Il veut abattre le vieux tilleul qui assombrit son jardin à Dijon : l’élagueur range sa tronçonneuse et refuse de toucher au tronc

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Il était sept heures et demie, un samedi de mars, et la rosée collait encore aux bottes de Gérard. Au fond du jardin, le tilleul dressait ses branches nues contre un ciel pâle. Le camion de l'élagueur venait de se garer dans la rue, moteur coupé, portière claquée. Gérard tenait deux cafés fumants, persuadé que l'arbre serait couché avant midi.

Trente ans à l'ombre d'un arbre qu'il n'avait pas choisi

Gérard, 58 ans, a acheté cette maison de la rue des Écoles, à Dijon, au début des années quatre-vingt-dix. Ancien technicien chez un équipementier automobile, il aime les choses qui fonctionnent et les jardins bien tenus. La maison était belle, avec sa façade en pierre claire et son petit perron. Mais au fond du terrain se dressait déjà ce tilleul immense, planté bien avant lui. Les anciens propriétaires en parlaient avec tendresse, comme d'un membre de la famille.

Pendant des années, Gérard s'en est accommodé, et même davantage. Les étés caniculaires, l'ombre tombait sur la table de jardin comme une bénédiction. Ses enfants y avaient accroché une balançoire, puis une cabane de planches mal clouées. Sa femme, Christine, y lisait le dimanche après-midi, un chapeau de paille posé sur les genoux. Le parfum des fleurs, en juin, envahissait toute la maison au moindre souffle. On connaît tous ça, ces arbres qui finissent par faire partie du décor sans qu'on y pense.

Seulement, l'arbre a grandi, et la famille a changé. Les enfants sont partis, la balançoire a pourri, la cabane a fini à la déchetterie. Christine voulait un potager, des tomates, des courgettes, quelques fraisiers le long du muret. Or le tilleul dépasse désormais le toit de la maison de plusieurs mètres. Son ombre couvre presque tout le terrain dès le début d'après-midi. Rien ne pousse sous lui, hormis une mousse épaisse et quelques pousses de lierre qui grimpent au tronc.

Une décision mûrie pendant tout un hiver de feuilles mortes

L'automne dernier a fini de convaincre Gérard. Les feuilles sont tombées par brouettes entières, bouchant les gouttières et colmatant le regard d'évacuation de la cour. Il a passé six week-ends à ratisser, à remplir des sacs, à grimper sur une échelle bancale. Un soir de novembre, le dos raide, il a annoncé à Christine qu'il allait le faire abattre. Elle a hésité un moment, puis elle a haussé les épaules en pensant au potager.

Gérard a fait les choses sérieusement, du moins le croyait-il. Il a demandé trois devis à des élagueurs de l'agglomération, comparé les prix et les délais. Il a retenu Sébastien, un artisan installé à Chenôve, recommandé par un collègue de son club de pétanque. Le devis annonçait mille huit cents euros, abattage, dessouchage et évacuation compris. Gérard a signé sans discuter, rassuré par le sérieux du bonhomme et par ses photos de chantiers.

Dans sa tête, la question était réglée depuis longtemps. Le terrain était à lui, l'arbre poussait chez lui, il payait les impôts fonciers chaque année. Il avait même prévenu ses voisins, les Moreau, par politesse, pour qu'ils ne s'inquiètent pas du bruit. Madame Moreau lui avait dit qu'elle regretterait l'arbre, mais qu'elle comprenait parfaitement. Personne n'avait évoqué le moindre obstacle, et Gérard n'avait pas imaginé qu'il puisse y en avoir un.

« Mais c'est mon jardin, c'est mon arbre, je paye mes impôts dessus depuis trente ans. »

Le matin où l'élagueur a sorti un papier au lieu d'une tronçonneuse

Sébastien a bu son café debout, en tournant lentement autour du tronc. Il a tapoté l'écorce, levé les yeux vers la cime, estimé la hauteur à une vingtaine de mètres. Puis il a posé une question que Gérard n'attendait pas du tout. Il voulait savoir si la mairie avait donné son accord pour l'abattage. Gérard a cru à une plaisanterie et a ri franchement, sa tasse à la main.

L'élagueur, lui, ne riait pas. Il a expliqué que certains arbres de Dijon étaient repérés dans le plan local d'urbanisme, le PLU intercommunal de la métropole. Un tilleul de cet âge, dans ce quartier ancien, avait de bonnes chances d'en faire partie. Il ne commencerait pas sans avoir vu une déclaration préalable acceptée, a-t-il dit. Gérard a protesté, argumenté, rappelé que le devis était signé depuis des semaines.

Sébastien a tenu bon, poliment mais fermement. Il a raconté qu'un confrère avait abattu un cèdre l'an passé pour un client pressé. Le client avait écopé d'un procès-verbal, et l'artisan s'était retrouvé lui aussi dans les ennuis. Je ne prends plus ce risque, j'ai une entreprise à faire tourner, a-t-il lâché en rangeant son matériel. Le camion est reparti vers neuf heures, laissant Gérard seul devant son arbre intact.

