Il bâche son camping-car au fond du jardin dans le Jura pour l’hiver : en mars, la batterie est morte et le chauffe-eau fendu sur toute sa hauteur

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Dehors, un ciel bas couleur d'ardoise, et l'herbe encore raide de givre au fond du jardin. Il est neuf heures, ce samedi de mars, quand Gérard tire sur la bâche verte qui couvre son camping-car depuis octobre. Le plastique craque, une plaque de glace glisse et tombe à ses pieds. Il ouvre la porte cellule, appuie sur l'interrupteur. Rien ne s'allume.

Un camping-car sous les sapins, et dix ans d'habitudes tranquilles

Gérard a soixante-quatre ans, il a été conducteur de car scolaire pendant trente ans, du côté de Champagnole. Sa maison est au bout d'un chemin, avec un grand terrain qui descend vers une rangée de sapins. C'est là, au fond, qu'il gare chaque hiver son camping-car profilé, acheté d'occasion il y a dix ans. Avec Martine, sa femme, ils partent de mai à septembre, la Bretagne, les Pyrénées, parfois l'Italie quand l'envie les prend. Le reste de l'année, le véhicule dort sous les arbres, et personne n'y pense beaucoup.

Les premières années, ils le louaient une place dans un hangar agricole, chez un voisin éleveur. Puis le voisin a pris sa retraite, le hangar a été vendu, et Gérard a décidé de garder le camping-car chez lui. Il trouvait ça plus simple, et franchement moins cher. Il pouvait aller voir le véhicule quand il voulait, vérifier les pneus, aérer un peu la cellule. Martine trouvait que ça gâchait un peu la vue depuis la cuisine, mais elle s'y était faite. On connaît tous ces arrangements qui finissent par devenir des évidences.

Dans le Jura, l'hiver ne plaisante pas. Les nuits à moins quinze ne sont pas rares en janvier, et la neige peut rester trois semaines sans fondre. Gérard le sait mieux que personne, lui qui a passé sa vie à démarrer des moteurs dans le froid avant l'aube. Il a toujours pris ses précautions avec le véhicule, du moins le croyait-il. Antigel dans le moteur, pneus gonflés, réservoirs d'eau propre vidés à la fin de la saison. Pour lui, l'hivernage était une affaire réglée, une routine d'une demi-journée, rien de plus.

Cette année, il achète une bâche pour bien faire les choses

En septembre, en rentrant d'un mois dans les Landes, Gérard avait remarqué des traces noires le long des joints de la capucine. Des coulures de sève et de mousse, tombées des sapins pendant l'hiver précédent. Il a passé une matinée entière à frotter, et il s'est juré que cela ne recommencerait pas. Sur internet, il a commandé une housse respirante, à la taille exacte de son modèle, pour presque trois cents euros. Il était assez fier de son achat, et il en parlait volontiers au café du village.

Le week-end de la Toussaint, il a fait son hivernage comme d'habitude. Il a ouvert la vanne de vidange du réservoir d'eau propre, il a laissé couler jusqu'à la dernière goutte, puis il a vidé les eaux grises. Il a ouvert les robinets de la cuisine et de la douche, pour que rien ne reste dans les tuyaux. Ensuite, avec son gendre Julien, il a déroulé la grande housse sur le toit, tiré les sangles sous le châssis. Le camping-car ressemblait à un gros animal endormi sous une couverture.

Restait la question de la batterie cellule, celle qui alimente l'éclairage, la pompe et le tableau de bord intérieur. Julien lui avait conseillé de la débrancher, ou de laisser un petit chargeur sur une prise. Mais la rallonge jusqu'au fond du jardin faisait quarante mètres, et Gérard n'aimait pas l'idée d'un câble dans l'herbe mouillée tout l'hiver. Il avait aussi un petit panneau solaire sur le toit. Ça suffira bien, avait-il répondu en haussant les épaules, le panneau la tient en charge toute l'année.

