Il s’endort chaque soir à 21 heures devant le journal télévisé : depuis le changement d’heure, ses yeux s’ouvrent à 5 heures dans le noir

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Il est 5 heures, un mardi de novembre, à Brest. Dans la cuisine de sa maison du quartier de Saint-Marc, Yves tourne la cuillère dans son bol, le radiateur cliquette, la pluie tapote le velux. Dehors, rien ne bouge encore sur la rue. La veille, il s'est endormi à 21 heures dans son fauteuil, la télécommande posée sur la cuisse, comme chaque soir depuis le changement d'heure.

Une maison de Saint-Marc, un fauteuil et des habitudes bien rodées

Yves a 71 ans et il a passé trente-cinq ans à l'arsenal de Brest, d'abord comme ajusteur, ensuite comme chef d'équipe. Il vit avec Monique dans une maison en pierre grise achetée en 1983, avec un petit jardin où poussent des hortensias bleus. Le matin, il fait les courses au marché, l'après-midi, il bricole dans l'atelier du fond. Leur vie a trouvé un rythme simple, presque immuable, que ni la retraite ni les années n'ont vraiment bousculé jusqu'ici.

Le soir, la routine est la même depuis longtemps. Monique fait la vaisselle pendant qu'Yves s'installe dans le fauteuil en cuir, face au téléviseur, une couverture écossaise sur les genoux. Ils regardent le journal, puis un film ou un documentaire sur la mer, qu'Yves adore. Vers 23 heures, ils montent se coucher, et le réveil sonne rarement avant 7 heures. Pendant l'été, il dort comme un loir, les fenêtres entrouvertes sur le bruit lointain du port.

Pourtant, chaque automne, quelque chose se dérègle sans prévenir. Yves ne s'en inquiète pas vraiment, parce que cela revient comme les marées d'équinoxe et repart au printemps. Il a fini par appeler ça sa saison de coq, en riant devant ses petits-enfants. Monique, elle, voit bien que son mari change pendant ces mois-là. Il devient plus grognon l'après-midi, il somnole après le déjeuner, et il manque systématiquement la fin des films qu'il avait pourtant choisis lui-même.

Le dernier dimanche d'octobre, il décide de profiter des matins

Cette année, au lendemain du passage à l'heure d'hiver, Yves prend une résolution qui lui paraît pleine de bon sens. Puisqu'il se réveille tôt, autant en profiter, se dit-il en enfilant son ciré jaune. Il décide de marcher chaque matin le long de la rade, dès qu'il fait jour, pour prendre l'air et se mettre en forme. Son médecin lui répète depuis deux ans qu'il doit bouger davantage, et la promenade lui semble la meilleure réponse possible.

Alors il part vers 7 h 30, au moment où le ciel se colore au-dessus du goulet. Il marche une heure, parfois davantage, sous une lumière franche qui fait briller les coques des bateaux. Il rentre ravi, les joues rouges, avec le pain frais et le journal. Les après-midi, en revanche, il reste au chaud, car à 17 h 30 il fait déjà presque nuit et la pluie bretonne n'encourage personne à sortir de la maison.

Monique trouve l'idée excellente et l'encourage sans réserve. Elle se dit que la fatigue saine du matin l'aidera à tenir le soir devant la télévision. Soyons honnêtes, tout le monde aurait pensé la même chose à sa place. Le grand air, l'exercice, la lumière du jour, tout cela ressemble à la recette idéale. Yves, d'ailleurs, se sent plus vif pendant les premières heures de la journée, et il raconte fièrement ses balades au voisin, Gérard, devant la boîte aux lettres.

« Je tourne en rond comme un vieux chat, il fait encore nuit et je n'ai plus sommeil. »

Trois semaines plus tard, le fauteuil le rattrape de plus en plus tôt

Au bout de quelques jours, un détail commence à clocher, mais personne n'y prête attention. Yves ne s'endort plus à 21 heures devant la télévision, il s'endort à 20 h 30, parfois pendant la météo. Monique le secoue doucement pour qu'il monte se coucher, et il proteste qu'il ne dormait pas du tout. Il grimpe l'escalier en bâillant, se glisse sous la couette et sombre en quelques minutes, sans même lire sa page habituelle.

Les matins, eux aussi, reculent. Il ouvre les yeux à 5 heures, puis à 4 h 45, l'esprit étonnamment clair. Il reste allongé dans le noir à écouter la pluie, en essayant de se rendormir, puis il abandonne et descend faire du café. Dans la cuisine silencieuse, il attend le jour en écoutant la radio à voix basse. Je tourne en rond comme un vieux chat, dit-il un matin à Monique, qui le trouve déjà habillé à son lever.

Sur le moment, Yves met tout ça sur le compte de l'âge. On connaît tous ça, ces histoires de vieux qui dorment moins et se lèvent avec les poules. Il se dit que c'est normal, que son père faisait pareil, et qu'il faut l'accepter. Mais au fond de lui, quelque chose le gêne. Il n'a pas l'impression de dormir moins, il a l'impression que toute sa journée glisse vers l'avant, comme une montre réglée trop tôt.