Des coups de fil, des formulaires et une attente qui s'étire

Le lundi suivant, Gérard a d'abord appelé sa fille, juriste dans une banque à Lyon. Elle lui a conseillé de vérifier directement auprès du service urbanisme avant de s'énerver. Il a donc composé le numéro de la mairie, attendu vingt minutes une musique d'accueil interminable. Une agente lui a répondu qu'il fallait consulter le règlement graphique du PLU, parcelle par parcelle. Soyons honnêtes, Gérard ne savait même pas ce qu'était un règlement graphique.

Il a passé une soirée entière devant l'ordinateur, Christine penchée par-dessus son épaule. Ils ont cherché le géoportail de l'urbanisme, zoomé sur leur rue, cliqué sur des couches colorées. Sur la carte, au fond de leur parcelle, un petit symbole vert apparaissait précisément à l'endroit du tilleul. La légende parlait d'un élément de paysage à protéger. Christine a regardé son mari sans rien dire, et il a refermé l'ordinateur un peu brusquement.

Le lendemain, Gérard s'est rendu en personne au guichet de l'urbanisme. Il espérait une dérogation rapide, un simple tampon, une formalité d'une matinée. On lui a remis le formulaire de déclaration préalable, avec la liste des pièces à fournir. Il fallait un plan de situation, des photos de l'arbre, une explication des motifs de l'abattage. Le délai d'instruction annoncé était d'un mois, et rien ne garantissait la réponse.

« Je ne commence pas tant que je n'ai pas vu l'accord de la mairie, c'est tout. »

Ce n'était pas une lubie administrative, c'était le paysage du quartier

C'est une instructrice du service, rencontrée lors d'un rendez-vous, qui a éclairé Gérard. Elle lui a expliqué que le PLU pouvait classer un arbre comme élément de paysage protégé ou en espace boisé classé. Dans ces cas-là, l'abattage demande une déclaration préalable, même au fond d'un terrain privé. Peu importe que le propriétaire paye ses impôts ou entretienne l'arbre depuis trente ans. La protection suit l'arbre, pas le titre de propriété, avait-elle résumé tranquillement.

Gérard a découvert que son tilleul figurait dans un inventaire réalisé lors de l'élaboration du document. On l'y décrivait comme un sujet remarquable, visible depuis la rue, participant à la trame verte du quartier. Les rues anciennes de Dijon comptent peu d'arbres de cette taille, et chacun compte pour l'ombre en été. Moi je voyais une corvée de feuilles, eux voyaient un morceau de la ville, a-t-il avoué plus tard. Cette phrase, il la répète souvent depuis.

L'instructrice a aussi évoqué ce qui serait arrivé si Sébastien avait coupé ce matin-là. Selon ce qu'elle a expliqué à Gérard, un abattage sans autorisation l'aurait exposé à des poursuites et à une amende. On aurait aussi pu exiger de lui une replantation, à ses frais. Gérard a fait le calcul de tête, assis sur sa chaise en plastique. Les mille huit cents euros du devis lui ont soudain paru la partie la moins chère de l'affaire.

Un dossier déposé, un arbre élagué et un potager déplacé

Finalement, Gérard n'a pas déposé de demande d'abattage. Sébastien, rappelé quelques jours plus tard, lui a proposé une autre solution, plus douce. Un élagage raisonné, en éclaircissant le houppier pour laisser passer davantage de lumière. Pour ces travaux d'entretien, l'instructrice lui avait indiqué qu'il valait mieux, là encore, se renseigner avant. Gérard a joint des photos, une note de l'élagueur, et attendu sagement le retour du service.

Le chantier a eu lieu un mardi de fin avril, sous un ciel lumineux. Il a coûté huit cents euros, moitié moins que l'abattage prévu. La lumière tombe aujourd'hui en taches mouvantes sur la pelouse, et l'herbe repousse lentement. Christine a installé son potager le long du mur sud, là où le soleil arrive dès le matin. Les tomates ont pris, les courgettes envahissent déjà la bordure, a-t-elle raconté fièrement aux Moreau.

Gérard, lui, regarde l'arbre autrement depuis cette histoire. Il ramasse toujours les feuilles en novembre, en pestant un peu, mais il a acheté un broyeur. Il en fait du paillage pour le potager de Christine, ce qui l'amuse beaucoup. Avant de toucher à un arbre, Gérard conseille désormais à ses amis quelques vérifications simples. Il en a même dressé une liste, punaisée dans le cabanon, à côté du sécateur.

« Sur la carte, il y avait un petit rond vert pile à l'endroit du tilleul. »

  • Consulter le PLU de sa commune sur le géoportail de l'urbanisme, parcelle par parcelle.
  • Repérer sur le plan un symbole d'élément de paysage protégé ou d'espace boisé classé.
  • Appeler ou rencontrer le service urbanisme de la mairie avant de signer un devis.
  • Déposer une déclaration préalable avec plan, photos et motifs si l'arbre est protégé.
  • Prévoir environ un mois d'instruction avant toute intervention sur l'arbre.
  • Demander à l'élagueur s'il existe une alternative, comme un élagage raisonné.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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