« Ça suffira bien, le petit panneau sur le toit la tient en charge toute l'année, je ne vais pas tirer un câble dans l'herbe. »

En décembre, un voyant qui clignote et une housse qui couvre tout

Mi-décembre, juste avant une grosse vague de froid, Gérard est allé jeter un œil au camping-car. Il voulait vérifier que les sangles tenaient bien sous le poids de la neige annoncée. En ouvrant la porte cellule pour récupérer une lampe frontale oubliée, il a remarqué une petite lumière rouge sur le panneau de contrôle. Le détecteur de gaz, branché en permanence, clignotait doucement. À côté, l'afficheur indiquait une tension un peu basse, mais il n'y a pas vraiment prêté attention. Il faisait sombre, il avait froid aux mains.

Il n'a pas pensé, à ce moment-là, que la housse couvrait entièrement le panneau solaire du toit. Le petit panneau qui devait entretenir la batterie ne voyait plus le jour depuis six semaines. Pendant ce temps, l'alarme, le détecteur de gaz, l'horloge de l'autoradio et la veille du chargeur continuaient de puiser, jour et nuit. Chacun prenait presque rien, quelques dizaines de milliampères. Mais mis bout à bout, sur des semaines, ces petits consommateurs finissent par vider n'importe quelle batterie, surtout quand le froid réduit déjà sa capacité.

Il y avait aussi autre chose, que Gérard n'a pas vu du tout. Sous la banquette arrière, dans un coffre qu'il n'ouvrait jamais en hiver, se trouvait le chauffe-eau, un ballon d'une dizaine de litres. Il avait vidé le réservoir principal et ouvert les robinets, comme chaque année. Il pensait que l'eau chaude suivait le même chemin. Martine se souvient de l'avoir entendu dire, ce soir-là, en rentrant : Tout est en ordre là-bas, la bâche tient, on n'a plus qu'à attendre le printemps tranquillement.

Mars arrive, et rien ne s'allume dans la cellule

Ce samedi de mars, donc, Gérard ouvre la porte et appuie sur l'interrupteur. Pas une lumière, pas un bip, le tableau de bord est complètement noir. Il essaie la pompe, rien non plus. Il se dit d'abord que c'est un fusible, et il passe une bonne demi-heure à les vérifier un par un avec une lampe de poche. Tous sont intacts. Il appelle Julien, qui arrive avec un multimètre dans la poche de son blouson. La batterie affiche à peine plus de dix volts, autrement dit elle est vide.

Julien la débranche, l'emporte dans le garage et la met sur un chargeur intelligent. Le lendemain matin, la tension remonte, mais la batterie ne tient plus la charge plus de quelques heures. Gérard appelle un garage spécialisé à Lons-le-Saunier. Le mécanicien lui explique, au téléphone, qu'une batterie restée longtemps complètement déchargée par grand froid peut s'abîmer pour de bon. Ça arrive à beaucoup de monde, lui dit-il. Gérard raccroche, un peu vexé, et commande une batterie neuve. Il pense que l'histoire s'arrête là.

Quelques jours plus tard, avec la batterie neuve installée, il remet de l'eau dans le réservoir pour tout tester avant la saison. Il ouvre le robinet de la cuisine, la pompe ronronne. Puis Martine, qui est dans la cellule, entend un bruit de ruissellement sous la banquette. Elle soulève le coussin, ouvre le coffre. L'eau coule le long de la paroi du chauffe-eau, et une flaque s'étale déjà sur le plancher. Gérard coupe la pompe en catastrophe. On ne s'est jamais regardés comme ça, dit-elle encore aujourd'hui.

