Il part dans le Jura le 1er novembre avec quatre pneus neufs : au péage, une affiche jaune lui apprend qu’ils ne suffisent pas

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Le ticket sortait de la borne avec un petit sifflement, et la barrière du péage hésitait encore à se lever. Il était 8 h 40, le 1er novembre, et la buée remontait sur le pare-brise. À l'arrière, Inès dormait contre son oreiller. Julien tendait la main vers le ticket quand ses yeux sont tombés sur une grande affiche jaune, collée contre la vitre de la cabine.

Un gîte réservé en août pour fêter la Toussaint au calme

Julien a 41 ans, il est technicien de maintenance dans une usine de la banlieue lyonnaise. Avec Claire, sa compagne, et leur fille Inès, huit ans, il a pris l'habitude de partir chaque Toussaint dans un endroit où le téléphone capte mal. Cette année, le choix s'est porté sur un gîte en pierre, dans un village perché au-dessus de Saint-Claude. La réservation date du mois d'août, faite un soir de canicule, en rêvant de feux de bois.

La voiture, une compacte diesel de sept ans, n'a jamais posé de problème. Julien l'entretient lui-même, vérifie les niveaux, regarde la pression des pneus une fois par mois. Il connaît les bruits de son moteur comme ceux de sa maison. Claire le taquine souvent sur ce sujet, elle dit qu'il parle à sa voiture plus qu'à ses collègues. Lui répond que c'est grâce à ça qu'ils ne sont jamais restés en panne sur une aire.

Le Jura, ils ne le connaissaient pas vraiment. Ils y étaient passés une fois en été, pour voir les lacs, avec des tongs et une glacière. Pour Julien, la montagne restait un décor de vacances de juillet, des virages tranquilles, des vaches derrière des clôtures. Il savait vaguement qu'il pouvait neiger tôt là-haut, mais l'idée ne l'inquiétait pas. On roule doucement, on fait attention, disait-il, et puis la météo annonçait surtout de la pluie fine.

Quatre pneus neufs montés la veille, pour partir tranquille

Fin octobre, Julien avait remarqué que ses pneus avant arrivaient au témoin d'usure. Il n'a pas attendu. Il a pris rendez-vous dans un centre auto près de chez lui et, tant qu'à faire, il a demandé de changer les quatre. Le vendeur lui a proposé un modèle d'été réputé, silencieux, bien noté sur les tests de freinage sur sol mouillé. Julien a regardé les étiquettes, comparé deux références, puis signé un devis d'un peu plus de cinq cents euros.

Le montage a eu lieu le 31 octobre, en fin d'après-midi. Julien est reparti avec cette sensation que tout conducteur connaît, la voiture qui semble flotter, plus stable, plus précise dans les ronds-points. En rentrant, il a dit à Claire qu'ils partaient avec la voiture la plus sûre du quartier. Il était sincère. Pour lui, un pneu neuf, profond, bien gonflé, c'était la meilleure garantie possible, quelle que soit la route à prendre le lendemain.

Personne, au centre auto, ne lui a demandé où il comptait aller. Lui n'a pas pensé à le préciser. Il n'a pas non plus envisagé les pneus hiver, qu'il associait aux stations de ski et aux gens qui habitent là-haut. Soyons honnêtes, la plupart des automobilistes de plaine raisonnent ainsi. Il a rangé le vieux cric dans le coffre, ajouté les sacs de couchage, une caisse de bûchettes et les bottes en caoutchouc d'Inès.

« J'avais quatre pneus neufs, je me croyais la voiture la plus sûre du quartier, et en fait je n'étais même pas en règle. »

Au péage, une affiche jaune parle de pneus et de dates

L'affiche était simple, presque austère. Un pictogramme de montagne à trois pics, un flocon dessiné au milieu, et une phrase en gros caractères rappelant que, du 1er novembre au 31 mars, certains départements imposaient un équipement hivernal. Julien a lu la date deux fois. On était justement le 1er novembre. Derrière lui, une camionnette a donné un petit coup de klaxon, et il a démarré sans finir de lire la suite, le ticket coincé entre les dents.

Sur l'aire suivante, il a garé la voiture près des toilettes et a fait le tour des roues, accroupi, la capuche sur la tête. Il cherchait le petit dessin aperçu sur l'affiche, cette montagne avec son flocon. Sur le flanc des pneus neufs, il a trouvé des chiffres, une date de fabrication, le nom du modèle, des indications de charge. Mais aucun pictogramme de montagne. Il a frotté la gomme avec son pouce, comme si le symbole pouvait être caché sous la poussière.

Claire est sortie à son tour, un café à la main. Elle lui a demandé ce qu'il fabriquait par terre sous la pluie. Il a répondu, un peu agacé, que ce n'était sûrement rien, que l'affiche visait les poids lourds ou les gens qui montent en station. Elle a haussé les épaules. Ils sont repartis. Mais pendant vingt kilomètres, Julien n'a plus rien dit, les mains serrées sur le volant, la radio éteinte, en repensant à ce flocon.

