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Le thermos de café roulait doucement sur le siège passager, coincé contre un sac de clémentines. Il était onze heures dix, un samedi de fin novembre, et la Clio grise de Monique avalait les derniers kilomètres de l'A75. Dehors, un ciel lavé, aucune trace de neige. À la radio, quelqu'un parlait de châtaignes. Elle mit son clignotant vers la sortie, sans se douter de rien.
Un samedi de novembre sur la route de Murol
Monique a soixante-quatre ans et habite Vierzon depuis près de quarante ans, dans une petite maison avec un figuier. Ancienne secrétaire de mairie, elle conduit la même Clio depuis neuf ans, entretenue avec soin chez le garagiste du quartier. Sa fille Claire s'est installée à Murol, dans le Puy-de-Dôme, il y a trois ans. Elle tient avec son compagnon une petite auberge au pied du massif du Sancy. Chaque fin d'automne, Monique descend passer une semaine chez eux, avant le gros de la saison.
Ce trajet, elle le connaît par cœur, ou du moins elle le croit. L'A71 jusqu'à Clermont-Ferrand, un café sur l'aire des Volcans, puis l'A75 et les petites routes qui grimpent vers les lacs. Elle part toujours tôt, vers six heures, pour éviter les camions et profiter de la lumière. Dans le coffre, une valise, des pots de confiture et un cadeau pour le petit Jules, quatre ans. Elle aime ces heures seule au volant, la radio basse, la campagne qui défile sous le givre.
Cette année, il faisait doux, presque trop pour la saison, et Monique ne s'en plaignait pas. Elle avait regardé la météo la veille, comme toujours, avec ses lunettes sur le nez. Grand soleil sur l'Auvergne, huit degrés à Clermont, aucune chute de neige annoncée avant la mi-décembre. Elle s'était dit que, décidément, les hivers n'étaient plus ce qu'ils étaient. Claire l'avait appelée pour lui dire de faire attention quand même. Monique avait ri, en répondant qu'elle avait fait la route bien avant que sa fille sache conduire.
Des pneus d'été gardés pour de bonnes raisons
Il faut dire que Monique a un principe simple, hérité de son père, qui était chauffeur de car. On ne dépense pas d'argent pour un problème qu'on n'a pas. À Vierzon, il neige peut-être deux jours par an, et la ville sale ses rues bien avant qu'elle sorte. Monter des pneus hiver lui avait toujours semblé un luxe de montagnard, une dépense inutile pour une conductrice de plaine. Ses pneus d'été avaient été changés au printemps, ils étaient presque neufs, avec de belles sculptures.
Le garagiste lui avait pourtant glissé une phrase en septembre, au moment de la vidange annuelle. Il lui avait demandé si elle descendait toujours chez sa fille, et si elle pensait aux équipements. Monique avait compris qu'il parlait des chaînes, pour les jours de grosse neige sur les cols. Elle avait répondu qu'elle ne roulait jamais quand la route était blanche, qu'elle attendait plutôt un jour de plus. Le garagiste n'avait pas insisté, il avait souri, et elle avait payé sa facture sans y repenser.
Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement, et il n'a rien d'absurde quand on habite en plaine. On équipe sa voiture pour sa vie de tous les jours, pas pour une semaine par an. Monique avait aussi calculé qu'un train de pneus hiver, montage compris, lui coûterait plusieurs centaines d'euros. Avec sa retraite, ce n'était pas rien, surtout avec le chauffage qui avait encore augmenté. Elle avait préféré acheter un beau vélo en bois pour Jules. Ce choix lui paraissait sage, réfléchi, presque raisonnable.
« Je ne roule jamais quand la route est blanche, j'attends un jour de plus, voilà tout. »
Un panneau rond qu'elle n'avait jamais remarqué
À la sortie de l'autoroute, vers Champeix, la bretelle descendait doucement vers un rond-point. C'est là que Monique a vu le panneau, sans vraiment le lire au premier passage. Un disque bleu, avec le dessin d'une roue entourée d'une chaîne, et une inscription en dessous. Elle a pensé à une indication pour les poids lourds, ou à un rappel pour les jours de tempête. Il faisait beau, la chaussée était sèche, les champs encore verts. Elle a continué sa route sans ralentir davantage que d'habitude.
Quelques centaines de mètres plus loin, une voiture bleue de la gendarmerie stationnait sur un dégagement. Deux gendarmes, en blouson fluo, faisaient signe aux automobilistes de se ranger les uns après les autres. Devant Monique, un fourgon blanc et un monospace attendaient déjà, moteur coupé. Elle a d'abord cru à un contrôle d'alcoolémie, classique un samedi, et ne s'est pas inquiétée. Elle n'avait bu qu'un café sur l'aire des Volcans. Elle a sorti ses papiers de la boîte à gants, calmement, en fredonnant.
Pourtant, un détail l'a fait tiquer pendant qu'elle attendait son tour, les mains sur le volant. Le gendarme ne tendait pas d'éthylotest aux conducteurs, il ne regardait pas les cartes grises. Il se penchait vers les roues, faisait le tour des véhicules, demandait parfois d'ouvrir le coffre. Le conducteur du fourgon a sorti un petit sac noir, que le gendarme a examiné avant de le laisser repartir. Monique a regardé ses propres pneus dans le rétroviseur, comme si elle pouvait les voir. Un petit froid lui est monté dans le dos.
