Il demande l’abattage du grand chêne qui bouche sa gouttière chaque automne : le voisin sourit et lui parle d’un arbre de quarante ans

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Un dimanche de novembre, vers dix heures, l'échelle d'aluminium grinçait contre le mur de la maison. Gérard, 64 ans, remontait pour la troisième fois de la saison, un seau accroché au bras. Dans la gouttière, une pâte brune de feuilles de chêne débordait, lourde d'eau. De l'autre côté de la haie, le grand arbre du voisin se balançait doucement, presque nu.

Une maison achetée pour le calme et le grand jardin

Gérard et Monique ont acheté leur pavillon il y a neuf ans, à la sortie d'un bourg de Sarthe. Lui avait passé trente ans comme chauffeur de car scolaire, elle tenait la comptabilité d'une coopérative agricole. Ils cherchaient une maison de plain-pied, un potager, et surtout du silence après des années en ville. La visite s'était faite un matin de juin, sous un ciel parfaitement dégagé. Le jardin plaisait à Monique, la cuisine refaite plaisait à Gérard, et le prix leur semblait raisonnable.

Au fond, derrière la haie de thuyas, le chêne du voisin dominait tout le paysage. Ce jour-là, il donnait une ombre fraîche sur la terrasse, et l'agent immobilier l'avait présenté comme un atout. Gérard se souvient avoir pensé que c'était le genre d'arbre qu'on ne voit plus beaucoup. Le voisin, Bernard, un ancien instituteur aux cheveux blancs, était venu les saluer le jour du déménagement. Il avait apporté une bouteille de cidre et parlé longuement de ses ruches installées au bout du terrain.

Les premières années, tout s'est passé comme ils l'espéraient. Les deux couples échangeaient des courgettes contre du miel, se gardaient le courrier pendant les vacances, se croisaient au marché du samedi. Le chêne faisait partie du décor, comme le clocher du village qu'on aperçoit depuis la route. Personne n'y prêtait vraiment attention, sauf pour dire qu'il était beau en mai. Monique aimait regarder les geais qui venaient y chercher des glands. On connaît tous ça, ces voisinages faciles où l'on ne se pose aucune question.

La gouttière se remplit et Gérard prend sa décision

Les choses ont changé avec l'âge, plus qu'avec l'arbre lui-même. Vers soixante ans, Gérard a commencé à trouver l'échelle moins sûre sous ses pieds. Chaque automne, entre octobre et décembre, il devait vider la gouttière côté nord trois ou quatre fois. Les feuilles de chêne, épaisses et coriaces, ne se décomposent pas vite, et elles forment des bouchons compacts. L'eau finissait par passer par-dessus et ruisseler le long du crépi, laissant une traînée verdâtre.

L'hiver dernier, une infiltration est apparue au plafond de la chambre d'amis, une auréole jaune de la taille d'une assiette. Le couvreur, venu pour un devis, a pointé la gouttière saturée et haussé les épaules devant le chêne. Il a conseillé une grille de protection, mais Gérard a retenu autre chose. Pour lui, le problème avait un nom et une adresse, juste derrière la haie. Il a passé plusieurs soirées à chercher sur internet des histoires de voisins obligés de couper leurs arbres.

Il était convaincu d'avoir de bonnes raisons. L'arbre débordait au-dessus de son toit, il lui coûtait du temps, de l'argent, et le mettait en danger sur son échelle. Monique hésitait, elle tenait à la bonne entente avec Bernard et Josiane. Mais Gérard avait déjà préparé sa phrase, répétée en taillant les rosiers. Un samedi matin, il a traversé le jardin et sonné au portillon voisin. Il pensait ressortir avec un accord, peut-être un partage des frais d'élagage et d'abattage.

« Cet arbre, je l'ai planté l'année de la naissance de ma fille, il a quarante ans, Gérard. »

Un sourire tranquille et une phrase sur quarante ans

Bernard l'a reçu dans sa cuisine, devant un café trop fort. Gérard a expliqué la gouttière, l'infiltration, l'échelle, et a fini par lâcher le mot abattage. Le voisin n'a pas paru vexé, ce qui l'a d'abord rassuré. Il a souri, longuement, en tournant sa cuillère dans sa tasse. Puis il a dit : Gérard, cet arbre, je l'ai planté l'année de la naissance de ma fille, il a quarante ans. Il a ajouté qu'il voulait bien l'élaguer, mais certainement pas le couper.

Sur le moment, Gérard a pris la réponse pour de la sentimentalité. Une histoire de souvenir familial, respectable, mais qui ne pesait pas lourd face à un plafond taché. Il est rentré en grommelant, persuadé que la loi serait de son côté si l'on en venait là. Monique lui a fait remarquer que Bernard avait souri d'une drôle de manière, comme quelqu'un qui sait quelque chose. Gérard n'a pas relevé, il a mis ça sur le compte de l'assurance d'un ancien instituteur.

Le détail qui ne collait pas, c'était justement ce chiffre lancé sans effort. Quarante ans, ce n'était pas qu'un âge, c'était presque un argument. Bernard ne s'était pas défendu, il n'avait pas parlé de racines ni de beauté du paysage. Il avait simplement donné une date. Soyons honnêtes, Gérard n'a pas voulu comprendre ce que cela pouvait signifier. Il a préféré écrire, quelques jours plus tard, une lettre recommandée demandant l'abattage du chêne dans un délai de deux mois.