Tisane, somnifère refusé et soirées interminables à lutter contre le sommeil

Mi-novembre, Yves décide de réagir. Il essaie d'abord de résister au sommeil le soir, en se levant du fauteuil pour faire les cent pas dans le salon. Il ouvre la fenêtre pour prendre le froid sur le visage, boit un café à 19 heures malgré les protestations de Monique. Rien n'y fait. Il finit par s'assoupir quand même, mais il se réveille ensuite à 2 heures du matin, la bouche sèche, et ne retrouve plus le sommeil.

Il tente ensuite les tisanes de tilleul, les gouttes de lavande sur l'oreiller, une émission de radio sur la relaxation. Monique lui suggère de voir le médecin traitant, ce qu'il finit par faire début décembre. Le docteur l'écoute, l'examine, lui pose beaucoup de questions sur ses horaires et ses promenades. Il évoque la possibilité d'un traitement, mais Yves refuse tout net. Je ne veux pas de cachets pour dormir, j'ai vu ce que ça a fait à mon frère, répond-il.

Le médecin ne se vexe pas. Il lui propose plutôt de tenir un carnet pendant deux semaines, en notant l'heure d'endormissement, celle du réveil, les siestes et les sorties dehors. Yves trouve ça un peu scolaire, mais il s'y plie avec sa rigueur d'ancien de l'arsenal. Chaque soir, il remplit une ligne au crayon à papier, sur un vieux cahier quadrillé de son petit-fils. Il ne se doute pas que ces colonnes vont lui montrer quelque chose qu'il avait sous les yeux.

« Je ne veux pas de cachets pour dormir, j'ai vu ce que ça a fait à mon frère. »

Ce que le carnet révèle sur la lumière de ses promenades matinales

Quand Yves revient avec son carnet, le médecin le parcourt en silence, puis pose le doigt sur une colonne. Toutes les sorties ont lieu le matin, entre 7 h 30 et 9 heures, jamais l'après-midi. Il lui explique alors, dans des mots simples, comment fonctionne l'horloge interne. Selon lui, la lumière du matin agit comme un signal qui recale cette horloge et la pousse vers l'avant. Autrement dit, plus Yves prend une lumière vive tôt, plus son corps réclame le lit tôt.

Le passage à l'heure d'hiver n'arrange rien, poursuit le médecin. En reculant les pendules d'une heure, on décale soudain les repères de la journée, et le soir arrive plus vite. Avec des journées courtes, la lumière de fin d'après-midi disparaît presque. Chez quelqu'un qui est déjà naturellement du matin, comme Yves, le rythme s'avance encore. Ce n'est ni l'âge seul ni une angoisse cachée, c'est un réglage, explique-t-il, en dessinant une horloge sur son bloc d'ordonnances.

Yves reste un moment interdit. Ses promenades à l'aube, celles qu'il croyait si bonnes pour lui, entretenaient exactement le problème qu'il voulait combattre. Et ses petites siestes devant la télévision, vers 20 heures, n'étaient pas un simple relâchement. Elles grignotaient la pression du sommeil, puis le réveillaient en pleine nuit. Alors c'est moi qui me réglais tout seul comme un réveil, murmure-t-il. Le médecin sourit et lui propose une autre manière d'organiser ses journées, sans rien prendre.

Marcher à 16 heures, une lampe au salon, et l'hiver change

Dès la semaine suivante, Yves inverse ses habitudes. Il garde un matin tranquille, volets à demi fermés, café dans la cuisine à la lumière douce d'une petite lampe. Sa promenade le long de la rade, il la fait désormais vers 15 h 30 ou 16 heures, pour capter les dernières lueurs du jour. Monique l'accompagne parfois, emmitouflée dans son écharpe. Les soirs, ils allument franchement le salon et Yves s'assoit sur une chaise plutôt que dans le fauteuil trop moelleux.

Il faut presque trois semaines pour que les choses bougent vraiment. Peu à peu, Yves tient jusqu'à 22 heures, puis 22 h 30, sans lutter. Les réveils de 5 heures deviennent des réveils de 6 h 30, parfois 7 heures. Il voit enfin la fin des films, et il en parle à Gérard avec le même enthousiasme qu'il réservait à ses marches. Ça ne m'a rien coûté, à part changer l'heure de mes chaussures, dit-il en riant.

Cette histoire, bien des retraités la vivent chaque hiver sans la comprendre. Elle ne dit pas que le matin est mauvais pour tout le monde, mais que, chez les lève-tôt, la lumière vive de l'aube peut accentuer le décalage. Yves, lui, a retrouvé ses soirées et sa bonne humeur. Il garde le carnet dans le tiroir du buffet, au cas où. Et au prochain changement d'heure, il compte bien ressortir son ciré à 16 heures, pas avant.

« Alors c'est moi qui me réglais tout seul comme un réveil, avec mes promenades du matin. »

  • Noter pendant deux semaines heures de coucher, de réveil, siestes et sorties dehors.
  • Sortir marcher en fin d'après-midi pour profiter de la dernière lumière du jour.
  • Garder une lumière douce le matin si l'on se réveille trop tôt.
  • Éviter de somnoler devant la télévision en début de soirée, préférer une chaise au fauteuil.
  • Bien éclairer la pièce de vie le soir pour rester éveillé plus longtemps.
  • En parler à son médecin si les réveils précoces persistent ou pèsent sur la journée.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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