Le coffre ouvert et la valise pour seule réponse
Le gendarme était jeune, poli, avec un accent du coin qui roulait les r. Il lui a demandé si elle savait qu'elle venait d'entrer dans une commune soumise à l'obligation d'équipement hivernal. Monique a répondu que non, en toute sincérité, et qu'il n'y avait pas un flocon à des kilomètres. Il a hoché la tête, comme quelqu'un qui entend cette phrase vingt fois par jour. Puis il s'est accroupi devant sa roue avant gauche, a cherché quelque chose sur le flanc du pneu.
Il ne trouvait pas ce qu'il cherchait, et il lui a demandé d'ouvrir le coffre. Monique est descendue, a soulevé le hayon, et ils ont regardé ensemble la valise, les confitures, le vélo emballé. Ni chaînes, ni chaussettes à neige, rien de ce qu'il espérait voir. Elle a tenté une explication, en parlant de la météo, de sa prudence, de ses pneus presque neufs. Le gendarme l'a écoutée jusqu'au bout. Madame, je vous crois, mais la règle ne dépend pas du temps qu'il fait aujourd'hui.
Monique a pris son téléphone pour appeler Claire, la voix un peu tremblante malgré elle. Sa fille a décroché au deuxième coup, entre deux clients, et n'a pas paru surprise. Maman, je t'en avais parlé l'an dernier, c'est obligatoire chez nous depuis plusieurs hivers. Monique ne s'en souvenait absolument pas, ou alors elle n'avait pas écouté. Elle a demandé au gendarme si elle pouvait faire demi-tour, aller acheter des chaînes à Issoire. Il a répondu que c'était une bonne idée pour la suite, mais que le constat était déjà fait.
« Madame, je vous crois, mais la règle ne dépend pas du temps qu'il fait aujourd'hui. »
Ce n'était ni la neige ni la vitesse
Ce que Monique a appris ce jour-là, au bord de la route, tenait en quelques phrases du gendarme. Dans trente-quatre départements de montagne, des communes sont désignées par arrêté du préfet. Du 1er novembre au 31 mars, chaque voiture qui y circule doit porter quatre pneus hiver, ou bien transporter des chaînes ou des chaussettes dans son coffre. Peu importe le soleil, peu importe la température, peu importe la sécheresse de la route. Le panneau rond qu'elle avait aperçu marquait précisément l'entrée de cette zone.
Monique avait toujours imaginé que l'équipement devenait obligatoire seulement quand il neigeait, comme un panneau qu'on allume. Elle confondait avec les anciens panneaux de col, ceux qui imposent les chaînes les jours de tempête. Ici, la logique était inverse : on demande d'avoir de quoi s'équiper avant même que la neige tombe. Le gendarme lui a expliqué qu'en montagne, le temps tourne en une heure. Ceux qui se retrouvent bloqués en travers d'une route bloquent aussi les secours et les chasse-neige.
Le montant est tombé ensuite, sans éclat de voix, sur un petit terminal électronique. Une amende forfaitaire de cent trente-cinq euros, pour défaut d'équipement en zone concernée. Monique a signé, les doigts un peu raides, en pensant au vélo de Jules dans son coffre. Elle a calculé, mentalement, que cette somme représentait déjà une bonne part d'un pneu hiver. Le gendarme lui a souhaité une bonne semaine, et elle a répondu merci, par réflexe. J'avais l'impression d'être une délinquante avec mes confitures, dira-t-elle le soir à table.
Une paire de chaînes et une autre façon de partir
Monique a fini par repartir vers Issoire, dans un grand magasin d'autoroute, à vingt minutes de là. Elle y a acheté des chaussettes à neige, à la bonne dimension, après avoir lu le flanc de ses pneus avec le vendeur. Une soixantaine d'euros, posées ensuite dans le coffre, à côté de la roue de secours. Elle a terminé la route jusqu'à Murol avec deux heures de retard, l'esprit encore agacé. Jules l'attendait derrière la fenêtre, le nez écrasé contre la vitre, et le vélo a fait son effet.
Le soir, autour de la soupe, Claire lui a montré la carte des communes concernées sur son téléphone. Une bonne partie de l'Auvergne, mais aussi les Alpes, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, le Massif central. Monique a compris qu'elle avait traversé cette règle pendant des années, sans contrôle, par simple chance. Elle a aussi découvert que les pneus hiver se reconnaissent à un petit pictogramme précis. Une montagne à trois pics avec un flocon, gravée sur le flanc, que ses pneus d'été n'avaient évidemment pas.
Depuis, Monique a revu son principe hérité de son père, sans le renier tout à fait. Elle garde ses pneus d'été, mais les chaussettes ne quittent plus son coffre de novembre à mars. Avant chaque départ, elle vérifie la liste des communes sur le site de la préfecture du département. Elle en parle à ses voisines, qui partent skier dans les Alpes avec leurs petits-enfants en février. La moitié n'en avait jamais entendu parler non plus. Cent trente-cinq euros pour apprendre ça, conclut-elle en riant à moitié, j'aurais préféré un livre.
« Maman, je t'en avais parlé l'an dernier, c'est obligatoire chez nous depuis plusieurs hivers. »
- Vérifier si votre destination fait partie des communes listées par arrêté préfectoral dans les 34 départements de montagne.
- Retenir la période : du 1er novembre au 31 mars, quelle que soit la météo du jour.
- Choisir entre quatre pneus hiver marqués du pictogramme montagne et flocon, ou des chaînes ou chaussettes dans le coffre.
- Lire la dimension inscrite sur le flanc de vos pneus avant d'acheter chaînes ou chaussettes.
- Repérer le panneau rond bleu à la roue enchaînée qui signale l'entrée de la zone concernée.
- Prévoir 135 euros d'amende forfaitaire en cas de contrôle sans équipement.
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