Des appels, des forums et des réponses qui se contredisent

À la pause suivante, Julien a sorti son téléphone. Il a d'abord appelé le centre auto, qui était fermé pour le jour férié. Un message enregistré lui a souhaité une bonne Toussaint. Il a ensuite tapé quelques mots sur un moteur de recherche et s'est retrouvé sur des forums où chacun avait son avis. Les uns parlaient d'une simple recommandation, les autres d'une obligation, certains assuraient que les pneus marqués M+S suffisaient encore, d'autres le contredisaient.

Il a appelé la propriétaire du gîte, Martine, une femme d'une soixantaine d'années à la voix calme. Elle lui a expliqué qu'au village, tout le monde passait en pneus hiver dès la fin octobre, sans même se poser la question. Elle lui a dit, avec un petit rire : ici, on ne discute pas avec la route de novembre, on s'équipe et c'est tout. Puis elle a ajouté que le chemin du gîte grimpait sec sur les deux derniers kilomètres.

Julien a ensuite tenté sa chance auprès d'un garage de Saint-Claude. Pas de réponse. Un deuxième, à Morez, a décroché, mais le mécanicien lui a annoncé qu'il n'avait plus aucun jeu de pneus hiver à sa taille avant la semaine suivante. Tout le monde s'y prend au dernier moment, a-t-il soupiré. Claire, pendant ce temps, cherchait déjà un hôtel dans la vallée, au cas où. Inès, réveillée, demandait si on allait quand même voir la neige.

« Au village, on ne discute pas avec la route de novembre, on s'équipe fin octobre et on n'y pense plus. »

Le panneau rond à l'entrée du village et la vraie règle

C'est un panneau rond, bleu, croisé sur la route départementale, qui a tout éclairci. Il représentait un pneu entouré de chaînes, avec la mention des périodes. Julien s'est arrêté sur le bas-côté. Il a enfin compris de quoi il retournait. La loi Montagne, réformée ces dernières années, permet aux préfets de désigner des communes où, du 1er novembre au 31 mars, les voitures doivent être équipées pour l'hiver. Et le village du gîte figurait sur la liste.

La règle, il l'a lue ce soir-là en détail sur le site de la préfecture du Jura, au chaud, une fois installé. Dans ces communes, deux possibilités sont admises. Soit la voiture roule avec quatre pneus hiver ou quatre saisons portant le marquage 3PMSF, la fameuse montagne à trois pics et son flocon. Soit le conducteur garde dans son coffre des chaînes ou des chaussettes à neige, capables d'équiper au moins deux roues motrices. Les pneus neufs, eux, ne comptent pour rien.

C'est ce détail qui l'a le plus frappé. Il avait cru bien faire en choisissant de la gomme neuve, profonde, de qualité. Mais la loi ne s'intéresse ni à l'usure ni au prix du pneu, seulement au marquage. Un pneu d'été flambant neuf reste un pneu d'été, aussi performant soit-il sous la pluie. Julien l'a résumé à Claire en une phrase, assis sur le canapé : j'ai acheté le bon pneu, simplement pas pour la bonne saison, ni pour le bon endroit.

Des chaînes achetées en catastrophe et une leçon pour l'hiver

Ce jour-là, la chance était de leur côté. Il ne neigeait pas, la route était seulement humide, et aucun contrôle ne les attendait. Avant de grimper, Julien a quand même fait un détour par un supermarché de la vallée, où il restait deux paires de chaussettes à neige à sa taille. Quatre-vingt-dix euros, payés sans discuter. Il les a rangées dans le coffre, à côté des bûchettes. Le lendemain matin, la vitre de la cuisine était blanche de givre.

Le dimanche, il a fallu les monter pour redescendre, sous une petite neige collante. Julien s'est entraîné vingt minutes dans la cour du gîte, les doigts gelés, en suivant la notice. Martine est venue l'aider, en lui montrant comment tendre le tissu. Il a dit plus tard qu'il n'avait jamais roulé aussi lentement de sa vie, mais jamais avec autant de soulagement. Inès, elle, avait enfin vu la neige, et ne parlait plus que du bonhomme fait devant la porte.

De retour à Lyon, Julien a fait ses comptes. Cinq cents euros de pneus d'été, quatre-vingt-dix de chaussettes, et l'envie d'acheter un jeu de quatre saisons marqué 3PMSF lors du prochain changement. On connaît tous ça, ces dépenses faites trop tôt, une semaine avant d'avoir la bonne information. Sa conclusion est simple : avant de partir vers un massif entre novembre et mars, il regarde désormais deux choses, la liste des communes concernées et le flanc de ses pneus.

« J'ai frotté la gomme avec mon pouce pour trouver ce petit flocon, comme s'il était caché sous la poussière. »

  • Vérifier sur le site de la préfecture si la commune de destination figure sur la liste de la loi Montagne.
  • Retenir la période : obligation applicable du 1er novembre au 31 mars dans les communes désignées.
  • Chercher sur le flanc du pneu le symbole 3PMSF, une montagne à trois pics avec un flocon.
  • À défaut, garder des chaînes ou des chaussettes à neige pour au moins deux roues motrices dans le coffre.
  • S'entraîner à monter chaînes ou chaussettes avant le départ, au sec, et non au bord de la route.
  • Repérer les panneaux ronds à l'entrée des zones concernées, qui signalent le début de l'obligation.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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