« J'avais tout fait comme d'habitude, j'ai juste oublié un levier que je ne savais même pas exister. »

Sous la banquette, le ballon fendu sur toute sa hauteur

Le mécanicien vient voir le camping-car la semaine suivante. Il démonte le capot du chauffe-eau et montre la cuve à Gérard. Une fissure nette court sur le côté, du bas jusqu'au raccord d'entrée. Il demande simplement si le ballon avait été vidangé par sa soupape. Gérard ne comprend pas la question. Pour lui, ouvrir les robinets et vider le réservoir suffisait. Le mécanicien lui montre alors un petit levier jaune, sur le côté du chauffe-eau, qu'il n'avait jamais remarqué en dix ans de voyages.

Ce levier commande la soupape de vidange. Sur beaucoup de modèles, tant qu'on ne l'actionne pas, le ballon garde son eau, même quand tout le reste du circuit est vide. Dix litres étaient donc restés enfermés là, tout l'hiver, dans un véhicule non chauffé. Pendant les nuits à moins quinze, l'eau a gelé. En gelant, elle prend plus de place, et la cuve n'a pas résisté. Gérard raconte : J'avais tout fait comme d'habitude, j'ai juste oublié un levier que je ne savais même pas exister.

Soyons honnêtes, ce n'était ni la bâche ni le jardin le vrai problème. La housse avait fait exactement son travail, la carrosserie était impeccable. Ce qui a coûté cher, c'est un geste qui manquait et un panneau solaire masqué. Le mécanicien lui explique que la plupart des chauffe-eau de camping-car disposent d'une sécurité, parfois une valve qui s'ouvre seule sous un certain seuil de température, mais seulement si le véhicule a gardé du courant pour la commander. Avec une batterie à plat, rien ne fonctionnait plus.

La facture, le printemps perdu, et ce qu'il vérifie désormais

La note est arrivée fin mars. Un chauffe-eau neuf, la main-d'œuvre pour le déposer et le remplacer, le plancher à sécher, plus la batterie cellule déjà achetée. Gérard a payé près de mille deux cents euros, et le camping-car n'a pu reprendre la route qu'à la mi-mai. Le premier voyage, prévu dans le Lot début avril, a été annulé. Martine en rit un peu maintenant. Lui beaucoup moins. Il dit : La housse à trois cents euros, c'est la seule chose qui a vraiment bien fonctionné.

Depuis, Gérard a changé sa routine d'automne. Il a scotché un petit papier à l'intérieur du placard de la cuisine, avec les étapes écrites au feutre. Le levier jaune y figure en premier, souligné deux fois. Il a aussi installé un coupe-batterie, un simple bouton qui isole la batterie cellule de tout le circuit. Et il a découpé un rabat dans sa housse, au-dessus du panneau solaire, pour que celui-ci voie enfin la lumière. Julien a même tiré une ligne enterrée jusqu'aux sapins, avec une prise étanche.

Au café du village, l'histoire a fait le tour. Deux voisins sont allés vérifier leurs propres chauffe-eau et ont découvert le même petit levier, jamais touché. Gérard dit maintenant à qui veut l'entendre qu'un hivernage ne se fait pas de mémoire. Il conseille de relire la notice du chauffe-eau, de chercher la soupape, et de laisser le ballon ouvert et vide tout l'hiver. Pour la batterie, débrancher ou maintenir en charge, mais jamais l'oublier. Il ajoute qu'en mars, le jardin n'a plus jamais eu le même silence.

« Quand j'ai entendu l'eau couler sous la banquette, j'ai compris que l'hiver nous avait laissé une surprise. »

  • Repérer la soupape ou le levier de vidange du chauffe-eau et le laisser ouvert tout l'hiver.
  • Vider le réservoir d'eau propre, les eaux grises et ouvrir tous les robinets en position mitigée.
  • Débrancher la batterie cellule ou installer un coupe-batterie avant l'hivernage.
  • À défaut, la maintenir en charge avec un chargeur adapté ou un panneau solaire non couvert.
  • Vérifier que la housse ne masque pas le panneau solaire du toit.
  • Contrôler la tension de la batterie une fois par mois pendant l'hiver.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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