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Il était un peu plus de huit heures, sur la départementale qui longe l'Ardèche, et la chaleur montait déjà du bitume. Sylvie tenait le volant à deux mains, la radio en sourdine. Derrière elle, les vélos cliquetaient contre leur support. Au rond-point, un gendarme en gilet jaune a levé la main, lentement, et lui a fait signe de se ranger.
Trois étés de liberté sur les routes du Sud
Sylvie a cinquante-huit ans et elle a été institutrice pendant plus de trente ans dans un village de la Drôme. Quand elle a pris sa retraite, elle a vendu sa petite voiture et acheté un camping-car d'occasion. C'était un modèle profilé de sept mètres, blanc avec une bande grise, immatriculé pour 3,5 tonnes. Elle voulait pouvoir le conduire avec son simple permis B, sans formalité supplémentaire. Le vendeur lui avait assuré que ce gabarit convenait parfaitement à une personne seule ou à un couple.
Depuis, chaque été, elle part plusieurs semaines avec Gérard, son compagnon, ancien menuisier de soixante et un ans. Ils ont leurs habitudes, leurs aires préférées, leurs petits marchés du dimanche matin. Gérard s'occupe des vidanges et de la mécanique, Sylvie prépare les itinéraires sur une vieille carte routière. Ils aiment les gorges, les villages perchés, les baignades dans les rivières froides. Le camping-car est devenu leur maison d'été, rangée avec soin, chaque objet à sa place depuis le premier voyage.
Cette année, ils avaient prévu trois semaines entre l'Ardèche et les Cévennes, avec une étape chez la fille de Gérard près d'Alès. Rien de nouveau, en somme, seulement une boucle un peu plus longue que d'habitude. Sylvie se sentait à l'aise au volant, elle connaissait le gabarit et les réactions du véhicule dans les virages. Jamais un accrochage, jamais une contravention en trois ans. Elle avait d'ailleurs fait réviser les freins au printemps, chez le garagiste du village, par simple précaution.
Cette fois, ils avaient décidé de ne rien laisser derrière
L'idée des vélos venait de Gérard. Il avait lu qu'une voie verte longeait une partie de la rivière et il voulait la parcourir. Ils avaient donc acheté deux vélos à assistance électrique, plus lourds que des vélos classiques, et un porte-vélos arrière. Gérard l'avait fixé lui-même un samedi après-midi, en vérifiant chaque boulon deux fois. Les batteries étaient rangées dans la soute, emballées dans une couverture, pour éviter les chocs sur les routes de montagne.
Pour les provisions, Sylvie avait fait comme toujours, mais en plus grand. Elle se méfiait des petites épiceries de campagne, trop chères et souvent fermées le lundi. Elle avait donc rempli les placards de conserves, de pâtes, de bouteilles d'eau minérale et de quelques caisses de vin local. Le frigo débordait. Gérard avait ajouté sa caisse à outils, deux chaises pliantes neuves, un barbecue et une petite table de camping en métal.
Et puis il y avait l'eau. Le réservoir propre contenait un peu plus de cent litres, et Sylvie l'avait rempli à ras bord avant de partir. Soyons honnêtes, c'est un réflexe que beaucoup de camping-caristes partagent. On ne sait jamais où l'on trouvera la prochaine borne, et l'idée de manquer d'eau dans un coin isolé rassure peu. Elle avait aussi rempli le chauffe-eau, et les deux bouteilles de gaz étaient pleines. Tout semblait prêt, propre, organisé.
« Je pensais que 3,5 tonnes, c'était le poids de mon camping-car, pas la limite à ne surtout pas dépasser. »
Un camping-car qui tirait un peu plus dans les montées
Dès les premiers kilomètres, Sylvie a remarqué quelque chose. Dans la montée qui quitte la vallée du Rhône, le moteur peinait davantage que d'habitude. Elle devait rétrograder plus tôt, et le camping-car mettait du temps à reprendre de la vitesse. Elle en a parlé à Gérard, qui a haussé les épaules. Selon lui, c'était la chaleur, ou peut-être le vent de face. Il faisait déjà trente degrés à dix heures du matin, rien d'étonnant à ce que le diesel souffre un peu.
Dans les virages, elle a aussi senti l'arrière plus lourd, comme si le véhicule s'asseyait. Au freinage, avant un village, elle a dû appuyer plus fort qu'à l'ordinaire sur la pédale. Elle a ralenti, par prudence, sans vraiment s'inquiéter. Je me suis dit que je perdais la main, que j'avais pris de mauvaises habitudes pendant l'hiver, a-t-elle raconté plus tard. Elle a mis ça sur le compte de la fatigue et du soleil.
Gérard, lui, n'avait rien remarqué depuis le siège passager. Il regardait les falaises et lisait à voix haute le guide touristique. À l'étape du premier soir, Sylvie a jeté un œil aux pneus arrière, qui lui semblaient un peu écrasés. Elle s'est dit qu'il faudrait vérifier la pression à la prochaine station. Puis le dîner, la baignade, la soirée douce sous les platanes lui ont fait oublier ce détail. Le lendemain matin, ils repartaient vers le sud, tranquillement.
