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Dimanche, sept heures et quart. Sylvie posait la bouilloire sur le feu quand une goutte est tombée sur le carrelage, juste à côté de son chausson. Elle a levé les yeux. Au-dessus de l'évier, une auréole brune, large comme une assiette, gonflait la peinture blanche. Dans l'appartement du dessus, on entendait encore la machine à laver tourner.
Un deuxième étage tranquille, une cuisine repeinte au printemps
Sylvie a cinquante-huit ans et vit depuis onze ans dans ce deux-pièces d'un immeuble des années soixante, à Tours. Elle est secrétaire médicale, part à huit heures moins le quart et rentre vers dix-huit heures. Son appartement, elle le loue, mais elle l'a toujours traité comme le sien. Au printemps, elle avait repeint elle-même la cuisine en blanc cassé, deux couches, un week-end entier. Elle en était fière, et elle le disait volontiers à sa sœur au téléphone.
Au-dessus d'elle vit Karim, un jeune infirmier qui travaille de nuit et qu'elle croise surtout dans l'escalier. Ils se saluent, échangent quelques mots sur la météo ou sur la porte du hall qui ferme mal. Rien de plus, mais rien de moins non plus. Dans cet immeuble, chacun connaît les bruits des autres, les horaires, les habitudes. On sait qui rentre tard et qui écoute la radio fort le samedi. C'est une forme de confiance discrète, qui ne s'est jamais démentie.
Côté papiers, Sylvie est organisée. Elle a une assurance habitation multirisque, prise auprès de la même compagnie depuis son arrivée, et elle range ses avis d'échéance dans une pochette verte. Elle n'a jamais déclaré le moindre sinistre. Pour elle, l'assurance ressemble à un parapluie qu'on achète en espérant ne jamais l'ouvrir. Ce dimanche matin, devant la tache qui s'étalait, elle n'a pourtant pas pensé à sa pochette verte une seule seconde. Elle a pensé au voisin.
Monter frapper chez le voisin, puis attendre son assurance
Elle est montée en robe de chambre et a frappé deux fois. Karim a ouvert, les yeux encore lourds de sa nuit de garde. Il a tout de suite compris en voyant son visage. Ensemble, ils ont regardé sous son évier, puis derrière la machine à laver. Un tuyau d'évacuation s'était légèrement déboîté, et l'eau coulait depuis sans doute plusieurs jours, sans bruit, dans le plancher. Karim s'est excusé trois fois, sincèrement gêné, en coupant l'arrivée d'eau.
Il a été correct, je ne peux pas dire le contraire, raconte Sylvie. Il m'a dit qu'il allait appeler son assurance dès le lundi, que c'était de sa faute et que tout serait pris en charge. Ils ont rempli ensemble un constat amiable de dégât des eaux, sur la table de la cuisine de Sylvie, sous l'auréole qui continuait de sécher. Chacun en a gardé un exemplaire. Pour elle, l'affaire était claire et presque réglée.
Son raisonnement tenait en une phrase, et soyons honnêtes, beaucoup d'entre nous auraient pensé la même chose. Le responsable, c'est celui dont le tuyau a fui, donc c'est son assureur qui paie. Elle a donc attendu. Elle n'a pas appelé sa propre compagnie, puisque ce n'était pas son problème. Elle a simplement transmis une copie du constat à son propriétaire, par politesse, et s'est préparée à recevoir un courrier de l'assurance de Karim dans les semaines suivantes.
« Il a été correct, il m'a dit que c'était de sa faute et que son assurance allait tout prendre en charge. »
Un silence qui dure, et une odeur qui s'installe
Une semaine a passé, puis une deuxième. Aucun courrier, aucun appel. Karim, croisé dans l'escalier, haussait les épaules : son assureur lui avait répondu qu'il avait bien reçu le constat, sans plus de précision. Sylvie trouvait cela un peu lent, mais elle se disait que les dossiers devaient s'empiler. Elle connaissait ces lenteurs administratives par son travail. Elle a décidé de patienter, en jetant chaque soir un coup d'œil inquiet vers le plafond.
C'est l'odeur qui l'a alertée la première. Une odeur de cave, légère, qui apparaissait le matin quand elle ouvrait les placards du haut. La peinture s'était mise à cloquer sur le bord de l'auréole, et un petit point noir était apparu dans l'angle. Elle a frotté avec une éponge et du vinaigre blanc, sans grand résultat. Elle a ouvert la fenêtre plus souvent. Elle a aussi remarqué que le joint autour de l'évier se décollait.
Elle a parlé de tout cela à sa collègue Nadia, un midi, devant leurs barquettes réchauffées. Nadia lui a demandé si elle avait prévenu son propre assureur. Sylvie a répondu que non, évidemment, que ce n'était pas à elle de payer. Nadia n'a pas insisté, mais elle a dit une phrase qui est restée dans un coin de sa tête : moi, quand ça m'est arrivé, c'est ma compagnie qui a tout fait. Sylvie a mis ça sur le compte d'un cas particulier.