Lettres, mairie, conciliateur : chaque porte se referme doucement

La réponse de Bernard est arrivée dans la boîte aux lettres, courtoise et brève. Il proposait de faire élaguer les branches qui dépassaient au-dessus du toit, à ses frais, avant le printemps. Pour le reste, il refusait. Gérard est alors allé à la mairie, persuadé qu'un règlement local trancherait. La secrétaire l'a écouté poliment, puis lui a expliqué que la commune n'intervenait pas dans les litiges entre voisins sur une propriété privée. Elle lui a glissé les coordonnées du conciliateur de justice.

Le rendez-vous a eu lieu un mardi après-midi, dans une petite salle au premier étage de la mairie. Le conciliateur, un homme patient aux lunettes rondes, a demandé deux choses très simples. À quelle distance de la limite se trouvait le tronc, et depuis quand l'arbre était-il là. Gérard n'en avait aucune idée précise. Il a répondu que le tronc était assez proche de la haie et que l'arbre était grand, ce qui ne répondait à rien.

En sortant, il a appelé son beau-frère, ancien gendarme, qui lui a conseillé de mesurer avant d'aller plus loin. Le soir même, Gérard est sorti avec un décamètre de chantier pendant que Monique tenait la lampe. Il a dû demander à Bernard la permission d'entrer dans son jardin pour poser le ruban au pied du tronc. Le voisin a accepté sans discuter, et il est resté à côté, les mains dans les poches. Le chiffre est tombé : trois mètres quarante entre la limite et le tronc.

« J'étais sûr que la loi serait de mon côté, je n'avais même pas pris un mètre pour vérifier. »

Ce que disait vraiment la loi, et ce qu'elle ne disait pas

Au second rendez-vous, le conciliateur a tout posé sur la table. Le Code civil fixe des distances pour les plantations : un arbre de plus de deux mètres de haut doit se trouver à au moins deux mètres de la limite. Si cette distance n'est pas respectée, le voisin peut en principe exiger l'arrachage ou la réduction. Mais le chêne de Bernard était à plus de trois mètres. Sur ce terrain-là, Gérard n'avait déjà aucun levier, quelle que soit la taille de l'arbre.

Et même s'il avait été trop près, il restait la date. Le conciliateur a expliqué la prescription trentenaire : un arbre planté trop près depuis plus de trente ans ne peut plus être supprimé pour cette raison. Le délai court à partir du moment où l'arbre a dépassé la hauteur autorisée. Avec quarante ans d'existence, le chêne était doublement protégé. Bernard le savait, voilà ce que voulait dire son sourire. Gérard a raconté plus tard qu'il s'était senti un peu ridicule, mais surtout soulagé de n'avoir pas lancé de procédure.

Restait la question des feuilles. Gérard espérait invoquer un trouble anormal de voisinage. Le conciliateur a été clair : la chute de feuilles, à la campagne, fait partie des inconvénients normaux de la vie près des arbres. Les juges ne la retiennent comme trouble anormal que dans des cas exceptionnels, par exemple un envahissement massif et répété, avec des dommages sérieux démontrés. Une gouttière à vider quelques fois par an n'entre pas dans ce cadre. En revanche, les branches qui dépassent sur son terrain, il peut exiger qu'elles soient coupées.

Une grille, un élagage et un café partagé au bout

Gérard a fini par accepter la proposition du premier jour. En février, un élagueur envoyé par Bernard a coupé les branches qui surplombaient le toit, sans toucher au tronc. Le chêne a perdu un peu de son ampleur côté pavillon, mais il garde sa silhouette. Gérard, lui, a fait poser des grilles de protection sur la gouttière nord, pour un peu moins de deux cents euros. Le couvreur a aussi repris le joint qui avait laissé passer l'eau dans la chambre d'amis.

Cet automne, il n'est monté sur l'échelle qu'une seule fois, pour retirer les feuilles accumulées sur la grille avec un balai. Monique dit qu'il ronchonne moins, et que les geais sont revenus comme avant. Avec Bernard, la relation a mis quelques semaines à se réchauffer. La lettre recommandée était restée en travers de la gorge du vieil instituteur. Puis un samedi, un pot de miel est réapparu sur le muret, sans un mot, et Gérard a compris que c'était fini.

Avant d'aller frapper chez un voisin, il conseille désormais de faire ce qu'il n'avait pas fait. Mesurer la distance du tronc à la limite, chercher l'âge de l'arbre, sur d'anciennes photos aériennes ou en demandant aux anciens du quartier. Distinguer ce qu'on peut exiger, les branches qui dépassent, de ce qu'on ne peut pas obtenir. Et se demander si l'ennui vient vraiment de l'arbre, ou d'une gouttière mal protégée. Dans son cas, la réponse tenait en une grille métallique et en un peu d'humilité.

« Le conciliateur m'a demandé à quelle distance était le tronc, et là, j'ai compris que je ne savais rien. »

  • Mesurez la distance entre le tronc et la limite : au-delà de deux mètres, l'arrachage ne peut pas être exigé pour ce motif.
  • Renseignez-vous sur l'âge de l'arbre : après trente ans de dépassement des règles, la prescription le protège.
  • Vous pouvez exiger la coupe des branches qui avancent au-dessus de votre terrain, pas l'abattage.
  • La chute de feuilles n'est un trouble anormal que dans des cas exceptionnels, avec des dommages sérieux.
  • Posez des grilles de protection sur les gouttières exposées avant l'automne.
  • Avant toute procédure, passez par le conciliateur de justice, gratuit, en mairie.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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