Le gendarme a regardé l'arrière du véhicule sans rien dire
Le contrôle avait lieu à la sortie d'un rond-point, sur une aire aménagée où plusieurs véhicules attendaient. Le gendarme a demandé les papiers, la carte grise, l'attestation d'assurance. Tout était en ordre. Puis il a fait le tour du camping-car, lentement, en s'attardant sur le porte-vélos et sur les roues arrière. Sylvie le voyait dans le rétroviseur, les mains dans le dos. Il est revenu à la portière et lui a demandé si elle avait une idée du poids de son véhicule.
Elle a répondu ce qu'elle croyait savoir : 3,5 tonnes, comme indiqué sur la carte grise. Le gendarme a souri, sans moquerie, et lui a expliqué que ce chiffre était une limite, pas un poids réel. Il lui a demandé de suivre un collègue jusqu'à une bascule installée un peu plus loin. Gérard a protesté doucement, en disant qu'ils n'avaient rien de spécial, seulement des affaires de vacances. Le gendarme a répondu que c'était justement ce qu'on lui disait toute la journée.
Sylvie a senti ses mains devenir moites sur le volant pendant qu'elle manœuvrait vers la plateforme. Elle a pensé aux vélos, à l'eau, aux caisses de vin. Elle a tenté de calculer de tête, sans y parvenir. Plusieurs autres camping-cars attendaient déjà leur tour, et elle a vu un couple de Belges discuter avec un agent, l'air dépité. Sur l'écran de la balance, les chiffres défilaient pour chaque véhicule. Elle s'est garée, a coupé le moteur, et a attendu.
« Chaque chose paraissait légère quand je la rangeais, c'est l'addition qui m'a assommée sur la bascule. »
Sur l'écran de la bascule, 3 910 kilos
Le chiffre est apparu en quelques secondes : 3 910 kilos. Soit plus de quatre cents kilos au-delà du poids total autorisé en charge. Sylvie a d'abord cru à une erreur. Le gendarme lui a expliqué, avec patience, que son camping-car pesait probablement autour de trois tonnes à vide, en ordre de marche. Il ne lui restait donc qu'environ cinq cents kilos pour tout le reste : les passagers, les bagages, l'eau, les vélos, les provisions, le gaz.
Or les deux voyageurs pesaient à eux seuls près de cent cinquante kilos. Les vélos électriques et leur support, une soixantaine. L'eau du réservoir et du chauffe-eau, plus de cent dix. Les bouteilles de gaz, les conserves, le vin, les outils, la vaisselle et les chaises faisaient le reste. On connaît tous ça, chaque objet paraît léger quand on le pose dans le placard. C'est leur addition qui finit par peser. Gérard a recompté sur ses doigts, incrédule, puis s'est tu.
Le gendarme a aussi précisé que le poids à vide indiqué par le constructeur était souvent théorique. Les options ajoutées au fil des années, l'auvent, la parabole, le porte-vélos, la seconde batterie, alourdissent le véhicule sans que personne y pense. Le vôtre a peut-être cent kilos de plus que sur la fiche, a-t-il dit en tendant le procès-verbal. La surcharge a été constatée, l'amende dressée. Et il a ajouté une phrase qui a beaucoup plus inquiété Sylvie que le montant lui-même.
Ce que Sylvie vérifie désormais avant chaque départ
Cette phrase concernait l'assurance. Le gendarme lui avait fait remarquer qu'en cas d'accident, un véhicule en surcharge pouvait poser problème à l'assureur. Sylvie a appelé le sien dès le soir même. Sa conseillère lui a confirmé que, selon son contrat, une surcharge constatée pouvait compliquer une prise en charge. Elle n'a pas voulu en savoir davantage. Avant de repartir, elle a dû vider le réservoir d'eau sur l'aire de service et laisser une partie des affaires chez la fille de Gérard.
Le reste du voyage s'est passé autrement. Ils ont roulé avec une vingtaine de litres d'eau seulement, en remplissant aux bornes, qui étaient finalement nombreuses. Ils ont acheté leurs provisions au jour le jour, dans les marchés. Le camping-car grimpait mieux, freinait mieux, et Sylvie conduisait l'esprit léger. J'ai eu de la chance de me faire arrêter là plutôt que dans une descente, a-t-elle reconnu un soir devant le feu de camp.
De retour chez elle, elle a fait peser son camping-car à vide sur une bascule publique, près d'une coopérative agricole. Le résultat dépassait de cent vingt kilos la valeur annoncée sur la fiche technique. Depuis, elle tient une petite liste collée à l'intérieur du placard, avec le poids de chaque gros équipement. Elle la relit avant chaque départ, comme on relit une liste de courses. Et elle la montre volontiers aux voisins des aires, qui l'écoutent souvent avec un léger malaise.
« Ce n'est pas l'amende qui m'a fait peur, c'est l'idée d'un accident avec une assurance qui discute. »
- Faire peser son camping-car à vide sur une bascule publique pour connaître son poids réel.
- Soustraire ce poids du PTAC inscrit sur la carte grise pour calculer la charge utile disponible.
- Compter les passagers, les vélos, le gaz, l'eau et les provisions dans cette charge utile.
- Voyager avec le réservoir d'eau propre presque vide et le remplir sur place aux bornes.
- Acheter ses provisions en route plutôt que de remplir placards et soutes avant le départ.
- Demander à son assureur ce que prévoit son contrat en cas de surcharge constatée.
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