dates, puis demande une seule chose. Est-ce que tu as regardé tes horaires d'heures creuses récemment, sur ta facture. Gérard répond que non, puisqu'ils sont écrits sur la porte du tableau depuis vingt ans. Il y a un silence au bout du fil. Julien lui demande d'aller chercher la dernière facture et de lire la ligne exacte, à voix haute.

« Votre ballon est fatigué, mais il ne consomme pas plus qu'avant, je vous assure. »

Les heures creuses avaient glissé dans l'après-midi

Gérard déplie la facture sur la table de la cuisine, chausse ses lunettes et cherche la mention. Elle est là, en petits caractères, dans le cadre consacré au contrat. Les heures creuses ne sont plus d'un seul bloc la nuit. Une partie se situe désormais en début d'après-midi, et la plage nocturne a été raccourcie d'autant. Il relit trois fois. Le papier scotché sur la porte du tableau électrique, avec son feutre noir pâli, ne correspond plus à rien depuis près d'un an.

Julien lui explique au téléphone ce qu'il a lu dans la presse spécialisée. Enedis, le gestionnaire du réseau, déplace progressivement une partie des heures creuses vers l'après-midi, au moment où les panneaux solaires produisent beaucoup d'électricité. Le changement se fait par vagues, logement par logement, et il est signalé sur la facture. Les compteurs qui pilotent directement le ballon suivent les nouveaux horaires tout seuls. Mais une horloge réglée à la main, elle, continue d'obéir à l'ancien calendrier, sans rien savoir du reste.

Concrètement, chaque nuit, le ballon de Gérard démarrait à minuit comme d'habitude. Sauf qu'une partie de ces heures était désormais facturée au tarif plein. Et l'après-midi, quand l'électricité devenait moins chère, l'horloge gardait le ballon éteint. Le pire des deux mondes, résume Julien. Gérard repose la facture et regarde longtemps le cellier. C'est mon propre réglage qui me coûtait de l'argent, et je l'aurais défendu devant n'importe qui, dit-il à Monique. Elle ne répond rien, mais referme doucement le classeur vert.

Dix minutes devant le tableau pour reprendre la main

Le samedi suivant, Gérard ouvre la porte du tableau électrique et arrache le vieux papier. Il recopie les nouvelles plages horaires, lues sur son espace client en ligne avec l'aide de Monique, sur une feuille propre. Puis il reprend ses ergots blancs un par un. Une partie de la chauffe se fera désormais l'après-midi, le reste la nuit, exactement dans les créneaux indiqués. L'opération prend dix minutes. Il vérifie deux fois, referme le capot, et note la date au dos de la feuille.

Selon les calculs de Julien, l'erreur a coûté au couple un peu plus de cent euros sur l'année, sans compter le temps passé et la visite du plombier. Gérard aurait aussi pu demander à un électricien de raccorder le ballon au contact du compteur, pour qu'il suive automatiquement les horaires. Il y réfléchit pour le printemps. Dans sa situation, avec une horloge qui marche encore bien, il préfère pour l'instant garder la main, mais en surveillant désormais chaque facture d'un œil différent.

Monique a ajouté une ligne à sa routine de classement. À chaque facture, elle vérifie le cadre des heures creuses avant même de regarder le montant. Elle en a parlé à ses voisines, puis à sa sœur, qui a découvert le même décalage sur son propre ballon. Je pensais que c'était gravé dans le marbre, ces horaires, dit-elle en riant un peu. Le premier relevé après le changement est arrivé en décembre. La colonne des heures pleines a retrouvé son niveau d'avant, et le cuivre du cellier reste tiède chaque matin.

« C'est mon propre réglage qui me coûtait de l'argent, et je l'aurais défendu devant n'importe qui. »

  • Lire sur sa dernière facture le cadre qui indique les plages d'heures creuses.
  • Vérifier ces horaires sur son espace client du fournisseur, ils peuvent avoir changé récemment.
  • Comparer avec le réglage de l'horloge ou du programmateur du ballon d'eau chaude.
  • Reprogrammer la chauffe sur les nouvelles plages, y compris celles de l'après-midi.
  • Envisager un raccordement au contact du compteur pour suivre les horaires automatiquement.
  • Contrôler la répartition heures pleines et heures creuses sur la facture suivante.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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