Des appels qui tournent en rond pendant trois semaines
Au bout de la troisième semaine, Sylvie a perdu patience. Elle a demandé à Karim le numéro de son contrat et le téléphone de son assurance. Elle a appelé un jeudi, pendant sa pause, depuis le parking du cabinet médical. Une conseillère polie lui a expliqué qu'elle ne pouvait pas lui communiquer d'information sur le dossier d'un autre assuré. Sylvie a insisté, expliqué que c'était son plafond à elle qui était abîmé. La conseillère lui a conseillé de contacter son propre assureur.
Sur le moment, Sylvie a cru à une manière de se débarrasser d'elle. J'ai raccroché en pensant qu'ils se renvoyaient la balle, confie-t-elle. Je me suis dit qu'ils allaient tout faire pour ne pas payer. Le soir même, elle a écrit à son propriétaire pour lui demander conseil. Il lui a répondu par un message court, assez sec : il s'occupait des parties qui lui revenaient, mais pour sa peinture et ses meubles, elle devait voir avec son assurance.
Ce soir-là, Sylvie a sorti la pochette verte et étalé ses papiers sur la table. Elle a relu son contrat, ligne après ligne, sans vraiment trouver ce qu'elle cherchait. Elle se sentait prise au piège entre trois interlocuteurs qui semblaient tous lui dire d'aller voir ailleurs. Elle a pensé à écrire une lettre recommandée à l'assurance de Karim. Elle a même commencé à la rédiger, avant de s'arrêter, fatiguée, en se disant qu'elle trancherait le lendemain.
« J'ai raccroché en pensant qu'ils se renvoyaient la balle et qu'ils allaient tout faire pour ne pas payer. »
Le téléphone sonne, et ce n'est pas l'assurance attendue
Le lendemain matin, son portable a vibré sur la table de nuit. Le nom affiché n'était pas celui de l'assurance de Karim, mais celui de sa propre compagnie. Un gestionnaire, calme et précis, lui a expliqué qu'il avait reçu le constat amiable transmis par l'assureur du voisin. Il prenait le dossier en main. Sylvie a d'abord cru à une erreur. Elle a répété que le fautif habitait au-dessus et qu'elle n'avait rien fait de mal.
Le gestionnaire lui a alors parlé de la convention IRSI, un accord signé entre les assureurs pour les dégâts des eaux et les incendies dans les immeubles. Il lui a expliqué que, pour un sinistre dont les dommages restent sous 5 000 euros hors taxes par local, c'est l'assureur de l'occupant sinistré qui gère et indemnise. Peu importe qui est responsable. Les compagnies règlent ensuite leurs comptes entre elles, sans que l'occupant ait à s'en mêler.
Il m'a dit que je perdais mon temps à attendre le voisin, raconte Sylvie en souriant à moitié. Que le dossier était chez eux depuis le début, en quelque sorte. Elle a compris d'un coup les réponses évasives, le silence de trois semaines, la phrase de Nadia à la cantine. Personne ne la baladait vraiment : elle frappait simplement à la mauvaise porte. Le gestionnaire lui a demandé des photos, une estimation des travaux et la date exacte de la découverte.
Ce que Sylvie vérifie désormais avant de patienter
Un artisan est passé dix jours plus tard pour mesurer et chiffrer. Le devis pour le plafond, le traitement de la tache noire et la reprise de la peinture tournait autour de mille deux cents euros. Largement sous le seuil, donc. Son assureur l'a indemnisée quelques semaines après, déduction faite de sa franchise, qui figurait noir sur blanc dans son contrat. Elle a tout de même perdu près d'un mois, pendant lequel l'humidité a eu le temps de travailler.
Avec le recul, c'est ce mois perdu qui l'agace le plus. Si j'avais appelé ma compagnie le lundi, l'artisan serait venu bien plus tôt, dit-elle. Le point noir n'aurait sans doute jamais eu le temps de grandir. Elle en parle maintenant à ses voisins, sans faire la leçon, en racontant simplement son histoire. Karim, lui, a changé son tuyau et posé un bac sous sa machine. Ils se saluent toujours dans l'escalier, avec un sourire un peu complice.
On connaît tous ce réflexe de chercher le coupable avant de chercher la solution. Sylvie, elle, a retenu une règle simple : en cas de dégât des eaux, on prévient d'abord sa propre assurance, sans attendre celle d'en face. Elle a rangé dans sa pochette verte un exemplaire vierge de constat amiable, au cas où. Au-dessus de l'évier, le plafond est redevenu blanc cassé, deux couches, posées cette fois par quelqu'un d'autre, et payées par son propre contrat.
« Il m'a dit que je perdais mon temps à attendre le voisin, que le dossier était chez eux depuis le début. »
- Coupez l'eau et prévenez le voisin du dessus dès l'apparition de la tache.
- Remplissez ensemble un constat amiable de dégât des eaux, un exemplaire chacun.
- Déclarez le sinistre à votre propre assureur sans attendre celui du voisin, dans le délai prévu au contrat.
- Photographiez les dégâts dès le premier jour, puis à mesure qu'ils évoluent.
- Sous 5 000 euros hors taxes de dommages par local, la convention IRSI désigne l'assureur de l'occupant sinistré comme gestionnaire.
- Vérifiez le montant de votre franchise dans votre contrat avant le passage de l'expert ou de l'artisan.
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